PARTIE GÉOLOGIQUE
La géogénie du Pays de Waas ne s’isole guère de celle du bassin de l’Escaut, ni, plus particulièrement, de celle de la Basse Belgique dont la contrée waasienne fait partie. Pour expliquer la formation et la physionomie primordiale de cette contrée, nous n’avons donc, en quelque sorte, qu’à y appliquer les notions acquises sur la genèse et l’état primitif du bassin de l’Escaut ou de la rive gauche de ce fleuve, qui forme, avec la Campine, l’ensemble de la Basse Belgique.
L’idée la plus satisfaisante que la raison est forcée d’admettre sur la topographie primitive de l’emplacement occupé, de nos jours, par nos trente et une communes waasiennes, est celle de l’existence d’un immense golfe de la mer du Nord, régnant sur nos contrées comme sur un grand nombre d’autres pays de l’Europe occidentale. La présence parmi nous des cailloux roulés, des dépôts d’argile et de sable, les restes fossiles de baleinides, de mollusques et de poissons de mer que ces dépôts renferment : tout concourt à rendre cette existence incontestable '. En considérant, d’une part, la puissance totale des
i. « La surface presqu’entièrement plane du terrain dont nous nous occupons, le sable blanc dont il est composé, les coquillages que l’on y découvre, le rendent si semblable au fond actuel de la mer qui le borde, que l’on ne peut douter qu’elle ait, dans des temps antérieurs, couvert toute celle partie du continent. Les arbres fossiles et les bois pétrifiés qui portent encore les marques des perforations du tnret (ver de mer), sont d’autres preuves de ce séjour ». (Essai sur les travaux de fascinages et la construction des digues, ou description du reendigue ment des polders du Bas-Escaut belge; précédé d’une notice historique sur ces polders ; par U. -N. Kihnmer, Brux. 18.‘>0, T. I. p. 2).
deux dépôts nommés dont chacun représente une époque, et, d’autre part, en prenant pour base le long intervalle de temps que met la nature à faire sortir de l’eau un de ces modernes îlots du Grand océan, il semble qu’il faudrait procéder par périodes de siècles, pour évaluer l’antiquité de la situation topographique dont nous parlons, antiquité à laquelle la science ne saurait assigner une date même approximative.
Les causes volcaniques — sans cesse en travail au sein de la terre, et qui, dans d’autres parties de la Belgique, ont brusquement soulevé des eaux la surface submergée, en formant, ici, des collines isolées, et là, des chaînes de rochers sillonnées par des lits de rivières et longées par des vallées où l’homme et les animaux ont pu vivre de bonne heure — ces mêmes causes ont dû agir autrement au Pays de Waas. Dans ce Pays plat qui ne forme qu’une grande plaine, le soulèvement, au lieu de s’être exercé avec une violence plus grande sur quelques points particuliers, a dû se faire avec une intensité à peu près égale sur toute l’étendue du territoire waasien, de manière que le fond, soulevé en masse, se sera montré au-dessus de l’eau sous la forme d’un vaste banc de sable, dont les parties déclives auront seules, pendant plusieurs siècles, reçu encore les eaux de la haute mer, et que, sur le sol définitivement émergé, suffisamment asséché et affermi, l’apparition des végétaux, des animaux et de l’homme y aura été relativement tardive.
L’époque de cette émersion est tout aussi inconnue que celle de la submersion. M. Beudant, d’après une carte d’Elie de Beaumont, rapporte l’émersion à la mer jurassique, c’est-à-dire à l’époque où la mer déposait en Europe le terrain qui forme la chaîne du Jura, et pendant laquelle eut lieu la catastrophe terrestre qui souleva, à travers le dépôt du trias, le système de montagnes du Thüringerwald. A la suite de ce soulèvement, qui mit à nu, non-seulement les montagnes du Thüringerwald , mais encore une large bande de terrains de l’occident de l’Europe, « la Silésie — dit M. Beudant — la Moravie, la Bohême, la Saxe, la Hesse, le Pays de Clèves et la Belgique formaient une île au milieu de l’Océan » l. Cette opinion, basée sur l’absence des terrains triasjque et jurassique en Belgique, et sur l’hypothèse qu’il se forme toujours des dépôts au fond des mers, n’est guère partagée par d’Omalius, lequel déclare que, quoique n’ayant
Géologie par M. F. -S. Beudant, Paris, pages 224, 236 et 237.
aucun motif pour la combattre, il n’a non plus aucun motif pour admettre cette ancienne émersion des parties basses de la Belgique i. MM. Cornet et Briart sont d’avis « que la province de Hainaut, comme la plupart des autres localités de la Belgique, fut émergée des eaux de la mer tertiaire, entre le dépôt des sables de Diest et celui des sables du Système scaldisien, c’est-à-dire, pendant la période pliocène » 2. Relativement à cette opinion, nous renvoyons ses auteurs à ce que nous disons, plus loin, sur la position stratigraphique de notre sable ferrugineux, et nous nous permettrons de leur demander : s’il est vrai que, dans la province de Hainaut, « les sables fossilifères d’Anvers , qui constituent le Système scaldisien de Dumont, paraissent avoir succédé immédiatement aux sables ferrugineux diestiens » 3, l’inverse n’a-t-il peut-être pas eu lieu au Pays de Waas où ces derniers paraissent couronner les premiers? Nous leur ferons remarquer ensuite qu’au Pays de Waas, le Système diestien, pas plus que le Système scaldisien, « n’a point éprouvé les grands changements subis par les dépôts primaires, ne présente pas de traces de métamorphisme, et ne renferme pas de liions longitudinaux » S’il nous était pardonné d’émettre une opinion après MM. Beudant, Cornet et Briart, nous dirions que, dans tous les cas, les parties basses de la Belgique se sont trouvées sous les eaux pendant la durée des périodes crétacées et tertiaires, comme d’Omalius l’affirme s, et que l’émersion du bassin de l’Escaut et, par conséquent, de notre plaine waasienne qui y est comprise, nous semble s’être opérée lors de la catastrophe qui souleva les Alpes principales lesquelles ne datent que de la fin de la période tertiaire. En effet, dans cette grande catastrophe ont surgi, non-seulement toutes les montagnes qui, de l’ouest-sud à l’est-nord, s’étendent du Valais jusqu’en Autriche, mais la plus grande partie du sol de l’Europe « et le bassin de l’Escaut en particulier, présentent des indices de participation à ce soulèvement des Alpes. Parmi ces indices , nous signalerons le parallélisme qui existe, d’une part, entre cette chaîne de montagnes, et, d’autre part, entre la direction générale des deux lignes de faite qui encaissent le bassin de l’Escaut, celle
1. Encyclopédie populaire. Géologie de la Belgique par J. -J. d' Omalius-d! Halloy , p. 343.
2. Compte rendu de lu 6e session du Congrès international d’ anthropologie et d’archcologie préhistoriques , page 234.