Kümmer, ouvrage cilé, p
des Pays de Hulst et de Waas, par la branche occidentale ou gauche de l’Escaut, appelée le Hont. D’accord avec cette idée, Boxhorn, Vredius, Marchant et Van Heussen ont soutenu que le Hont n’a été, dans le principe, qu’un canal creusé, selon les uns en 980 ou selon d’autres vers 940, par l’empereur Ollion et nommé, de lui, fossé d’Othon (Othonis / ossa ) Si tout cela avait été réellement ainsi, comme
ces auteurs le pensent, on en conclurait nécessairement que les îles de Walcheren et de Zuid-Beveland auraient fait partie du continent de la Flandre jusqu’au Xe siècle. Mais celte conclusion est évidemment erronée, puisqu’il conste, par la vie de Saint Willebrord écrite par Alcuin, (pie Walcheren formait déjà une île aux VIIe et VIII0 siècles ". Le Hont aura donc toujours été, dès le commencement, une séparation de continent et une rivière naturelle mais de peu d’importance. Il s’est élargi peu à peu vers 1200, et ne prit un fort développement que depuis l’inondation de 1577, qui submergea 17 ou 19 villages du Pays de Saftingen avec une partie de la seigneurie de Beveren, ou peut-être depuis l’inondation tout aussi terrible de 1175, ou depuis l’une et l’autre de ces deux inondations. D’abord chenal irrégulier et peu profond, il ne devint la grande branche de navigation du fleuve que vers 1500
Les vallées de l’Escaut et de la Donne, sillonnées par ces rivières et . par le grand nombre de leurs ramifications, s’inondaient tous les jours, à l’aide de ces artères, par les eaux de la haute mer. Aussi longtemps que la mer ne se trouvait cernée par aucune digue, ces masses d’eau étaient considérables, et leur reflux était d’autant plus violent, qu’elles descendaient d’une plus grande hauteur de la plage. Pendant tout ce temps, le flot était trop agité, trop impétueux pour déposer la vase qu’il tenait suspendue, et, par conséquent, le niveau de nos vallées n’a pu guère s’élever, et nos rivières, au lieu de se rétrécir et de s’envaser, n’ont pu qu’élargir et approfondir leur lit. Mais cet élargissement et cet approfondissement ont été en diminuant
(. Ce qui a pu donner lieu à cette erreur, c’est que, en 941, l'empereur Ollion, sous prétexte de mieux fixer les bornes de t’empire, lit creuser un large fossé depuis le pont de Saint-Jacques à Gand jusqu’à la branche gauche de l’Escaut.
2. Alcuin, parlant de l’arrivée de Saint Willebrord à file de Walcheren, s’exprime ainsi : « pervenil ad quamdam insulam Oceani Walacruni nomine ». ( Acta snnctorum , uni. S. Uened. , 7. 111, p. Cil).
a. Légende de la Carie du littoral de In Flandre en SCI , annexée à l’ouvrage de i\lr l>. Portier , intitulé Le littoral de lu Flandre au IXe et au XIX siècles.
au fur et à mesure que des endiguements de la mer faisaient perdre au courant une partie de sa violence. Dès ce moment, en effet, les chasses naturelles devenaient moins ellîcaces et permettaient la formation des dépôts, et, par là même, le rétrécissement et l’envasement des rivières et l’exhaussement de leurs vallées '. Ces effets produits par l’endiguement de la mer, ont dû être plus prononcés au Pays de VVaas, après que l’Escaut et la Durme ont été endigués à leur tour. L’état de calme des eaux inondantes une fois obtenu, sa durée devenait d’autant plus grande, que la plage sur laquelle se développaient les marées se restreignait davantage. 11 résulte de là que les envasements des laisses de basse et de haute mer les plus rapides, ont eu lieu dans les localités où les endiguements ont été effectués le plus promptement, en d’autres termes, plus les courants se sont affaiblis, plus la durée du calme s’est accrue, et plus il a été facile aux dépôts de se former. Les parties des vallées de l’Escaut et de la Durme, précédemment inondées par les eaux et découvertes aux marées basses, formaient les scorres du Pays de Waas. Les scorres devenues propres à la culture ou parvenues à maturité, comme on dit, et mises à l’abri des inondations par des digues établies sur les rives de ces mêmes rivières, constituaient nos polders -, qui sont, par conséquent, des terres conquises sur nos rivières ".
L’époque des premiers endiguements de la mer n’est pas positivement connue. Les uns prétendent qu’ils « sont dûs aux travaux des conquéranls germains » *. « D’autres font remonter leur construction à l’année 856, et l’attribuent aux Danois ou aux Normands, lors de leur invasion dans les îles de la Zélande. D’autres, au contraire, soutiennent que ces îles étaient alors régies par des princes du pays, et, conséquemment, déjà à l’abri de la mer. Les anciennes chroniques de la Zélande affirment que, dès 853, les îles de Walcheren, de Schomven et de Borsele, étaient non-seulement abritées par des digues, mais encore couvertes de villages. Quant aux îles de Duyveland, Noord- Beveland, Wolfersdyk, Zuid-Beveland et Tholen, elles n’auraient été
1. Voyez, à la page 11, la loi de M. Dubuat sur l’exhaussement des vallées par les dépôts des eaux fluviales.
2. Les polders sont souvent appelés Pene terra sur les cartes anciennes.