‹ Le Pays de Waas préhistoriqueChapitre 54 sur 67 · La Campiue d’aujourd’hui · texte numérisé non relu

La Campiue d’aujourd’hui

3. Histoire cle la Belgique par J. -J. De Smet T. I, pp. 43-ia.

Les Francs ont laissé des preuves incontestables de leur résidence au Pays de Waas. H y a une vingtaine d’années, un cimetière franc a été découvert, sur le territoire de Waasmunster, dans un tumulus situé au milieu des sapinières de M. Vermeulen-Dons. Une masse de vases, gisant au milieu de sabres, de lances et d’autres objets, y ont été déterrés : un grand nombre furent brisés par les ouvriers; quelques-uns ont pu être conservés intacts et ont été offerts, en 1863, au musée du Cercle archéologique du Pays de Waas par feu M. E. Vermeulen. Ce musée possède de cette découverte : 1° 13 vases en terre cuite, de toutes grandeurs et formes, noirs-grisâtres ou rouges, dont quelquesuns portent, autour de leur surface, des lignes symétriques; 2° 14 piques ou lances en fer; 3° 12 sabres du même métal; 4° des boutons et des fragments d’agraffes et de garnitures de selle, le tout en bronze; 5° 2 chapelets de perles et d’autres joyaux en ambre et en terre cuite.

On ne peut douter que les Gaulois, les Germains, les Romains, les Francs, tous les peuples, en un mot, qui, anciennement, ont occupé le sol de la Belgique, ne s’y soient mêlés et n’y aient procréé des races mixtes participant aux caractères des uns et des autres : c’est ce mélange qui explique ces nombreuses variétés dans la taille, dans la forme du visage et du crâne, dans la couleur des yeux et des cheveux, qui se remarquent au Pays de Waas comme ailleurs en Belgique. Pour l’origine et la conformation, M. Vander Kindere distingue les populations wallones des populations flamandes. « Les Wallons — dit- il — ont pour souche les anciens Belges, Belgœ de César, c’est à dire, un rameau celtique; les Flamands sont les descendants des conquérants

germaniques. Les premiers ont réussi à se maintenir dans les régions

de la Belgique moyenne et de la Haute Belgique, où ils avaient fondé depuis longtemps des établissements solides; ils ont été balayés, au contraire, de la Basse Belgique, ouverte de tous côtés aux envahisseurs, et où le sol ingrat ne leur avait pas permis en quelque sorte de jeter de profondes racines... Les Wallons blonds — continue M. Vander Kindere — sont généralement dolichocéphales, avec le visage allongé et anguleux; leur taille est celle des Français du Nord, d’origine belge, comme eux... Les Flamands, au contraire, surtout ceux des deux Flandres, fournissent le plus de petits hommes... Ils sont caractérisés en outre par la forme du visage plus arrondie, plus large, et fréquemment par la brachycéphalie du crâne » G Les découvertes de l’âge de

t. Compte rendu du Congres international cité, pages 569 et 570.

la pierre faites à Rupelmonde, ne sont guère de nature à confirmer cette opinion de M. Valider Kindere relativement à une différence d’origine entre les Wallons et les Flamands. Au surplus, depuis bien des années que nous observons les populations de la Belgique, nous n’avons jamais reconnu des particularités constantes, nettement tranchées, propres à l’une ou à l’autre des populations flamande et wallonne. Apparemment, M. Vander Kindere aura été entraîné à son idée par la différence de leurs idiomes auxquels « correspondent — dit-il — deux groupes ethniques distincts aussi par leur origine » 1 ; mais, si l’on en croit Vredius, cette différence d’idiome n’existait pas originairement : en effet, le savant auteur de Flandria vêtus tend à prouver que la langue celtique ou gauloise, aussi bien que la langue franque, était l’ancienne langue flamande et qu’elle ne différait de la langue allemande que par le dialecte 2 3. Nous nous rallions plus volontiers à l’avis de M. Vander Kindere, lorsqu’il dit : « Celtes et Germains sont frères; les uns et les autres appartiennent au rameau aryen ; leurs langues mêmes sont étroitement alliées, et, quant à leur type physique, les auteurs anciens sont d’accord pour nous les représenter tous deux comme blonds et d’une taille élevée » 5. Une communauté d’origine et de type entre Wallons et Flamands, outre qu’elle nous paraît plus conforme aux faits, a encore l’avantage de niveler toutes les familles belges, et d’être plus en harmonie avec notre devise nationale : L'union fait la force.

L’origine de la plupart des communes du Pays de Waas est loin detre connue. On peut cependant raisonnablement admettre, que nos premiers centres de population ont dû se trouver là où les conditions de colonisation se trouvaient le mieux réunies, c’est-à-dire sur les rives de nos cours d’eau et à l’ombre de nos forêts, puisque là, la pêche, la chasse, et les bois permettaient de nourrir et d’abriter les arrivants : ce principe, conforme au bon sens, se confirme aussi par les faits. Aux pages HO et 111, nous avons vu qu’une peuplade de l’âge de la pierre, arrivée des environs de Mons, s’est rabattue sur les bords de l’Escaut à Rupelmonde ou dans le voisinage, et y a fondé une

i. Compte rendu du Congrès international cité, p. 569 et 570.

•. « Exemplis docetur veterem Gallorum linguam eandeni fuisse cum Flandrica... Velerem Gallorum linguam, quæ et Flandrica, sola dialecto à Germanica discriminari... Fraucorum patriam linguam eandem fuisse cum Flandrica nostrate ». ( Vredius , ouvrage cité, Cap. Il , lit et XX).

Page 1