‹ Le pays de FranceChapitre 3 sur 17 · VI PREFACE · texte numérisé non relu

VI PREFACE

11 est surtout écrit à l'usage des étrangers sincèrement désireux de s'instruire et à qui on peut affirmer qu'il ne contient aucun fait sciemment inexact, que l'auteur, à défaut d'autre mérite, s'est toujours efiforcé d'être véridique.

P. FONCIN.

LE

La France, malgré l'infinie variété des pays qui la composent et des hommes qui l'habitent, forme un tout qui se résume en un mot : Paris.

Le vieux Paris, dans son ile, ressemble à un vaisseau flottant sur les eaux.

Suivant l'ingénieuse devise adoptée par les Parisiens, ce vaisseau a été maintes fois battu par la tempête, il ne sombre pas.

Fluctuai née mergitur.

La France du nord ou le bassin parisien.

Du Havre à Paris. — Le bassin parisien. — Les plaines du Nord. — Les quatre zones du Nord-Est. — Les plaines du Centre.

Du Havre à Paris. — Entrons en France par Le Havre, porte de la vallée de la Seine, qui n'est elle-même que la verdoyante avenue conduisant à Paris. Les blanches falaises d'Ingouville qui surplombent la jetée, terminent au sud le fertile plateau de Caux. Sur l'autre rive de l'estuaire, cette ligne basse qui fuit à l'horizon marque un coin de terre privilégié, où les herbages de l'exubérante

vallée d'Auge confinent aux plages mondaines de Trouville, sorte de boulevard d'été pour une partie de la société parisienne. Dans l'intérieur des terres, le fleuve décrit de larges méandres bordés bientôt d'usines qui annoncent Rouen, vieille capitale normande, aussi fière de ses monuments que de sa prééminence de centre cotonnier. Puis ce sont des châteaux sur les collines, de petites villes coquettes endormies au bord des eaux. En gravissant un des escarpements de la rive gauche, on apercevrait au loin vers le sud l'entaille profonde où coule l'Eure, les immenses plaines à blé de la Beauceque dominent les audacieux clochers de Chartres. Nous arrivons ainsi au cœur de l'Ile-de-France où presque chaque nom éveille un souvenir : là-bas Versailles, ici Saint- Germain et Saint-Denis; plus loin Saint-Cloud, Meudon. Voici Paris enfin.

Le bassin parisien. — Ce n'est pas ici le lieu de décrire Paris. Ceux qui l'ont visité n'ont que faire d'une description; à ceux qui ne le connaîtraient pas encore, une description même étendue n'apprendrait pas grand'chose. La photographie la plus exacte ne saurait traduire une physionomie. Or Paris a la sienne, et s'il exerce tant d'attrait c'est qu'il est en quelque sorte un être vivant, une âme qui sourit et qui rayonne.

Paris est aussi un centre géographique, le centre du bassin parisien. Au loin, très loin, trois bornes enserrent cet ancien golfe marin : le plateau des Ardennes et la chaîne des Vosges à l'est, le plateau central au sud, le massif armoricain à l'ouest. A leurs pieds s'étend en demi-cercle une bande inégale de terrain jurassique et de grands bois, ceinture du bassin que les mers crétacées et tertiaires ont maintes fois abandonné, puis de nouveau rempli et qui peu à peu s'est asséché, rétréci par l'apport

des rivages calcaires. Ces dépôts, ces feuillets superposés se sont affaissés vers le centre, se sont relevés sur leur bord extérieur, formant ainsi des talus concentriques dont le relief pittoresque rompt la monotonie des plaines, sert d'appui à la défense et dessine les vallées. Observez les rivières, Aisne, Marne, Aube; elles descendent paisiblement des hauteurs boisées, elles décrivent une courbe légère, puis se dirigent vers la Seine et, plus ou moins exactement, vers Paris. Un léger abaissement du sol enverrait même au fleuve métropolitain des tributaires qui lui échappent, tels que la Meuse, et aussi la Loire dont le cours moyen appartient au bassin parisien.

Avec les rivières, — les routes, les canaux, les chemins de fer, les choses et les hommes, tout converge vers Paris.

Lesi^laînes du Nord. — Au pied de Montmartre commence la plaine, la grande plaine septentrionale qui se prolonge jusqu'en Sibérie, et qui en reçoit trop souvent la bise glacée. Des centaines de cheminées vomissent une fumée suffocante; c'est là par excellence le pays du charbon de terre, des champs de betterave et des manufactures. Mais que de surprises réservées au voyageur qui prendrait au pied de la lettre cette sommaire définition! De ce côté, comme de tout autre, la banlieue parisienne est charmante. Ici Enghien et son lac; là les buttes boisées de Montmorency; plus loin la vallée, la forêt ombreuse de Chantilly. Et cette écharpe verdoyante, qui se prolonge par le Beauvaisis jusqu'en Normandie, remonte avec l'Oise bien au delà de Compiègne. La plaine nue reparaît en Picardie, coupée par le fossé tourbeux de la Somme au bord duquel l'industrieuse cité d'Amiens se groupe autour d'une altière cathédrale. Elle fuit vers la Manche, ourlée de dunes fauves jusqu'au massif gracieux du

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