XXXII INTRODUCTION
troupes elles-mêmes ne recevaient pas leur solde depuis plus de deux ans (1). Le budget annuel des dépenses se chiffrait par 14 millions de cruzades, et les recettes du Trésor n’en atteignaient pas 7 millions. Le déficit était écrasant. L'isolement dans lequel vivaient les provinces, faute de lignes de navigation et de grandes routes, contribuait encore à accroître les difficultés de la production et des échanges,
rendant plus aiguë la crise économique.
Tel était le Brésil au moment où il émergeait du servage colonial, à
la fin de l’année 1822.
Les choses ont bien changé depuis.
Aujourd’hui, après soixante-seize ans d'indépendance et de vie autonome, l’ancienne possession des rois de Portugal est devenue la première nation de l'Amérique latine par la richesse, par la puissance politique, par le développement croissant de la population et par les progrès qu’elle réalise chaque jour dans le domaine des sciences et des lettres. Gouverné, d’abord, par un monarque, le fils de Dom Pedro I‘, qu'une révolution pacifique a détrôné le 15 novembre 1889; ayant adopté, ensuite, sans protestations sanglantes, la forme républicaine fédérative; jouissant d’une paix profonde, que des mouvements partiels, dûs à la crise de croissance naturelle de toutes les transformations politiques radicales, ont à peine troublée
temporairement ; tranquille à l'intérieur; ne nourrissant aucun désir
de conquête ni d'agrandissement; attentif à tous les perfectionne-.
ments qui se produisent dans les deux mondes pour accroître le bien-être moral et matériel de sa population, — le Brésil recueille les fruits de sa sagesse, et, par l'abolition graduelle de l'esclavage, réalisée au milieu des acclamations universelles, d’une manière définitive, le 13 mai 1888, aussi bien que par la mise en valeur de
ses richesses naturelles au moyen de bras libres, il se prépare un
(1) Castro Carreira : Historia Financeira do Imperio do Brazil, Rio, 1880, p. 62 et 63.