LA FRANCE DANS L UISTOIUE
rustique; un poème, la Chanson de Roland; une poésie vivante, la chevalerie.
A peine née et organisée, la France féodale se sent prise d'un besoin extrême d'activité et d'expansion. Dès le début du xi^ siècle, les Normands guerroient en Italie, s'emparent de la Sicile. Ces mêmes Nor-
Vue Intérieure du théâtre d'Orange (état actuel). — On voit, au fond do la sccno à droite, les gradins; en arrière, le mur qui soutient les terres de la montagne. — Ce théâtre, un des mieu.\ conservés, fut converti en forteresse au moyen âge ; puis une partie en fut habitée par les princes d'Orange ; il a été complètement dégagé dans le courant de ce siècle.
mands font la conquête de l'Angleterre. D'autres chevaliers français vont fonder des dynasties en Gastille et en Portugal. Enfin la croisade prêchée à Clermont (1095), partie de France, met en branle toute la chrétienté.
Les hommes célèbres de ce temps sont tous des hommes d'action et des Français du Nord : Guillaume LE Conquérant, de Falaise; Pierre l'Ermite, d'Amiens, l'un des apôtres de la croisade; Godefroy DE Bouillon, du Brabanl wallon, le fondateur du royaume franc de Jérusalem.
Les monuments sont des églises de style roman
aux formes trapues, aux ornements naïfs ou bizarres, presque toutes édifiées par des moines. Telles sont à Arles, Saint-Trophime; à Angoulême, Saint- Pierre ; à Poitiers, Saint-Hilaire ; à Reims, Saint- Remy; à Caen, Saint-Étienne; à Paris, Saint-Germain des Prés.
La France féodale à son apog-ce. — Le XII* et le xiii« siècle furent les plus beaux et les meilleurs temps de l'âge féodal en France. A côté des chevaliers et barons, les villes affranchies ou communes prenaient place dans la société féodale.
Entre les prétentions de la maison anglo-normande des Plantagenets à l'ouest et les menaces des Flamands et des Allemands au nord-est, le patriotisme commençait à poindre. On le vit bien lors de la bataille de Bouvines (1214) où PmLiPPE- AuGUSTE mit en déroute l'empereur Othon.
Le domaine royal borné d'abord aux environs de Paris étendait peu à peu ses bras le long des grandes voies historiques.
Les habitants du Midi qui étaient riches et raffinés, qui parlaient la langue d'oc, qui menaçaient d'adopter une religion nouvelle d'origine orientale, qui regardaient la Méditerranée et se sentaient invinciblement attirés vers l'Espagne et l'Italie, furent cruellement brisés dans leur tentative d'émancipation par Simon de Montfort, et attachés sous le joug nesant des Français du Nord. C'est ce qu'on a appelé la croisade des Albigeois.
La France produisit alors son roi idéal, saint Louis, homme intrépide et doux, éclairé et pieux, avisé et enthousiaste, le juste de l'Ecriture, le dernier des croisés, captif des musulmans sur les bords du Nil, victime de la peste près de Tunis (1270).
Au xii'=, au XIII'' siècle parut toute une floraison d'oeuvres et d'institutions nouvelles; les grandes
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cathédrales de Paris, Beauvais, Amiens, Chartres, Bourges, Reims; la Sainte Chapelle de Paris, bijou de cet art ogival vraiment national et laïque qui, de l'Ile de France, son berceau, s'est répandu de proche en proche dans tout le monde chrétien et même en terre musulmane; les ordres religieux militaires. Hospitaliers et Templiers; l'Université de Paris, doyenne et mère de toutes les autres; laSorbonne, sanctuaire
Cathédrale do Paris.
de cette théologie illustrée par saint Bernard et Apailard; les Règlements des corporations et métiers de Paris, premier effort pour introduire l'équité dans le monde du travail; le Parlement de Paris, première ébauche d'un pouvoir judiciaire indépendant. Tandis enfin que les trouvères continuent à chanter leurs glorieux poèmes, la prose française naît avecViLLEHARDOuiN, s'affîue, s'assouplit avec Joinville, et la langue française parlée hors de France de tous côtés et jusqu'en Orient est vraiment européenne.
Déclin de la féodalité; formation de la royauté, de la bourg-eoisie et de la patrie françaises. — Quatre grands événements dominent l'histoire du xiV et du xv'' siècle. La féodalité déchoit ; la royauté grandit ; la bourgeoisie se forme ;
le patriotisme prend corps et se manifeste en signes éclatants.
La turbulente noblesse dont le chroniqueur Frois- SART a laissé le portrait, invincible jusqu'alors, est battue par les bourgeois flamands àCourtrai (1302), par les archers anglais à Crécy, à Poitiers, à Azincourt (1346-1415). Elle sort plus que décimée de la cruelle guerre de Cent ans et des sanglantes querelles des Armagnacs et des Bourguignons. L'architecture militaire a multiplié en vain ses chefs-d'œuvre, tels que le château de Pierrefonds, la cité de Carcassonne. La poudre à canon menace et va bientôt rendre inutiles ces murailles superbes.
La royauté ne connaît plus sous Philippe le Bel les scrupules de saint Louis. Pendant tout un siècle (1309-1411) elle tient à sa merci les papes dans leur massif château d'Avignon; elle détruit l'ordre des Templiers. Elle complique chaque jour les rouages de son administration. Plus elle gouverne, plus il lui faut d'argent. Plus elle s'étend, plus il lui faut de soldats. Elle parvient sous Cuarles VII à établir un impôt permanent et une armée permanente. Tout la sert, même l'horrible guerre contre les Anglais qui, après l'avoir mise à deux doigts de sa perte, afl"aiblit ses adversaires et justifie ses exigences.
La bourgeoisie donne la main à la royauté. Ce sont des bourgeois que ces légistes dont Philippe le Bel remplit son administration et son parlement; des bourgeois qu'en 1302 il introduit, il fait asseoir dans les États généraux, à côté des députés du clergé et de la noblesse; des bourgeois qui, après les premiers désastres de la guerre de Cent ans, osent prétendre au pouvoir même, avec Etienne Marcel, prévôt des marchands de Paris. Tentative prématurée.
Le patriotisme est d'abord local. Il inspire le dévouement d'un Eustacue de Saint-Pierre offrant