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LA FRANCE DU NORD OU LE BASSIN PARISIEN

Boulonnais; par-dessus les prairies et les actives campagnes de l'Artois elle va retomber aux dunes encore et aux terres noyées qu'assiège la mer du Nord; elle ondule en Flandre avec une autre mer faite de lourds épis, de colzas dorés, de lins azurés et de pavots mauves. Des routes pavées desservent les fermes opulentes et les gros villages aux basses maisons ornées de pots de fleurs; les canaux chargés de barques pesantes longent les sucreries, les usines et lés charbonnages. Le centre français de celte ruche laborieuse est Lille; il étend jusqu'à la frontière sa ceinture de faubourgs, qui sont des villes, et de villes qui sont des cités, comme Tourcoing et Roubaix. Et le long de la Lys, de la Scarpe, de l'Escaut, de la Sambre, rivières paresseuses, canalisées et dociles, comme auprès de la Deule, tout déborde de vie et d'ardeur au travail. La terre qui nourrit cette forte race est elle-même profonde, grasse et puissante. Elle fume sous l'épaisse chaleur des longs jours d'été et se pare en automne d'un sourire très doux sous le ciel pâle.

Les quatre zones du Nord-Est. — Le chemin du Nord-Est est la Marne, dont les eaux transparentes coulent sur un lit d'algues vertes et reflètent autour de Vincennes, de Nogent, de Lagny, et bien au delà de Meaux des sites ravissants. Cette première zone est le plateau de la plantureuse Brie; il s'étend jusqu'aux hauteurs tertiaires qui forment avec Laon et Reims comme une ceinture extérieure à Paris.

Vers Epernay la craie se montre, en sa blancheur aveuglante : c'est la seconde zone qui commence, la plaine Champenoise, horizontale et nue (sauf quelques rideaux de pins), avec ses moutons broutant l'herbe rare. Elle atteint toute son ampleur triste au camp de Châlons. Mais au sud, vers Troyes, elle va rejoindre la vallée aimable de la Seine, les

vignobles de la haute Bourgogne, les croupes boisées du plateau de Langres'; au nord, vers Reims et sa merveilleuse cathédrale, elle rencontre les coteaux célèbres dont les ceps cultivés avec une savante minutie produisent le vin de Champagne; elle ne s'arrête qu'aux amples défilés de l'Argonne e à l'exubérante frondaison des forêts ardennaises.

Nancy.

La troisième zone est formée par le plateau lorrain, auquel on peut joindre le plateau des Ardennes. Ces hautes terres où le calcaire jurassique s'intercale entre les schistes ardoisiers et les grès vosgiens, sont froides, âpres, dures à cultiver mais fertiles en hommes grands, vaillants et forts. Entre leurs croupes garnies de gazon ou de vignes, couronnées de bois sombres et menaçants, les rivières argentées s'ouvrent des trouées lumineuses, les campagnes, pénétrées d'un charme mélancolique, se déroulent dans les profondeurs de l'horizon, jusqu'au couloir pittoresque où s'enfonce la Meuse aux portes de la Belgique, jusqu'aux grandes sapinières, aux lacs noirs, aux fraîches cascades, aux faîtes austères

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des Vosges. Celle zone est plus que loute autre la zone militaire de la France, la cuirasse qui protège sa poitrine. Toutes les villes, depuis Givel jusqu'à Remiremont, et surtout Verdun, Toul, Epinal sont garnies, enveloppées, hérissées de forteresses; les côtes de Meuse et Moselle sont des côtes de fer; Sedan, qui vit le pire des désastres, est la patrie de Turenne; Jeanne d'Arc, qui incarne le génie national, est une Lorraine de Meuse; la citadelle française par excellence est Metz, qui fit reculer Charles-Quint, défense naguère, offense aujourd'hui. Il n'est au nord-est qu'un seul grand centre pacifique de science et d'industrie, c'est l'ancienne capitale lorraine, l'élégante cité de Nancy.

Sur le revers des Vosges, rempart inutile aujourd'hui, puisqu'il n'appartient complètement ni à l'Allemagne, ni à la France, l'Alsace, glacis naturel de la montagne, est couchée au bord du fossé encombré d'îles que lave le cours impétueux du Rhin. Voilà la quatrième zone, une plaine riche en houblonnières, en cultures industrielles de toute sorte, une plaine prospère semée de fabriques, dont les groupes se serrent de plus en plus jusqu'à leur centre qui est Mulhouse, une plaine patriote, heureuse tant qu'elle fut libre.

Les plaines du Centre. — Sur la lisière méridionale de Paris, les gracieux décors, les beaux sites abondent : Fontenay-aux-Roses, Bourg-la- Reine, les bords de la Bièvre, Villeneuve-Saint- Georges, Etampes, Melun, la forêt épique de Fontainebleau, les falaises du Loing. En inclinant à l'Ouest, on retrouve les guérels féconds mais monotones de la Beauce, à l'est les vignobles qui tapissent les pentes des hautes collines de l'Yonne. A Orléans seulement, derrière sa forêt amoindrie, au coude de' la Loire, commencent vraiment les plaines du centre.

D'abord la Sologne dont les marécages malsains se transforment peu à peu en cultures, en taillis et en futaies; puis la région industrielle de Vierzon, et sur les deux rives du Cher les pâturages du Berri qu'inspecte de loin la curieuse butte de Sancerre et où la vieille cité de Bourges marque à peu près

La Loire vue à Tours.

exactement l'ombilic de la terre de France. Dans le Berri oriental qu'arrose l'Indre et où la Creuse suit un profond sillon, les chapelets d'étangs de la Brenne. Toute cette région qu'enserre le croissant dessiné par la moyenne Loire est remarquablement plate; elle se tient à une altitude constante de 100 à 200 mètres à peine au-dessus du niveau de la mer. C'est bien le fond méridional de l'ancien bassin parisien.

L'attraction de Paris a été facilitée de ce côté par

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