LA FRANCE DANS L UISTOIRE
sa vie pour ?auver celle de ses concitoyens de Calais. Il est ensuite militaire avec le Breton Duguesclin qui communique à son armée son âpre désir de revanche. Enfin avec Jeanne d'Arc il est vraiment populaire et
Etienne Marcel.
national. Cette paysanne héroïque n'a pas seulemen*. incarné l'âme de la patrie française, elle l'a révélée aux Français eux-mêmes. La levée du siège d'Orléans a été la première victoire nationale. Le sacre du roi à Reims a été le sacre d'une France nouvelle. Le martyre de Jeanne, brûlée vive à Rouen le 30 mai 1431, a été plus qu'une apothéose : il a enseigné à la nation la sainte puissance du sacrifice.
La France dans les temps modernes.
La France monarchique et la Renaissance : xvi° siècle. — Grandeur Je la monarchie, au xvn" siècle. — Décadence de la Monarchie; avènement de la nation. — Les lettres, les sciences, les arts au wvi' siècle.
La France monarchique et la Renaissance ; XVP siècle. — Le moyen âge se termine vers le milieu du xv* siècle. Louis XI est en France le premier roi moderne. Tyran avide et sournois, dévot et cruel, opiniâtre avec des accès de faiblesse ou de précipitation, il fut l'impitoyable ennemi des dynasties féodales, il acheva de les abattre en terrassant la puissante maison de Bourgogne et son duc Charles le Téméraire.
Après lui la noblesse, impétueuse et désœuvrée, se lança aux guerres d'Italie, et acheva d'y prendre l'habitude d'obéir à ses rois. Elle s'illustra par les exploits de Bayard « le Chevalier sans peur et sans reproche », du jeune Gaston de Foix. Malgré ses légèretés et ses fautes, le fastueux François I", le vainqueur de Marignan (lolo), le captif de Pavie, le châtelain de Fontainebleau, eut l'honneur de tenirtête au puissant Charles-Quint qui rêvait un empire européen et ne put arracher à la France Metz-la-Pucelle.
Sous les derniers Valois, les tristes guerres de religion pendant près de quarante ans arrêtèrent Tessor de la nation, et mirent en question l'exis-
Henri IV.
tence même de la monarchie. La mâle vertu d'un MicEEL DE l'Hôpital, le patriotisme d'un Coligny consolent de ces horreurs sanguinaires. Henri IV enfin le plus avisé des Gascons, le plus pratique des capitaines, aidé par le sage Sully, parvint à rétablir la paix, l'ordre, la confiance, le travail, à restaurer l'influence politique de la France. On lui doit la création de l'industrie de la soie, des relais sur les routes, du premier canal (celui de Briare) et l'exten-
sion de la colonie du Canada ou Nouvelle-France. Aucune période de l'histoire européenne ne fut plus dramatique à la fois et plus féconde. La France prit une large part au grand mouvement de la Renaissance. Dès 1469 Timprimorie découverte à Strasbourg par Gutcnberg fut installée à Paris, à la Sorbonne et Robert Estienne fut l'un des premiers imprimeurs royaux. Il y eut aussi une bibliothèque royale. .\u poète Villon qui clôt le moyen âge succédèrent : l'aimable Marot; Ronsard qui essaya de renouveler la langue, de retremper et d'anoblir la poésie; d'âpres satiriques tels que d'AuBiGNÉ et Régnier, puis le réformateur Malherbe. Aux mystères, moralités, farces et soties de l'âge précédent on commença à préférer l'imitation de la tragédie et de la comédie antiques. La prose s'enrichit des œuvres de Calvin, de Rabelais et de Montaigne. Le grand potier Bernard de Pa- LissY fut un des précurseurs Rabelais. ^^ ^^ sciencc moderne; Am-
BROisE Paré créa la chirurgie.
Le Collège de France, fondé par François I"', ouvrit ses chaires à des enseignements nouveaux. Olivier DE Serres institua l'étude rationnelle de l'agriculture. Champlain fonda Québec, au Canada.
De tous côtés s'élevèrent des monuments où la richesse exquise d'un style renouvelé de l'antique s'allie à l'ogive transformée ou la remplace : l'église de Brou, près de Bourg, la cathédrale d'Orléans, le Palais de Justice de Rouen, Saint-Eustache et Saint- Etienne du Mont à Paris. Les châteaux deviennent des palais tels que Chenonceaux, Chambord, Amboise, Fontainebleau. Saint-Germain. Pierre Lescot
commence !e Louvre; Philibert Delorme construit les Tuileries. Les grands sculpteurs Jean Cousin, Jean Goujon, Germain Pilon, égalent les plus illustres maîtres italiens.
Grandeur de la monarchie au XVII*^ siècle. — Nous arrivons à l'âge d'or de la monarchie française.
Voici d'abord Richelieu, le grand cardinal, au regard profond, à la fine moustache, qui d'un geste hautain, courbe sous l'autorité absolue de son roi Louis XIII toutes les têtes nobles, brise la résistance des protestants et des parlements, combat victorieusement au dehors la maison d'Autriche et qui en même temps organise l'armée, accroît les colonies, fonde l'Académie française, crée le Jardin des plantes, construit le Palais-Royal, enrichit la Bibliothèque du roi, agrandit la Sorbonne.
Mazarin, le souple et persévérant Florentin, acheva l'œuvre de Richelieu. Grâce aux victoires du grand Condé, aux savantes manœuvres de Turenne, il put terminer la guerre de Trente ans : la paix de Westphalie (1648) laissa à la France l'Alsace. Malgré la Fronde, cette rébellion tragi- comique dont les acteurs sont de graves magistrats et des gamins de Paris, des princes, des abbés, des soldats de fortune et de grandes dames galantes en quête d'aventures, il mit fin à la guerre d'Espagne par la paix des Pyrénées.
Il créa l'Académie de peinture, la Bibliothèque Mazarine, introduisit l'opéra en France.
Cette période si vivante de la première moitié du siècle enfanta toute une génération de grands hommes : à côté de Turenne et de Condé, le brave Fabert ; l'admirable saint Vincent-de-Paul ; Corneille, le créateur de la grande tragédie ; Descartes, le père de la philosophie moderne; Pascal, aussi
puissant écrivain que grand savant; Retz et ses Mémoires, La Rocqefoucauld et ses Maximes ; des peintres admirables d'inspiration et de correction :
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Turcnne.
PoLSSïN, Philippe de Cqampagne, Lesueur; le graveur Callot, le sculpteur Anguier.
Louis XIV, lorsqu'il commença à gouverner par lui-même, disposait de la France en maître souverain. Il eut d'abord pour ministres : le grand Golbert qui réforma les finances, fonda des manufactures, encouragea le commerce, accrut la marine et les colonies; Louvois qui lit de l'armée française
rarmée la plus formidable de l'Europe, tandis que le « patriote » Vauban couvrait les frontières de places fortes et que l'amiral Duquesne commandait la tlotte. La Flandre fut conquise et enlevée définitivement aux Espagnols. La paix de Nimègue qui termine la guerre de Hollande assura à la France la possession de la Franche-Comté : les chambres de réunion lui donnèrent Strasbourg (1681). Ce fut l'apogée du règne.
Dans la seconde moitié du xvn® siècle, 1?. France eut encore le plus brillant regain d'hommes illustres :
Molière , l'immortel créateur de la comédie; Racine, le successeur et l'égal de Corneille; La Fontaine, Boileau, Fénelon, Bossuet, La Bruyère, M°"= de Sévigné, dont les œuvres sont con- " Molière,
nues de tous, et bien d'autres encore, tels que l'auteur comique Regnard, lesi orateurs chrétiens Fléchier et Bourdaloue, le conteur Perrault, le philosophe Malebranche, les moralistes Nicole et Arnauld qui furent persécutés à cause de leurs opinions jansénistes, Saint-Evre- MOND, M'"^ de La Fayette, etc. L'érudit Mabillon et les Bénédictins commencèrent leurs savants travaux. Les peintres furent Le Brun, le chef de la peinture officielle, Mignard son rival, le paysagiste Claude Lorrain; les sculpteurs, Puget, Girardon; les architectes, Perrault qui éleva la colonnade du Louvre, Mansart, le palais de Versailles dont Le Nôtre dessina les jardins solennels. On doit à Colbert la fondation des Académies des Inscriptions, des Sciences, d'Architecture, de l'École de Rome, de la manufacture de tapisserie des Gobe-
lins; h Louvois l'Hôtel des Invalides. Riquet creusa le canal du Languedoc. Papin trouva le principe de la machine à vapeur.
Décadence de la monarchie, avènement de la nation. — L'orgueil, l'ambition du grand roi no connaissaient plus de bornes. De ses premières fautes date le commencement de la décadence pour la monarchie.
La révocation de l'édit de Nantes chassa de France cent mille hommes, ouvriers actifs, industriels habiles ou riches commerçants. Deux longues guerres contre l'Europe liguée , succession d'Angleterre et succession d'Espagne, achevèrent de ruiner le royaume. Malgré les exploits des corsaires Jean-Bart et Duguay-Troui.x et de I'amiral TouRviLLE, la flotte fut en partie détruite. Malgré les Duguay-Trouin. victoires de limpétueux
Luxembourg, du sage Catinat, bientôt suivies de pénibles désastres, la Flandre fut envahie et le cruel hiver de 1709 ajouta encore aux souffrances inouïes qu'endurait le peuple. La victoire de Villars à Denain sauva la France et permit de signer la paix d'Utrecht. Mais il fallut céder à l'Angleterre qui s'emparait de Gibraltar, la baie d'IIudson, l'Acadie, Terre-Neuve et Saint-Christophe en Amérique. Douloureux sacrifice dont la France ne comprit pas alors toute la portée.
Sous Louis XV, le cardinal Fleury prépara la réunion de la Lorraine à la France. Ce fut le premier et le dernier succès de la politique extérieure de ce règne. Pendant la sanglante et coûteuse guerre
de succession d'Autriche, le maréchal de Saxe remporta sur les Anglais la brillante mais stérile victoire de Fontenoy; sur mer les flottes françaises furent anéanties, les colonies restèrent sans défense. La triste guerre de Sept ans acheva leur ruine. L'empire de l'Inde fondé par Dupleix, vainement défendu par Lally-Tollendal, passa à l'Angleterre. Malgré MoNTCALM etVAUDREUiL, le Canada lui fut livré aussi. Elle s'empara en outre de Grenade, Saint- Vincent, la Dominique, Tabago dans les Antilles, des comptoirs du Sénégal. Enfin la Louisiane fut cédée à l'Espagne. Tel fut le honteux traité de Paris (1763). CnoiSEUL réunit définitivement la Lorraine, annexa la Corse. C'était une compensation insuffisante à la perte des colonies.
Au dedans, l'ancien ordre de choses était ébranlé par la fortune vertigineuse et la banqueroute subite de Law, par l'influence croissante des financiers, par les persécutions contre les jansénistes, par la corruption des mœurs de la cour et l'avilissement du Roi, par la destruction de l'ordre des Jésuites et la suppression des parlements, par le luxe, la futilité, l'insolence des grands et la misère du peuple, par le progrès des idées nouvelles.
Ces idées parurent devoir tout d'alord triompher pacifiquement sous le vertueux et faible Louis XVI, servi par des ministres intègres Turgot et Maleshkrbes. Leur chute (1776) rendait une révolution inévitable. C'est en vain que la guerre de l'Indépendance américaine, entreprise d'enthousiasme, illustrée par La Fayette, releva l'honneur du drapeau fleurdelisé; que Necker espéra rétablir les finances et combler le déficit; que le roi essaya des réformes partielles. La nation française était indignée par les abus, lasse d'obéir à un gouvernement sans contrôle : il fallut convoquer les États généraux.
Les lettres, les sciences, les arts au XVIIP siècle. — Pendant qu'au xviii* siècle la royauté s'abaissait, la nation s'était donc élevée. La France se consolait de ses revers politiques par la suprématie intellectuelle qu'elle exerçait autour d'elle. Sa langue, ses livres, ses arts, ses modes étaient partout.
Dans la poésie proprement dite elle ne comptait guère que des versiticateurs aimables tels que l'abbé Delille, Floria.n, Gresset et un poète encore ignoré André Cuénier. Au théâtre, elle applaudissait les tragédies de Voltaire, les comédies de Marivaux et de Beaumarchais. Les romanciers étaient LESAGE(GilBlas), l'abbé Prévost (Manon Lescaut), Jean- Jacques Rousseau (la Nouvelle Héloïse) et Bernardin de S.4int- PiERRE (Paul et Virginie). Au début du siècle Saint-Simon achevait d'écrire ses fameux mémoires. Les Bénédictins, Dom Bouquet , Doni Clément, etc., poursuivaient patiemment la rénovation de l'histoire. Montesquieu écrivait l'Esprit des Lois et Voltaire, le Siècle de Louis XIV. Parmi les économistes, il faut citer Quesnay et Turgot, parmi les philosophes Condillac, Voltaire encore et J.-J. Rousseau, puis Diderot, d'AiEMBERT qui sont aussi des savants et qui entreprirent cette œuvre énorme et neuve, l'Encyclopédie. Pour la science, la France occupe le premier rang avec les mathématiciens ou astronomes Glairaut, Maupertuis, Cassini; avec Montgolfier, l'inventeur des aérostats et le comte de Jouffroy, constructeur du premier bateau à vapeur; avec Lavoisier, le fondateur de la chimie.
L'hisloire naturelle est constituée par Buffon, Lacépède, Jussieu. L'art vétérinaire est réformé par BouRGELAT. Vaucanson invente un nouveau métier à tisser, Parmentier vulgarise la pomme de terre. Alors sont fondées la manufacture de porcelaine de Sèvres, la première société d'agriculture; alors commencent l'exploitation de la houille, la fabrication des indiennes. La France était la plus grande puissance industrielle de l'Europe.
Dans le domaine de l'art on n'aperçoit aucun génie de premier ordre. La musique française ne fait que naître avec Rameau, Monsigny, Gosseg, Grétry. La peinture, élégante et spirituelle avec Watteau tombe assez bas avec Boucher ; elle devient sentimentale avecGREUZE; elle s'élève avec DAvm au culte de l'antique. Evolution analogue dans la sculpture, des Coustou maniérés à BoucHARDON qui recherche encore le joli, puis au consciencieux Pigalle, au savant Houdon et à sa '^®"^°' belle Diane, enfin aux statues classiques des dernières années du règne de Louis XVL De même dans l'architecture qui d'abord change peu. L'Ecole militaire et les Colonnades de la place actuelle de la Concorde, par Gabriel, les galeries du Palais-Royal et le grand théâtre de Bordeaux par Louis, continuent avec moins de majesté les traditions du xvii^ siècle; l'imitation directe de l'antique apparaît avec Souf- FLOT le constructeur hardi de Sainte-Geneviève (aujourd'hui le Panthéon). Vers la fin du siècle également les jardins à la française sont remplacés par les parcs genre anglais, imitant la nature.
Cette transformation de l'art correspond à un changement notable dans les idées et dans les
mœurs. A la recherche cynique du plaisir, à Tincrédulilé frivole succèdent des sentiments plus sérieux dont le retour vers l'antique et vers la nature sont l'expression. Les cœurs s'attendrissent, la sensibilité, la philanthropie deviennent à la mode. On se passionne pour les thèses éloquentes et paradoxales de Jean-Jacques Rousseau. On invente le beau mot de bienfaisance. L'institut des sourds et muets est fondé par l'abbé de I'Epée; celui des jeunes aveugles par l'abbé Hauy.
Un désir sincère de réforme, des idées de justice et de liberté, le culte généreux du respect dû à la personne humaine, une belle confiance en l'efficacité souveraine et le triomphe prochain de la Raison invoquée depuis cinquante ans par les philosophes, faisaient battre le cœur de la bourgeoisie, se répandaient de proche en proche dans toute l'élite pensante de la nation, pénétraient même dans le peuple. On rêvait l'avènement du bonheur universel.
La France contemporaine.
La Révolution. — La première République. — Le Consulat et l'Empire. — La Restauration. — Le gouvernement de Juillet. — La seconde République. — Le second Empire. — La troisième République; relèvement de la France. — Derniers évé- Dements.
La Révolution. — Dans les États généraux qui se réunirent à Versailles la bourgeoisie avait la majorité , elle eut un chef : le grand orateur Mirabeau.
Par le mémorable serment du Jeu de paume l'Assemblée jura « de ne pas se séparer avant d'avoir donné une constitution à la France. » Elle devint Constituante.
Ainsi le droit de la Souveraineté de la Nation s'affirmait en face de la Monarchie absolue.
La cour résolut alors de dissoudre l'assemblée par la force. Mais entraînés par Camille Desmoulins, les Parisiens s'insurgèrent et le 14 juillet ils prirent la Bastille, ce menaçant symbole du despotisme et des abus de l'ancien régime.
De part et d'autre on sortait des voies légales et le peuple entrait en scène. La nouvelle de cet
événement fut accueillie avec joie même à l'étranger et jusqu'en Russie. La Révolution commençait.
Le 4 août, l'Assemblée abolit les droits féodaux, et dès lors elle ne cessa de poursuivre son œuvre de
Prise de la Bastille.
réforme dont la préface fut la célèbre Déclaration des droits de l'homme, affirmation de tous les grands principes sur lesquels reposent les sociétés modernes.
Cependant, après l'évasion du roi et son retour forcé à Paris, l'Assemblée se sépara, sans avoir pratiquement achevé son œuvre. Elle laissait les deux pouvoirs aux prises : la Royauté et la Nation, l'exécutif et le législatif.
Sous l'Assemblée législative qui se réunit ensuite, la guerre avec l'Autriche et bientôt l'invasion des Prussiens en Lorraine exaspérèrent les esprits déjà
irrités. Le 10 août 1792, le peuple s'empara des Tui-
Combat de Valmy (1792).
leries et Louis XVI fut enfermé au Temple. Par le fait la royauté était abolie.
L'ennemi avançait toujours; la terreur était à
<;on comble; les abominables massacres de septembre ensanglantèrent Paris; mais la victoire de Valmy sauva la France.
Un jeune officier, Rouget de Lisle venait d'improviser à Strasbourg, à quelques pas de l'ennemi, la Marseillaise qui est restée le chant national.
La première République. — Le duel engagé entre les pouvoirs exécutif et législatif aboutit à la concentration de tout dans la Convention qui proclama la République le 22 septembre 1792.
Deux partis déchiraient r.\ssemblée : les Montagnards et les Girondins. Les Montagnards envoyèrent à la mort l'infortuné Louis XVI, les Girondins, la reine Marie-Antoinette et bien d'autres victimes illustres; ils gouvernèrent par la terreur jusqu'à la chute de Robespierre. Mais avec le Comité de Salut public ils sauvèrent la France; la science fut mise au ; "v service de la défense nationale. \V*f'A^^"%^ Tandis que Carnot organisait la )Sli*^^»'"^ IP victoire, des généraux improvisés sous le feu de l'ennemi, Hoche, Carnot. Kléber, Marceau, Jourdan, re-
poussaient les armées de la coalition et assuraient à la France les limites des Alpes et du Rhin.
En même temps, la Convention s'illustrait par des fondations utiles : École Polytechnique, École Normale, Institut, Conservatoire des Arts et Métiers, unité des poids et mesures, exposition de l'industrie, musée d'antiquités nationales.
Après la Convention, tous les ressorts du pouvoir
se relâchèrent. Le Directoire (1795) compromit la
République par sa politique agressive au dehors,
son désordre financier et ses coups d'État.
On se lassait, on s'abandonnait, on attendait un
sauveur, quand parut Bonaparte. Le jeune général se révéla à Toulon, s'illustra dans la célèbre campagne d'Italie, imposa la paix à l'Autriche.
Rêvant d'accroître sa renommée par de nouvelles conquêtes, il fit l'expédition d'Egypte. Vainqueur aux Pyramides, il entra au Caire, créa l'Institut d'Egypte. Cependant, sa flotte détruite à Aboukir, lui-même repoussé de Syrie, il quitta furtivement son armée.
Il fut accueilli en France par des acclamations; mais la gloire toute seule ne lui suffisait déjà plus; le 18 brumaire il renversa la République et s'empara de la dictature. Il prenait la France grande et forte. Il ne devait l'abandonner quinze ans après qu'humiliée, amoindrie, épuisée.
Le Consulat et FEinpire. — Il eut d'abord le titre de premier consul (1800).
L'Autriche continuait la guerre. Il la vainquit à Marengo, grâce au brave Desaix, et les victoires de MoREAU en Allemagne décidèrent la paix. L'Angleterre elle-même se retira un instant de la lutte.
Bonaparte , bientôt Empereur et Napoléon P"", modifia les institutions républicaines; il signa avec le pape Pie VII le Concordat, promulgua le code civil , institua l'administration des préfets , créa l'Université, la Légion d'honneur. Il prétendit incarner la Nation, brisa toute résistance. Son terrible génie militaire, son fol orgueil, son monstrueux égoïsme se déchaînèrent.
II vainquit l'Autriche et la Russie à Austerlitz. Il conquit la Prusse à léna; au traité de Tilsitt il songea à se partager le monde avec le czar Alexandre.
C'est l'Angleterre surtout qu'il eût voulu atteindre. Il essaya de la ruiner par le blocus continental.
Il entreprit la conquête de l'Espagne, acheva d'écraser l'Autriche à Wagram.
La France asservie se taisait ou se prosternait; l'armée ivre de gloire Tadorait comme un dieu; en Europe il était le roi des rois. Il épousa Marie-Louise, espéra fonder une dynastie.
La campagne de Russie brisa cet élan vertigineux. La tuerie de Leipzig le rejeta sur le Rhin et Thé roïque campagne de France ne put le sauver d'une catastrophe, ni la France avec lui. Abandonné de ses maréchaux, il abdiqua à Fontainebleau et fut envoyé à l'île d'Elbe.
La Restauration. — Tout semblait fini. Mais Louis XVIII, frère de Louis XVI, fut fait roi par les puissances coalisées et cette première restauration excita un mécontentement que Napoléon s'empressa d'exploiter.
II s'échappe, débarque près de Cannes, entre ài Paris le 20 mars, reprend la lutte contre l'Europe. La lutte épique, la déroute sanglante de Waterloo, telle fut la catastrophe de ce drame où la France fut sur le point de périr.
Tandis que Napoléon était déporté à Sainte-Hélène, Louis XVIII, rétabli sur le trône, octroyait une charte et inaugurait le régime parlementaire. Il signa les traités désastreux de Paris imposés par l'étranger, subit la Chambre introuvable et les furieuses rancunes des anciens émigrés qui firent la Terreur blanche : puis, lorsque le duc de Richelieu eut libéré le territoire (jusque-là occupé par les alliés), il eut la sagesse d'adopter avec le duc Decazes une politique modérée.
L'assassinat du duc de Berry vint tout compromettre (18:20). L'avènement du ministère de Villèle, l'envoi d'une armée française en Espagne pour rétablir l'autorité absolue de Ferdinand VII, marquent le retour de la réaction aux affaires.
Charles X, précédemment comte d'Artois, frère
et successeur de Louis XVIII en 1824, conserva
Retour de l'Ile d'Elbe.
d'abord le ministère de Villèle, puis essaya du
libéralisme avec Martignac, pour retourner à la réaction avec Polignac, le moins populaire des grands seigneurs. La Chambre répendit à cette provocation par une adresse au roi, votée par 221 députés, qui déclarait que Faccord de la royauté et de la nation était brisé. La Chambre fut dissoute. Mais les 221 et 50 nouveaux opposants ayant été élus, Charles X eut recours à un coup d'État par la publication des Ordonnances (de juillet 1830) qui violaient la Charte. La Révolution de Juillet éclata. Après un combat sanglant de trois jours, les troupes royales furent vaincues. Charles X abdiqua, puis se réfugia en Angleterre.
On doit à la Restauration : TÉcole forestière de Nancy, l'École des mineurs de Saint-Étienne, l'École des Chartes. De cette époque datent : la première caisse d'épargne, la première salle d'asile, la navigation fluviale à vapeur, l'éclairage au gaz.
Au dehors s'étaient accomplis, sous le règne de Charles X, deux événements importants : la guerre de Grèce, l'expédition d'Alger.
Le peuple hellène s'était insurgé contre les Turcs. La France, l'Angleterre, la Russie finirent par s'émouvoir. En 1827, leurs flottes réunies détruisirent à Navarin la flotte ottomane et une armée française concourut à l'affranchissement de la Grèce.
Les pirates barbaresques, depuis le xvf siècle, infestaient la Méditerranée. A la suite d'un outrage infligé à son ambassadeur, Charles X dirigea une expédition contre Alger, et le 5 juillet 1830 la ville fut prise par les troupes françaises.
Le Gouvernement de Juillet. — Le duc d'Orléans appelé au trône par les chefs de la bourgeoisie parisienne et reconnu par la Chambre, régna sous le nom de Louis-Philippe 1^% roi des Français.
Son gouvernement fut troublé par do fréquents changements de ministères, attristé "par la première apparition du choléra (1832), ensanglanté par des émeutes. De nombreuses tentatives d'assassinat furent dirigées contre le roi et la famille royale.
Les principaux ministres de ce règne furent Casimir Perier, Tuiers et Guizot.
Au dehors, le gouvernement de Juillet s'efforça de maintenir la paix à tout prix et fut l'allié, souvent docile, de l'Angleterre. Il intervint pourtant en Belgique pour assurer l'indépendance du peuple belge et il continua la conquête de l'Algérie où le maréchal BuGEAUD parvint à triompher d'ABD-EL-KADER.
Au dedans, il s'appuya sur la bourgeoisie et eut surtout en vue le développement de la richesse matérielle. Beaucoup de lois ou d'institutions utiles datent de cette époque. Thiers fortifia Paris. Guizot entreprit l'organisation de l'enseignement primaire. La législation criminelle fut adoucie. Des canaux, des routes, des monuments furent achevés ou construits ; les chemins de fer furent commencés.
La seconde République. — Le droit de vote était le privilège des plus riches, et c'est à peine s'il y avait 300 000 électeurs. L'obstination de Guizot à repousser toute réforme électorale fut la principale cause de la Révolution du 24 février 1848. Le peuple de Paris s'insurgea, chassa Louis-Philippe, proclama la République et installa à l'Hôtel de Ville un gouvernement provisoire dont le chef fut le grand poète Lamartine. L'Assemblée constituante qui se réunit alors établit le suffrage universel; elle eut à réprimer la sanglante insurrection de juin, et nomma le général Cavaig.nac chef du pouvoir exécutif.
Mais bientôt Louis-Napoléon Bonaparte fut élu président de la République, et l'Assemblée constituante fit place à l'Assemblée législative.
Le second Empire. — Par le coup d'État du 2 décembre 1851, le président de la République s'empara de la dictature. Le 2 décembre 1852, il se fit proclamer empereur sous le nom de Napoléon III. Il régna dix-huit ans, et d'abord tout lui
réussit. Il fut reconnu par l'Europe; il s'allia avec l'Angleterre, il soutint l'Empire ottoman contre les Russes et s'empara de Sébaslopol (1855), il eut un fils qui devait être son héritier, il entreprit d'assainir et d'embellir Paris, il échappa aux complots dirigés contre sa vie. Il triompha de l'Autriche en Itfilie à Magenta, à Soiférino, et il affranchit le Milanais (1859); il annexa Nice et la Savoie, qui par un vote solennel se déclarèrent terres françaises; il porta secours aux chrétiens de Syrie; de concert avec l'Angleterre, il força la Chine à ouvrir ses ports au commerce européen; il s'empara de la Cochin-
chine.
•Cependant le luxe, les emprunts, les vastes tra-
vaux, et surtout la désastreuse expédition du Mexique qui se termina par l'exécution de l'infortuné Maximilien en 1867, inquiétaient l'opinion, épuisaient le trésor. L'opposition grandissait chaque jour. D'autre part, la victoire de la Prusse sur l'Autriche à Sadovv^a (1866) avait modifié profondément la situation de l'Europe. L'empereur céda aux conseils de son entourage; enhardi par un plébiscite qui semblait consolider son trône, pris au piège par le prince de Bismarck, il déclara la guerre à la Prusse.
Rien n'était prêt. L'armée française surprise, écrasée à Wissembourg, à Spickeren, à Wôrth, fut refoulée sur Metz après les trois grandes batailles de Borny, de Rezonville et de Saint-Privat livrées par le maréchal Bazaine.
Napoléon III, entraînant à sa suite l'armée du maréchal Mac-Mahon, voulut rejoindre Bazaine. Enveloppé à Sedan par les Prussiens à la suite d'une sanglante bataille dans laquelle furent tués ou blessés 17 000 soldats français, il capitula avec plus de 100 000 hommes (l^"- septembre 1870).
La troisième République. — A la nouvelle de Sedan, la République fut proclamée le 4 septembre 1870.
Paris, bientôt investi par les armées allemandes, soutint un siège de quatre mois, supporta héroïquement la faim, le froid, toutes les privations, essaya en vain de percer la ligne d'investissement. En province, Gam- BETTA improvisa trois armées '.
celles du Nord, de la Loire et de l'Est. Ces troupes inexpérimentées, mal nourries, mal équipées, entraînées par Faiduerbe, par Chanzy, sauvèrent du moins l'honneur de la nation française.
L'armistice du 28 janvier 1871, négocié par Jules Favre, mit fin à la guerre.
Une assemblée réunie à Bordeaux proclama Thiers chef du pouvoir exécutif et signa la paix de Francfort qui enlevait à la France Metz, avec une partie de la Lorraine, l'Alsace moins Belfort, et fixait l'indemnité de guerre à cinq milliards (20 mars),
Quelques jours après éclatait à Paris, le 18 mars, la redoutable insurrection de la Commune. Thiers, secondé par l'assemblée qui s'était transportée à Versailles, forma une armée, et vainquit la Commune dont la défaite fut accompagnée et suivie de sanglantes représailles.
Relèvement de la France. — Après la guerre étrangère, la guerre civile était terminée. La loi de 1872, qui a rendu le service militaire obligatoire, créait une armée nouvelle et bientôt formidable. Grâce au succès éclatant d'un emprunt de cinq milliards, Thiers put anticiper le paiement de l'indemnité de guerre et obtenir la libération du territoire (mars 1873).
Cependant l'établissement définitif du gouvernement républicain était toujours contesté par la Droite de l'Assemblée, qui le 24 mai 1873 renversa Thiers, appela à la présidence le maréchal Mac- Mauon afin d'entreprendre une restauration monarchique. Le refus du comte de Chambord, dernier Bourbon, de s'entendre avec la famille d'Orléans ruina d'avance ce projet. Après de longues discussions et à la majorité d'une voix (30 janvier 1875) une constitution républicaine fut enfin votée. Elle fut promulguée le 25 février 1875.
La nouvelle Chambre était en grande majorité républicaine et inspirée par Gambetta. Le maréchal Mac-Mahon entra en lutte avec elle. Le 16 mai 1877 il provoqua la démission du Cabinet républicain.
La Chambre ayant protesté par 363 voix contre ce coup dEtat parlementaire, elle fut dissoute, mais les 3G3 lurent presque tous réélus et le maréchal sommé « de se soumettre ou de se démettre » fini par se retirer (30 janvier 1879). Depuis lors la République n'a plus été remise en question. Le prince impérial mort en 1879, le comte de Ghambord (1883), le duc d'Orléans (1895) ont disparu de la scène. Le nouveau régime s'est développé non sans heurt, mais légalement. Les funérailles de Gambetta (1882), de Victor Hugo (1885) ont fourni au sentiment populaire l'occasion de se manifester.
Derniers événements intérieurs (1879-1900). Quatre présidents se sont succédé à l'Elysée : — Jules Grévy, réélu en 1885, a été obligé en 1887 de donner sa démission. — Sous la présidence de Sadi Carnot, les complots du général Boulanger ont été réprimés, l'exposition universelle de 1889 a jeté un vif éclat ; le pays a subi la faillite et le scandale de Panama; le clergé français a été invité par le pape Léon XIII à se rallier à la République; mais les attentats des anarchistes se sont multipliés et le président Carnot a été assassiné à Lyon en 1894. ^— Il a été remplacé par Casimir-Périer qui n'a voulu conserver ses pouvoirs que quelques mois et a eu pour successeur Félix -Faure en 1895. L'affaire Dreyfus a causé non seulement en France mais encore au dehors la plus vive agitation et a menacé un instant dé dégénérer à Paris en guerre civile. Le 16 février 1899 le président F. Faure est mort subitement, et, le 18 février, M. Emile Loubet, prési-
Carnot.
dent du Sénat, a été élu Président de la République. Il a eu l'honneur d'inaugurer et de clore l'Exposition universelle de 1900 qui, par son ampleur, sa richesse et sa variété, a dépassé toutes les expositions précédentes.
Pendant ces vingt dernières années, des réformes importantes ont été opérées, des directions nouvelles ont été suivies.
La loi militaire de 1872 a été complétée en 1889 : le service est devenu obligatoire pour tous.
Une politique protectionniste a été inaugurée en 1892 par le vote du tarif des douanes, inspiré par
M. MÉLLNE.
L'enseignement supérieur a été réorganisé, et des universités provinciales ont été créées. Des changements notables ont été introduits dans l'enseignement secondaire. L'enseignement des jeunes filles a été institué. Des lois ont établi l'obligation de l'enseignement primaire, ainsi que la gratuité et la laïcité des écoles publiques. Ces réformes scolaires ont été surtout l'œuvre de Jules Ferry (mort en 1893).
L'évolution des partis a amené au pouvoir en 1895 un ministère radical, en 1899 un cabinet comprenant un ministre socialiste, M. Millerand ; et, d'une manière générale, on a pu observer l'ingérence de plus en plus marquée des lois d'État dans les questions sociales. Un office du travail a été créé en 1893. Les syndicats professionnels, les conseils du travail ont été organisés.
Derniers événements extérieurs. — A l'extérieur, le domaine colonial de la France s'est considérablement accru : — par l'occupation de la Tunisie (1881); par l'expédition de Hué qui a obligé, en 1883, les Annamites à reconnaître la suzeraineté de la France; — par la guerre de Chine et la conquête du Tonkin, ainsi que par l'établissement de la domi-
nation française au Congo (1885); — par l'extension du Soudan, par la main-mise sur le Dahomey (1892) et sur Madagascar (1895). Jules Ferry a été le principal initiateur de celte œuvre coloniale.
L'alliance franco-russe (réponse à la triple alliance de 1887) s'est affirmée en 1891 par la visite de la flotte française à Cronstadt, en 1893 par celle de la flotte russe à Toulon, en 1896 par la visite du Czar à Paris, en 1897 par celle du président Félix Faure à Pétersbourg, tout récemment par l'entente des deux puissances en Chine.
L'exclusion de la France des aff"aires d'Egypte, conséquence d'un vote de la Chambre (1882), l'affaire de Fachoda (1899), les sympathies marquées de la nation française pour les Boers, victimes de l'Angleterre, ont pu refroidir mais non briser les relations pacifiques des deux pays.
En plusieurs circonstances un rapprochement a paru se produire entre la France et l'Allemagne. Qui résoudra la douloureuse question de l'Alsace- Lorraine?
Les institutions de la France actuelle.
Gouvernement. — Impôts et Budget. — Organisation administrative : Affaires étrangères; Finances; Intérieur; Travaux publics; Agriculture; Commerce et Industrie; Armée de terre; Marine et Colonies; Justice; Instruction publique; Cultes et Beaux-arts. — Initiative privée.
Gouvernement. — La France est une République. Tous les Français sont égaux entre eux devant la loi; le peuple est Souverain. Le Peuple français gouverne par des mandataires qui le représentent. Ces mandataires forment des corps électifs qui font les affaires du pays. Tout Français âgé de vingt et un ans est électeur, pourvu qu'il réside dans une commune depuis six mois, et qu'il n'ait pas perdu, par une condamnation judiciaire, ses droits de citoyen.
Les électeurs d'une commune élisent le Conseil municipal; c'est la représentation de la commune. Ily a 36 000 communes. Les électeurs du canton élisent un ou ^^lusieurs conseillers d'arrondissement : le Conseil d'arrondissement est la représentation de l'arrondissement. Il y a 2871 cantons et 362 arrondissements. Les électeurs du canton élisent aussi un
conseiller général : le Conseil général est la représentation du département. Il y a 86 départements. Les Conseils municipaux, d'arrondissement, de département, ne doivent pas s'occuper d'affaires politiques.
Les affaires politiques sont traitées par la Chambre
Chambre des députés.
des Députés et par le Sénat qui forment la représentation nationale.
Chaque arrondissement nomme un député. Les arrondissements dont la population dépasse 100 000 âmes, nomment un député de plus par 100 000 habitants. La Chambre des députés (Palais Bourbon, quai d'Orsay) se compose d'environ 600 membres élus pour quatre ans, dont les six députés de l'Algérie et les députés des colonies.
Le Sénat (Palais du Luxembourg) se compose de 300 membres élus au scrutin de liste par les départements et les colonies. Les délégués de chaque commune, élus par le Conseil municipal, joints aux conseillers d'arrondissement, aux conseillers gêné-
raux et députés, forment dans chaque département le collège électoral qui nomme les sénateurs. Le Sénat se renouvelle par séries à raison d'une tous les trois ans.
Le Sénat et la Chambre des Députés exercent le pouvoir législatif. Toute loi doit être votée par les deux Chambres. Chaque année la loi de finances règle le budget et comprend tous les impôts à payer.
Le Président de la République (palais de l'Elysée et château de Rambouillet) est élu, pour sept années par le Sénat et la Chambre des Députés, réunis à Versailles en Assemblée nationale. Il commande la force armée; il nomme les ministres et pourvoit aux emplois militaires et civils les plus élevés. Il a le droit de grâce.
S'il survient un désaccord entre le Président et la Chambre ou entre la Chambre et le Sénat, le Président peut dissoudre la Chambre des Députés, avec l'autorisation du Sénat, qui lui-même ne peut être dissous.
Il y a dix ministres. Les ministres sont responsables devant les Chambres de leurs actes administratifs et politiques. Ils doivent gouverner d'accord avec elles. Selon un usage établi, un ministère mis en minorité devant la Chambre des députés, donne sa démission. Un ministère qui violerait les lois serait mis en accusation par la Chambre des Députés et jugé par le Sénat. Le Président de la République ne peut rien faire sans le concours de ses ministres.
Le pouvoir exécutif est représenté, au chef-lieu de chaque département, par le préfet; — au cheflieu de chaque arrondissement, par le sous-préfet; — dans chaque commune, par le maire qui est en même temps le chef de sa commune. Le maire est élu par le Conseil municipal parmi ses membres dans toutes les communes, à l'exception de Paris et de
Lyon qui sont régis par une législation particulière.
Ainsi, à tous les degrés, on trouve en France un corps délibérant à côté d'un représentant du pouvoir exécutif.
Tout Français nomme directement ou indirectement les membres des Conseils et des Chambres, et les agents du pouvoir exécutif. En résumé, la Nation se gouverne elle-même et chacun y a sa part de la souveraineté nationale.
Le Gouvernement est assisté d'un Conseil d'État (Palais-Royal) chargé de préparer les projets de loi, de décrets, de règlements d'administration publique ainsi que de juger les procès entre les administrations publiques et les particuliers.
Impôts et Budg-et. — Les principaux impôts sont :
1° Les contributions indirectes consistant en droits sur les boissons, les tabacs, le transport des voyageurs et des marchandises, les poudres à feu et sur divers autres produits. Les recettes provenant des contributions indirectes (plus d'un milliard) sont la principale ressource du budget.
On rattache aux contributions indirectes : les droits d'enregistrement et de timbre perçus sur les actes (de vente, de location, etc.); les douanes établies sur les marchandises à l'entrée ou à la sortie du territoire,
2° Les contributions directes comprenant : la contribution foncière qui frappe les terres et les maisons; la contribution personnelle et mobilière, la première équivalente à trois journées de travail, la seconde proportionnelle à la valeur locative de l'habitation; la contribution des portes et fenêtres; celle des patentes due par tout individu qui exerce une industrie ou un commerce. Les autres ressources du
Budget sont : le produit des postes et télégraphes, des domaines et des forêts, etc.
La plupart des villes perçoivent à leur profit des droits d'octroi sur les marchandises qui pénètrent dans la ville. Ces droits ne sont pas compris dans les impôts proprement dits. — L'octroi de Paris produit autant (120 millions) que tous les octrois de province réunis.
Le Budget de la France dépasse 3 milliards. La dette est de 31 milliards; elle exige chaque année le service de plus d'un milliard en rentes et annuités de remboursement.
Les dettes les plus élevées, après celle de la France, sont celles de la Grande-Bretagne qui approche de 17 milliards, et celle de la Russie, de 23.
Org-anisation administrative. — C'est tout un monde et un prodigieux mécanisme que l'administration française. Elle s'est formée lentement, patiemment sous les rois, après les avoir aidés à triompher de la féodalité; elle a été en grande partie respectée par la Révolution; le Consulat et l'Empire l'ont encore développée et perfectionnée; les régimes suivants s'en sont tous servis et l'ont médiocrement rajeunie. Une multitude de fonctionnaires et d'agents de tout ordre remplissent les ministères, et peuplent, dans les départements, dans les colonies, les administrations qui en dépendent. Cependant le principe césarien de la centralisation à outrance semble fléchir, depuis l'établissement définitif de la République.
Affaîres ctrang-ères. — Le ministre des Affaires étrangères (quai d'Orsay) est chargé des rapports politiques et commerciaux avec les autres puissances. Il est le chef des ambassades et légations, ainsi que des consulats. Il a en outre dans ses attributions le protectorat de la Tunisie.
Finances. — Le ministère des Finances (Palais du Louvre) est chargé du recouvrement des impôts et de tous les paiements de TÉtat. Il comprend les directions générales des Contributions directes; de l'Enregistrement, des Domaines et du Timbre; des Douanes; des Contributions indirectes; des Manufac-
Ministère des finances.
tures de l'État. Il surveille le service de la fabrication des monnaies et médailles (Hôtel des monnaies, quai Conti). Il exerce un certain contrôle sur la Caisse d'amortissement et des dépôts et consignations, où sont déposés les cautionnements des fonctionnaires, les fonds des caisses d'épargne, etc., sur la Banque de France (rue de la Vriilière) et le Crédit foncier de France (19, rue des Capucines).
La Cour des comptes (Palais-Royal, aile iMontpensier) est chargée de vérifier les comptes de toutes les administrations.
Intérieur. — Le ministre de l'Intérieur (place Beauvau) est chargé de l'administration générale et départementale, de la direction des prisons, de la police, des hospices, du contrôle de la presse, etc. Il est assisté par divers conseils tels que le Conseil de l'Assistance publique et le Comité d'hygiène. Il a sous ses ordres les préfets, sous-préfets, etc.
Du ministère de l'Intérieur dépendent les Instituts des jeunes aveugles et des sourds-muets.
Travaux publics. — Le ministère des Travaux publics (244, boulevard Saint-Germain) se compose : de l'administration des Ponls et chaussées, chargée de l'entretien des routes, cours d'eau navigables, ports, et de la surveillance des chemins de fer; de l'administration des Mines. Il y a à Paris une école des Ponts et chaussées (rue des Saints-Pères) et une école des Mines (boulevard Saint-Michel, beau musée).
Agriculture. — Le ministère de l'Agriculture
École vétérinaire d'Alfort.
(78, rue de Varenne) est assisté, à Paris, de divers conseils; dans les départements, de chambres consultatives d'agriculture, d'associations libres de cultivateurs ou comices agricoles.
Au même ministère se rattachent : les concours régionaux agricoles, les concours d'animaux de boucherie les courses de chevaux; l'école des haras du Pin (Orne); la bergerie de Rambouillet, les fermesécoles; les chaires d'agriculture ; les écoles d'agriculture de Grignon, Nantes et Montpellier; les Écoles vétérinaires d'Alfort, Lyon et Toulouse ; l'administration des Forêts et l'École forestière de Nancy Unslitut agronomique (i6, rue Claude Bernard) destine à former des agriculteurs, des professeurs pour 1 agriculture ; la Société nationale d'agriculture Commerce et Industrie. - Le ministre du Commerce et de l'Industrie (101, rue de Grenelle) est assiste de plusieurs conseils et comités ; de chambres consultatives des Arts et manufactures; de chambres de commerce qui ont revenus, propriétés, bibliothèques, subventionnent des écoles, etc. Il y a aussi des Chambres de commerce françaises à l'étranger Au même ministère se rattachent : le Conservatoire des arts et métiers (292, rue Saint-Martin ; cours pubhcs et riches collections); l'École centrale des arts et manufactures (1, rue Montgolfier); lOffice du Travail (80, rue de Varenne); les conseils du Travail (crées en 1900); les Écoles des arts et métiers d'Aix Angers, Chàlons, Lille ; les écoles industrielles et professionnelles; les Postes et Télégraphes, la Caisse nationale d'épargne.
Armée de terre. — Le ministre de la Guerre (rue Samt-Dominique) administre l'armée de terre. Le service militaire personnel est obligatoire pour tous les Français. Sa durée est de 25 ans : 3 ans dans 1 armée active, 10 dans la réserve de l'armée active, 6 dans l'armée territoriale, 6 dans la réserve de 1 armée territoriale.
La France est divisée en 20 régions occupées chacune par un corps d'armée. Le 19« corps est établi
en Algérie. Paris forme un gouvernement militaire à part. Chaque région comprend 8 subdivisions.
Les diflércntes armes dont se compose l'armée active sont :
L'Infanterie : l-4o régiments subdivisionnaires, 18 régionaux pour les places fortes; les chasseurs à pied, 18 bataillons ; les chasseurs de montagne (alpins), 12 bataillons; les zouaves, A régiments; les tirailleurs algériens (turcos), 4 régiments; l'infanterie légère d'Afrique, 5 bataillons; la légion étrangère, 2 régiments et 4 compagnies de discipline.
La Cavalerie : cuirassiers, 13 régiments ; dragons, 31; chasseurs, 21; hussards, 14; chasseurs d'Afrique, 6; spahis, 3; spahis tunisiens,!; spahis sahariens, 1 escadron ; spahis soudanais, 1 escadron ; cavaliers de remonte 8 compagnies.
L'Artillerie : artillerie de campagne; 19 brigades et 3 commandements formant 40 régiments, ensemble 430 batteries montées, 52 batteries à cheval, 14 batteries de montagne; de plus, 12 batteries en Algérie et Tunisie, total : 508 batteries. — 18 bataillons d'artillerie à pied, ensemble 112 batteries dont 7 en Algérie et Tunisie. — 10 compagnies d'ouvriers, 3 compagnies d'artificiers (plus de 3 700 canons).
Le Génie : 6 régiment's de sapeurs-mineurs; 1 de sapeurs de chemins de fer; 1 corps de télégraphistes; 17 compagnies de conducteurs du génie; 72 du train des équipages dont 12 en Algérie.
Le personnel non enrégimenté comprend : les commis et ouvriers de l'intendance, les infirmiers, les vétérinaires, les vélocipédistes, les secrétaires d'état-major; 27 légions de gendarmerie; la garde républicaine et les sapeurs-pompiers de Paris.
L'armée territoriale est formée de 145 régiments d'infanterie, et 18 d'artillerie. 151 escadrons de cavalerie, du corps douanier et du corps forestier.
L'effectif en temps de paix est de 28 200 officiers et employés, 545 500 sous-officiers et soldats, 140 000 chevaux et mulets, et d'environ 3 700 canons de campagne. L'effectif total de guerre dépasserait 3 millions d'hommes.
Saint-Cyr.
Les établissements dépendant du ministère de la Guerre sont : l'hôtel des Invalides, le Prytanée de la Flèche, l'École spéciale de Saint-Cyr, l'Ecole Polytechnique (près le Panthéon), l'École d'application de l'artillerie et du génie à Fontainebleau, l'École d'administration à Vincennes, l'École d'application de médecine et de pharmacie militaires (au Val-de-Grâce), l'École supérieure de Guerre (École militaire), l'École d'infanterie à Saint -Maixent, l'École de gymnastique de Joinville.
La France consacre chaque année le cinquième de ses recettes, soit plus de 600 millions, à l'entretien de son armée de terre.
Marine. — Le ministre de la Marine (2, rue
Royale) s'occupe des navires de guerre qui com posent la flotte, des ports de guerre, de l'armée de mer.
La flotte se compose d'une trentaine de cuirassés d'une cinquantaine de croiseurs, d'une trentaine d'avisos et canonnières, d'une dizaine de gardescôtes cuirassés, de 30 torpilleurs de haute-mer, de plus de 220 torpilleurs ordinaires, d'une vingtaine de transports, de 40 à 50 bâtiments divers, en tout 450 bâtiments environ.
Ces navires sont répartis en escadres, divisions et stations : escadre de la Méditerranée; escadre du Nord; divisions de l'Atlantique, du Pacifique, de l'Extrême-Orient, de la Cochinchine; stations d'Islande et de Terre-Neuve (pour la surveillance de la pèche de la morue), de l'Annam et Tonkin, du Sénégal et Guinée, du Congo, de Guyane, des Iles de la Société.
Les navires de guerre sont construits, armés et possèdent leurs réserves dans les cinq ports de guerre de Toulon, Rochefort, Lorient, Brest et Cherbourg.
Les équipages de la flotte se recrutent au moyen de l'inscription maritime. Sont inscrits, c'est-à-dire astreints à servir sur les navires de l'État de vingt à vingt-cinq ans et peuvent être appelés jusqu'à cinquante ans, en temps de guerre, tous les pêcheurs des côtes et les matelots de la marine marchande.
Les oiïîciers de marine sont formés à l'École navale du « Borda » en rade de Brest. Parmi les autres écoles spéciales de la marine sont : l'École des mousses de Brest, l'École de médecine navale de Bordeaux, l'École du génie maritime à Paris, l'École supérieure de marine à Toulon, etc.
Le personnel de la marine s'élève ainsi à plus de
53 700 hommes. Les troupes de la marine comprennent : 13 régiments d'infanterie de marine et divers détachements de la même arme; 7 régiments de tirailleurs tonkinois, annamites, sénégalais, sou-
Le Borda.
danais, malgaches; 1 bataillons de tirailleurs haoussas ; 45 batteries ou détachements d'artillerie de marine ; 3 compagnies disciplinaires ; enfin 1300 hommes de gendarmerie maritime et coloniale.
Colonies. — Le ministre des Colonies (Pavillon de Flore, au Louvre) correspond avec les gouverneurs des colonies. Dans chaque colonie importante l'administration appartient à un directeur de l'Intérieur, assisté d'un conseil général. Le gouvernement général de l'Indo-Chine est autonome.
Le budget métropolitain pour le service des colonies est de 90 millions de francs (l'Algérie à part). Les budgets locaux des recettes dépassent 50 millions (dont moitié pour la Cochinchine). L'École colo niale (avenue de l'Observatoire) prépare des fonctionnaires pour les colonies.
Justice. — Le ministre de la Justice (place Vendôme) porte aussi le titre de garde des sceaux.
On dislingue deux juridictions principales, civile et criminelle. Il y a dans chaque canton un juge de paix, dans chaque arrondissement un tribunal civil, et dans 16 villes importantes une cour d'appel. Les
Palais de Justice.
accusés de crimes sont jugés dans chaque département par une cour d'assises dont le jury est formé de simples particuliers désignés par le sort. Audessus de tous les tribunaux est la Cour de cassation (Palais de Justice) à Paris; elle veille à la stricte observation des lois.
Instruction publique. — Le ministre de l'Instruction publique (110, rue de Grenelle) est le chef de l'Université de France. Il est assisté d'un Conseil supérieur et d'inspecteurs généraux. La France est partagée en 16 académies administrées par des Recteurs.
On distingue l'enseignement libre ou privé, simplement surveillé par l'État, et l'enseignement public.
I.'enseignement primaire est obligatoire. Il est donné dans les écoles primaires communales (gratuites et laïques) et dans les écoles privées. Il y a aussi des écoles primaires supérieures.
L'enseignement secondaire, qui comprend l'enseignement classique et l'enseignement moderne (sans langues anciennes) pour les garçons, et l'enseignement secondaire des jeunes filles, est donné dans les collèges et lycées de l'État ainsi que dans des séminaires et des institutions privées en grande majorité ecclésiastiques.
L'enseignement supérieur est donné dans les Facultés publiques des lettres (15), des sciences (15), de droit (13), de médecine (6), les Écoles supérieures de pharmacie (3); dans quelques écoles libres et dans les écoles spéciales. \ Paris, les Facultés des lettres et des sciences sont logées, ainsi que l'administration académique, à la Sorbonne.
Les instituteurs et les institutrices sont formés dans les écoles normales primaires départementales; les professeurs des écoles normales dans les Écoles de Saint-Cloud et de Fontenay-aux-Roses. Les professeurs de l'enseignement secondaire sont formés dans les facultés des lettres et des sciences, à l'École Normale supérieure et à l'École de Sèvres.
Les autres écoles spéciales sont : l'École pratique des hautes études (à la Sorbonne), l'École des Chartes, l'École des langues orientales, l'École libre des sciences politiques, l'École d'anthropologie, les écoles françaises d'Athènes et de Rome.
Les grands établissements scientifiques sont : le Collège de France (rue des Écoles) et le muséum d'Histoire Naturelle (au Jardin des plantes) où sont professés des cours publics; le Bureau des longitudes, l'Observatoire, le Bureau central météorologique (rue de l'Université).
Parmi les corps savants la première place appartient à rinstitut de France (quai Conti) qui comprend cinq académies de 40 membres chacune : l'Académie
Observatoire de Paris.
Française, les académies des Inscriptions et Belles- Lettres, des Sciences, des Beaux-Arts, des Sciences morales et politiques. Il y a aussi l'Académie de médecine (rue des Saints-Pères).
Cultes. — L'administration des Cultes (33, rue Bellechasse) est rattachée d'ordinaire à l'Instruction publique. La liberté des cultes est entière. Il y a trois cultes reconnus par l'État : le culte catholique; le culte protestant (600 000 personnes) et le culte Israélite (oO 000). Il y a aussi le culte musulman, subventionné par l'État (en Algérie, 3 600 000 personnes). Le culte catholique est celui de la majorité des Français. Il y a 17 archevêques, 84 évêques et dans chaque commune une ou plusieurs paroisses desservies par des curés et des vicaires.
Les grands séminaires forment des prêtres pour la France; le séminaire des missions étrangères, et celui du Saint-Esprit, à Paris, celui des missions africaines à Lyon, des missionnaires pour les colonies. Une foule de congrégations religieuses. Frères desÉcoles Chrétiennes, Filles de la Charité, etc., s'occupent d'œuvres charitables ou d'enseignement.
Beaux-Arts. — L'administration des Beaux-Arts
rrp^
Écolo des Ben':\ .'irîs.
(Palais-Royal, aile de Valois) est rattachée à l'Instruction publique.
L'École des Beaux-Arts (rue Bonaparte), à Paris, forme des peintres, des sculpteurs, des architectes, des graveurs. Elle est fréquentée par beaucoup dartistes étrangers. L'École du Louvre enseigne l'archéologie et l'histoire des arts. Le Conservatoire de musique et de déclamation (faubourg Poissonnière) forme des musiciens et des artistes drama-
tiques. L'Académie de France à Rome reçoit les élèves de ces deux écoles qui ont remporté le « prix de Rome ». Dans les départements sont d'autres écoles des beaux-arts (4), de musique (17), de dessin, etc. Il y a aussi des Écoles des arts décoratifs (4), une école de dessin pour les jeunes filles à Paris, etc.
Les manufactures de porcelaine de Sèvres, de tapisseries des Gobelins et de Beauvais sont administrées par l'État.
Les principaux musées nationaux sont le musée du Louvre, d'une richesse incomparable en objets d'art de toute sorte, le musée historique de Versailles, le musée des artistes vivants du Luxembourg, le musée de Cluny à Paris (pour le moyen âge), le musée de Saint-Germain-en-Laye (antiquités nationales jusqu'à Charlemagne), le musée Guimet (Extrême-Orient), les musées des moulages et d'ethnographie du Trocadéro. Il y a aussi un grand nombre de musées municipaux : le musée Carnavalet (histoire de Paris) et le musée Galliera, les musées de Lyon, Montpellier, Lille, Nantes et bien d'autres. L'État leur fait des dons.
L'État subventionne les théâtres de l'Opéra, de la Comédie-Française, de l'Opéra-Comique et de rOdéon à Paris. Les principaux théâtres de la province sont ceux de Bordeaux, Lyon, Montpellier, Marseille, Lille.
Les monuments dits historiques sont placés sous la sauvegarde de l'État. Les Archives Nationales constitue-nt également un service public.
Initiative privée. — Les attributions de l'État sont considérables en France et, en matière sociale principalement, elles tendent chaque jour à s'accroître. Mais l'État ne peut tout faire, et, dans un pays libre, il est naturel qu'il soit puissamment secondé et allégé par l'initiative privée.
Déjà les conseils municipaux, les conseils généraux administrent plus librement les intérêts des communes et des départements. En outre, depuis une vingtaine d'années surtout, une foule d'associations volontaires , dont le nombre et l'importance ne cessent de grandir, concourent ou suppléent à l'œuvre de l'État. Telles sont :
Les Sociétés de tir, de gymnastique et d'exercices physiques de toute sorte, qui préparent des soldats robustes et habiles; les sociétés colombophiles; les sociétés de dames qui soignent les blessés en temps de guerre; l'OEuvre de la Mer pour les marins;
Les sociétés de patronage des prisonniers libérés, qui s'efTorcent d'améliorer les criminels;
Les innombrables sociétés d'instruction populaire, telles que la Société Franklin, la Société dinstruction élémentaire, la Ligue de l'enseignement, l'Association philotechnique, l'Union française de la Jeunesse, les Universités populaires tout récemment instituées.
Les sociétés de géographie qui ont préparé et qui continuent à seconder le mouvement d'expansion de la France au dehors. Une seule, celle de Paris, fondée en 1821, existait en 1872: il en a été créé depuis lors une vingtaine, sans compter leurs succursales;
L'Alliance française fi."), rue de Grenelle), qui en propageant la langue nationale dans les colonies et à l'étranger, contribue à l'extension de rinfluence intellectuelle, politique et commerciale de la France; le Comité de l'Afrique française, qui a envoyé déjà, de nombreuses explorations dans le continent noir;
Les sociétés d'agriculture; la société d'acclimatation, qui s'efforcent de doter le pays de plantes et d'animaux utiles;
D'innombrables sociétés de bienfaisance, et entre
autres l'Hospitalité de nuit, la Bouchée de pain, les Crèches, qui forment tout un département libre de l'Assistance publique;
Les sociétés ouvrières, groupant les travailleurs par métier; les Chambres syndicales, placées à la tête de ces groupes, dont l'ardeur novatrice prépare la solution de quelques-unes des questions sociales; les sociétés d'Économie politique, qui étudient ces mêmes questions à un autre point de vue; les sociétés coopératives de production, de consommation ou de crédit qui appliquent pratiquement les théories économiques;
Les sociétés littéraires et artistiques qui organisent des représentations dramatiques ou musicales, des expositions de peinture et de sculpture;
Les sociétés savantes enfin, qui sont innombrables.
Il est indéniable que des sources fraîches d'initiative et d'énergie qui s'ignoraient elles-mêmes se font jour à travers les fentes du vieil édifice administratif, y raniment la vie et la parent de floraisons nouvelles.
La France économique.
Agriculture. — Productions agricoles. — Animaux domestiques, pêche, etc. — Industrie : productions minérales. — Industries alimentaires. — Industries textiles et du vêtement. — Industries mécaniques et industries diverses. — Voies de communication. — Commerce.
Agriculture. — La France est par excellence un pays agricole, une démocratie rurale. La Révolution, en supprimant les droits féodaux, en autorisant les communes à partager les biens communaux entre ses habitants, en ordonnant la vente des biens dits nationaux, a non seulement affranchi le paysan, mais elle l'a doté.
Les deux tiers environ des Français habitent aux champs ou dans des communes rurales (24 millions 1/2). Plus de la moitié de la population (18 millions 1/2) se compose de cultivateurs, de leurs familles et de leurs domestiques. Sur 4 835 000 propriétaires ruraux, les neuf dixièmes sont des petits propriétaires. Il est vrai que ces petits propriétaires occupent à peine le quart du territoire, tandis que les grands, qui ne sont que 1 sur 100, en possèdent plus du tiers.
La superficie de la France entière est de 53 millions d'hectares. Les lieux habités, routes, landes, rochers, surfaces incultes en prennent 8. Restent 45 millions d'hectares qui forment le sol agricole.
Le sol agricole se divise en terres de labour, 25 millions d'hectares; — vignobles, 2 millions; — bois et forêts, 9 millions; — prairies naturelles et pâturages, 9 millions.
Productions agricoles. — Sur 25 millions d'hectares de terres de labour, la culture des céréales occupe à elle seule 16 millions d'hectares, c'est-à-dire plus du quart de tout le territoire. Elles produisent annuellement 5 milliards de francs.
Depuis le commencement du siècle le système primitif de la jachère n'a cessé de diminuer, et de céder la place aux assolements et à l'usage de plus en plus rationnel des engrais. La charrue a été perfectionnée. Toutes sortes de machines agricoles ont été inventées. La production du froment a plus que doublé; de 40 millions d'hectolitres vers 1815, elle s'est élevée à plus de 110 depuis une vingtaine d'années.
La pomme de terre, à peine cultivée il y a cent ans, donne aujourd'hui une récolte de 130 millions d'hectolitres.
La culture maraîchère est pratiquée aux environs des grandes villes, sur le littoral de la Manche et de l'Océan.
Les cultures industrielles produisent 1 milliard 1/2. La betterave n'a commencé à se répandre en France que vers 1840. La région du nord fournit à elle seule les deux tiers de la récolte totale qui est d'environ 150 millions de quintaux.
Le lin et le chanvre sont moins cultivés depuis cinquante ans, à cause de la concurrence du coton; au colza et aux autres plantes oléagineuses on pré-
fère de plus en plus l'huile d'olive (Provence), les huiles de graines exotiques (arachides, etc.), le pétrole et ses dérivés. Les couleurs extraites de la houille ont ruiné la garance (importée au xviir siècle par le Persan Althen). Au contraire, la culture du tabac qui est réglementée par l'État et répandue surtout dans la vallée de la Garonne a doublé depuis quarante ans. Le monopole de la fabrication et de la vente des tabacs rapporte à l'État 300 millions de francs.
La richesse caractéristique de la France, après les céréales, est la vigne. Mais un trouble grave est apporté, depuis une vingtaine d'années, dans cette culture par l'invasion du phylloxéra. Il a fallu arracher la plus grande partie des vignes, ce qui représente une perte d'environ 3 milliards. On remplace les vignes indigènes par des plants américains sur lesquels on grefïe d'ordinaire les anciens plants français. La récolte des vins était de 25 ou 30 millions d'hectolitres au début de ce siècle, de 45 en 1850; elle tomba à 10, lors de la maladie de l'oïdium, se releva à 50 en 1858, atteignit 83 en 1875, retomba à 25 en 1879 (après quatorze années de phylloxéra) ; elle est en moyenne de 40 aujourd'hui. Les vins de Bordeaux, de Bourgogne, de Champagne sont connus dans le monde entier. Les vins, cidres et poirés produisent annuellement 1 milliard 1/2.
Les forêts couvrent un peu plus du sixième de la France et rapportent 2 milliards. Les arbres fruitiers abondent.
Les prairies et pâturages occupent 12 millions d'hectares, et produisent 2 milliards. Les prairies naturelles très nombreuses dans l'Ouest ont été améliorées : on en a créé de nouvelles dans le Midi par l'irrigation (canaux de Provence, de Roussillon, etc.). Les prairies artificielles ont pris un énorme déve-
loppement. Les pâtis, landes et terres incultes ont diminué de plus d'un million d'hectares dans la seconde moitié de ce siècle.
Animaux domestiques. — Pêche, etc. — Les
animaux domestiques représentent un revenu de 6 milliards. Le nombre des chevaux a augmenté d'un tiers depuis cent ans. Il est aujourd'hui de 3 millions 1/2. Les percherons sont les plus robustes. Les races ont été améliorées par l'introduction des étalons anglais et arabes. L'armée emploie l/iOOOO chevaux. Les ânes sont très utiles à la petite culture. Un grand nombre de mulets du Poitou sont exportés en Espagne. Les bœufs, taureaux, vaches, etc., paraissent avoir doublé en nombre depuis le siècle dernier. Ils sont 13 millions i/2 aujourd'hui. L'introduction de la race Durham a facilité l'engraissement. Les moutons ('23 millions), après s'être accrus, sont en diminution depuis la seconde moitié du siècle; ils reculent devant l'accroissement des cultures et l'importation des moutons étrangers. Les races on été perfectionnées pour la laine par l'introduction des mérinos, pour la viande par le croisement avec les dishloy d'Angleterre. Il y a 2 millions de chèvres. L'élevage des porcs (7 millions) , celui des animaux de basse-cour, ont fait de grands progrès. La production du miel a fléchi parce qu'il y a moins de landes, moins de fleurs pour les abeilles et que l'on consomme plus de sucre. Le gibier se fait rare, à cause du nombre croissant des chasseurs et surtout des braconniers.
Le poisson d'eau douce tend à diminuer; mais la pisciculture, dont le premier établissement fut fondé â Huningue (Alsace) en 1852, s'efforce de repeupler les rivières. La pêche côtière occupe 10 000 bateaux et 46 000 marins; la grande pêche, un millier de navires et 13 000 hommes. L'élevage des huîtres a
LA FHANCE ECONOMIQUE
pris une importance énorme en Bretagne, sur le littoral charentais et surtout à Arcachon,
Industrie. Productions minérales. — Grand pays agricole, la France est aussi l'une des premières puissances industrielles. Près de 10 millions de Français, y compris leurs familles, s'occupent d'industrie. On évalue que depuis cinquante ans la France consomme 14 fois plus de houille, 10 fois plus de fer; qu'elle fabrique 3 fois plus de tissus divers et 6 fois plus de tissus de coton.
Sur les :20 millions de tonnes de houille que produit la France (l'Angleterre IGO, l'Allemagne 60, l'Europe entière 280; les États-Unis, plus de 100), le bassin du Nord et du Pas-de-Calais en fournit à lui seul la moitié; celui de la Loire vient ensuite. La France est obligée d'emprunter 10 millions de tonnes de houille à ses voisins. Elle est assez riche en fer; elle fabrique 2 millions de tonnes de fonte, 900000 tonnes de fer pur et 500000 tonnes d'acier, surtout dans le département de Meurthe-et-Moselle.
Marais salants.
Grâce à la variété des terrains, elle est richement dotée en carrières de toute sorte, granits, basaltes, porphyres, calcaires, grès, silex, marbres, albâtre,
ardoises, kaolin de Saint-Yrieix (Haute-Vienne), phosphates de chaux du Pas-de-Calais, etc., sel gemme. Elle n'est pas moins bien pourvue d'eaux minérales. On exploite de nombreux marais salants sur les bords de la Méditerranée.
Industries alimentaires. — La cuisine française a une renommée universelle. Le pain de Paris n'est pas moins estimé. La France est le pays du monde le plus riche en spécialités alimentaires : pâtés aux truflfes du Périgord, saucissons d'Arles, jambons de Bayonne, conserves de Nantes et de Bordeaux, fromages de Brie, de Camembert, du Jura, de Roquefort, etc.; confitures de Bar-le-Duc ; fruits confits de Clermont-Ferrand; sucre de pomme de Rouen; dragées de Verdun; nougat de Montélimar; chocolat de Paris; pâtisseries de toute sorte, telles que : pains d'épice de Reims, macarons de Nancy, nonnettes de Dijon, madeleines de Commercy, biscotins et calissons d'Aix-en-Provence, gimbelettes d'Albi, etc.; liqueurs innombrables dont la plus connue est la chartreuse; condiments variés dont le principal est la moutarde (de Dijon et de Bordeaux). Suivant des traditions fort anciennes, il n'est guère de ville qui ne s'ingénie à produire quelque gourmandise originale. C'est le superflu ajouté au nécessaire qui ne fait pas d'ailleurs défaut : moulins, minoteries, raffineries de sucre, vinaigreries, etc.
Industries textiles et du vêtement. — Le filage et le tissage de la laine, la fabrication des draps, velours, flanelles, mérinos, cachemires, tapis, etc., occupent principalement Roubaix et Fourmies (Nord), Sedan (Ardennes) et Reims, Elbeuf (Seine-Inférieure), etLouviers (Eure), Vienne (Isère), Mazamet (Tarn).
C'est dans le bassin méridional du Rhône, où
prospère le mûrier, qu'on élève le ver à soie, qu'on prépare la soie. Elle est ensuite tissée à Lyon (soieries) et à Saint-Étienne (rubans) qui reçoivent aussi beaucoup de soie grège d'Italie, de Chine et du Japon. La France est le premier pays du monde pour les tissus de soie.
Le coton, importé surtout des États-Unis par Le
Manufacture de Sèvres.
Havre, est filé et tissé à Rouen, Lille, Roubaix, Saint-Quentin, Amiens, Troyes, Fiers (Orne , dans les Vosges, à Tarare et Roanne (Rhône). La France a perdu avec l'Alsace le plus grand centre de son industrie cotonnière, Mulhouse.
Le lin est filé et tissé à Lille et dans la région du Nord ; le chanvre, au Mans et dans l'Ouest.
On fabrique des dentelles au Puy et dans toute la région; à Calais; en Normandie; des broderies dans l'Est; de la bonneterie à Troyes, à Paris.
En outre, dans chaque ville et principalement à
l-k l-AlMlt tMA.NÇAlSt. 7
Paris, l'industrie du vêtement entretient toute une armée aux bataillons les plus divers : tailleurs, couturières, modistes, lingères, blanchisseuses, teinturiers, chapeliers, cordonniers, bijoutiers, tapissiers, coiffeurs. Dans ces divers métiers aussi bien que dans les filatures et les fabriques se déploient cette habileté de mains, cette justesse de coup d'oeil, ce goût qui assurent le succès de la mode française.
On estime à 2 milliards 800 millions de francs la valeur de la production de la France pour les industries textiles et du vêtement. L'exportation est de 840 millions, l'importation de 600; différence 240. Reste 2 milliards 1/2 pour l'usage personnel de la nation.
Industries mécaniques et industries diverses. — On fabrique des machines, des locomotives à Fives près Lille, à Rive-de-Gier (Loire), à Alais (Gard), à Paris; des armes à Chàtellerault, à Saint-Étienne, de la coutellerie dans la curieuse ville de Thiers (Puy-de-Dôme). L'usine métallurgique la plus célèbre est celle du Creusot (Saône-et-Loire), cette reine du fer et du feu, au souffle infernal, aux cent cheminées géantes, qui coule des canons de douze mètres, forge des cuirasses pour navires, épaisses de 50 centimètres, et peut casser une noisette avec un marteau pilon du poids de cent mille kilos.
La porcelaine est fabriquée à Limoges, Vierzon (Cher), Nevers, Vallauris (Alpes-Maritimes) et à la manufacture nationale de Sèvres ; la faïence à Paris, Montereau (Seine-et-Marne), Creil (Oise). La verrerie se fait dans les pays houillers, la cristallerie à Baccarat (Meurthe-et-Moselle), Pantin (Seine), Lyon, Marseille, Bordeaux. La principale manufacture de glaces est celle de Saint-Gobain (Aisne).
Besançon, tout le Jura et Paris fabriquent des
montres; Paris, des meubles, des voitures, des bronzes, etc.; Paris et Marseille, des bougies; Marseille, des savons ; Paris, Grasse et Nice, de la parfumerie; Paris, Grenoble, des gants; Angoulême, l'Isère, Essonnes (Seine-et-Oise), du papier.
Une grande route.
Paris est le centre de fabrication de tout ce qui est artistique, de tout ce qui touche aux sciences ou aux lettres et à leurs applications : livres, gravures, photographies, instruments de musique, de précision, et aussi de ces mille objets de fantaisie partout répandus, partout imités et copiés, qu'on appelle « articles de Paris. »
Voies de communication. — La France est sillonnée de magnifiques routes de terre qui n'ont cessé d'être améliorées et accrues depuis le siècle dernier : 40 000 kil. de routes nationales, près de 40 000 kil. de routes départementales; 120 000 kil.
de chemins de grande communication; 80 000 kil. de chemins d'inléiêt commun. Il y a aussi près de 400 000 kil. de chemins vicinaux ordinaires dont la moitié seulement est vraiment praticable. En résumé et en chiffres ronds : 4SOO0O kil. de bons chemins, c'est-à-dire près de cent fois la distance de New York à San Francisco.
11 n'y avait qu'un millier de kilomètres de canaux en 1789 : il y en a 5000 aujourd'hui, avec 8000 kil. de rivières navigables et 3000 kil. de rivières flottables.
Toutefois le réseau des voies de navigation intérieure est encore loin d'être complet.
Le premier des chemins de fer français date de 18:23. L'ordonnance qui les réglemente est de 1841. C'est de 1852 à 1855 que furent constituées les Compagnies de Paris à Lyon et à la Méditerranée, du Nord, d'Orléans, du Midi, de l'Est, de l'Ouest, auxquelles s'est ajouté le réseau de l'État en 1877. 11 y a aujourd'hui en France 39 000 kil. de voies ferrées (Allemagne 43, Angleterre 32, Europe 220, États-Unis 282). Les chemins de fer français sont construits avec une solidité remarquable et un luxe particulier de travaux d'art. Aussi les accidents sont-ils moins fréquents qu'ailleurs.
Il y a près de 100000 kil. de lignes télégraphiques plus de 310 000 kil. de longueur de fils.
Un grand changement s'est accompli comme ailleurs dans la marine marchande. Le nombre des bateaux à voiles a diminué (480 000 tonnes); le tonnage des navires s'est accru; la marine à vapeur qui jusqu'en 1863 n'atteignait pas 10(1 000 tonnes s'est élevée à 500 000. L'effectif total de la marine marchande française est d'environ 15 000 navires, avec 950 000 tonnes. Elle vient au 6"= rang pour la voile, au 5^ pour la vapeur.
Le cabotage et les relations avec l'Algérie sont
réservés au pavillon national. Pour le mouvement de la navigation au long cours, les marines étrangères l'ont toujours emporté sur la marine française- Les principaux ports sont Marseille avec un mouvement de 7 millions 1/2 de tonneaux, Le Havre 4 1/2, Dunkerque 2 1/2, Bordeaux 2,1, Rouen, Cette, Calais, Boulogne, Dieppe, Saint-Nazaire de 1 million 1/4 à 070 000.
Commerce. — Il est impossible d'évaluer avec quelque exactitude le commerce intérieur de la France; mais son commerce extérieur a décuplé depuis soixante ans; il dépasse aujourd'hui 9 milliards de francs. Les pays avec lesquels la France entrelient le plus de relations sont l'Angleterre, la Belgique, l'Allemagne et les États-Unis. Deux États sont supérieurs à la France en puissance commerciale : l'Angleterre (19 milliards 1/2) et l'Allemagne (10 milliards 1/2); viennent après la France : les États Unis (10 milliards), la Hollande (o milliards), la Russie (4), l'Autriche-Hongrie (4), la Belgique (3), l'Italie (2, 3), l'Espagne (1, 6), la Suisse (1, 5).
Exposition universelle de 1900. — La situation exacte de la France dans le concert pacifique des grands peuples producteurs n'a point paru mauvaise. Cette fête solennelle du travail, préparée dès 1892 sous la présidence de Carnot, organisée par MM. Millerand, ministre du Commerce, Picard, commissaire général, Delaunay-Belleville, directeur général, Bouvard, architecte, etc., a eu un retentissement énorme. Elle marquera dans les annales de l'Humanilé laborieuse.
La France extérieure.
Une autre France. — La France en Amérique. — La France en Occanie. — La France en Asie. — La France dans l'Océan Indien et dans la mer Rouge. — La France en Afrique. — Algérie et Tunisie : Le sol et ses productions; les habitants et les villes; l'organisation politique et administrative. — La France dans le Levant.
Une autre France. — Il est une autre France, hors de la France continentale. Elle comprend tous les pays possédés, colonisés ou protégés par la nation française. C'est la France extérieure.
Elle est quinze fois aussi grande que la France d'Europe. Elle est peuplée de 43 millions d'habitants, la plupart indigènes (sans compter 678 000 Français établis à l'étranger, dont 116 000 aux États-Unis).
La France extérieure comprend quelques iles et un territoire en Amérique; divers archipels en Océanie; un empire indo-chinois et quelques comptoirs indiens en Asie ; elle s'étend surtout en Afrique.
La France en Amérique. — C'est un Français, Jacques Cartier, qui a découvert et nommé le Saint-Laurent (1535). C'est un Français, Coamplain, qui a fondé Québec (1608). Ce sont des Français,
les PP. JoLLiET et Marquette, qui découvrirent le Mississipi. C'est un Français, Cavelier de Lasalle qui, le premier, a reconnu TlUinois, occupé et nommé la Louisiane.
La France possédait, au début du xviiP siècle, Terre-Neuve et le Canada, la Louisiane, Haïti et la plupart des Antilles, la Guyane. Elle n'a conservé que des débris de ce riche domaine. Mais les 60 000 Français du Canada, abandonnés à, eux-mêmes, sont devenus un grand peuple de 3 millions d'âmes groupé sur les bords du Saint-Laurent ou disséminé dans les États delà Nou- =- velle-Angleterre. La race et champiain. la langue française occupent
encore une place importante à la Nouvelle-Orléans et sur le bas Mississipi. Il y a aussi à San-Francisco (Californie) un groupe florissant de colons français.
Le traité d'Utrecht a laissé à la France les petits îlots de Saint-Pierre et de Miquelon, avec le droit de pêcher la morue sur le banc de Terre-Neuve, et de préparer et sécher le poisson sur le rivage oriental de l'île. Bien que minuscule, cette colonie est visitée chaque année par une flotte de bateaux de pêche que montent plus de 12 000 marins français. Par son commerce (plus de 30 millions de francs), elle est la troisième des colonies françaises.
Dans l'Amérique centrale, la France possède deux Antilles : la Guadeloupe et la Martinique avec leurs dépendances. Sa langue et sa race subsistent encore dans plusieurs autres Antilles. Le français est la langue officielle de la république nègre d'Haïti. Plusieurs groupes notables de colons français origi-
naires pour la plupart des Basses-Alpes habitent le
Mexique.
La Guadeloupe, quatre fois grande comme le département de la Seine, est dominée par le cratère fumant de la Soufrière (1484 mètres). La ville de la Basse-Terre est le siège du gouvernement, de l'évêché et de la Cour d'appel. Le beau port de la
Fort-Jo-France.
Pointe-à-Pitre possède divers établissements commerciaux et un lycée. La population de l'ile et de ses dépendances est de 200000 habitants.
La Martinique peuplée de 168000 habitants, deux fois grande comme le département de la Seine, a deux centres importants : Fort-de-France, magnifique port fortifié, siège du gouvernement, de la cour d'appel, de IWcadémie, d'une école de droit; Saint-Pierre, rade commerçante, où se trouvent l'évêché, la chambre de commerce, le lycée.
Ces îles pittoresques, que décore l'exubérante
LA FRANCE KXTERIEURE 109
végétation des tropiques, cultivent la canne à sucre, le café et le cacao. Elles sont malheureusement exposées à des tremblements de terre et à des cyclones terribles.
La Guyane française, grande comme un quart de la France, vaste forêt, qui s'étage en pente douce de la mer aux montagnes, n'est pas plus insalubre qu'un autre pays intertropical : mais elle n'a que 28 000 h., elle est inexploitée, faute de bras, et c'est un établissement pénitentiaire dont Cayenne est le centre. On exploite des mines d'or dans l'intérieur.
La France envoie chaque année un certain nombre de colons dans l'Amérique méridionale, et surtout dans l'Uruguay, la République argentine et le Chili. Beaucoup sont des Basques.
La France en Océanîe. — La France possède vers le centre du Pacifique austral l'îlot de Tahiti, dont le climat toujours égal, les sites merveilleux font un charmant séjour. Sa capitale, Papeete, a 3 500 habitants.
Parmi les autres archipels français de l'Océanie, les Gambier produisent des perles, de la nacre, du coprah; Râpa a un port excellent, sur la voie directe de Panama en Australie; les Marquises, les Tuamotou, les Wallis sont riches en café, canne à sucre, cocotiers.
La principale possession océanienne de la France est la Nouvelle-Calédonie, située à l'est de l'Australie. Cette île, trois fois grande comme la Corse et peuplée de 42000 indigènes, appelés Canaques, a un climat salubre bien que chaud. C'est une véritable terre de colonisation (5500 colons) . Mais c'est avant tout, jusqu'ici, une colonie pénitentiaire (10 000 condamnés). Sa capitale, Nouméa, n'a que 5200 habitants. Ses produits sont : le bétail, le maïs, les bois, le café, le nickel.
Les Nouvelles-Hébrides, dont la superficie égale celle de l'archipel calédonien et qui ont 60000 habitants, ont été placées, en 1887, sous le protectorat simultané de la France et de l'Angleterre.
La France possède en tout dans l'Océanie environ 116 îles d'une superficie de 22 000 kilomètres carrés,
Vue de Nouméa.
peuplées de 80000 âmes (non compris les Nouvelles- Hébrides et le bagne calédonien).
La France en Asie. — La France était maîtresse de l'Inde au xviii*' siècle; elle l'a perdue en 1763 et les Anglais, instruits par la politique de Dupleix, y ont fondé un merveilleux empire. Il reste à la France, dans l'Inde anglaise, quelques maisons ou loges établies en diverses villes et cinq petits territoires dont la superficie est à peine supérieure à celle du département de la Seine. Pondichéry est le siège du gouvernement et d'une cour d'appel. La population est en tout de 282000 habitants, dont un millier d'Européens. Le pays produit des céréales, du riz, des guinées ou toiles de coton bleu.
Si la France a perdu l'Inde , elle a acquis en Indo-Chine, de 1858 à 1885, un empire presque équivalent à celui que lui avait donné Dupleix.
LA FRANCE EXTÉRIEURE \i\
L'indo-Chine française comprend : la Cochinclune, avec le protectorat du Cambodge, le protectorat de l'Annam et du Tonkin. Sa superficie, 460000 k. c, est presque celle de la France, avec 18 millions d'habitants.
Le commerce de la Cochinchine est de 115 rnil-
Palais du Gou\ci tiL-iuciit n SiU(^oQ.
lions de francs, son budget de 25. D'habiles gouverneurs, tels que l'amiral de La Grandière et M. Le Myre de Yilers, y ont construit des routes, des ponts, des écoles, établi des télégraphes. La capitale, Saigon, est une belle ville de 70000 habitants, un grand port de commerce avec un arsenal, une escale des paquebots de l'Extrême-Orient. La Cochinchine est peuplée de 1700000 habitants, presque tous de race annamite. Ses produits sont : le riz, les poissons secs et salés, les porcs.
L'établissement du protectorat français sur le Cambodge est dû à Doudart de Lagrée, l'intrépide explorateur du Mékong. Le Cambodge, peuplé de 950000 habitants très différents des Annamites par la race, la langue, les institutions, est gouverné par un roi dont la capitale est Pnom-Penh. Ses produits
sont : les bœufs, les porcs, les poissons secs, salés ou fumés, la chaux, le coton. Les Cambodgiens descendent du peuple Kmer qui a jadis dominé en Indo-Chine. Ce sont les Kmers qui ont élevé le palais et les temples magnifiques d'Angcor.
Après l'expédition de 1859 contre les Annamites, qui dès le xvii« siècle étaient entrés en relations avec la France, un négociant français, M. Dupuis, appela en 1873 l'attention de son pays sur le Tonkin. La mort du lieutenant de vaisseau Francis Garnier qui s'était emparé du Delta avec une poignée d'hommes, l'intervention de la Chine, la prise d'Hanoi par le commandant Rivière et îa mort de ce brave officier obligèrent la France à la guerre. La capitale Hué fut occupée et le protectorat français fut imposé à l'Annam (1883). Après plusieurs campagnes sanglantes et coûteuses où s'illustra l'amiral Courbet, la paix a été signée avec la Chine. L'Indo-Chine tout entière a été placée sous l'autorité d'un gouverneur général qui réside à Hanoi.
L'Annam et le Tonkin sont peuplés de 15 millions d'habitants, presque tous de race annamite. Le Tonkin, dont le climat est moins chaud et beaucoup plus sain que celui du reste de l'Indo-Chine, est la route naturelle du Yunnan et des provinces méridionales de la Chine. Le Delta du Fleuve Rouge est admirablement cultivé par les indigènes. Les produits sont : le riz, les bœufs, buffles, chevaux, porcs, poissons. Plusieurs industries indigènes, la fabrication des nattes, l'orfèvrerie sont assez actives. Depuis la conclusion de la paix, la piraterie est combattue avec acharnement par les troupes françaises et indigènes. Des colons et des négociants se sont établis dans le delta; ils y créent des usines et des plantations. Des services de bateaux à vapeur desservent le réseau fort étendu des voies navigables. L'exploi-
tation des mines de houille a commencé. Des routes, des voies ferrées ont été construites. Les villes 4'Hanoï, d'Haïphong voient s'étendre leur quartier
européen. Le Tonkin n'est conquis que depuis dix ans, il est à peine pacifié, et des progrès considérables y ont déjà été accomplis.
A la suite d'une démonstration vigoureuse dirigée en 1894 contre les Siamois, la frontière occidentale de l'Indo-Ghine française a été fixée au cours du Mé- Kong et sa sphère d'inQuence a été étendue dans une partie du Siam, par le traité franco-anglais de 1896.
La France dans l'Océan Indien et la mer Rong-e. — Au xviiie siècle, la France possédait les îles Mascareignes. Pendant les guerres de Napoléon, les Anglais lui ont pris l'Ile de France qu'ils ont appelée Maurice, lui laissant l'île Bourbon, aujourd'hui de la Réunion. Les deux « îles sœurs », séparées par la politique, sont restées unies par la langue et le cœur.
La Réunion, à 21 jours de mer de Marseille, cinq fois grande comme le département de la Seine, est
dominée par le Piton des Neiges (plus de 3000 mètres), volcan encore en éruption. Elle est fertile et boisée, elle a des sites admirables, elle produit du sucre et du café. Saint-Denis, résidence du gouverneur, est le siège d'une cour d'appel, d'une aca-
Tananarive.
demie, d'un lycée, d'une école normale. Saint-Pierre a un port de commerce. Une voie ferrée de 120 kilomètres fait en partie le tour de l'île. Un port a été récemment creusé à la Pointe des galets. La population créole est intelligente, active et patriote (169 000 habitants).
Les droits de la France sur Madagascar datent du ministère de Richelieu. Sous Colbert, elle s'appela la France orientale. A la suite de l'expédition de
1895, elle a été placée sous la domination française. Son gouverneur, le général GalUéni, l'a pacifiée, réorganisée, y a ouvert des routes, répandu la langue française, appelé des colons, développé le commerce français. Madagascar est plus vaste que la France. Elle est peuplée de 3 millions 300 000 habitants, dont un quart de Hovas. Elle produit du riz, du maïs, toutes les plantes tropicales, du bétail. Il y a des mines de fer, de cuivre et peut-être de houille. La capitale, Tananarive, se transforme et s'embellit.
La France possède autour de Madagascar les lies de Sainte-Marie, de Nossi-Bé, dont le commerce dépasse 7 millions de francs; de Mayotte, île volcanique, excellent mouillage. Elle a placé sous son protectorat l'archipel des Comores.
Au fond du golfe d'Âden, elle possède Djibouti, qu'une voie ferrée unit au Harrar.
La France en Afrique. — Le Gabon, occupé dès 1839, n'est guère qu'une station navale; ses richesses naturelles sont peu exploitées. Le chef-lieu est Libreville.
Le Congo, couvert d'immenses forêts, habité par des peuplades noires dont l'éducation ne parait pas impossible, pourra offrir au commerce des ressources précieuses. Il a été parcoui'Q depuis 1873, et soumis à la France par M. de Brazza et par ses lieutenants dont la politique n'a cessé d'être hu- ■'' -/
maine et pacifique. Le principal poste est Brazzaville, sur le Congo ; le principal port Loango.
Toute une légion d'explorateurs a relié le Congo français au lac Tchad et par le lac Tchad, au Soudan
français. Crampel (1890-1891) avait remonté TOubangui, s'était lancé héroïquement au nord dans l'inconnu et avait été assassiné après avoir franchi le Charri. Sa mort fut vengée par Dybowski, et Maistre, reprenant la marche en avant, atteignit le lac Tchad (1893). Le lieutenant de vaisseau Mizon remonta le Niger et la Benoué, visita Yola et, tournant au sud à travers une région ignorée, rejoignit Brazza sur la haute Sangha, affluent du Congo (1892). M. Gentil, parti de l'Oubangui, a réussi à transporter et à lancer sur le lac Tcliad le premier vapeur qui ait flotté sur ses eaux (1895-98). Le capitaine MarcuAND (aujourd'hui colonel) s'est ouvert un chemin du Congo au Bahr-el-Ghazal, à travers mille dangers, et ne s'est arrêté qu'à Fachoda, à la suite d'incidents diplomatiques bien connus.
En 189:2-94, le général Dodds a mis en fuite puis capturé le féroce Behanzin, et conquis le royaume de Dahomey, qui est devenu une colonie prospère grâce à son gouverneur M. Ballot.
Le capitaine Binger (1887-88) a relié par une pacifique exploration la côte d'Ivoire au Soudan et au Sénégal. Toute cette côte est très riche, surtout en huile de palme.
Le Sénégal, la plus ancienne des colonies françaises, était peu de chose avant l'administration d'un gouverneur hors de pair, le général Faidiierbe. C'est surtout une colonie de commerce; elle pourrait devenir aussi une colonie de plantations; enfin elle est la porte du Soudan. Le cours du Niger a été reconnu, et Tombouclou occupé en 1894. Tous les pays situés sur le haut Sénégal et le haut Niger ont été soumis par une série de chefs intrépides qui se sont inspirés des plans de Faidherbe : les colonels Galliéni, Borgnis-Desbordes, Arcuinard. Des conventions signées avec les autres puissances, notamment
avec l'Anglelerre, réservent à l'influence française l'immense région comprise entre l'Algérie, le Sou. dan occidental et le Congo. Déjà le commandant MoNïEiL s'était avancé du Niger au lac Tchad et était revenu de là à Tripoli. Récemment, trois missions ont été organisées pour opérer sur le lac Tchad la
Saint-Lonis (Sénégal).
jonction des trois parties principales de cet empire africain. La mission Foureau-Lamy (algérienne) a traversé le Sahara. La mission soudanaise (arrêtée un instant par l'horrible drame qui a causé la mort du colonel Klobb) a rejoint celle-ci. Toutes deux, unies à la mission Gentil (congolaise), ont brisé sur le Chari la résistance d'un grand chef noir, Rabah, et ont pacifié la région du Tchad (1898-1900). Ce succès décisif a malheureusement coûté la vie au commandant Lamy.
Le Sénégal et le Soudan forment l'Afrique occidentale française, administrée par un gouverneur général, qui réside à Saint-Louis.
La Guinée française a un gouverneur particulier, qui réside à Konakry. Elle s'est rapidement développée sous l'administration de M. Rallav
La végélation tropicale, luxuriante en Guinée, fait place dans Tintérieur à des savanes couvertes d'une végétation assez maigre, mais coupées de cours d'eau ou marigots et de vallées fertiles. Le pays produit de la gomme, des arachides, du caoutchouc. Le port principal est Dakar.
Ces vastes possessions, encore inertes et incohérentes, tendent à s'unir et à prendre vie. Leur mise en valeur s'accélère. Au Congo, de nombreuses concessions ont été distribuées à des capitalistes français. Le Dahomey, la Côte d'Ivoire projettent des chemins de fer de pénétration. En Guinée, celui de Konakry au Niger est commencé. La grande ligne ferrée et fluviale de Dakar-Saint-Louis au Niger est presque achevée. Le rêve du Transsaharien prend peu à peu consistance.
AIg:cric et Tunisie. Le sol et ses productions. — La Méditerranée n'est plus seulement une mer intérieure et le carrefour des peuples de l'ancien monde; depuis le percement de l'isthme de Suez, elle est le grand chemin de l'Atlantique à la mer des Indes. Dans le bassin occidental de la Méditerranée quatre puissances prétendent à la prépondérance : l'Angleterre établie aux deux portes du bassin, à Gibraltar et à Malte ; l'Espagne, l'Italie, la France. Celle-ci occupe au nord du bassin une étendue de côtes comparativement restreinte, mais dans l'Afrique mineure elle a fondé un empire.
L'Afrique mineure ou Berberie est un petit continent enchâssé dans un grand; une sorte de grande île entre la mer des eaux et la mer des sables. A l'ouest, le Maroc immobile suit des destinées particulières; au centre, l'Algérie est une colonie française; à l'est, la Tunisie est placée sous le protectorat français. La première est aussi vaste que la France; l'autre égale le quart de sa superficie.
On sait que l'Algérie et la Tunisie comprennent,
du nord au sud, trois zones distinctes, parallèles à la côte : une partie très fertile, le Tell, formée par le massif de TAtlas tellien, entrecoupée de belles vallées et de plaines cultivées; les Hauts-Plateaux couverts de steppes et de lacs salés ou cholts, élevés d'un millier de mètres au-dessus du niveau de la mer, entre les deux Atlas ; sur les pentes et au pied de l'Atlas saharien , la région saharienne , le Désert où les plateaux
pierreux al- '~~ ' ^
ternent avec i
les dunes fauves, les vallées arides et les vertes oasis.
Le climat estcontinental, violent.
Cependant les régions montagneuses, telle que la Kabylie, doivent au voisinage de la mer un climat plus tempéré, analogue à celui du Midi de la France, et le littoral, Alger surtout, jouit d'octobre à mai d'une température délicieuse, plus égale que celle des stations hivernales européennes. Partout la sécheresse est extrême en été, surtout lorsque souffle le simoun ou siroco, le vent brûlant dont le désert est la fournaise.
La plupart des cours d'eau ne sont que des torrents bordés de lauriers-roses, mais presque toujours à sec en été, sauf à leur embouchure. Le Chélif et la Medjerda sont à peu près les seuls qui aient de l'eau toute l'année. Beaucoup se perdent dans les chotts.
Aker.
La végétation forestière, en général peu nourrie, dévastée par les nomades et leurs troupeaux, s'est conservée plus dense sur les montagnes de Test, où l'on rencontre beaucoup de chênes-lièges, des thuyas et quelques cèdres; la Kroumirie a des bois admirables et elle est toute parfumée de myrtes. A l'ouest dominent les pâturages avec les asphodèles, les palmiers nains, les jujubiers épineux, les figuiers de Barbarie , et aussi les mornes solitudes où l'on cueille l'alfa.
La céréale algérienne par excellence est l'orge qui remplace l'avoine pour les chevaux; le blé est aussi fort cultivé et l'on sait que dans l'antiquité la Tunisie a été l'un des greniers de Rome. L'olivier pousse spontanément et atteint des dimensions superbes. Les plantations de vignes ne cessent de s'accroître. En Kabylie, les feuilles du frêne servent de fourrage. Rosiers, géraniums, figuiers, grenadiers, caroubiers, néfliers du Japon, orangers, palmiers, et même les bananiers abondent dans les jardins du littoral. Dans les oasis du désert, et non pas ailleurs, mûrit la datte qui est l'objet d'un grand commerce.
De grands troupeaux de moutons et de chèvres, de bœufs, de chameaux se promènent dans les pâturages. On rencontre dans le sud, des méharis, partout des mulets au pied très sûr, de petits ânes d'une patience et d'une solidité exemplaires, des chevaux qui méritent leur réputation. En fait d'animaux sauvages, il ne reste plus que quelques singes, notamment près de la Chifl'a, et quelques lions vers Tébessa; mais les hyènes, les sangliers ne sont pas rares, et les chacals sont très communs.
On exploite le fer dans plusieurs mines, notamment à Beni-Saf, près d'Oran, à Aïn-Mokra, près de Bûne, et il est d'excellente qualité; le cuivre, le
plomb, le zinc, le sel, des marbres de toute sorte; l'un des plus beaux est le marbre blanc de Chemtou, en Tunisie; mais il n'y a pas de houille. Les eaux minérales sont très nombreuses. Les plus célèbres sont celles de Hammam Rira au sud-ouest d'Alger, de Hammam Meskoutine à l'est de Constantine, de Hammam Lif près de Tunis. La pêche est très active sur toutes les côtes.
Les habitants et les villes. — En Algérie, sur 4180000 habitants, il y a 3 600 000 indigènes. Les Berbères sont établis dans les montagnes ou dans les oasis, et surtout en Kabylie, où ils forment une masse compacte d'agriculteurs fixés au sol. Les Arabes habitent de préférence les plaines et sont nomades et pasteurs. Les Maures sont fixés dans les villes et font le commerce. Il y a aussi quelques Turcs et des Nègres. Les Européens sont déjà plus de 500 000, en majorité Français; mais il y a plus d'Espagnols que de Français dans la province d'Oran, et beaucoup d'Italiens dans celle de Constantine. Les Israélites, qui dépassent 40 000, sont naturalisés français. De 1852 à 1872, la population a augmenté de 85 pour 100, proportion supérieure à celle des États-Unis dans la même période et qui n'est dépassée que par celle de l'Australie.
En Tunisie, le nombre des habitants est évalué à 1 500 000. Les indigènes sont moins belliqueux, plus doux, plus industrieux que les Algériens. Parmi les Européens, les Italiens, les Siliciens, les Maltais l'emportent par le nombre. Mais l'immigration des colons français se développe. Les Israélites sont très nombreux, il y en a 30000 à Tunis. Le nombre des Français est déjà de 10 000.
Les indigènes sont musulmans. La plupart d'entre eux ont en aversion les Européens et méprisent les Israélites. D'ailleurs, les religions vivent en paix,
côte à côte. Mais les haines de race sont profondes en Algérie, et il sera difficile de les apaiser. Sur 400 000 petits indigènes algériens en âge d'être instruits, 10000 à peine encore aujourd'hui vont aux écoles françaises. Le rapprochement entre les Européens et les Musulmans est beaucoup plus facile en Tunisie.
Le seul aspect des villes résume aux yeux du voyageur l'heureux effort de la colonisation européenne. De nombreuses voies ferrées les unissent entre elles. Une grande ligne parallèle k la mer va de la frontière marocaine à Tunis et des lignes transversales mettent l'intérieur en communication avec les ports de la côte. Nemours est une sentinelle avancée à l'ouest; Oran, poussiéreux, bruyant, a toute l'activité fiévreuse et la croissance rapide d'une cité américaine; Bel Abbès est déjà une opulente colonie agricole; Tlemcen et ses jardins enclos de roses, abrite sur un plateau frais, à l'ombre des oliviers, ses ruines d'ancienne capitale. Du haut de leurs montagnes , Miliana avec ses sources bruissantes et Médéa avec ses arbres fruitiers d'Europe ; dans la riche plaine de la Métidja, Blida parfumée d'orangers et Boufl"arik sous le dôme de ses platanes sont des villes toutes Françaises. Alger, capitale de la civilisation franco-africaine, fière de ses jardins, de ses palais , de sa pittoresque casba , a bien près de 100 000 habitants avec sa ceinture de faubourgs et de villas. Sétif, au bord d'une mer d'épis, est l'un des centres agricoles des hauts plateaux; Constantine, ruche industrieuse, à l'étroit sur le quartier de roche grandiose où elle est assise, reste, comme au temps de- Rome, le grenier des blés de l'est. Bougie, suspendue au bord des flots, Philippeville dans un massif de verdure, Bône dont l'initiative hardie rappelle Marseille, sont les débouchés mari-
times de la Kabylie et de l'ancienne Numidie, tandis que dans le sud, Biskra, port du désert, avec son admirable oasis que le chemin de fer a mise à soixante heures de Paris, est une station d'hiver recherchée par les malades et les touristes.
Près du cap Blanc, Bizerte, avec son admirable
Tunis
bassin naturel dont le chenal est approfondi, pourra devenir un second Toulon. Au pied de l'antique Carthage dont il ne subsiste que des débris groupés autour de la chapelle de Saint-Louis et de la cathédrale édifiée par le cardinal Lavigerie, la grande ville de Tunis, peuplée de 170 000 habitants, est assise au bord d'une lagune, 'avec ses mosquées, ses bazars, son quartier européen qui ne cesse de s'étendre, son port creusé dans la vase, son avantport de la Goulette. Sur la côte orientale bordée
d'oliviers,Sousse conduit à la ville sainte de Kairouan ; Gabès est la principale escale du Sahara tunisien.
L'org-anîsation politique et administrative. — L'Algérie est un territoire français. Elle est administrée par un gouverneur général civil, assisté d'un conseil de gouvernement permanent et d'un conseil supérieur qui chaque année prépare le budget. Chaque département (Alger, Oran, Constantine) comprend un territoire civil qui l'embrasse presque en entier et dans le sud un territoire militaire. Chaque territoire civil est administré à la française par un préfet assisté d'un conseil général et par des souspréfets; chaque territoire militaire est administré par un général. Les communes sont de diverses sortes suivant le noipbre et la proportion des colons et des indigènes qui - "'
les habitent. Les divers ser- cambon.
vices publics sont organisés à
peu près comme en France. Alger est le siège d'une cour d'appel, d'un archevêché, le chef-lieu d'une académie, etc. Le commandement des troupes est confié au chef du XIX^ corps.
En Tunisie, l'organisation du protectorat français a été l'œuvre d'un administrateur de premier ordre, M. Paul Cambon. Le Bey a conservé son autorité; mais le Résident général français est chargé des relations extérieures et il contrôle l'administration du pays. La sécurité est complète. Les capitulations ont été abolies et un tribunal français juge les causes concernant les Européens. Une armée mixte a été organisée. Les finances sont prospères. Des écoles françaises ont été créées de tous côtés par
126 LA PATRIE P'RANÇAISE
le directeur de l'enseignement public M. Machuei. Les indigènes, dont l'organisation religieuse et sociale est respectée, se livrent en paix à leurs travaux et subissent sans trop de répugnance le contact de la civilisation européenne.
La France dans le Levant. — Le percement de l'isthme de Suez, œuvre d'un Français, M. de Lesseps, a fait de la Méditerranée orientale le vestibule de rExtrême-Orieni. Les Anglais y occupent l'Egypte ; ils y détiennent Chypre, et par Aden et Périm, ils ferment et ouvrent à leur gré la mer Rouge. Cependant, semblables à deux jetées allongées vers l'Egypte et la route de Suez, la Grèce et l'Italie sont aussi des puissances méditerranéennes de premier ordre; elles sont admirablement placées pour le transit des voyageurs et des marchandises précieuses; l'une a Brindisi et l'autre le Pirée. De son côté l'Autriche tend à s'ouvrir la porte de Salonique; la Russie, dont le chemin jusqu'ici est barré par les Turcs, menace d'une part Constantinople, de l'autre le golfe d'Alexandre tte. La France, qui n'a aucune possession dans le bassin oriental de la mer intérieure, y exerce pourtant une influence. Elle a conservé dans tout le Levant et surtout dans le Liban un réel prestige et de grandes sympathies. Si elle s'est matériellement laissé évincer de l'Egypte par les Anglais qui, d'ailleurs, ont promis de l'évacuer, elle y est toujours représentée par une colonie importante; elle y est toujours populaire. Elle personnifie une politique de transaction qui ne peut faire ombrage à personne, celle de la liberté de la route des Indes. Elle a déjà obtenu la neutralité du canal de Suez. L'Egypte aussi devrait être neutre et placée sous la sauvegarde de toutes les puissances civilisées.
Les sciences en France au XIX^ siècle.
La France intellectuelle. — Les sciences en France au xix* siècle. — Sciences mathématiques. — Sciences physiques et chimiques. — Inventions industrielles. — Sciences naturelles. — Sciences biologiques. — Sciences historiques. — Doctrines philosophiques, politiques et sociales.
La France intellectuelle. — Dans les chapitres précédents on a d'abord envisagé dans ses grandes régions le sol de la France, et on a résumé l'évolution historique de la nation française; puis on a décrit les institutions de la France actuelle, montré sa puissance économique et son expansion coloniale. Pour achever l'esquisse du portrait qu'on a entrepris, il reste à noter en ses traits essentiels l'activité intellectuelle de la France. On ne saurait mieux le faire qu'en présentant au lecteur un tableau succinct des sciences, des lettres et des arts en France au xixe siècle.
Sciences mathématiques. — Pendant la Révolution et l'Empire se continua en France la forte génération de savants qu'avait produits le xviii" siècle. Ils mirent leur génie au service de la défense nationale; ils présidèrent à l'organisation de l'École
Polytechnique, de l'École Normale, de l'Institut, du Bureau des longitudes, de toutes les grandes institutions nouvelles. La royauté de la science s'annonçait comme un signe caractéristique de ce siècle. Lagrange (1736-1813), que l'Italie et la Prusse essayèrent d'enlever à la France, chercheur précoce, auteur de la Mécanique analytique^ renouvela les mathématiques, prit part à l'établissement du système métrique. Monge (1746-1818), un des créateurs de la géométrie descriptive, perfectionna l'art de fabriquer les canons et, lors de l'expédition d'Egypte, fut le président de l'Institut du Caire. Carnot (1753-1823) fut un éminent géomètre. Parmi leurs héritiers contemporains, nous signalerons Dar- Boux, PoixcARÉ, Appell, Boussinesq, etc.
L'astronome Lalande (1732-1806) est l'auteur d'une Histoire céleste. La place (1749-1827), continuateur de Newton, après avoir résumé avec une simplicité magistrale, dans VFxposilion du système du monde, l'état des connaissances astronomiques de son temps, composa un admirable Traité de la mécanique céleste qui est l'une des plus grandes œuvres du siècle. Parmi les élèves de ces maîtres, les plus connus sont Cauchy, Duhamel, Micdel Chasles, Hermite, Puiseux, Leverrier qui, en 1846, par une série de calculs, démontra qu'il devait exister dans le ciel, à un point qu'il désigna, une planète encore ignorée : on la chercha et on la découvrit en effet : c'est Neptune; Tisserand (1845-96), Paye, Lcewy, etc. Foucault a perfectionné le télescope ; en 1851, il a rendu sensible aux yeux le mouvement de rotation de la terre par son expérience sur les oscillations du pendule. En 1868, Janssen, lors d'une éclipse de soleil observée dans l'Hindoustan, a fait des études décisives sur la composition de l'astre. Une Société mathématique a été fondée en 1872.
Ampèrs.
Les observatoires se sont multipliés. Celui de Paris date de 1672; l'État en a institué de nouveaux à Besançon, Lyon, Bordeaux, Toulouse, Marseille, Alger. Il en existe même un à Nice, créé par
M. BiSCUOFFSnEIM.
Sciences physiques et chimiques. — Parmi les physiciens et chimistes de la première moitié du siècle, Gay-Lussac (1778-1850) s'est signalé par la découverte de la loi des volumes qui régit les gaz dans leurs combinaisons et par l'invention du baromètre à syphon. Non moins courageux que savant, il s'éleva seul en ballon jusqu'à 7000 mètres.
Fresnel imagina ces puissantes lentilles,- pour l'éclairage des phares, qui furent essayées pour la première fois en 1827. La partie de la physique qui a fait le plus de progrès en ce siècle est celle qui se rapporte à l'électricité. Si les admirables inventions du téléphone, du phonographe, etc. , sont américaines, dès 1820 Ampère et Arago avaient trouvé les lois des courants électriques et magnétiques et posé ainsi le principe de la télégraphie électrique; c'est à Paris, en 1851, que furent construites les célèbres bobines de RuuMKORFF, et, en 1881, Marcel Deprez a expérimenté la transmission de la force motrice à distance au moyen d'un fil électrique. Citons encore MM. Bouquet DE LA Grye, Cornu, Becquerel, Marey, etc.
Arago.
Une branche de la physique, la météorologie, est devenue une science à part. Elle compte plusieurs Français parmi ses fondateurs, notamment Saussure (Genevois, mais rattaché à la France par ses travaux). Une Société météorologique a été fondée en 1853. Un Bureau central (D"" M. Mascart) a été institué à Paris. Des observatoires météorologiques ont été créés non seulement dans les villes (indiquées plus haut) où se font des recherches astronomiques, mais encore au parc Montsouris à Paris, à Meudon, à Nantes, à Perpignan, au sommet du Puy-de-Dôme, du Pic du Midi de Bigorre, et même du mont Blanc. Parmi les chimistes, Fourcroy (1753-1809), qui fut en même temps le principal créateur de l'Université, est l'auteur d'une Philosophie chimique qui fit longtemps autorité; Bertdollet (1748-1822), l'un des organisateurs de l'Institut d'Egypte, a surtout étudié les sels; il trouva les lois qui portent son nom , perfectionna le blanchiment par l'application du chlore, la teinture, la fabrication des poudres. Vau- OUELLN (1763-1829), élève de Fourcroy, a trouvé le chrome.
Cdaptal (1736-1832) appliqua la chimie à l'industrie et à l'agriculture : il fonda en France la première manufacture de produits chimiques; il fournit de poudre les armées de la République; il renouvela l'art de fabriquer le vin; ce fut un économiste pratique et un grand administrateur. Suivant la même voie, le baron Thé.nard (1777-1857), entre autres inventions utiles, tira du cobalt une belle couleur bleue pour la peinture. Henri Sainte-Claire Deville et Debray ont introduit dans l'industrie, en 1854, l'usage d'un métal nou-
veau l'aluminium, dont le minerai est très abondant en France. Dumas a enseigné l'unité de la matière aSOO) On doit à WLim un important DtcHonnatre de chimie (18G7-78). La science ^1''^^;?^^^,^^^^^.^"';; chie encore des travaux de Fremy (1814-1894), do MM. FR1E1.EL, Troost, etc. Dans son four électrique, M MoissAN a fabriqué du diamant (18 J3).
C'est surtout dans la chimie organique, devenue une science à part, que les savants français se sont Tstingues. Un des fondateurs de la chimie organique est CnEVHEUL : il tira du suif la stéarine et remp aça par la bougie (1811) la chandelle fumeuse de nos pères; il renouvela les procédés de coloration de la manufacture des Gobelins; ^«t^fe^
né en 1180, il est mort à plus de cent ans en 1890, après toute une vie consacrée à la science.
Il s'était intitulé modestement lui-même le plus ancien des étudiants. Pasteur (1822-95) et Bertdelot (né en 1827), célèbres à d'autres titres, ont fait p^^t^^r. une étude approfondie et féconde le premier des ferments dont il a trouve la théori'e, rautre des éthers. De là de précieuses applications à l'industrie des sucres, vins, bières, vinaigres et alcools. (Pour Pasteur, voir P; /34.)
Inventions industrielles. - On sait quelles inventions ont bouleversé de nos jours les conditions matérielles de la vie. La France a contribue, pour une large part, à cette révolution pacifique. Les DiDOT se sont illustrés dans l'imprimerie; c est a Firmin Didot que l'on doit la stéréotypie ou 1 usage des clichés qui immobilisent une fois pour toutes les pages de caractères composés. La iabrication du papier au moyen de machines a ete ima-
ginée par Louis Robert, employé à la papeterie dEssonne. Le nom des Bréguet occupe une place honorable dans l'histoire des progrès de l'horlogerie et de la télégraphie électrique. Schwilgué a construit (1838-1842) la célèbre horloge de la cathédrale de Strasbourg. Alexandre Brongniart (1770-1847), directeur de la manufacture de Sèvres, y a ressuscité la peinture sur verre et fondé le musée de Céramique. Ricuahd-Lenoir (1765-1840) a introduit en France et perfectionné les métiers à filer et à tisser le coton et la laine. Jacquard (1752-1834) a iaventé le métier à tisser la soie; Philippe de Girard (1775-1845), le métier à filer le lin; Dombasle a transformé la charrue. En 1828, Séguin imagina la chaudière tubulaire. Sauvage proposa d'employer l'hélice à la propulsion des navires. Carcel a inventé les lampes à ressort 'i: d'horlogerie. Le daguerréotype, précurseur de la photo- •<''"-' graphie, est l'invention de
Mathieu do Dombasle. «r i j I^ .1
^1EPCE et de Daguerre, et la photographie des couleurs a été trouvée par un savant français, M. Lipmann, en 1892. M. d'ARSONVAL a perfectionné la radiographie; M. Lumière, le cinématographe. L'aéroslation, la navigation sous-marine ont fait des progrès marqués. Les automobiles, les locomotives et voitures électriques se sont multipliés. Sciences naturelles. — On peut dire que de toutes les sciences, celle dont l'avancement a été le plus rapide en France comme partout ailleurs, dans ces cent dernières années, est l'élude de lanature. On doit à Hauy le premier traité sérieux de minéralogie (1801); à Alexandre Brongniart, une description géologique des environs de Paris fondée sur l'idée
nouvelle de la distinction des terrains d'après les fossiles qu'ils contiennent (1808) ; à Elie de Beaumont (1798-1874), une œuvre magistrale, la carte géologique de France et la détermination des grandes lignes de soulèvement du globe; à Daubrée d'ingénieuses recherches de géologie expérimentale.
Lamarck, un des réorganisateurs du Jardin des Plantes, est moins connu aujourd hui par ses travaux botaniques que par sa théorie sur la descendance ou l'évolution qui a été plus tard adoptée, complétée, rendue célèbre par Darwm En 1837 Adolphe Brongniart a inauguré l étude de la llore fossile En 1854 ont été fondées la Société botanique et la Société d'acclimatation . C'est pendant la seconde moitié du siècle qu'ont été le plus actives et le plus fécondes, dans le domaine de la botanique, les recherches des savants français, tels que bRA- TioLET Gratin, Van Tieghem, etc.
Les'plus célèbres zoologistes du commencement du siècle ont été Lacépède (1756-1825), le continuateur de Buffon, qui marque la transition entre les deux époques Etienne Geoffroy Saint-Hilaire (177-^-1844 , Cuvier (1769-1832), qui n'est pas seueme^nt un grand écrivain, auteur an Discours sur leTrévolutions du globe, mais qui a établi la classification des animaux, fondé sur l'anatomie comparée une science nouvelle, la paléontologie et reconstitue le monde antérieur à l'homme. Le \audois Agassiz a étudié les poissons; d'ORBiGNY, les espèces fossiles. La zoologie maritime a été spécialement cul^ livée par Alphonse Milne-Edwards, qui en 188^ a dir géTes sondages de deux navires, le Ta/uman et ie Travailleur. Broca a tiré des mdications precieuses de la mesure des crânes; Q^^^f .^^^f^^^ professé avec ardeur la doctrine de 1 uni e de l espèce. Les Sociétés d'ethnographie et d anthropologie
ont contribué à la connaissance des races et des sociétés humaines. Parmi les naturalistes contemporains, nous citerons encore Paul Bert, qui a été aussi un physicien et un homme politique, Lacaze- DuTiiiERS, Perrieh, etc.
Sciences biolog-iques. — Les sciences biologiques qui étudient la vie et ses sources mystérieuses, ne sont guère nées qu'en ce siècle.
Après avoir été longtemps une dépendance incertaine de Tart de guérir, elles se sont affranchies de ce vasselage, elles se sont constituées et, se superposant à la physique et à la chimie, elles ont éclairé à leur tour, elles ont renouvelé la médecine et la chirurgie. La physiologie s'est développée : avec Flourens (1794-1867), qui rechercha les rapports du physique et du moral et s'occupa spécialement d'embryogénie; avec Claude Bernard (1813-1878), remarquable écrivain, savant de premier ordre, qui fît connaître le diabète, mit en lumière l'autonomie du grand '^ sympathique, explora le méca-
Claude Bernard. ^^-^^^ ^^^-^^^ ^^^ ^^^^^ VaSO-mO-
leurs par ses expériences sur le curare.
Pasteur (^1822-1895), conduit par la chimie à l'étude des infiniment petits, a révélé l'existence de tout un monde d'animaux microscopiques, ferments des tissus animés, agents des maladies infectieuses, véhicules des épidémies. Faisant un pas de plus, il parvint à cultiver ces bacilles, ces bactéries, à les atténuer; il eut enfin la hardiesse de les inoculer comme le vaccin de la variole. C'est ainsi qu'il trouva le vaccin du choléra des poules, puis celui du charbon et qu'enfin, le 26 octobre 1885, date mémorable, il put annoncer à l'Académie des Sciences sa
méthode curative de la rage. Depuis lors son hôpital, son Institut, fondé par souscription nationale à Pans, est devenu célèbre dans le monde entier. Ses élèves, le D'- Roux et le D' Yersin ont découvert, l'un le sérum qui guérit la terrible diphtérie, l'autre le sérum qui guérit la peste.
Parmi les médecins français contemporains, les plus notables sont : Broussais (1772-1838) qui, de simple soldai sous la Révolution, parvint au grade de médecin en chef du Val-de-Grâce; le bienfaisant Laennec (1781-18-20), Pi.nel (1745-182G), l'inventeur d'un traitement humain et rationnel pour les fous; Cuarcot (1825-1893), Bouchard, Brouardel, Dujardix- Beaumetz, Lannelongue, Pinard, Verneuil, etc. ^
Parmi les chirurgiens : Larrey (1766-1842), l'infatigable opérateur de tant de victimes des guerres de l'Empire, qui pour guérir les blessures imagina la méthode de lirrigation ; le brillant et populaire Dupuytren (1777-1835); Labbé, Péan, Terrier, etc. ; Velpeau (1795-1867). L'école ^ .i^.<,v-
actuelle, après s'être approv ^^^^^^
prié l'usage des aneslhésiques, a perfectionné l'antisepsie; elle a contribué à faire de la chirurgie non seulement un art où le sang-froid et l'habileté du praticien conservent toute leur valeur, mais une science positive armée de méthodes sûres et raisonnées jusque dans ses audaces.
Sciences historiques. — Le xviiie siècle connaissait l'homme. Une des gloires du xix^ est d'avoir en quelque sorte découvert les hommes, d'en avoir aperçu la diversité, dans le temps comme dans l'espace, d'avoir renouvelé l'histoire, et aussi la
géographie. A la lumière d'un sens presque nouveau dont les instruments sont l'analyse, la critique, l'imagination, les historiens contemporains remontant aux sources en ont rapporté des trésors, ont fait de l'histoire une science exacte en même temps qu'un art vivant.
La Révolution avait interrompu les recherches patientes des bénédictins. Sous l'Empire on avait surtout écrit des mémoires, mais des mémoires secrets et qui sortent de l'ombre seulement de nos jours. L'histoire était envisagée comme un genre littéraire assez abstrait et assez froid, c'était l'art d'accommoder les vieilles chroniques. La rénovation des études historiques en France a concordé avec le mouvement du romantisme. Elle a été secondée par la création de l'École des Chartes en 1821. Augustin Tuierry (1795-1836), créateur d'une nouvelle méthode historique, auteur de l'Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Aormands et des Récits mérovingiens, était un conteur et un peintre. Guizot (1787- 1874), interprétant les textes en philosopheeten hommepolitique, essaya surtout d'expliquer les événements et d'en tirer des leçons.
Tel est le sens de son Histoire de la Révolution d'Angleterre, de son Histoire de la Civilisation. Micue- LET (1798-1874) ne fut pas seulement un savant, mais un poète, un voyant. Dans son Introduction à V Histoire universelle, son Histoire de la république romaine, son Précis d'Histoire moderne, il a ouvert des horizons inattendus. Son Histoire de France, dans ses dix premiers volumes au moins, est une véritable résurrection de la nation française. Mignet (1796- 1884), logicien élégant et correct, connu par nombre
Micbolet.
LES SCIENCES EN FRANCE AU XIX* àlÈCLE 137
i'ouvrages historiques, de mémoires et d'éloges, a débuté par une analyse raisonnée plutôt qu'une Histoire de la Révolution française. Cette histoire, qui même aujourd'hui n'est pas entièrement faite, Tqiers (1797-1877), essaya de la raconter ; mais c'est plutôt dans YHistoire du Consulat et de l'Empire qu'il a développé ses qualités, l'ordre, la clarté, la compétence, sinon la parfaite exactitude, car il travaillait surtout d'après des témoignages oraux.
A ces noms illustres s'en ajoutent d'autres : Victor DuRUY, auteur de VHistoiredes Romains ; Henri Martin, de V Histoire de France; TocqueviLLE, de la Démocratie en Amérique; Renan, de V Histoire des langues sémitiques; Quinet, de la Révolution; Fustel de Coulanges, de la Cité antique ; Taine, des Origines de la France contemporaine; MM. Wallon, Gef- FROY, Zeller, Boissier, Mézières, Sorel, Rocquain, La VISSE, Rambaud, G. Monod, etc. Cette énumération très incomplète est loin de rendre l'énormité de la tâche accomplie par l'histoire en France au xix" siècle.
La division du travail appliquée aux recherches historiques a produit les résultats les plus féconds. On connaît Ceampollion, qui dès 1821 déchiffra les hiéroglyphes : il a eu pour continuateur M. Maspero. L'antiquité classique, l'Orient, l'Extrême-Orient, etc., ont eu de même leur ChampoUion. Pour
Victor Duruy.
ne citer que des exemples : Renier a créé l'épigraphie romaine; Viollet-le-Duc a constitué l'histoire des arts du moyen âge. De même, la géographie a changé de face. Aucune description d'ensemble de la terre et des hommes n'est comparable à l'œuvre d'ÉLisÉE Reclus.
Doctrines philosophiques, politiques et sociales. — En philosophie, Véclectisme de Victor Cousin (1792-1867) a régné souverainement d'abord. Il se lie en un sens à l'essor des études historiques, car il a contribué à susciter en France l'étude de toutes les philosophies anciennes et étrangères, mais imaginé pour tout concilier, il semble avoir trop laissé au hasard le soin de rapprocher des éléments disparates qui ne peuvent vraiment se fondre que dans l'unité d'une pensée originale. Les principaux représentants de cette doctrine ont été : Jouf- FROY, Saisset, Jules Simon, P. Janet, Levéque, etc. Cependant la philosophie proprement française ou cartésienne avait trouvé un interprèle profond dans Maine de Biran; la philosophie grecque était éclairée d'un jour nouveau par Ravaisson; la philosophie allemande ou kantienne, commentée par Renouvier, prenait quelque faveur sous le nom de Néo-Criticisme.
Une école à part, qui sans nier l'inconnaissable, se borne à étudier le connu, est le positivisme fondé par Auguste Comte (1798-1857), mais amendé et développé par un savant de génie et un sage, Littré (1801- 1881), qui travailla toute sa vie, publia en 1843 sa Philosophie positive et a élevé dans son Dictionnaire un monument à la langue française. Parmi les penseurs contemporains figurent aux
premiers rangs : MM. Alfred Fouillée, J.-M. Guyau, RiBOT, Tarde, etc.
La pédagogie a été renouvelée par MM. Gréard, Marion, Buisson, etc.
L'économie politique, aux noms de J.-B. Say et de Bastiat, peut ajouter ceux de Léon Say, MM. Levasseur, F. Passy, P. Leroy-Beaulieu, etc.
Les écoles socialistes se rattachent à deux origines; les communistes ou collectivistes révent l'absorption de l'individu dans l'État; ils ont pour ancêtres : le conspirateur Babeuf, qui fut exécuté en 1793; Fourrier (1772-1827), le doux rêveur, qui imagina le phalanstère; Saint-Simon (1760-1823), le fondateur d'un nouveau christianisme éphémère; Cabet, l'auteur du Voyage d'Icarie (1841); le mystique P. Leroux et son livre de V Humanité (1840); L. Blanc, l'organisateur des ateliers nationaux de 18-48. Les individualistes peuvent se réclamer de Prouduon (1809-1863), l'ennemi paradoxal de la propriété et de l'État, l'apôtre plus rationnel de l'Association libre des travailleurs.
Les collectivistes français actuellement les plus connus sont MM. Allemane, Malon, Jaurès, etc.
En dehors des solutions hâtives imaginées par des sectaires ou des logiciens mal informés, la science sociale s'élabore lentement, patiemment; elle n'est pas encore constituée. Une Institution capitale a été pourtant fondée par M. de Cuambrun (1893), le Musée social (3, rue Las-Cases).
La littérature française au XIX® siècle.
Fin de la littérature classique. — Origines de l'école romantique. — Les grands romantiques : Lamartine et Victor Hugo.
— L'école romantique. — L'école naturaliste. — Le roman.
— Le théâtre. — Le pamphlet et l'éloquence. — La critique littéraire.
Fin de la littérature classique. — La littérature classique du xviip siècle s'est prolongée en France pendant les premières années du xix« siècle. Elle s'est ravivée, elle a jeté quelques brillantes lueurs sous la Révolution, elle a langui sous TEmpire, elle s'est éteinte sous la Restauration, vers 1820. Lorsque les souvenirs d'Athènes et de Thémistocle, de Sparte et de Léonidas, de Rome et de Caton inspiraient la République nouvelle, lorsque Napoléon évoquait ceux de la Rome césarienne, il était naturel que l'imitation des Grecs et des Romains gouvernât plus tyranniquement que jamais la mode littéraire.
Le principal représentant de la tradition classique fut l'abbé Delille (1738-1813), l'élégant traducteur des Géorgiques de Virgile, qui composa six poèmes didactiques alors fort admirés. Le théâtre fut d'une fécondité extraordinaire, et s'il n'avait pas été
étouffé dans son libre développement par la censure jacobine, puis par le double régime oppressif de l'Empire et des premières années de la Restauration, peut-être eût-il brisé le cadre de l'ancienne tragédie et produit quelque œuvre originale, soit dans le goût aristophanesque, soit dans le genre nouveau de drame essayé par Diderot.
Le seul véritable poète de cette période fut André Chénier qui périt sur l'échafaud en 1794 et dont les œuvres n'ont vu le jour que vingt ans plus tard. Grec par sa mère, épris des chefs-d'œuvre de la Grèce antique, doué d'un sentiment exquis de l'harmonie, très moderne en ; , . .,
même temps et très français '^" M't'^'^. -^/.k' de cœur et d'esprit, il s'est "'''
., . , Cl- André Chénier.
eleve à une rare periection
dans ses ïambes vengeurs et dans sa Jeune Captive. C'est de la vraie et grande poésie aussi, née du choc des événements, que la Marseillaise de Rouget DE LiSLE et le Chant du départ de M.-J. Chénier, odes guerrières qui rappellent l'inspiration d'un Tyrtée. Pendant les courtes années de liberté que connut la tribune, l'éloquence politique, ignorée jusque-là en France, jaillit du vieux sol gaulois. Les girondins, tels que Barnave et Vergniaud, qui portèrent bravement leur tête sous le couteau en 1793, Danton, qui ne tarda pas à les suivre, l'abbé Maury, bien d'autres membres de la Constituante, de la Législative, de la Convention, se révélèrent orateurs de premier ordre, et si leur langage n'est exempt ni d'incorrection ni d'emphase, ils expriment avec une rare énergie et souvent avec une admirable éloquence, les passions et les hardies nouveautés qui
remuaient le cœur non pas de la France seulement, mais de toute TEurope. Le plus grand de ces tribuns fut Mirabeau (1749-1791) qu'on a comparé à Démosthène, et dont le geste irrésistible, la voix tonnante, proclamèrent en des circonstances mémorables les volontés de la nation.
Sous Napoléon, un écrivain remarquable fut Napoléon lui-même, le seul qui eut la liberté de tout dire, sans craindre la disgrâce ou l'exil. Des harangues militaires, des bulletins de victoires furent les Commentaires pompeux de ce nouveau Jules César. Autour de lui ne fut tolérée qu'une littérature officielle ou officieuse dont le chef fut l'honnête Fon- TANES. Quelques esprits d'élite se résignèrent au silence, écrivirent en tête à tète avec eux-mêmes, comme Joubert, auteur de Pensées délicates et qui vont parfois jusqu'à la profondeur. Mais les grands écrivains se révoltèrent, ne purent supporter le joug du maître et plusieurs des œuvres les plus originales de ce temps parurent à l'étranger.
Orig-ines de l'école romantique. — Le ro-
mantisme , cette brillante et féconde renaissance du génie français, qui a été en pleine floraison de 1820 à 1850 environ, plonge ses racines fort avant dans le xviiF siècle. N'estce pas un romantique déjà que Jean-Jacques Rousseau, lorsqu'il découvre la libre nature jusque-là méconnue et en éveille le sentiment, lorsqu'il décrit avec une complaisance maladive, avec un accent si personnel, les joies, les tristesses, les enthousiasmes, les misères de son propre cœur? Un romantique aussi que Bernardin de
J.-J. Rousseau.
M"« de Staël.
Saint-Pierre qui révéla à ses contemporains le coloris et l'enivrement des paysages exotiques? Le nom même de littérature romantique a été prononcé pour la première fois par M"" de Staël (17G6-1817), la fille altière de Necker, l'ennemie indomptée de Napoléon, qui, dans son livre de l'Allemagne, enseigna les chefs-d'œuvre de Schiller et de Goethe, l'idéalisme de Kant et de Fichte, le charme nébuleux de la poésie du Nord. En même temps, le public prenait goût aux chants mélancoliques d'Ossian et des anciens bardes celtes, sans en rechercher autrement l'authenticité. Enfin Chateaubriand (1768-1848), dans une prose magnifique, alors même qu'elle brille d'un faux éclat, essayait d'inaugurer une poésie chrétienne et française. Son Génie du Christianisme (1802) sembla d'abord servir la politique religieuse du Premier Consul; mais entre ces deux orgueils, de l'écrivain et du soldat, l'entente était impossible. Chateaubriand s'éloigna, reprit ses voyages ; en 1809, il célébra dans son roman historique des Martyrs^ le triomphe de la foi chrétienne sur le paganisme; il publia en 1811 son Itinéraire de Paris' à Jérusalem. Quoi qu'il ait écrit dans la suite, ses deux chefsd'œuvre sont deux courts romans : Atala, inspiré par la contemplation des solitudes sauvages de l'Amérique, et René, confession poignante et vraiment lyrique d'un fatal amour.
Aux origines du romantisme peut se rattacher également Joseph de Maistre (1754-1821) qui, dans son livre du Pape et ses Soiréesde Saint-Pétersbourg publiées en 1819 et 1821, attaqua avec une véhémence passionnée les idées de la Révolution et
144 LA PATRIE FBANÇAISE
flagella d'éloquents paradoxes le nouvel ordre social.
Les grands romantiques : Lamartine et Victor Hugo. — Ces deux noms illustres résument tout le romantisme français. Alors vraiment la France connut la poésie lyrique, avec ses audaces de rythme sonore, ses superbes familiarités de langue, avec la liberté de ses confidences où le poète verse son âme entière et traduit en effusions personnelles les impressions qu'il reçoit des choses et des hommes.
Lorsqu en 1820 Lamartine fit paraître ses Méditations, l'émotion fut soudaine et immense; on eûtditque ces beaux vers étaient attendus, qu'un jour ^^ W^ meilleur allait luire ; on les salua
La^ ^' ^^, comme une aurore. Les A'ouwUes
^Vj-^"^ Méditations (1823), \es Harmonies
poétiques (1829) n'eurent pas moins de retentissement. Dès lors le poète était sacré grand homme.
Lamartine. I^ ^t un voyage fastucux en
Orient. Jusque-là très royaliste, il adopta avec ferveur les idées démocratiques. La publication de son poème de Jocehjn et de son Histoire des Girondins ajoutèrent encore à sa gloire. On sait le reste : après avoir été le héros de 1848, et un instant ie maître des destinées de la France, il vit venir les mauvais jours, devina et prédit le second Empire, et mourut dans la désillusion, l'isolement et presque l'oubli en 1869.
Tout autre a été la destinée de Victor Hugo, le roi des lettres françaises au xix° siècle. A vingt ans, il venait de publier les Odes et Ballades (1822), il était déjà célèbre. Pendant plus de soixante ans, il n'a cessé de produire ou d'occuper le monde de son
nom; il a survécu, toujours fécond et populaire, à l'école même dont il avait été le chef, à ce romantisme dont il avait rédigé le manifeste dans la préface de Cromivell (1827); il a joui jusqu'au bout de sa gloire, s'est éteint dans une apothéose et, lors de ses funérailles, il a été accompa- ^^^
gné au Panthéon par un peuple entier ivre de respect et d'admiration (1885). Son œuvre est colossale et la comédie exceptée, on peut dire qu'il s'est essayé dans tous les genres; dans la poésie lyrique il occuoe le premier rang.
Les chefs-d'œuvre de sa jeunesse victor Hugo. sont : les Orientales, les Feuilles d'automne, les Chants du Crépuscule, les Voix inté- Heures, les Rayons et les Ombres (1829-1840) ; ceux de son âge mûr, écrits en exil : les Contemplations et la Légende des siècles (1856-1859).
A sa première manière appartiennent ces drames fougueux, débordants de lyrisme, qui firent crouler, non sans combat, l'édifice vermoulu des vieilles formes tragiques, Hernani, Marion Delormc, le Roi s'amuse, Lucrèce Rorgia, Marie Tudor, Ruy Rlas, les Burgraves (1830-1843) et aussi l'admirable roman historique de Notre-Dame de Paris (1831), évocation de Paris et de l'art ogival au moyen âge. A sa seconde manière se rattachent des romans tout autres, inspirés par le souci nouveau des misères sociales : les Misérables, les Travailleurs de la mer (1862-1866).
Hugo n'est pas resté étranger à la vie publique. Après avoir été royaliste dans sa jeunesse, il avait chanté les gloires napoléoniennes, puis il s'était converti aux idées libérales; il accepta la pairie sous Louis-Philippe, entra à la Constituante en 1848. Son rêve politique sombra tout à coup dans la nuit du
2 décembre 1851. Réfugié à Jersey, il se vengea par les Châtiments, satire sanglante du coup d'État et de Louis-Napoléon. Il ne quitta cet exil volontaire qu'en 1870, pour prendre sa part de VAnnée terrible et bientôt « entrer vivant dans l'immortalité. »
L'Ecole romantique. — Parmi les précurseurs de l'École romantique on peut ranger deux classiques : Casimir Delavigne (1793-1843) dont les Messéniennes, au lendemain de Waterloo, consolèrent et réveillèrent l'orgueil national; et Déranger (1780- 1857), le plus populaire de nos chansonniers, qui sut trouver, dans plusieurs de ses petits poèmes, des accents lyriques pour chanter la gloire, la patrie ou la liberté. Â leur suite, autour de Lamartine et de Hugo, se groupe toute une brillante phalange d'écrivains.
Alfred de Musset (1810-1857), nouveau Byron, très romantique par les audacieux caprices de ses Contes d'Espagne et cC Italie (1830), par le désespoir morbide de sa Confession d'un enfant du siècle (1836), par l'inspiration très personnelle de ses chefs-d'œuvre, tels que la Nuit de mai ou la Nuit d'octobre, fut sou- : r, ^ vent très classique dans la forme,
.1, j j \T . et dans plusieurs poèmes il a
Alfred de Mussel. ^ f
rencontré d emblée la perfection.
Alfred de Vigny (1797-1803), dur au travail, profond, quelquefois obscur, ne connut jamais la grande célébrité, et il est resté longtemps mal compris et mal connu. Il poursuivit une voie à part, chercha à exprimer dans ses Poèmes antiques et modernes (1826) le symbole des idées morales ou philosophiques, s'attrista, s'attendrit au spectacle de la souffrance humaine, et dans un eCFort stoïque raidit son
âme vers l'idéal du mieux. Par là il est le plus moderne des poètes contemporains. Il a écrit aussi des drames, un beau roman historique, Cinq-Mars^ et un livre d'une fierté amère. Servitude et Grandeur militaires (1833). Sainte-Beuve (1804-1869), après s'être longtemps essayé dans la poésie subjective, se tourna peu à peu vers l'étude objective du cœur humain, et devint un des créateurs de la critique littéraire moderne. Auguste Barbier (1803-1882) a laissé des ïambes d'une âpreté vigoureuse, satire de la servilité bourgeoise de 1830. Brizeux (180G-1838), en ses délicates idylles, chanta la Bretagne et les Bretons.
• Théophile Gautier(1808-1872), inimitable ciseleur de rimes, auteur des Émaux et Camées, acheva la réforme romantique en poussant jusqu'à ses dernières limites le souci de la richesse et de la sonorité de la langue, mais il commença la réaction contre ce même romantisme, en abolissant le culte du moi^ dévotement célébré depuis trente ans par les poètes; il réclama, il a retrouvé et renouvelé la poésie impersonnelle; il a préparé l'avènement du naturalisme.
L'École naturaliste. — On peut embrasser sous ce titre général la plupart des poètes de l'école nouvelle qui a commencé vers 1850 et s'achève sous nos yeux. Ses principaux caractères sont extérieurement le scrupule de la forme, la fidélité dans la peinture des choses, l'impersonnalité, l'analyse à outrance du cœur humain, et au fond une inspiration pessimiste qui se traduit tantôt en impassibilité feinte, tantôt en désespoir irrité, et de plus en plus
en pitié et tendresse pour les petits et les malheureux. La curiosité du style, le culte de l'art pour Tart sont surtout sensibles chez les Parnassiens qui se groupèrent vers 1865 chez l'éditeur Lemerre. Le plus habile de ces ciseleurs ingénieux, leur maître en quelque sorte, a été Théodore de Banville (1823- 1891), auteur des Cariatides^ des Stalactites, des Odes funambulesques et de tant d'autres étincelantes fantaisies. Parmi les réalistes, le plus lugubre, le plus macabre, fut Baudelaire (1821-1867), dont les Fleurs du mal exhalent le parfum vénéneux de l'horrible. On peut ranger parmi les naturalistes proprement dits Louis Bouiluet (1822-1869) qui, dans ses Fossiles, a tenté de raconter la genèse grandiose' de notre globe. Le plus grand de tous est Leconte DE LiSLE (1818-95), auteur de ces Poèmes antiques (1853), de ces Poèmes barbares (1862) et de ces Poèmes tragiques où l'ampleur et l'harmonie de la forme, l'intensité de la couleur s'allient à une science d'une précision rare, pour traduire la profondeur du symbole. L'analyse subtile des sentiments, l'inspiration philosophique distinguent M. Sully Prudhomme, tandis que M. François Coppée excelle à peindre d'une touche toujours correcte les tableaux de genre les plus modernes.
Dans des directions nouvelles, les plus diverses, se sont engagés: Verlaine (1844-95), et MM. J. Aicard, RiCHEPiN, Déroulède, de Hérédia, de Bornier, les décadents, les symbolistes, etc.
Le roman. — Jamais peut-être époque ne fut plus féconde en romans, ni en plus d'espèces de romans. 11 faut se résigner à ne mentionner ici, à côté ou à la suite de Bernardin de Saint-Pierre et de Chateaubriand, de Victor Hugo et d'Alfred de Vigny, que les plus illustres des romanciers français contemporains. Balzac (1799-1850), travailleur robuste,
Balzac.
mais intempérant et inégal, réaliste trop enclin à grossir la laideur morale, a forgé en vingt ans une œuvre énorme et créé des types inoubliables, tels que Eugénie Grandet. Alexandre Dumas (1803-1870), narrateur toujours alerte et gai, d'étonnantes aventures, doué d'une imagination prodigieuse, a pris avec l'histoire et la vraisemblance toute sorte de libertés et enfanté d'innombrables volumes ; il est l'inventeur du romanfeuilleton. Qui n'a suivi dans leurs odyssées avec un intérêt passionné ses Trois Mousquet airesl Qui ne connaît Monte-Cristo'^ George Sand (1804-1876), incomparable artiste, génie souple et fécond, a produit des chefsd'œuvre en ses trois et quatre manières : sur un mode lyrique exubérant de jeunesse et de passion , Indiana , Valentine (1832); dans le genre historique, Mauprat (1837) ; parmi beaucoup d'œuvres mixtes, plus ou moins heureuses, inspirées par la discussion de thèses socialistes ou religieuses, Consuelo (1842); au nombre de ces fraîches idylles, comme parfumées d'un sentiment si vrai de la nature, François le Champi, la Mare au Diable, la Petite Fadette, les Maîtres sonneurs (1844-1833). Dans son arrière-saison, M'^'^ Sand assagie et devenue grand'mère fit paraître encore beaucoup d'autres romans d'une originalité moindre , éclairés d'une lumière plus monotone , mais plus pure et qui résument, dans le Marquis de Villemer (1861) par
Alox. Dumas (père).
exemple, ce qu'il y a de plus divers dans tous les
autres.
Tandis que le roman d'aventures s'égarait de plus
en plus après Alexandre Dumas et se perdait dans le
bas des pages des petits journaux, Alexandre Dumas fils (1824-95), qui débuta, en 1848, par l'élégie tragique de la Dame aux Camélias, Mérimée (1830- 1870), l'auteur impeccable de Colomba, Flaubert (1821-1880), qui a écrit, avec un singulier raffinement d'observation, d'érudition et de style Madame Bovary et Satambo, accentuaient le caractère impersonnel du roman réaliste
Alex. Dumas (fils). . ^ , . , , ,
maugure par Balzac et en plusieurs de ses œuvres par G. Sand elle-même. On sait que MM. de Goncourt dans leurs poignantes dissections sont allés plus loin, et M. Zola, le peintre puissant, plus loin encore. Le naturalisme, poussé à l'extrême, va, par une évolution fatale à la pathologie et malheureusement aussi à la pornographie.
En des voies diverses marchent d'au très romanciers d'un talent non moins incontestable et que lit le public lettré des deux mondes : Alphonse Daudet, auteur de Numa Roumcstan; Pierre Loti, de Pêcheur d'/slande; Bourget; l'infortuné Guy de Maupassant, frappé bien avant l'heure, en pleine floraison; CuERBULiEZ, Ohnet, Theuriet, Erncst Daudet, Jules Lemaitre, Anatole France, Marcel Prévost, Hervieu, les frères Margueritte, Paul Adam, Maurice Barrés, et tant d'autres!
Le théâtre. — La tragédie classique avait eu pour interprète sous l'Empire Talma (1763-1826); elle eut plus tard M"'= Racuel, deux artistes de génie. Mais sauf la Lucrèce de Ponsard, jouée avec succès en
1843, on s'est borné à reprendre les chefs-d'œuvre impérissables du xvii« siècle, on n'a plus cherché à les imiter.
Les drames romantiques de Hugo et quelques autres pièces d'une inspiration analogue, telles que Chatterton (1835) d'Alfred de Vigny, Henri III et sa cour (1829), Antony (1831), Charles VII chez ses grands vassaux (1833) d'Alexandre Dumas père, ont occupé la scène jusqu'en 1843; on les joue encore, mais ce lyrisme, cette couleur historique de convention semblent démodés. Il en est à peu près -de même de Scribe (1791-1861), le plus abondant et le plus industrieux des fabricants, dont les amusantes comédies et les vaudevilles sans prétention ont fait les délices de la bourgeoisie vers le milieu du siècle. Bertrand et Raton (1833), Une Chaîne (1841), le Verre d'eau (1842), Bataille de dames (1851) sont restés les modèles du genre.
Le théâtre contemporain depuis 1850 environ est devenu réaliste, comme le roman : il peint les vices et les ridicules du jour, étudie les questions sociales actuelles sans se refuser des incursions dans l'histoire. Il a inventé un genre de comédie qui touche à la tragédie par l'analyse des sentiments, au drame par la couleur et le mouvement et qui brille d'un éclat propre par l'exactitude des détails. Déjà Ponsard avait tenté dans Charlotte Corday (1850), V Honneur et i Argent (1853), le Lion amoureux (1866), un compromis timide entre les deux formes classique et romantique. Le véritable créateur du genre nouveau a été Emile Augier (1820-1892); par l'élévation de la pensée, la force des conceptions, la brillante fermeté du style, c'est un maître. Ses chefs-d'œuvre sont V Aventurière (1848), le Gendre de M. Poirier (1856), les Effrontés (1861), le Fils de Giboyer (1862), Jean de Thommeray (1873), les Fourcham,bault (1878.)
M. Alexandre Dumas fils, plus fougueux à froid, plus âpre de ton, volontiers osé et paradoxal, n'a pas eu moins de succès avec le Demi- Monde (1853), le Fils naturel (1838), les Idées de M"^" Auhray (1867), /'^'/ran^/ère (1876).
M. Victorien Sardou, fécond, habile, ingénieux, varié, est l'auteur de Nos Intimes (1861), de la Famille Benoiton (1863), ^/'^V de Pairie (1869), de Divorçons
'■' • i"" (1886). Un heureux genre est
lîmiie Augier. celui qu'a Créé Eugène Labiche
(1813-1887), en rajeunissant l'antique vaudeville. L'auteur du Voyage de M. Perrichon et du Chapeau de paille d'Italie est le plus gai, le plus vraiment gaulois, le plus sain peut-être des successeurs de Molière; sous ses bouffonneries et ses éclats de rire, il cache une connaissance profonde du cœur humain ; mais il a bien soin de n'en tirer ni conclusion pessimiste, ni lugubre leçon.
Parmi les autres écrivains dramatiques de cette seconde moitié du siècle, citons encore : M""® de Girardin (1804-1835), qui a rencontré une fois le succès avec la Joie fait peur; Jules Sandeau (1811- 1883), auteur de #"" de la Seiglière; Octave Feuillet (1812-1892), de Dalila, du Roman d'un jeune homme pauvre; Théodore Barrière (1823-1877), des Faux Bonshommes; Legouvé (né en 1807), à qui l'on doit Adrienne Lecouvreur, Par droit de conquête; M. de Bornier (né en 1823), dont le drame de la Fille de Roland, interprété par Sarah Bernhardt, a produit en 1871 une émotion profonde; M. Pailleron (né en 1834), qui s'est fait une place à part avec VAge ingrat, V Étincelle, le Monde où Von s'ennuie, etc.; MM. Meilhac (né en 1832) et Ludovic Halévy (né
en 1834), qui ont dépensé tant d'esprit : en opérettes cl parodie, telles qnOrphée aux enfers, la Belle Hélène, la Grande- Duchesse de Gérolslein ; en actes légers, comme la Petite Marquise ; en drôleries, comme la Boule; en véritables comédies, comme Froufrou.
La fécondité dramatique ne se ralentit pas en France. A côté de nouveaux venus déjà illustres, tels que MM. Lavedan et Brieux, une place à part doit être faite à M. Rostand, dont la comédie de Cyrano de Bergerac a obtenu en 1898 un si éclatant succès.
Le pamphlet et l'éloquence. — Après la chute du premier Empire (qui n'avait toléré aucun genre de critique), Paul-Louis Courier (1772-1825), le soldat lettré dont l'ironie piquait comme l'acier le plus fin, entreprit contre la réaction une guerre de pamphlets restée fameuse . Gormenin (Timon) fit de même la satire des hommes du gouvernement de Juillet, et plus tard Rochefort, dans sa clandestine Lanterne, déchira l'Empire.
Cependant en 1815, la tribune parlementaire était rétablie. Aussitôt parurent d'éloquents orateurs politiques. Les plus renommés sont : — Sous la Restauration : le doctrinaire Royer-Collard (1763-1845), connu aussi par son enseignement philosophique; Benjamin Constant (1767-1830), qui d'autre part a écrit le roman célèbre d'Adolphe; le général Foy (1775-1825); — sous le gouvernement de Juillet : Casimir Perier (1777-1832); les historiens Guizot et Thiers; le comte de Montalembert (1810-1877); — en 1848, Lamartine.
Après un long intervalle de silence, lorsque la parole redevint libre, en 1870, la France a entendu de nouveau Thiers, et tressailli à la voix du grand patriote Gambetta.
Au barreau comme dans les Chambres se sont
illustrés : Berryer (1790-1868), Dufaure (1798-1868), Jules Favre (1809-1880).
Enfin l'éloquence de la chaire, abandonnant l'enseignement dogmatique, a plus volontiers abordé en ce siècle les sujets de morale et particulièrement de morale sociale. En ce genre nouveau ont surtout brillé : le dominicain Lacordaire (1802-1801), qui voulut concilier le catholicisme et la révolution ; Lamennais (1782-1854), surprenant et fougueux apôtre, qui débuta en 1818 par VFssai sur rindifférence en matière de religion ^^ et publia en 1834 ses Paroles d'un croyant, sorte de pamphlet mystique et d'évangile socialiste, et, de nos jours, le père DiDON.
La critique littéraire. — L'application de la méthode historique à la critique littéraire a renouvelé ce genre qu'on pouvait croire voué à tout jamais par La Harpe à un stérile verbiage. Villemain (1790-1867), qui fut à la fois un érudit et un écrivain, un historien et un orateur et même un homme politique, inaugura la critique nouvelle avec un succès éclatant dans ses leçons de la Sorbonnc. Sainte-Beuve (1804-1869), poète incomplet peut-être mais psychologue subtil et sagace, fouilla plus avant ce domaine à peine exploré. Dans ses Causeries du Lundi, il s'eflbrça d'expliquer les œuvres littéraires par le caractère et la vie intime des écrivains. Saint- Marc-Girardin (1801-1873), Jules Janin (1804-1874), NisARD (1806-1888), contemporains de Sainte-Beuve, sont les principaux représentants d'une critique littéraire moyenne qu'on pourrait appeler classique. Taine (1828-1893), logicien hardi, déterministe in-
flexible, dépassant Sainte-Beuve, entreprit de déduire tout l'écrivain de sa faculté maîtresse et des milieux de sa vie. S'il y a quelque paradoxe dans sa doctrine, son La Fontaine^ son Histoire de la littérature anglaise n'en sont pas moins admirables de profondeur, de couleur et de vie.
En ces dernières années la critique est devenue légion et n'a cessé d'explorer de nouveaux domaines. Beaucoup des auteurs déjà cités tels que MM. Legouvé et Jules Lemaître, excellent très différemment en ce genre. A côté d'eux, inscrivons les noms de Sarcey qui, pendant trente ans, a été comme le Boileau du théâtre contemporain, de MM. Faguet, Brunetière, Larroumet, etc. Les revues, les journaux ont multiplié à l'infini ces légers articles où en quelques pages, en quelques lignes, en quelques traits (c'est l'esprit qui manque le moins) les écrivains s'apprécient les uns les autres, ou se déprécient, et abordent à propos de tout les sujets les plus futiles comme les plus hautes questions littéraires.
L'art français au XIX* siècle.
Architectes et monuments. — La sculpture. — La peinture classique. — La peinture romantique. — Les néo-classiques. — Les paysagistes. — Les réalistes. — La musique au début du siècle. — La musique au milieu du siècle. — La musiq^ue à la fin du siècle.
Architectes et monuments. — A la fin du
xviiie siècle, l'architecture française était classique, elle le resta pendant presque toute la première moitié du xix^. La Révolution n'eut pas le temps de construire. Napoléon, s'il eût duré, eût été un nouveau Ramsès, il aimait le colossal et il songeait surtout à se glorifier lui-même lorsqu'il élevait des monuments à la gloire de la Grande Armée. Il confia à Chalgrin l'exécution de l'arc de triomphe de l'Étoile, qui est le chel-d'œuvre du genre et qui ne fut terminé qu'en 1836. Il fit ériger la colonne Vendôme, l'arc de triomphe du Carrousel. Il chargea ViGNON de construire un temple de la Gloire qui plus tard fut transformé en église et devint la Madeleine (1842). De cette époque datent également les palais du quai d'Orsay (Affaires étrangères et
l'art français au xix'= siècle
Cour des comptes, ce dernier incendié par la Commune en 1871), le palais du Corps législatif, plus tard Palais Bourbon et Chambre des Députés, la Bourse, achevée en 1826. La Restauration ajouta
Arc de triomphe de l'Étoile-
à ces édifices quelques églises médiocres telles que la Chapelle expiatoire et Notre-Dame-de-Lorette. Le gouvernement de Juillet, continuant les mêmes traditions, construisit les fontaines Molière et Saint-Sulpice, le tombeau de Napoléon aux Invalides, dressa sur la place de la Bastille la colonne de Juillet!
Cependant le renouvellement des études historiques, la renaissance des idées chrétiennes, l'éclosion de Técole romantique avaient eu leur contrecoup dans le domaine des arts. A partir de 1835 environ les architectes se reprirent d'admiration et de respect pour les vieux édifices romans et ogivaux. Lassus restaura la Sainte-Chapelle, Notre-Dame, la
cathédrale de Chartres; Lenoir, le musée de Cluny et le palais des Thermes; Eoeswillwald, la cathédrale de Laon. Viollet-le-Duc (1814-18'79), Tardent théoricien de ce grand mouvement, fit revivre la cathédrale d'Amiens, le château de Pierrefonds, la cité de Carcassonne. Cette résurrection du passé se continue sous nos yeux avec une science de plus en plus exacte et scrupuleuse qui embrasse toute l'histoire.
L'horizon s'est ainsi élargi. Et non seulement
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toutes les époques de l'art européen sont mieux connues ; mais grâce à la multiplicité des voyages et des missions archéologiques, l'art de l'Egypte, de l'Assyrie, de la Perse et de l'Inde ancienne et d'autres styles plus particuliers, ceux de la Chine, du Japon, du Mexique sont en quelque sorte exhumés et curieusement étudiés. D'autre part le
l'art français au xix" siècle 159
progrès des sciences et de leurs applications mécaniques, la production plus abondante, l'emploi plus fréquent de la fonte, du fer modifient profondément la méthode et les procédés des architectes. 11 se forme de ces éléments un art composite mais nouveau dont les essais ont déjà produit des monuments fort remarquables. Tels sont le nouveau Louvre, de Visconti, achevé par Lefuel ; le Grand Opéra, de Garmer ; l'Hôtel de ville, de Ballu ; la nouvelle Sorbonne, de Nénot; le petit palais des Champs-Elysées, de Ch. Girault; les églises du Sacré-Cœur, par d'AsADiE, de Sainte-Clotilde, de Saint-Augustin, la cathédrale de Marseille; parmi les constructions en fer : les Halles centrales, de Balïard ; la tour Eiffel ; la Galerie des Machines, de Dutert; le pont Alexandre III, de Resal.
La sculpture. — Au début du xixe siècle, les statuaires français obéissaient tous comme leurs confrères les architectes à l'inspiration de l'antique. Tels furent : Chaudet, qui représenta Napoléon en empereur romain, au sommet de la colonne Vendôme ; Bosio, qui orna de bas-reliefs le même monument; Lemot et son quadrige de l'arc du Carrousel; tous les artistes qui travaillèrent à la décoration de l'arc de triomphe de l'Étoile.
Bientôt se fit sentir dans une génération nouvelle l'influence du romantisme, atténuée et à peine sensible chez les uns, plus ou moins vive chez les autres. Pradier, l'élégant auteur de Psyché (1824), resta fidèle aux traditions de la beauté hellénique, tout en y ajoutant une grâce très moderne. David d'Angers (1789-1856) habilla ses hommes illustres du costume contemporain, mais s'il renonça au cothurne, à la cuirasse, à la toge, il conserva le grand style de l'époque de la Révolution. Rude (1784- 1855), novateur plus hardi, plus fougueux, ajouta
LA l'ATRIE FRANÇAISE
un chef-d'œuvre, le groupe de la Marseillaise, à l'arc de triomphe de l'Étoile (1838). Barye se fit une spécialité de la représentation des animaux. Dans les ateliers de ces artistes illustres sont nées
MarseiUatse de Rude.
les glorieuses écoles de la sculpture française contemporaine, infiniment variées en leurs tendances et leur originalité, mais unies en une seule et grande école par le double culte de la vérité et de l'idéal. Au premier rang des maîtres de nos jours figurent : — Aimé Millet (1816-1891), auteur du Vercingctorix d'Alésia et du beau groupe d'Apollon à l'Opéra ; Guillaume et ses bustes d'une correction acadé-
mique; Frémiet et ses groupes d'animaux pleins de vie; Carpeaux (1827-1875), le fougueux auteur de la Flore du Louvre, de la fontaine des Quatre parties du inonde^ sur l'avenue de l'Observatoire, et du groupe célèbre de la Danse à l'Opéra; Falguière, puissant réaliste, et sa Diane; Cdapu, admirable de sentiment et de simplicité classiques dsitis sa Jeanne rf'A^T, et sa Jeunesse du monument de Regnault, à l'École des Beaux-Arts ; Bartholdi, dont l'imagination grandiose a conçu le Lion de Belfort et la Liberté éclairant le monde de New-York ; Delaplanche, plein de grâce attique, auteur d'Eve après le péché et de VÉducation maternelle, du square Sainte-CIotilde; Ernest Barrias et son Bernard de Palissy: Mercié et son Gloria Victis; Dalou et son bas-relief des Etats généraux de 1789; Idrac et son Mercure; Boucrer et sa Terre; Rodin, Charpentier, Chaplain, G. Miguel, Math. Moreau, etc., le graveur D. Dupuis et tant d'autres dont on admire les œuvres dans les musées, les palais, et sur les places publiques.
La peinture classique. — La peinture française était revenue à la fin du xviiP siècle à l'imitation des chefs-d'œuvre de l'art antique. Le grand chef de cette restauration fut David (1748-1823), chez qui l'on peut discerner trois manières : il a reproduit, avec une pompe sculpturale, des scènes antiques telles que V Enlèvement des Sabines; avec plus de vie, mais non moins de majesté dans la composition, des scènes modernes telles que le Serment du jeu de Paume; avec une conscience et une pénétration rares, l'image de ses contemporains tels que iW™° Récamier et Pie VIL A côté de David, mais à part, se place Prudhon (1758-1823), coloriste original et tendre, dont le chef-d'œuvre est Psyché enlevée par les Zéphirs. Les principaux élèves de David furent : Girodet (1767-1824), l'auteur correct
des Funérailles d'Atala et d'une Scène du déluge ; Gérard (1770-1837), habile portraitiste à qui Ton doit aussi tAmour et Psyché; Gros (1771-1834), qui a peint avec une grandeur épique les batailles de TEmpire, et surtout celle d'£ylau.
La peinture romautique. — Le précurseur de l'école romantique est Géricault (1791-1824), dont le Naufrage de la Méduse parut une innovation
Naufrage de la Méduse.
audacieuse en 1819. Delacroix (1798-1863) se révéla en 1822 par le tableau célèbre de Dante et Vii-gile. Ses autres plus belles toiles sont les Massacres de Scio, les Femmes d'Alger., Médée, et son chef-d'œuvre, VEnti^ée des croisés à Constantinople. Delacroix est le chef d'une école qui correspond assez fidèlement à, l'école littéraire du même nom, qui recherche le mouvement, la couleur, l'expression tourmentée des sentiments et des passions, qui a le culte de la poésie dans l'histoire, le goût du moyen âge et de
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l'orientalisme. C'est ainsi que Léopold Robert (1794- 1835) a donné tant d'éclat à son Improvisateur napolitain, Ary Scheffer, tant d'expression à sa Mignon, à, sa Françoise de Rimini. C'est encore un romantique, mais du genre tempéré, que Paul Delaroche (1797-1856), contemporain d'Aug. Thierry et de Cousin, historien fidèle et peintre éclectique, auteur d'une foule de tableaux d'histoire, tels que les Enfants d'Edouard, le Meurtre du duc de Guise, et la grande composition de VHémicycle de Vécole des Beaux- Arts. A la même école se rattachent encore : Horace Vernet (1789-1863), qui a illustré de tant de pages de fière allure la conquête algérienne et dont on admire surtout la Prise de la Smala d'Abd-el- Kader; — parmi les contemporains : Fromentin, coloriste et rêveur charmant, qui nous a donné une Algérie plus fraîche que nature; Charles Muller et son mélancolique Appel des victimes sous la Terreur; Couture et ses mélodramatiques Rom,ains de la décadence.
Les néo-classîques. — Au temps même du plus brillant essor de l'école romantique, la tradition classique s'était continuée et renouvelée avec Ingres (1780-1867), qui se distingue par la pureté du dessin, la correction de l'ordonnance, la noblesse de l'inspiration et dont les œuvres les plus achevées sont le Vœu de Louis XIII, V Apothéose d'Homère, la Source. A la même famille, sinon exactement à la même école, appartiennent : Léon Cogniet (1794- 1881), contemporain d'Ingres, à qui l'on doit Tintoret peignant sa fille morte; Flandrin (1809-1864), dont les fresques décorent l'église de Saint-Vincent-de- Paule; — dans les générations suivantes : Cabanel et sa Naissance de Vénus ; Gérôme, auteur ingénieux et sculptural, qui s'est fait une spécialité des scènes familières antiques; Bouguereau, le plus académique
des peintres actuels et son Triomphe de Vénus ; Baudry, dont la brosse alerte et facile a décoré le grand Opéra.
Les paysag-îstes. — Cependant, aux environs de 1850, est née une école nouvelle et vraiment originale. Le paysage n'était guère considéré jusqu'alors que comme un accessoire servant de cadre soit à un portrait, soit à un groupe de personnages historiques. Se placer résolument en face de la nature champêtre, la peindre telle qu'elle est, ou toute nue, ou peuplée d'animaux et de paysans, l'interpréter avec sincérité, telle est l'entreprise hardie qui fut tentée, avec quel bonheur, on le sait, par une petite phalange d'artistes, méconnus d'abord, contestés longtemps, victorieux enfin et dont les rangs, grossis sans cesse de nouvelles recrues, forment aujourd'hui toute une armée. Parmi les directeurs de ce mouvement fécond les premières places appartiennent à : Corot (1796-1875), dont la grâce vaporeuse idéalise les retraites mystérieuses des bois, des eaux, des clairières où dansent les chœurs légers des nymphes; — Théodore Rousseau (1812-1867), le poète des chênes robustes, des sous-bois transparents où remisent les chevreuils ; — François Millet (1815-1875), l'auteur du célèbre Angélus du soir (1867), génie âpre et vigoureux, qui a vu tels qu'ils sont, bêtes et gens, les hôtes de la campagne, et qui lésa faits tels qu'il les a vus. Autour de cette trinité de maîtres s'en rangent d'autres : Troyon avec ses Bœufs de labour et son Retour à la ferme, empruntés au Limousin; Daubigny, qui a peint les bords de la Seine, de lOise, le Morvan; Harpignies, le Bourbonnais , l'Auvergne ; Rosa Bonheur , les vaches, les bœufs de labour du Nivernais; Jules Breton, qui semble avoir prêté une âme aux plaines tranquilles de l'Artois et a paré d'une poésie péné-
tranle les scènes champêtres de son pays ; Bastien- Lepage (18'(8-188o), qui, renonçant à la lumière toujours un peu factice de l'atelier, a entrepris le premier de rendre la lumière vraie, la lumière du plein air.
Les réalistes. — Ce sont déjà des réalistes que les paysagistes de 1850 et surtout Millet. A la même époque, Courbet (1819-1877), un paysagiste aussi et des plus énergiques, a introduit violemment le réalisme dans la représentation générale de la vie moderne. Outrant sa réforme, il a trop souvent recherché avec une prédilection systématique le laid et le grotesque. Le réalisme, peu à peu assagi, n'en a pas moins de proche en proche envahi tous les genres. Il a brisé les cadres des anciennes écoles; il a contribué à rendre à l'artiste sa pleine indépendance, en livrant à son pinceau la nature entière et l'infinie variété des hommes et des choses. De là tant de peintres originaux et suivant chacun leur voie propre : Pu\is de Cha vannes et ses vastes compositions décoratives, savantes et poétiques allégories dessinées d'après des types directement empruntés à la vie réelle; Chaplin, qui a prêté à la jeunesse féminine le charme de ses blancheurs nacrées; Henner, dont les femmes aux chairs d'ivoire s'enveloppent d'ombres très douces; Bonnat, portraitiste lumineux aux tons durs et puissants; Carolus Duran, fougueux coloriste aux notes larges et franches; Guillaumet, le plus sincère et le plus vrai des interprètes de la nature algérienne; Benjamin Constant, vigoureux orientaliste; Jean-Paul Laurens, qui mérite une place à part comme le seul véritable peintre d'histoire de ces derniers temps et le plus exact de tous; enfin les peintres de batailles et à leur tête un maître incomparable, Meissonier (1815- 1891), qui commença par la peinture de genre à la
façon presque hollandaise, avec ses Joueurs d'échecs^ ses Buvews, ses Fumeurs, pour s'élever dans la miniature jusqu'à l'épopée militaire lorsqu'il peignit léna, Napoléon en 1814, etc.
Citons encore les grandes toiles d'YvoN, les compositions militaires et patriotiques de Protais, de Neuville, de Détaille, les tableaux de genre de RoYBET et tant d'autres œuvres signées de noms bien connus tels que Lenepveu, Hébert, Gust. Moreau, Français, Lefebvre, Benjamin Constant, etc. L'art se renouvelle incessamment et les innovations les plus fantaisistes peuvent avoir leur utilité. Un peintre d'un véritable talent, Manet, vers 1860, réussit à étonner le public par l'étrangeté de son réalisme. Qu'il l'ait voulu ou non, il est le père des Impressionnistes, qui tendent à supprimer le dessin et s'ingénient à exagérer les jeux et les reflets de la lumière. Puis sont venus les Symbolistes, qui dédaignent le réel et s'efforcent d'interpréter le surnaturel et l'inconnaissable. Impressionnistes et symbolistes ont contribué, chacun pour leur part, aux progrès de la peinture française.
La musique au début du siècle. — La musique française du commencement de ce siècle n'a fait que continuer les traditions du siècle précédent. Si les musiciens payèrent en quelque sorte leur tribut à la Révolution en composant pour elle des hymnes guerriers, des chants patriotiques, dont quelques-uns sont fort beaux, des pièces de circonstance dont aucune n'a survécu, ils restèrent fidèles aux procédés de l'art antérieur. Art superficiel, qui nous paraît aujourd'hui un peu vieillot et un peu enfantin, mais qui ne manque ni de dignité enjouée ni de grâce sentimentale. Grétry (1741-1803), simple et gai, spirituel et amusant, toujours préoccupé d'adapter les airs aux paroles , avait définitive-
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ment créé le genre très français de l'opéra-comique. NicoLO (1777-1818) a diverti l'Empire avec les Rendezvous bourgeois, Joconde, etc. Cueuubini (1760-1842), Florentin francisé, à qui l'on doit V Hymne funèbre pour la mort du général Hoche, introduisit une instrumentation plus riche dans l'opéra français et plus tard se distingua par la grâce de ses compositions religieuses . Un autre Italien , Spontini (1774-1851), le protégé de Joséphine, remporta deux grands succès, avec la Vestale et Fernand Cortez. Mais déjà une tendance nouvelle se manifeste : MÉHUL (1763-1817), par la puissance de l'expression et de la couleur unie à la simplicité classique du style, est un précurseur des maîtres contemporains. Il est l'auteur de l'admirable Chant de départ, de VHymne des Girondins, des opéras de Stratonice et du Jeune Henri et surtout de Joseph, inspiré par la Bible.
La musique au milieu du siècle. — De 1820 environ à 1830, il est visible que la musique française subit des influences diverses qui l'enrichissent et la transforment. Le goût public s'éclaire et s'affine. On joue à l'Odéon en 1824 une série d'opéras étrangers. La Société des concerts du Conservatoire est créée en 1828. Les instruments tels que le piano, la harpe, l'orgue sont perfectionnés par un facteur de génie, Sébastien Erard, et par ses élèves. Le divin Mozart, le grand Beethoven dont les chefs d'œuvre commencent à être connus, la verve et l'éclat des /naîtres italiens qui visitent Pa- Boïoidieu.
ris et finissent presque tous par s'y établir, ouvrent à la musique française des perspectives nouvelles.
Le continuateur des traditions de l'opéra-comique est BoïELDiEU, laimable mélodiste dont le chefd'œuvre, la Dame Blanche, fut joué en 1825. Déjà l'ingénieux et spirituel Aubek (1782-1871) avait commencé la série de ces cinquante-huit années de production qui donnèrent le jour à tant d'oeuvres populaires, à l'opéra de la Muette de Portici et aux opéras-comiques qui se nomment Fra-Biavolo, lAmbassadt'ice, le Domino noir, les Diamants de la Couronne, Haydée, etc. Hérold (1791-1833), mort prématurément, élève de Méhul qui lui enseigna sans doute le secret des symphonies expressives et colorées, s'éleva, dans Marie, dans Zampa et surtout dans le Pré aux clercs, à un genre d'opéra-comique plus sérieux, plus âpre et plus vivant. Adam (1803- 1836), élève de Boïeldieu, héritier de sa grâce facile, est l'auteur du Postillon de Long jumeau, de Si j'étais roi\ il n'a rien fait de mieux que le Chalet.
Pendant la même période, un Italien que l'on peut considérer à partir de 1823 comme un Parisien , Rossini (1792-1862), charmait ses compatriotes d'adoption par sa gaieté napolitaine, sa verve mélodieuse, la variété, la souplesse de ses moyens. Parmi ses compositions arrangées ou écrites tout exprès pour la scène fran-
Rossini. . , , .,, , . ,
çaise, les plus célèbres sont le Barbier de Séville, le Comte Ory, le Siège de Corinthe, Moise, Guillaume Tell, son chef-d'œuvre (1829). Deux ans après, un Israélite de Berlin, doué d'une rare faculté d'assimilation, déjà connu en Allemagne et en Italie, un riche cosmopolite qui était venu se fixer à Paris en 1826, Meyerbeer (1794- 1864), débutait à l'Opéra français par un coup de
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maître, par Robert le Diable, et pendant vingt années, gardant le premier rang, il déployait dans les Huguenots, le Prophète, CE toile du Nord, le Pardon de Ploérrncl, V Africaine, toute la richesse d'un génie varié, tenace et profond. Les autres compositeurs célèbres de cette période sont deux Italiens : DoNiZETTi (1798-1848), heureux improvisateur à qui l'on doit Lucie de Lammcrmoor, la Fille du Régiment^ la Favorite; Bellini (1806-1835), auteur de la Norma et des Plantains; un Français, coreligionnaire de Meyerbeer et digne de prendre place à côté de lui, Halévy (1799-1862), qui s'éleva à des accents vraiment pathétiques dans la Juive ^.^j^^-'ret qui a produit aussi la Reine iW^^^T'A de Chypre, Charles VI et une idylle lyrique, le Val d'Andorre.
Berlioz (1803-1869) enfin acheva en France la révolution du romantisme musical par le triomphe de l'inspiration personnelle et de la couleur. Génie inégal et longtemps discuté, mais d'une rare puissance, capable de s'éle- Berlioz, ver à l'expression sereine des sentiments les plus purs comme de s'emporter en violences d'une tragique sonorité, il a écrit d'admirables symphonies telles que Roméo et Juliette, la Damnation de Faust et l'opéra des Troyens.
La musique à la fin du siècle. — Aux environs de 1860, la musique française a subi de nouveaux changements. Elle s'est répandue, elle s'est démocratisée : les concerts populaires fondés par Pasdeloup en 1863 ont été imités bientôt partout, et avec un plein succès à Paris, par MM. Colonne, Lamoureux. Elle s'est aussi décentralisée : plusieurs opéras ont été joués pour leur début à
Bruxelles, Lyon, Rouen, Marseille, Aix-les-Bains, Monte-Carlo, etc. Elle s'est affranchie de la délimitation trop rigoureuse des genres. Son domaine s'est considérablement agrandi; sa hardiesse s'est accrue, Meyerbeer était déjà un éclectique. Que dire des emprunts faits par les musiciens d'aujourd hui aux styles exotiques les plus divers, des influences de toute sorte qu'ils ont subies, à commencer par celle de Verdi et surtout de Wagner, des voies originales et nouvelles dans lesquelles ils se sont engagés?
Félicien David (1810-1876) s'est inspiré de l'Orient dans sa belle symphonie du Désert, dans ses opéras d'Herculanum et de Lalla-Roiik. Ambroise Thomas a renouvelé par la grâce poétique et la sincérité de l'émotion l'ancien opéra-comique. On lui doit le Caïd, le Songe d'une nuit d'été. Mignon, Hamlet, Françoise de Rimini. Bazin nous a égayés par ses fantaisies de Maître Pathelin, du Voyage en Chine, de VOurs et h Pacha. Gounod (1818-1893), mystique délicat, poète inquiet et fécond, interprète de l'amour héroïque, a écrit : Sapho, Faust, Philémon et Baucis, la Reine de Saba, Roméo et Juliette, Polyeucte, Mireille, et la cantate patriotique de Gallia. Victor Massé, aimable romantique, a composé la Chanteuse voilée, les Noces de Jeannette, Galatée, la Reine Topaze, Paul et Virginie, Pétrarque. Reyer, nouveau Berlioz, inspiré et violent comme lui, vigoureux disciple de l'Allemagne, a produit Sacountala, Sigurd, qui est son chef-d'œuvre, Salammbô.
Lalo est l'auteur sobre et sincère, un peu laborieux, du Roi d'Vs. Saint-Saens, très français par l'élégance, la fermeté, la mesure, universel par l'érudition et la technique, compte parmi
ni
ses meilleures productions Ascanio, Henri VII1\ Samson et Dalila, Phryné. Délires, après s'être fait connaître par les ballets de la Source^ de Coppélia et de Sijtviu, a dépensé un élégant badinage dans le Roi l'a dit, Lakmé. Bizet (1838-1875), le Regnault de la musique, frappé comme lui avant l'heure, a laissé un chef-d'œuvre de science et de couleur d'abord méconnu, Carmen, et n'a obtenu qu'après sa mort justice et gloire. Massenet, ingénieux, subtil, savant, s'est attaqué avec succès à divers genres, aux chœurs antiques, des £'rtnnj/es, au poème mystique d'iÉ'ue, au drame lyrique dans Manon Lescaut, le Roi de Lahore, le Cid, Esclarmonde. Le vieux maître italien, l'illustre Verdi est venu donner à Paris son opéra de Falstaff (1894). Il faudrait ajouter à cette hste déjà bien longue d'autres noms encore : César Franck, mort à la peine avant la gloire, MM. Vincent d'Indy, E. Guiraud, Paladiliie, h. Maréchal, A. Bruneau, P. Vidal, j^jme ^yg Holmes, etc.
Enfin dans un genre nouveau, l'opérette, deux noms dépassent la foule, celui d'OFFENRAcn, auteur d'Orphée aux Enfers, de la Belle Hélène, de la Vie parisienne , de la Grande-Duchesse, et celui de Lecoq, avec la Fille de madame Angot.
Reyer.
XIY Tempérament et caractère de la France.
siqufe. - Son temperameni. g intluence.
Ses facultés morales. — Son caracitre.
ProDortions et situation de la France. -
La France a la forme d'un hexagone légeremen oblong dans le sens du méridien Elle est, dans ses grandes lignes, symétrique, proporUonnee et regu- U^re De ses six côtés, trois sont mar.tmies et rms continentaux : cinq paraissent l'œuvre mde^.^ru^^^ tible de la nature; un seul, depuis vmgt ans mutilé, estrœuvre fragile et révisable ^^s Sommes
La France mesure actuellement 53o000 kilome très carrés. Elle n'est que la dixième partie de la Russie Ta dix-neuvième de l'Europe. Elle est sensiblemerlt égale en étendue à l'Allemagne, à lAut che Hongrie, à l'Espagne. Elle est P - J-^e ^^chacun des autres États européens. EUe^^^ f ^^7. fois plus grande que l'État de N^.^-^^f ^^;\^^Xs resnond à la dix-septième partie des Etats unis d Tmerique. Elle est donc de taille moyenne et itme p?utôt petite ; mais son inûuence s'étend hors
d'Europe sur de vastes territoires, et elle occupe une large place dans le monde civilisé.
Elle est placée au nœud vital de l'Europe occidentale; elle est le trait d'union naturel des nations anglo-saxonnes et des nations latines; elle regarde à la fois le Nouveau-Monde par l'Océan, l'Ancien par la Méditerranée.
Sa constitution physique. — La France est traversée, vers Bordeaux, par le 45" parallèle; elle est ainsi à égale distance du pôle et de l'équateur; c'est une terre essentiellement tempérée dans l'ensemble, avec des variétés infinies de climat dans le détail, depuis l'âpreté ardennaise jusqu'à la moiteur bretonne, de la rudesse auvergnate à l'éblouissante langueur de la petite Afrique provençale.
Elle est une et harmonique, moins par la race que par le relief. Trois dépressions y sont comme adossées, semblables à trois berceaux de peuples; la plus vaste (puisqu'elle s'étend de Tours et de Bourges à Lille), la plus régulière, la mieux conformée est celle du Nord; elle appelait à son centre une capitale, Paris. Les deux autres bassins, com muniquant avec celui de Paris et entre eux par des seuils aisés à franchir, ont permis à la France du nord d'enserrer le massif central, comme aussi d'atteindre et de pénétrer les deux massifs alpestre et pyrénéen.
C'est ainsi que la nature a conduit l'œuvre des hommes et contribué à l'établissement en France d'une puissante centralisation qui, peu à peu, a façonné la nation française. Il n'y a point de nation plus fortement unie : en est-il de moins homogène? Sur le vieux fonds celtique survivant encore en Bretagne, avaient débordé au sud, bien avant qu'il y eilt une histoire, les Ligures d'un côté, de l'autre les Ibères dont les descendants sont les Basques.
LA PATIUE FRAXÇAISa 11
Sur les bords de la Méditerranée s'établirent des Phéniciens et des Grecs, fondateurs de Marseille. Ensuite vinrent les Romains, dont Tempreinte a été si profonde qu'à certains égards, la France est une nation latine. Après les Romains, les Germains, hordes vagabondes, puis armées conquérantes et dynasties à poste fixe. Vers les mêmes temps entrèrent les Sarrasins par le midi, les Scandinaves par tous les rivages à la fois. Anglais, enfin, Allemands, Espagnols, Italiens ont longtemps occupé des terres françaises. C'est de toutes ces races diverses, mêlées, fondues dans le creuset national qu'est sorti le peuple français. Sa formation, consciente à partir des Capétiens, a été l'œuvre à la fois de la Monarchie et de la Révolution. Elle est le triomphe de l'idée pétrissant, cristallisant, organisant la matière : si bien que ce peuple, plus que tout autre peutêtre, est une personne, qu'il a des muscles, des nerfs, un cerveau, une âme.
Son tempérament. — Les contradictions de son tempérament, de son caractère, de toute son histoire, surprennent à chaque instant l'observateur.
La France, ramassée sur elle-même comme un lutteur toujours prêt à la riposte, est douée d'une souplesse, d'une force de résistance extraordinaires. Par trois fois au moins, après les désastres de la guerre de Cent ans, après les horreurs des guerres de religion, après la saignée des guerres du premier Empire, on pouvait la croire, sinon morte, au moins abattue et pour longtemps épuisée. Il n'en fut rien. Ses blessures saignaient encore qu'on la vit, d'un prodigieux effort, jeter l'Anglais hors des frontières sous Charles VII; sous Henri IV et Richelieu, prétendre au premier rang en Europe; sous la Restauration, présider au merveilleux épanouissement de la Renaissance romantique.
La solidité de la France réside surtout dans sa puissante réserve agricole. Le paysan français est dur, tenace, infatigable au travail; il aime sa terre comme une épousée; il n'aime pas moins Targent. Sou à sou, écu par écu, il amasse un trésor. Cette passion de l'épargne est d'ailleurs un des traits caractéristiques de la nation. Dans les grandes crises, les campagnes, plus sûrement encore que les villes, fournissent à la France des hommes, s'il lui en manque, de l'or s'il lui en faut.
Des hommes, la France n'en produit pas assez pour un accroissement de population comparable à la poussée rapide de plusieurs autres peuples.
Il ne semble pourtant pas que la faiblesse de la natalité soit inhérente à la race française, puisque, en d'autres circontances et en d'autres milieux, au Canada surtout, cette même race se montre plus exubérante qu'aucune autre. Mais le paysan français est si attaché à son bien que le cœur lui saigne à la pensée que ce bien serait un jour démembré et que, pour échapper à la rigueur des lois successorales, il se résigne volontiers à n'avoir qu'un ou deux enfants. Beaucoup de bourgeois, qui n'ont pas les mêmes excuses, raisonnent comme le paysan. La routine, l'égoïsme, l'esprit casanier sont les complices de ces tristes calculs. Peut-être en sera-t-il ainsi tant que le code civil français n'admettra pas la liberté de tester, tant que l'éducation publique n'aura pas été autrement orientée, tant que l'émigration et la colonisation ne seront pas entrées dans les mœurs, n'auront pas ouvert des vides et créé des foyers d'appel favorables à l'essor des naissances.
Par une étrange contradiction, ce même peuple, enraciné au sol qui l'a vu naître, et qui pousse quelquefois jusqu'à l'absurde l'amour du clocher, ce
peuple parcimonieux qui lésine sur sa progéniture et qui thésaurise, a produit de tout temps des enfants prodigues, des hommes de cape et d'épée dont Al. Dumas a illustré le type dans les Trois Mousquetaires, des chefs de partisans comme Montluc, des aventuriers comme Raousset-Boulbon, des corsaires comme Jean Bart, des explorateurs dévorés par la soif de l'inconnu comme René Caillé, d'intempérants capitaines comme Jean le Bon, François I", Murât, et par milliers d'intrépides hommes de guerre toujours prêts à jouer leur vie en narguant la mort. La furie française est restée proverbiale. La bravoure est une vertu élémentaire et commune chez les Français. Depuis les Gaulois, le mépris du danger coule avec leur sang dans leurs veines. Aucune loi n'a pu abolir le duel et peu de gens en France, surtout les femmes, sont disposés à condamner un homme, quel que soit son crime, s'il n'a pas eu peur. Prise en masse, la nation française n'en est pas moins d'humeur pacifique et fort débonnaire. Mais que Bonaparte monte à cheval, elle est capable de le suivre jusqu'au bout du monde.
Bravoure ne signifie pas endurance. La bravoure française est surtout faite d'impétuosité. Une tension trop prolongée des nerfs amène bientôt chez les Français, plus que chez toute autre nation, quelque crise redoutable. Ces crises néfastes, heureusement assez rares dans son histoire, s'appellent la Jacquerie, la Saint-Barlhélemy, la Terreur rouge, la Terreur blanche, la Commune. Et pourtant que d'exemples individuels de possession de soi-même, de constance, de ténacité dans l'effort chez des Français, de Michel de l'Hospital à Saint- Vincent de Paul, des Estienne aux Bénédictins, de Richelieu et Colbert à Dupleix et Garnot, de Bernard Palissy à Pasteur.
Par nature le Français est gai et facile à l'espérance, mais non moins prompt au découragement. Depuis César, on a constaté maintes fois aussi avec quelle fougue il s'éprend des nouveautés . Cette mobilité extrême d'impression le rend difficilement gouvernable. On le croyait soumis et satisfait de son joug; tout à coup il regimbe et s'emballe. Jamais il ne fait abandon complet de sa personne et il ne se plie que pour un temps à la règle ou à la loi. Il exagère volontiers jusqu'à l'indiscipline l'amour de l'indépendance.
Ses facultés intellectuelles. — Cependant la France est le pays du bon sens et de la mesure. On a dit qu'en politique elle était centre gauche. On lui a reproché souvent de ne pouvoir comprendre toutes les audaces de l'art libre. Beaucoup de ses rois et de ses politiques ont été avant tout des gens sensés et avisés. A cette grande famille appartiennent Louis VI le Gros, et son ministre Suger, Charles V le Sage, et son industrieux capitaine Duguesclin, Henri IV et son fidèle conseiller Sully; plus près de nous, Thiers et bien d'autres. Dans la république des lettres, il n'a pas manqué non plus de prudents législateurs, tels que Malherbe ou Boileau. Mais le bon sens, qui dans le domaine de l'art confine au goût, conduit en toutes choses à la raison, à la plus haute des facultés intellectuelles, se confond avec elle souvent, et la France est aussi le pays de la raison. Elle est la patrie de saint Louis, le plus sensé de tous les saints, de Descartes, de Montesquieu, de Turgot, de Littré, qui furent des sages.
Elle a le culte de l'ordre, de la méthode, de la rigueur démonstrative, de la logique. C'étaient d'imperturbables logiciens que les fondateurs de la scolastique, d'audacieux logiciens que les archi-
tectes des cathédrales ogivales, des logiciens encore, chacun à leur façon, que Calvin et Pascal, que Turenne et Vauban, que tous ces écrivains et tous ces artistes à qui le xvii* siècle doit sa belle ordonnance, que tous ces philosophes et tous ces savants qui ont préparé au xviii* siècle la constitution de la France moderne; niais ce furent aussi des logiciens, de terribles logiciens que Saint-Just et les terroristes de 1793; car la logique est une arme aveugle, la plus correcte des conclusions n'éclaire pas les prémisses dont elle dérive et le mécanisme d'un syllogisme peut frapper comme une hache . C'est ainsi que l'abus du raisonnement a quelquefois égaré la raison du peuple le plus raisonnable; qu'il a pu prendre pour réalités des abstractions, et pour principes indiscutables, de pures spéculations.
Il est vraisemblable que l'éducation classique, trop formelle, surtout au siècle dernier, n'a pas été étrangère au développement de ce travers.
Le Français paraît bavard aux gens du Nord et taciturne à ceux du Midi. Ce qui est certain c'est qu'il a le goût le plus vif pour la parole publique et pour l'éloquence. Le xvii" siècle a eu ses grands sermonnaires chrétiens et les admirables discours des héros de Corneille et de Racine. Le xviii^ a eu ses salons, et alors surtout la causerie a été un art vraiment français. La Révolution a eu ses tribunes. La tradition des belles harangues ne s'est perdue ni au palais, ni dans les académies, ni à la tribune des assemblées politiques.
Un autre attribut indéniable de la nation française est l'esprit, cette chose subtile qui se comprend mieux qu'elle ne se définit, qui déroute souvent les étrangers, ou parfois les irrite comme un invisible aiguillon, un moustique insaisissable. Il est fait de
malice cachée sous une bonhomie chattemite ou de gaieté légère comme l'alouette nationale, ou de sous-entendus risqués, ou de traits acérés et mordants. On dirait un filon inépuisable qui traverse de part en part tout le sol littéraire de la France, d'un grain tantôt fin, tantôt gros, toujours brillant, depuis les vieux fabliaux, les farces et soties, en passant par Montaigne, la Satire Ménippée, Rabelais, Régnier, La Fontaine, M'"* de Sévigné, Voltaire et Beaumarchais jusqu'à Courier et Musset, jusqu'aux polémistes et aux auteurs dramatiques contemporains. A vrai dire, les Français veulent de l'esprit partout; c'est le sel obligé de tous leurs régals intellectuels. Un bon mot désarme leur colère. Aujourd'hui que la nation est souveraine, une plaisanterie peut renverser un ministre ou achever un régime politique, comme jadis on se vengeait des excès du pouvoir, de ses fautes, de ses revers avec des chansons. La Fronde est morte avant Mazarin; mais il va encore des frondeurs; ils ont été, ils sont de tous les temps.
Nulle part on n'aperçoit plus vite qu'en France, on ne souligne plus volontiers les moindres nuances du ridicule. Le dénigrement y a toujours été de bon ton . Depuis que tout le monde est appelé à juger de tout, on l'appelle la blague. Ce n'est qu'une diflerence de mot entre le salon et la rue, l'antichambre des gros personnages et la petite presse.
Ses facultés morales. — Mais qu'on aurait tort de prendre au pied de la lettre les manifestations si diverses de l'esprit français ! On a vu combien ce peuple d'apparence frivole est en réalité laborieux. On ne croirait pas à quel point ce peuple moqueur, faisant bon marché de ses propres moqueries, est capable de sérieux, de conviction, d'atten-
drissement, de naïveté. Pendant des siècles il est resté prosterné devant ses rois et si le culte monarchique s'est à peu près évanoui, c'est qu'il a été remplacé chez la plupart des Français par d'autres dogmes politiques non moins absolus. Douterait-on de la foi profonde qui. inspira des hommes tels que Coligny, Antoine Arnaud ou Bossuet? qui entraîna Charette, arma Charlotte Corday, soutint les Girondins, Danton, Robespierre et tant d'autres jusqu'à la dernière marche de l'échafaud, enflamma Lacordaire ou Gambetta? Le sentimentalisme qui est une sorte de parodie sérieuse du sentiment n'a-t-il pas régné à plusieurs reprises en ce royaume des plaisants propos? Les bergers de Florian y ont été de mode, et aussi Jean-Jacques et le culte de l'Être suprême, et les tableaux de famille de Greuze, et les romances troubadour et les agapes fraternelles des Saint- Simoniens. Et sous nos yeux encore les gros mélodrames ne font-ils pas couler des flots de larmes jusqu'à une heure du matin dans les petits théâtres? Le lyrisme ou l'épopée même qui sont aux antipodes de l'ironie n'ont jamais absolument fait défaut à la France. Aussi les premiers monuments de sa littérature sont-ils les chansons de geste, et la fameuse chanson de Roland. L'église romaine, l'église protestante de France ont leur poésie lyrique. Bossuet, tout pénétré du souffle des Écritures, est le plus grand des lyriques en prose. La Révolution a eu ses chants guerriers. Le romantisme tout entier n'est que l'explosion d'un génie lyrique latent qu'on ne soupçonnait pas en France. Enfin les grands artistes français contemporains qu'anime un si profond sentiment de la vie et de la nature, de Rude à Meissonier, de Millet à Gounod, n'ont-ils pas traduit en images immortelles des élégies et des idylles, des odes et des épopées?
Son caractère. — On se ferait une fausse idée des vertus et des vices de la société française si on la jugeait telle que nous la représentent le théâtre et le roman contemporains. La plupart des écrivains, persuadés avec quelque raison que le public est avide de nouveautés toujours nouvelles, n'en fût-il plus au monde, s'ingénient à décrire des situations extraordinaires, des états d'âme hors nature, des cas pathologiques. Ce sont là des exceptions, réelles peut-être et rigoureusement observées, mais des exceptions, des quantités presque négligeables pour la connaissance générale d'un peuple . Une autre cause d'erreur est la manie qu'ont les Français de médire d'eux-mêmes. Non seulement ils sont expansifs, incapables de dissimulation, ennemis traditionnels de toute hypocrisie (voir Tartuffe), mais ils sont aussi sujets à des accès de forfanterie puérile, ils ont tant peur du ridicule qu'ils éprouvent une sorte de pudeur à dévoiler leurs bons sentiments ou leurs bonnes actions, tandis qu'ils se vantent avec complaisance de crimes et de délits plus ou moins imaginaires ; ils sont enfin très enclins à dénoncer, en les exagérant, les faiblesses de leurs amis et connaissances, jeu dangereux qui les expose à risquer sur un bon mot la réputation de fort honnêtes personnes. En réalité les Français sont meilleurs qu'ils ne le paraissent et surtout qu'ils ne le disent. Les ménages de paysans, de bourgeois, d'ouvriers sont en général fort unis. Ce n'est qu'en haut, dans le monde élégant des oisifs et des inutiles, en bas dans les cloaques des grandes villes que les scandales sont monnaie courante et que le vice marche haut le front
Dans la famille française, une égalité parfaite règne d'ordinaire entre époux. Le maître véritable c'est l'enfant. Nulle part, il n'est plus chéri, plus
soigné, plus choyé dans son bas âge. Victor Hugo, dans ses beaux vers sur l'enfant, traduit un véritable sentiment national. Nulle part les pauvres gens ne s'imposent plus de sacrifices pour l'éducation de leurs fils, et aussi de leurs fiUos, depuis quelque temps. L'autorité paternelle se borne le plus souvent à une sorte de camaraderie, comme serait celle d'un frère aîné. Il arrive que les enfants abusent de l'extrême indulgence de ce régime. Mais aussi les liens de famille sont-ils restés très puissants. On ne se sépare que très difficilement les uns des autres et cela encore contribue k empêcher les lointains voyages et l'expatriation. Déraciner un jeune Français de sa famille et de sa ville, lui persuader de courir le monde pour y faire fortune à ses risques et périls est encore aujourd'hui une difficile et douloureuse opération. L'aile maternelle est le plus soyeux, le plus tiède, le plus doux des abris. Encore faudrait-il qu'elle sût donner à temps l'essor à sa couvée.
Les Français sont patriotes. Leur histoire a fourni depuis Jeanne d'Arc tant d'exemples de dévouements héroïques à la patrie qu'il semble inutile d'insister sur ce point. Chauvins, ils l'ont été plus qu'ils ne le sont et ils ne le sont pas plus que bien d'autres. Le développement des études historiques et géographiques, de douloureux événements qui ont été pour eux des leçons, leur ont appris à mieux juger qu'ils ne le faisaient autrefois ie reste du monde. L'unité française a supprimé dans ce pays tout particularisme politique, il n'y a point aboli le culte des petites patries locales. 11 n'est guère de bourgeois qui ne soit fier de sa cité et le jeune villageois transplanté loin de sa montagne, de sa vallée, de sa forêt, est frappé souvent de nostalgie.
Son influence. — Un sentiment qui ne s'est jamais bien acclimaté en France est la haine de l'étranger. Le Français est capable des plus violents transports de colère, il ne sait point haïr à froid, avec patience et méthode. Il n'est pas méfiant non plus. Qu'un inconnu se présente, il se sent attiré vers lui, il s'avance la main tendue, il interroge curieusement, il se livre. L'extrême réserve qui est de bon ton dans la haute société d'aujourd'hui était inconnue en France aux siècles précédents et le peuple non seulement l'ignore mais s'en étonne. La sociabilité est un des caractères distinctifs de la race. Elle est comme le signe extérieur d'un sentiment obscur dans la foule, très net dans l'élite de la société française et qu'il est difficile de nommer autrement que l'amour de l'Humanité. La France a fait la Croisade au nom de la chrétienté; elle a fait la Révolution au nom de tous les peuples et sa grande charte est la Déclaration des droits de l'homme. Elle s'est enthousiasmée pour toutes sortes de causes qui n'étaient pas la sienne, pour l'indépendance des États-Unis, pour l'affranchissement de la Pologne, pour l'émancipation de la Grèce, de l'Egypte, des républiques latines de l'Amérique, pour l'unité de l'Italie. Elle a maintes fois trahi ses propres intérêts pour soutenir ceux d'autrui. Elle se gouverne par des idées générales, elle se laisse aller de prime saut aux entraînements de son imagination et de son cœur. Donquichottisme si l'on veut, qui lui a causé bien des déboires, mais qui lui a procuré aussi quelque gloire et quelque noble joie. Elle a le don de la sympathie. Elle seule s'est montrée capable d'apprivoiser les sauvages, au lieu de les détruire. Elle seule exerce sur les peuples civilisés une attraction morale, une influence qui n'ont rien de commun avec la puissance de ses
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canons et de ses cuirassés. Elle incarne, pour beaucoup d'entre eux au moins, un idéal de justice, de liberté, de fraternité. On disait naguère qu'elle est le soldat de Dieu ; au moins semble-t-il que sa vraie place soit à l'avant-garde de l'Humanité.