‹ Le Pays de Waas préhistoriqueChapitre 43 sur 67 · Compte rendu du congrès international cité, p · texte numérisé non relu

Compte rendu du congrès international cité, p

i. Ibidem, p. 295.

l’obligent à s’imii* à quelques-uns de ses semblables, pour se défendre contre les attaques, sans cesse renouvelées, des bêtes fauves qui lui disputent les bois. D’ailleurs, l’exploration des cavernes des environs de Dînant, et particulièrement le lieu de sépulture commun du Trou du frontal où seize cadavres avaient successivement pris place, prouvent, à toute évidence, que l’homme préhistorique vivait en communauté. Nos découvertes mêmes semblent le prouver : les nombreux ossements des divers animaux tués à la chasse, et les omoplates de quatre bœufs différents transformées en outils, s’expliquent, en effet, difficilement sans une association d’hommes chassant, mangeant et vivant en commun.

Mais nos restes de l’àge de la pierre polie proviennent-ils d’une population fixée dans une contrée étrangère, d’où ils nous auraient été amenés par un cours d’eau? Ou bien, sont-ce des débris d’une colonie établie à Rupelmonde même? Deux sortes de peuplades se partageaient la Haute et la Moyenne Belgique aux époques de la pierre : l’une comprenait les troglodytes ou les habitants des cavernes des provinces de Liège et de Namur, l’autre comprenait les autochthones du Hainaut et particulièrement des environs de Mous, où ils vivaient, sans abris naturels, sur les rives de la Haine, du By, de la Trouille et de la rivière de Nouvelles. « 11 est certain que les troglodytes n’employaient que le silex du sud de la Champagne, malgré l'éloignement de son gisement et la proximité des gisements qui se trouvent au nord de la région habitée par eux. MM. Cornet et Briart nous montrent, au contraire, que le silex mis en oeuvre par les populations de l’àge du mammouth dans le Hainaut, était exclusivement celui de la région que celles-ci habitaient... Mais, à une provenance différente de la matière première, ne se bornent pas les contrastes entre les silex taillés quaternaires du Hainaut et ceux de nos cavernes. Leurs formes sont absolument différentes... Les formes plus variées des silex taillés du Hainaut annoncent, en outre, des usages et une industrie s’étendant à plus d’objets » '. De tout cela on conclut, avec raison, que ces deux sortes de peuplades, bien que voisines, sont restées néanmoins complètement isolées l’une de l’autre. Maintenant, desquelles de ces peuplades, les cours d’eau auraient-ils pu nous avoir amené nos os et nos silex? De celles du Hainaut? Impossible. Rupelmonde, il est vrai, est relié aux environs de Mous par la Haine, laquelle, après avoir reçu

i. Compte rendu du congrès internalionel cité, pp. 467, 469 et 470.

HO

le By, la Trouille, la rivière de Nouvelles et une foule de ruisseaux se jet I o dans l’Escaut à Coudé eu France; mais si nos os et nos silex avaient roulé et avaient été ballottés, à travers les nombreux

méandres de ces rivières et du fleuve, depuis Mous jusqu’à Coudé et depuis Coudé jusqu’à Rupel monde, ils présenteraient, par suite du roulement, quelque usure sur leurs arêtes et leurs angles : ce qui n’est pas. Les eaux auraient-elles pu amener nos os et nos silex des peuplades des provinces de Namur ou de Liège? Impossible encore, puisque, en ces temps là, on n’avait pas encore creusé des canaux pour relier l’Escaut à la Meuse, et puisque la communication naturelle dont parle César expliquerait diflieilement comment nos os et nos silex eussent pu passer du lit de la Lesse dans le lit de la Meuse,

monter avec ce fleuve vers le nord, tourner ensuite vers l’est, et

descendre enfin vers le sud pour entrer dans le lit de l’Escaut et

arriver jusqu’à Rupelmonde. Mais, ce transport à travers (rois rivières fut-il explicable, il n’aurait jamais pu se faire sans user les arêtes et les angles de nos silex et surtout de nos os, qui, cependant, ne présentent d’autre usure que celle due à l’usage. Il n’est donc pas

possible qu’un cours d’eau quelconque ait pu charrier jusqu’à nous les débris dont il s’agit; et il faut nécessairement admettre que leur

transport s’est fait à bras d’hommes. C’est pourquoi, comme les

matières premières de nos outils de pierre proviennent des environs de Mons, nous présumons qu’une ou plusieurs familles des peuplades

de ces environs se seront détachées de leurs compatriotes, et, apportant avec elles leurs silex ouvragés et leurs bloc-matrices, auront fait route du sud au nord, entre la Senne et la Dendre, à la recherche d’une patrie nouvelle, et auront élu domicile sur les bords de l’Escaut à Rupelmonde. Qu’on ne nous objecte pas la distance et les difficultés du chemin. À ce sujet, nous ferons remarquer, avec MM. de Mort illet , Hydc Clarke et de Quatrefages : « que les populations primitives, les

sauvages, que rien n’attache au sol, se déplacent facilement, vont et viennent continuellement » 5; « que l’homme a toujours été beaucoup

1. Le By passe à l'ouest de Mesvin, la Trouille à l’ouest de Spiennes, et la rivière de Nouvelles il l'est de la commune de Nouvelles: ces trois petites rivières , réunies sous le nom de Trouille, si jettent dans la Haine, et des ruisseaux sans noms mettent la Haine en communication avec les communes d’Obourg et du Flénu ainsi qu’avec Douvrain qui est une dépendance de la commune de Baudour.

2. C. .htlii Cœsaris commentarii de bello r/allico, Lib. VI, Cap. XXX III. — Lisez sur la communication de l'Escaut avec la Meuse, nos pages 23, 2i et 2o.

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