‹ Le Pays de Waas préhistoriqueChapitre 10 sur 67 · Ibidem, page · texte numérisé non relu

Ibidem, page

quaternaires, des causes spéciales, telles qu’une grande inondation ou la reproduction de torrents pluviaux, coexistant avec des situations topographiques nouvelles, aient fait dévier l’Escaut de son cours primitif en le dirigeant de Gand à Termonde et de là à Anvers, et qu’à la suite de cela, son trajet de Gand au Braekman, relégué en dehors du courant, se soit envasé peu à peu. Si la thèse est vraie, on doit dire que, primitivement, le Pays de Waas était côtoyé, au sud et à l’est, par les seules eaux de la Dendre, de la Durme et du Rupel, auxquelles se sont jointes, plus tard, les eaux de la Lys et de l’Escaut.

Le prolongement de l’Escaut de Gand jusqu’au Braekman, antérieur à l’invasion romaine, et, par conséquent, au nom de Dendermonde et aux documents cités par Vredius, Des Roches, David et Renard *, avait déjà disparu vers le premier siècle de Père chrétienne, puisque, au livre 6 chapitre 33 de scs Commcntarii , César nous apprend (pie, de son temps, l’Escaut se jetait dans la Meuse i. 2. Parmi les auteurs qui ont interprété ce passage des Commcntarii, les uns supposent une altération du texte latin, et pensent qu’au lieu d’Escaut (Scaldim), il faut lire Sambre (Sabim) rivière qui coule effectivement dans la Meuse 3; les autres, tel que le général Renard, soutiennent qu’un

renseignement mal compris par César, lui a fait commettre une erreur géographique, et que son texte ne mérite aucune croyance, puisque jamais l’Escaut n’a pu être un affluent de la Meuse » *. « Pour que

la jonction se fût faite — dit le général — il eût fallu fermer les

deux grandes bouches de l’Escaut, et endiguer toutes les scorres depuis le pays de Waes jusqu’aux bouches de la Meuse » 3. Nous pouvons difficilement admettre cette idée, qui est la base des raisonnements

<pie le général apporte à l’appui de son opinion. La fermeture ou la non-fermeture des bouches de l'Escaut, l’endiguement ou le non-cndiguement des scorres, nous semblent complètement indifférents à la jonction comme à la disjonction des deux fleuves. L’Escaut, aussi bien

i. Renard, Histoire cilée, pages 577-380.

ï. « tpse (Cæsar) cum reliquis tribus (legiouilnis) ad llumen Scaldim, quod induit in Mosam, extremasque Arduennæ partes ire constitua ». (C. Juiii Cœsaris comment.arii de hello gallico, Lit). VI, cap. XXXIII).

s. Voyez l’édition des Commentaires de César, par Baron, Bruxelles, 1827. — Ces mêmes auteurs ont encore changé Mosa ou Mosella , et, au livre 11, cli. IG, Sabim en Scaldim. « C’est en sollicitant doucement les textes — cl il M. J. Van der Elsl — qu’on leur fait dire ce qu’on veut ».

(. Renard, Histoire citée, pages 380, 381 et 38t. s. Ibidem, pages 380 et 382.

que le Rhin t, pouvait très bien détacher d’abord un bras latéral qui le reliât à la Meuse, et finir son cours en communiquant directement avec la mer par une ou deux bouches. Le texte latin n’exclut pas cette dernière communication : César se contente de constater l’affluence de l’Escaut dans la Meuse, comme Pline se contenta, un siècle plus tard, de constater son affluence directe dans la mer ’i. 2. Si, d’une part, on réfléchit au lit de l’Escaut entre file de Tholen et Berg-op Zoom , tel que ce lit devait être avant que les irruptions de la mer eussent transformé en îles le continent de la Zéelande 3 * 5, et si , d’autre part, on replonge sous les eaux un grand nombre de localités, telles que Lage Zwaluwe, Willemstad et Princenland, jadis submergées, alors la Vieille Meuse devient si voisine de l’Escaut oriental, que l’on conçoit facilement qu’elle ait pu recevoir une partie des eaux du fleuve K Nous préférons donc nous rallier à l’avis de Vredius, Fabius s, Lindanus G,

i. « Au temps de César, le Rhin n’avait point une aussi triste destinée. Comme aujourd’hui, il est vrai, il s’appauvrissait du bras qui portait déjà le nom de Whaal ; mais celte perte ne paraissait point avoir privé le fleuve lui-même de son importance : il conservait la rapidité de son cours jusqu'à la mer, et se divisait encore en plusieurs branches. Il se jetait dans l’Océan par plusieurs bouches, formant ainsi de grandes îles dont la plupart étaient déjà habitées ». (Renard, Histoire citée, page 58G).

2'. Pline, Ann. Lib. IV, D. B. T. I, page 56. — « Pline semble, indiquer clairement que, de son temps, l'Escaut se rendait directement à la mer, puisqu’il énumère les

peuples maritimes qui habitaient aux environs de ce fleuve. Or, du temps de César,

il se rendait dans la Meuse, ce changement s’est donc opéré pendant les 130 années qui se sont écoulées depuis César jusqu’à Pline ». (Belpaire, Mémoire déjà citée).

5. « Cæsar hoc flumen (Scaldim) suo tempore in Mosam influxisse dicit : quod nunc mirum, nisi accuratiùs dispicienli in menlem veniret, velerem inter insulam Tholensem et Brabautiæ continentem alveum fuisse, ante vehementes illas Oceani irrupliones; quihus immensum spatium hîc illic gurges hausit, effecitque ex continente eas insulas quæ nunc Zelandicæ , id est maris terræ , nucupantur. Vlissingam cerlè ad annum ÜCCCCCXXX Flandriæ continentem fuisse Marchanlius auctor est ». (Davidis Lindani Gandavensis de Teneraemonda libri très, page 2 il).

i. « Non existimamus Cæsarem peccasse quum dicit Scaldim influere in Mosam; hoc enim lum temporis à vero alienum non erat. Quædam Zelandiæ insulæ nondum è fluctibus eminebant : vêtus Mosæ alveus adeo est propinquus Scaldi orienlali, (si demus, quod verum est, multa loca, veluti Laege Zwaluwe, Willemstad, Prince-land , lum quoque sub undis fuisse) ut facile Mosa partim Scaldis excipere potuerit ». (Julii Cœsaris commentarii de bello gallico. In usum scholarum Belgicœ. Bruxeltis MDCCLXXV1U. Annota tioties , page 211).

ü. Voyez la carte de l’antique Flandre, dressée par le chanoine Fabius, et insérée dans le tome premier de Flandria illustrata par Sanderus. c. Voyez la note 3.

Des Roches ', d’Anville ’1 2, Belpaire 3, Kümmer 4 * *, Dufour B, Vau der Elst G, de la plupart des savants en un mot, et admettre que César a bien voulu désigner l’Escaut, et que le fait qu’il énonce existait réellement. Or, comme des deux branches de l’Escaut acluel, la branche orientale ou droite est la seule qui, passant entre Tholen et Berg-op-Zoom, ait pu communiquer alors avec la Vieille Meuse 7 8, il est permis d’en conclure qu’à l’époque de César, cette même branche formait seule le lit de l’Escaut et portait seule le nom du fleuve, tandis que la branche occidentale ou gauche, qui est le véritable Escaut de nos jours, n’en était alors qu’une crique ou une ramification, qui, plus tard, se sera approfondie, pendant que la branche orientale ou droite, qui était l’Escaut de César, se sera eu partie alterne. « Ce grand changement — dit l’ingénieur Kümmer — est probablement le résultat de quelque débordement de la mer, qui a triomphé des digues que la nature ou l’art avait opposées à sa violence; il peut être dû aussi à des endiguements dont les dispositions ont modifié la direction des eaux; il peut être encore la conséquence de l’envasement de certaines localités situées hors de l’atteinte des courants, et qui, gagnant journellement en relief comme en surface, auront fini par diriger ces courants de manière à favoriser l’atterrissement de l’ancien Escaut et l’approfondissement de la crique » ».

La carte dressée par Vredius et complétée par Smallegange, nous montre qu’en 861 , Walcheren et les deux Beveland n’étaient pas séparés

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