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DÉPÔTS FLUVIAUX MODERNES

A mesure que les écluses du ciel se fermaient, les eaux descendaient de plus en plus vers les parties déclives, et n’y coulaient plus, à la fin, qu’entre des bornes circonscrites : dès ce moment, on peut dire que l’Escaut et la Diurne existaient. Ces bornes sans digues, étaient cependant dépassées encore à chaque crue, pour inonder, non plus toute la vallée, mais seulement les terres riveraines sur lesquelles les eaux — appelées désormais l’Escaut et la Durme — ont déposé des terrains relativement modernes, appelés dépôts post-diluviens ou terrains alluviens et qui sont : la Marne calcaire, la Tourbe et le Limon fluvial.

1° Marne calcaire. — Nous avons déjà dit, à la page 12, qu’un dépôt de marne calcaire se rencontre sur les deux rives de la Zuidleede et seulement sur une des rives du Moervaart voisin. Ce dépôt s’étend, en couches plus ou moins épaisses, sur toute la longueur de la Zuidleede, à gauche, jusqu’au Moervaart, et, à droite, jusque près de la

chaussée qui traverse de l’ouest à l’est la commune d’Exaarde. Son

épaisseur moyenne est d’un demi mètre. II se trouve de 80 centimètres à lm,10 de la surface du sol, recouvre le sable ferrugineux, et est

couronné, à son tour, par une terre noire traversée par une masse de filaments végétaux qui se croisent en tous sens et la tiennent unie : cette terre noire est, en quelque sorte, une tourbe imparfaite et y remplace la terre végétale. Examiné sur place, ce dépôt de marne est blanc, gras, plastique et fait etfervescence avec les acides. Séché à

l’air ou traité légèrement par le feu, il perd plus ou moins de sa blancheur, devient maigre et délitescent. Il renferme une grande quantité de coquilles fluviatiles '. D’après l’analyse qui en a été faite par Bose, Van Hoorebeke, Jacquemyns, Mareska, et, récemment, au laboratoire de chimie industrielle de l’université de Louvain, ce dépôt est composé de carbonate de calcium, d’alumine, de silice, d’oxide de fer et de matières organiques 2. Le sel de chaux y prédomine, c’est ce qui a

i. Voyez notre Annexe VI.

i. Voici les résultats de l’analyse faite par ces divers auteurs : « sur dix parties — écrivait Bosc — elle en contient neuf de matière calcaire, t/2 d’argile, 1/2 de sable quarlzeux ». D’après Van Hoorebeke, « six gros sont composés de : humidité 0,10, carbonate de chaux 1,0, silice 0,50, alumine 0,40, parties bitumineuses 0,7, pertes 0,13 ». « L’analyse qualitative — dit Jacquemyns — m’a démontré quelle contient une grande quantité de carbonate de chaux (8,2 parties sur 10), une matière organique, de la silice, de l’alumine et des traces d’oxyde de fer ». Mareska s’exprime ainsi : « j’ai analysé la marne que vous m'avez fait l’honneur de m’adresser. Elle est

fait envisager ee dépôt comme formé de sable calcareux, et ce qui a fait dire à Bosc « que c’est moins de la marne que du guhr calcaire, c’est-à-dire de la craie entraînée par les eaux pluviales et déposée dans les lieux bas » *. Cette marne ou ce guhr calcaire est mauvais pour les terres sablonneuses ou calcareuses, mais, il semble être un bon engrais et un excellent amendement pour les terres argileuses, fortes et bien pourvues d’humus, sur lesquelles il peut faire la fonction de la marne. Quelques essais ont été faits pour améliorer les

prairies marnifères de la Zuidlecde, en mêlant la marne avec la terre

noire qui la recouvre, mais ces essais n’ont pas répondu à l’attente. Pour expliquer l’origine de cette marne, on a dit : « qu’elle était le résultat du départ de la mer, qui, en se retirant, a abandonné cette couche formée par la destruction des coquillages qui vivaient dans une mer antérieure d’un grand nombre d’années à celle qui existe aujourd’hui » 2. Cette explication nous paraît inadmissible. Les coquilles exclusivement fluviati les qu’elle renferme, prouve d’abord que cette couche a été déposée par une rivière et non par la mer; ensuite, le parfait état de conservation où nous trouvons les frêles coquilles de cette marne, établit suffisamment que ces coquilles ne s’y décomposent pas. Cette explication étant écartée, nous nous sommes demandé si ce dépôt de marne ne trouverait pas sa source dans les carrières voisines de Baelegem, Hillegem, Scheldewindeke et Leede. Dans ces

communes, comme sur quelques autres points de la Flandre orientale,

il existe, en effet, des carrières d’une pierre blanche, jadis peut-être superficielles et aujourd’hui à deux mètres seulement de la surface du sol, qui paraissent avoir été exploitées, anciennement, pour la construction de plusieurs de nos églises, et qu’on utilise encore de nos jours pour leur restauration. Cette pierre, qui est un grès calcareux, est

composée de : chaux à l’état de carbonate 4,20, silice 0,14, alumine et fer 0,19, matières végétales 0,05, eau et perle 0,42 ». La note que nous avons reçue du laboratoire de chimie industrielle des élèves de l’université de Louvain, est ainsi conçue : « Analyse d’un sable calcareux des environs de Saint-Nicolas, faite au laboratoire de chimie industrielle de Louvain : silice (SiO2) 40,60 °/„, oxyde ferrique (Te2 O3) 0,57 °/0, alumine (Al'-O3) 2,20 °/0, carbonate de calcium 59,40 renfermant 33,3 °j0 de chaux (CaO) ».

î. Mémoire sur la marne trouvée dans le Pays de Waes,et sur les avantages qu’ offre cette découverte, par le comte De Kerchove d’Exaerde, p. 14. — Malgré l’opinion de Bosc, nous avons conservé au dépôt en question le nom de marne, parce que c’est sous ce nom que le dépôt a été décrit par le comte De Kerchove, et parce que c’est sous ce nom qu’il est vulgairement connu et désigné.

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