‹ Le Pays de Waas préhistoriqueChapitre 55 sur 67 · Compte rendu du Congrès international cité , p · texte numérisé non relu

Compte rendu du Congrès international cité , p

colonnie. Nous avons vu, en outre, que ces premiers colons ont dû bientôt s’y multiplier et se répandre de là dans les contrées voisines : on peut donc dire, d’après cela, que Rupelmonde se trouve à la tète de l’immigration waasienne. Mais, tout porte à croire que le berceau de Mercator a encore été la première de nos communes civilement organisées, puisque sa forteresse primitive semble avoir été construite par les Pleumosiens sujets des Nerviens ', et puisque l’historien Meyer fait déjà mention de Rupelmonde au temps de Baudouin-bras de fer i. 2 3, et que la Heure de cette commune semble dater de l’époque de Robert-le-Frison (1072-1.093) s. Saluons donc Rupelmonde, non-seulement comme la plus importante par sa position, ses privilèges, son histoire et ses désastres, mais encore comme l’aînée de nos communes, et ne nous étonnons pas que Maximilien De Vrient en ait fait l’éloge dans ses vers :

RUPELMUNDÆ ELOGIUM.

Plurima me vorsum vestigia, rata retrorsum,

Qui reus hac longé tlectat ab arce pedem.

Hic Nemesis sua régna tenet succincta flagello,

Nec minus hic Nili filia régna tenet.

Mucida, cana situ, Regumque verenda sigillis,

Clavibus et centum vix adeunda seris.

Cætera sat felix, nec conditione pigenda.

Rupela dat nomen, dat rnihi Scaldis opes.

Wasia me frugum cerealibus implet acervis,

Arx mea tuta bonis anchora, Scylla malis *.

En plusieurs endroits de ses commentaires, César nous parle des habitations, des lieux fortifiés, des bourgades et mêmes des villes que les Gaulois et les Germains occupaient en Belgique b. Les termes

i. « Tiletum, Trunchinum , Rupelmonda, putalum nonuullis Pleumosioruin caslellum , procul dubio antiqua oninia sunt loca ». (Meyeri Rcrum Flandricarum tond X). — «Itaque, confestim dimissis nunciis ad Centrones, Grudios, Levacos, Pleumosios, Gordunos, qui omnes sub eorum (Nerviorum) imperio sunt, quam maximas nianus possunt, cogunt ». (C. Julii Cœsaris commentai'» de bello gallico, Lib. V, Cap. XXXIX).

i. Meyeri Rerum Flandricarum tomi X.

3. La Keure de Rupelmonde avec commentaires lexiques, a été publiée par nous dans les Annales du Cercle archéologique du Pays de Waas , T. 1, p. 183. i. Anton» Sanderi Flandria illustrata , 1753. T. 111, p. 221.

s. « At Q. Tilurius et L. Golta legali, qui in Menapiorum fines legiones duxeraut, omnibus eorum agris vastalis , frumentis succisis, ædificiisque ineensis... ». (Cœs. Lib. IV, Cap. XXXVIII). — « Menapii ad ulrainque ripam fluminis (Rheni) agros, ædificia ,

œdificia, castella, vici, oppida, dont se sert le général romain, sont interprétés dans leur sens naturel et ordinaire par MM. Galesloot 1 et Wauters 2; Des Roches insiste même pour prouver que les mots « oppida et castella ne peuvent signifier que des villes et des lieux fortifiés » 3. M. De Ceuleneer, au contraire, se sépare complètement de ces auteurs : « les peuples — dit-il — qui habitaient la Belgique avant la domination romaine, aimaient trop l’indépendance individuelle pour vouloir posséder des villes. Les Celtes isolaient leurs demeures, qui n’étaient que de pauvres cabanes construites en bois. Les peuplades germaniques qui s’établirent dans la suite sur notre sol, se sentaient encore moins portées que les Celtes à habiter des villes. Elles les avaient en horreur, et les regardaient comme des pièges tendus à la liberté de l’homme; car, tout à l’opposé du système qui dominait alors le monde civilisé, chez lequel l'Etat était tout et l’individu rien, les institutions germaniques ne tendaient qu’à sauvegarder la liberté individuelle. Les Germains avaient une coutume qui ne pouvait rien moins que favoriser l’établissement des villes dans les contrées qu’ils occupaient. Au rapport des historiens anciens, ils changeaient chaque année de demeure » *. Quoi qu’il en soit de l’existence de bourgades et de villes à l’époque gallo-germaine, il faut croire que dans la Ménapie et, plus particulièrement au Pays de Waas souvent inondé par l’Escaut, les bourgades et les villes étaient rares avant l’invasion romaine. Jusqu’ici — ainsi que nous l’avons vu à la page J 24 — ce n’est qu’à Saint-Gilles et à Waasmunster où des cimetières civils communs ont été découverts, que l’on puisse admettre ici l’existence de bourgades gallo-germaines; mais nous ne désespérons pas de pouvoir en constater d’autres, à la suite de fouilles qu’on ne manquera pas de faire.

Les routes vicinales qui coupaient le Pays de Waas en tous sens !i,

vicosque habebant ». (Cæs. Lib. IV , Cap. IV). — « Quos (legatos Nerviorum) Cæsar, ut in miseros ac supplices usus misericordia videretur, diligeiilissime conservavit ; suisque fiuibus atque oppidis uti jussit ». (Cæs. Lib. Il , Cap. XXVIII. — - « Ubiis imperat, ul peeora deducant, suaque omnia ex agris iu oppida conférant». (Cæs. Lib. VI, Cap. X). — « Cæsar reperiebat Suessiones oppida habere numéro xu ». (Cæs. Lib. II , Cap. IV). — « Cunctis oppidis castellisque desertis , sua omnia (Atuatici) iu unum oppidum egregrie natura muuitum contulerunt ». (Cæs. Lib. Il , Cap. XXIX).

î. La Province de Brabant avant l'invasion des Romains, par L. Galesloot, Brux. 1871 , p . 5.

2. Nouvelles études sur la géographie ancienne de la Belgique, pp. 71 et suivantes.

ô. Histoire ancienne des Pays-Bas autrichiens, par M. Des Roches , T. I, pp. 310-315. i. Recherches sur l’origine des communes Belges. Brux. 1871, pp. 10 et 11. s. Voyez ci-devant, aux pages 136 et 137.

ainsi que les médailles, les statuettes, les tuiles, les carreaux, les vases et autres objets que le peuple de Rome y a délaissés en aussi grand nombre \ tendent à prouver que plusieurs bourgades doivent y avoir existé à l’époque gallo-romaine. Mais, ce sont surtout les substructions du Steeniverk à Belcele 1 2, et les puits en bois du Roomkauter à Basele 3 4 qui rendent cette existence incontestable : de manière que, du temps de la domination romaine, la population waasienne n’était pas aussi clair-semée qu’on pourrait le croire. Le plus grand nombre de nos communes semble cependant avoir pris naissance, sous les Francs, du cinquième au neuvième siècles de l’ère chrétienne; c’était, le plus souvent, autour d’une résidence seigneuriale, d’un château-fort, d’un monastère ou d’une chapelle, que les habitations se groupèrent.

M. Joossens est d’avis que « la langue gothique seule peut nous donner la clef de l’origine et de la signification de la plus grande partie des noms de villes et villages du pays flamingant *. D’après cet auteur, « le mot de la terminaison haim, réduit en en dans Beveren, veut dire en gothique village ou hameau » 5 *, de sorte que Bever-haim, devenu Beveren, signifierait hameau ou lieu hanté par les castors, en flamand bevers. D’après ce même auteur, le mot gothique Swin, qui a pour racine le radical Sin, serait devenu Svvinay ou Sinay °. « A l’époque de l’invasion germanique — dit encore M. Joossens — l’envasement avait déjà partiellement contre-balancé le mouvement descendant du sol, en superposant à la couche primitive engloutie un nouveau terrain d’alluvion éminement fertile. C’est ainsi que la partie méridionale des Flandres, où le mouvement signalé est moins intense, était devenue habitable, bien que des marais et des flaques d’eau y abondaient encore. Au nord, au contraire, dans le bassin du Huanth (l'Escaut), où l'affaissement est plus prononcé, la mer, à chaque marée, étendait librement ses eaux. Ce n’est qu’après l’établissement des digues, que l’action de l’envasement eut son plein effet. De là, la dénomination de Land van Waas (pays d’eau) donnée à cette partie de la Belgique » 7.

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