DÉPÔTS FLUVIAUX QUATERNAIRES
Les dépôts fluviaux quaternaires portent encore, dans la science, les noms de dépôts diluviens ou de terrains de transport. En parlant de la formation et de la physionomie primitive de l’Escaut, nous avons vu que les eaux pluviales constituant les torrents quaternaires, après avoir creusé la vallée dans toutes ses dimensions, sont devenues moins abondantes, se sont retirées peu à peu vers les bas-fonds pour s’y frayer un lit ou un ravin principal, et n’inondaient plus la vallée qu’à chaque crue nouvelle. Nous avons vu, en outre, que, quoique plus ramassées, ces eaux, encore nourries par des pluies assez fortes, ont conservé longtemps leur régime torrentiel, sous le règne duquel, elles n’ont fait qu’approfondir leur lit et la vallée; mais que, finalement, les pluies diminuant toujours, les eaux sont devenues plus calmes, et ont fini par déposer, suivant la loi que nous avons fait connaître, les terrains qu’elles charriaient en grande abondance. Ce sont ces terrains déposés par les courants fluviaux de cette époque, et qu’on appelle terrains quaternaires, que nous allons examiner maintenant. Quoique très intéressants au point de vue de l’agriculture, ils sont loin de présenter, au Pays de Waas, l’importance minéralogique, paléontologique et ethnographique qu’ils ont dans le bassin de la Meuse, et même dans le bassin de la Haine qu’on peut considérer cependant comme le prolongement du fond de la vallée de l’Escaut. Les dépôts fluviaux quaternaires du Pays de Waas se réduisent à deux : le Diluvion et le Sable de Campine.
1° Diluvion. — Ce dépôt a été appelé diluvion, diluvium, ou terrain diluvien proprement dit, parce qu’on le regarde comme le résultat du déluge dont le récit est exposé dans la Bible, quoiqu’il semble n’avoir aucun rapport avec ce cataclysme universel L Le diluvion, en Belgique, a pour caractères : d’être formé de cailloux et de blocs, plus ou moins arrondis, qui sont ordinairement accompagnés de matières à l’état graveleux, arénacé ou terreux; dans ces cailloux et ces blocs, l’on reconnaît les principales roches quartzeuses primaires de l’Ardenne; quant aux matières terreuses ou arénacées qui accompagnent les cailloux, leur nature varie selon les dépôts sur lesquels reposent ces matières; celles-ci recèlent quelquefois des ossements de mammifères, notamment de mammouth (Elephas primigenius) , de rhinocéros, d’ours, etc i. 2. Ainsi caractérisé, le diluvion paraît ne pas exister au Pays
i. Beudant, ouvrage cité, p. 191.
a. d’Ornalius, ouvrage cité, p. 350.
de Waas, puisqu’on n’y a pas rencontré, jusqu’ici, des cailloux ou des blocs provenant des roclies quartzeuses primaires de l’Ardenne. Mais si on ne considère que ses caractères paléontologiques , le diluvion doit exister au fond de l’Escaut et de la Donne et dans les flancs de leurs anciens lits, d’où l’on a retiré, à diverses époques, des débris d’EIephas primigenius, de Rhinocéros tichorinus, de Megaceros hibernions, et d’autres espèces de l’époque quaternaire ,.
2" Sable de Campine (Système campinien de Dumont). — Si le diluvion paraît faire défaut au Pays de Waas, il y est remplacé par le sable de Campine : c’est là sans doute l’avis de d’Omalius lorsqu’il dit : « il me paraît plus probable que le sable (campinien) représente le diluvion dans les contrées où les eaux diluviennes n’auront point amené de cailloux détachés des roches de l’Ardenne; car on ne peut pas supposer que, quand de vastes courants d’eau s’étendaient sur la Hesbaye et la Campine orientale, il n’y en avait pas sur la Flandre et la Campine occidentale » 1 2 3. Le même auteur décrit le sable de Campine de la manière suivante : « Dans la Belgique occidentale — dit-il — les cailloux sont rares, de faibles dimensions, ne présentent que des silex, quelquefois du quartz blanc, et se perdent dans une assise de sable qui se montre au jour dans la Campine occidentale et dans une zone qui traverse la Flandre de l’est à l’ouest. Ces sables sont ordinairement blanchâtres ou jaunâtres, quelquefois brunâtres, noirâtres ou verdâtres. Ils sont très-mobiles et tendent à envahir les champs cultivés, lorsque le limon, la tourbe ou la végétation ne les ont pas fixés, et ils déterminent, de même que le diluvion caillouteux, l’existence de vastes bruyères dans la Campine; mais en Flandre, où les habitants ont travaillé depuis longtemps à leur amendement, le sol est devenu productif. Il paraît que l’on n’a pas encore trouvé de fossiles dans ces sables, du moins lorsqu’ils sont purs et sans mélange de cailloux » \ Au Pays de Waas, où la culture a remanié et transformé le sol depuis des siècles, le sable de Campine a perdu la plupart de ses caractères natifs. Toutefois les cailloux roulés n’y sont pas rares, mais ils sont toujours petits, arrondis, et de nature siliceuse quelquefois quartzeuse. Ils sont particulièrement abondants dans les sections Schooten à Belcele et Arschot à Saint-Nicolas. La puissance de notre Système campinien varie entre 2 mètres et 50 centimètres.