CHAPITRE PREMIER
générales. — D'où vient le nom des Amazones. — Comment ce nom fut et se propagea. — Une page d'Héradote transposée. — Les Amazones existé réellement? — Une nouvelle explication de la légende. — ageurs du fleuve des Amazone Cousin, Orellana. Pinzon, Diego Aguirre, Quesada, Re EE Pedro ru etc. —
dant pour aboutir à une œuvre commune de simple
.e bonhomme, un Balzac quelconque des bords du
se E à découper Vair de long en large, à arpenter un champ eta é oquer, de ci de la, des murailles, des portes, .des
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ignons, des auvents, tout ce qu'il faut pour miser do See
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un château en Espagne et y loger une pure imagination de poète.
Nous nous garderons bien de suivre cet exemple et d'édifier dans les brouillards. Nous avons tracé les grandes lignes de notre plan. Les matériaux sont amassés. Commencons par les fondations. Creu-
sons le passé de ce pays.
La première question qui se pose au début d'un travail de ce genre est celle des étymologies.
— D'où vient le nom des Amazones?
— Un helléniste de nos amis a bien voulu nous donner une con-
sultation sur ce curieux sujet de linguistique:
Les grammairiens, nous a-t-il dit, sont divisés sur l'origine de ce mot Auatév: grammatici certant. Les uns, se fondant sur ce que rapporte Diodore de Sicile au sujet des amazones asiatiques, qui, à l’âge de dix-huit ans, subissaient l’ablation de la mamelle droite pour n'être par gênées par leurs armes, font venir leur nom de « privatif et de uatos, mamelle. Cette opinion ne peut se soutenir, à moins que l’on ne prenne l'expression sans mamelle au figuré, comme désignant des femmes ayant sacrifié les fonctions naturelles de leur sexe. En effet, toutes les figures d'Amazones que nous possédons sur des vases antiques, ainsi que les bas-reliefs du sarcophage du musée du Capitole, nous représentent les guerrières sarmates au grand complet. Leur poitrine n’a rien à envier à celle des autres femmes; au contraire. Elle s'épanouit à l’aise sous la chlamyde, et la pelte a peine à la couvrir de ses deux oreillettes. Les reines Penthésilée, qui secourut les Troyens dans leur détresse; Antiope, mère d'Hippolyte, qui attaqua Thésée, roi d'Athènes; Thalestris, qui visita Alexandre; Thomyris, qui fit périr Cyrus, et tant d'autres, qui furent les plus belles et les plus vaillantes, n'étaient pas gênées par leur double fardeau. Elles maniaient Parc, l'épée, la lance,
la hache à deux tranchants, aussi gaillardement que Jeanne la Pucelle
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ou Jeanne Hachette. Il faut donc rejeter cette version, et remonter à d’autres sources...
Certains historiens prétendent que, bien avant les héroïnes de Cappadoce habitant les rives du Thermodon, — bien avant l'an 1600 avant Jésus-Christ, par conséquent, — florissaient en Afrique des femmes conquérantes, combattant deux à deux, liées ensemble par des ceintures et par des serments. Ces Amazones négresses subjugu èrent les Numides, les Éthiopiens et les Atlantes africains, américains ou océaniens. On les appelle Amaçones, c'est-à-dire liguées, réunies, de «uz, en semble, et twvx, ceinture. La qona qu'elles portaient était en outre la gardienne de leur vœu de virginité. C’est ce morceau d'étoffe qui a fait leur réputation dans l’histoire. Je préfère cette explication à l'autre, parce qu’elle a l'avantage de nous mieux révéler les mœurs primitives de ces femmes que les Scythes appelaien, oiorpala, tueuses d'hommes... Selon moi, votre Amazonie doit sa dénomination aux Amazones africaines qui "ont envahie et peuplée aux époques préhistoriques, à moins qu'elie ne lui vienne tout simplement de son grand fleuve, qui se déroule à la facon de la 5ona des Hellènes.
Toute savante qu’elle füt, cette explication ne nous a pas satisfait, et nous avons cherché ailleurs.
Voici ce qui nous semble absolument authentique.
Au xvi° siècle, on était encore épris du merveilleux. Le surnaturel hantait toutes les imaginations. On rêvait dans toute la chrélienté. La misère des temps forçait les âmes à se réfugier dans des Thébaïdes remplies de délices. La sorcellerie avait tout envahi. L'hallucination était générale et se mêlait au génie. C'est ce qui nous valut les admirables découvertes de la Renaissance. Comme l'alchimie conduisit à la science de la matière, le rêve poussa les hommes, à travers une sorte de somnambulisme, à prendre pied sur des con-
tinents vaguement entrevus depuis Platon.
En ce temps-là, sous le chaume, on se raconlait de bien belles
histoires. Sans quitter le coin du feu, on entreprenait des voyages fantastiques. Le paysan aimait à se souvenir des folles équipées des croisades. Entre son bœuf et son âne, le monde lui apparaissait dans un lointain de terre promise.
Il y avait, par delà les mers, au pays d'Ethiopie, un royaume plein de soleil. Là vivait, sur des monceaux d'or et des flots de pourpre, un ami de Dieu, un pontife aussi puissant que David, aussi environné de gloire que Salomon. Cet homme extraordinaire était le prêtre Jean, un baptisé, qui devait répandre le christianisme sur tout l’univers. Ce pape in partibus avait pour voisin un grand souverain catéchumène, qui brúlait d'embrasser la doctrine de PÉvangile. C'était le grand khan de Tartarie, fort comme Charlemagne.
Ces récits étaient recus comme des articles de foi. Colomb, nous Vavons vu, s’en enthousiasma. La tête pleine de ces chimères qui lui tenaient lieu de géographie, il voulut voir ces « terres cachées » Son itinéraire était aussi rationnel qu'un argument scolastique. Il irait, par le pays de Veragua, aux États du mystérieux monarque. Puis, il reviendrait de Cuba par terre, en prenant la route d'Éthiopie, de Jérusalem, et de Jaffa. Ce n'était pas plus difficile que cela.
L'Amérique se trouva sur son chemin. L'Amérique fut découverte.
On apprit bientôt que le prêtre Jean était un pauvre diable de roi sans importance.
On se consola par d’autres légendes.
Il existait quelque part un pays traversé par une « mer blanche », dont les flôts roulaient un sable d’or et des cailloux de diamants. Sa capitale, Manoa (dont, soit dit en passant, on doit remarquer l'identité avec le nom de la tribu indienne Manao ou Manoa, qui donne son nom à la capitale actuelle de l’État de l’Amazone) était une grande ville remplie de palais. Les uns étaient bâtis en pierres cimentées d'argent; les toitures des autres étaient faites en lames d’or. On foulait aux pieds les métaux les plus précieux. Manoa était
le dépôt de toutes les richesses de la terre. Il y régnait un homme
que l’on avait appelé le Doré, El Dorado, en langue espagnole, car son corps était pailleté d'étincelles d’or, comme le firmament est semé d'étoiles.
La folie du million s'emparait de l’Europe et remplaçait les hysté-
ries mystiques. Ce courant nouveau entraîna bien des gens.
Gonzalo Pizarro (1), le frère du conquérant du Pérou, Alonzo Pizarro,se laissa tenter.En 1539,il se mit à la tête d'une bande d'aventuriers armés jusqu'aux dents, amplement approvisionnés, et il partit du Pérou à la conquête des boucliers et des cuirasses d’or que portaient les guerriers de l'El-Dorado, d'après la tradition. En route, à une centaine de lieues de Quito (aujourd’hui la capitale de la République de l’Équateur), il enrôla un soldat de fortune, dont il eut le malheur dê faire son lieutenant. Cet homme s'appelait Francisco de Orellana.
On chemina jour et nuit, à travers les forêts et sur les grandes rivières. On se nourrissait comme l’on pouvait, de gibier, d'herbes et de fruits sauvages. La fatigue, les fièvres, les privations décimèrent les avides explorateurs. Après bien des mois de luttes et de souffrances inouïes, Pizarro et ses compagnons n'étaient pas parvenus à découvrir la ville enchantée qui renfermait la toison d’or. Ils durent se contenter de ramasser quelques pépites de ce précieux métal le long de leur route (d’autres prétendent 100,000 livres d’or). Orellana est chargé du petit trésor. Il le dépose sur un brigantin, prend une cin-
quantaine d'hommes avec lui et part.
Il descend au hasard un cours d’eau, le Cóca (2), qui leconduit dans
(1) Levini ApoLLonut : de Peruviæ, regionis inter Novi Orbis provincias celeberrimæ, inventione et rebus in eadem gestis libri v. — Antverpiæ, I. Bellerus, 1567.
(2) « Le Napo, autrefois Naapo, qu'alimentent les neiges de l’Antisana et du Cotopaxi a deux grands affluents écuadoriens : au nord le Cóca,au sud le Curaray ; à en juger par l'orientation de la vallée maitresse, du nord-ouest au sud-est, le Cóca devrait être tenu pour le véritable fleuve, Mais le Napo a pris le nom jusqu'à l'Amazone, grâce au voisinage de Quito . » Elisée Reclus : Nouvelle Géographie Universelle,t. XVIII, p. 431.
un grand fleuve. Sans aucun doute, il naviguait sur la mer blanche aux flots argentés de l’El-Dorado.
Son plan était fait. Notre caissier infidèle se considère dès lors comme le légitime propriétaire de sa cargaison d'or. Il ne songe plus qu’à gagner de Vitesse et à s'éloigner de son chef. Le fleuve était rapide : il s'abandonne sans scrupules à son courant. Deux de ses compagnons lui font observer que l’on va peut-être un peu vite et que jamais Pizarro ne pourra les suivre. Orellana se débarrasse de ces braves gens qui n'étaient pas faits pour le comprendre. Il les jette sur le premier rivage venu, sans armes, sans provisions, en pieine forèt vierge. L'un de ces infortunés était un dominicain, Gaspard de Carvajal; l'autre, un hidalgo de Badajoz, Hernando Sanchez de Vargas.
Mais d’autres obstacles se présentent. Les tribus riveraines le harcèlent sans cesse à coups de flèches. Orellana sort victorieux de ces mauvais pas. Enfin, le 26 août 1541, il quitte la Mer Douce, qu'il baptise de son nom, et qu'on a appelée depuis le fleuve des Amazones.
Tandis que le trop confiant Pizarro, privé de son or, retournait bredouille à Quito, son associé, plus heureux, parvenait à rentrer ses trésors en Espagne. Il fit croire à ses compatriotes qu'il avait été attaqué par des femmes sauvages, espèces d'amazones blondes, qui l’avaient harcelé en route. Il raconta à leur sujet des histoires très mythologiques qui firent le tour de la péninsule.
Le germe de la légende était jeté, et, semé sur un bon terrain, il allait donner des fruits.
Orellana repartit d'Espagne, le 11 mai 1544, pour le Nouveau- Monde. Il fut moins heureux cette fois. Il y mourut. C'était justice.
L'Angleterre de Jacques 1º” (1603-1625) crut à ces légendes, comme elle sait croire à toute chose qui ne dérange pas trop l'équilibre de ses intérêts bien entendus, et Raleigh l’affermit dans sa croyance.
Ce fut pendant le règne d'Elisabeth (1558-1603) que sir Walter
Raleigh (1) commença à faire parler de lui. On connaît l'aventure qui lui attira les bonnes grâces de la souveraine et son rôle brilllant dans l'Amérique du Nord, où il fonda les premiers établissements de la Virginie, et d’où il rapporta en Angleterre, le premier, le tabac et les pommes de terre. Sous le règne de Jacques I‘, il trempa dans une conspiration avec lord Grey et lord Cobham, et leur conspiration est restée célèbre sous le nom de « The Main ». Ses deux compagnons furent mis à mort ; sir Walter Raleigh fut poursuivi et, malgré toute son éloquence et les traits dont il foudroya l’attorney général, sir Edwards Coke, déclaré coupable de trahison et condamné à mort également. On l’enferma dans la Tour de Londres, où il resta pendant treize ans, employant ses loisirs de prisonnier d'Etat à écrire son Histoire du monde. Le duc de Buckingham chercha à lui faire obtenir sa grace. En 1617, il obtint du roi l'élargissement de Raleigh : celui-ci s'engageait à équiper une expédition à ses frais et à aller découvrir les trésors de l’El-Dorado pour le compte du roi; mais il devait respecter les établissements espagnols, car on négociait alors le mariage de Charles, prince de Galles (fils de Jacques [* et de la princesse Anne, du Danemark) avec l'infante d'Espagne. Raleigh partit pour le Sud-Amérique. Il ne découvrit pas l'El-Dorado, mais, en revanche, il eut maille à partir avec les Espagnols et s'empara de la ville de Saint-Thomas, vit ses hommes se révolter et revint misérable en Angleterre. L'ambassadeur d’Espagne demanda son châtiment. Jacques Ir fit revivre l’ancien verdict qui le condamnait à la peine capitale, et, le 29 octobre 1618, il montait sur l'échafaud et y mourait en homme de cœur et d'esprit, lançant au bourreau des épigrammes comme il en avait prodigué autrefois à l’attorney général.
Mais, lui aussi, pour excuser sa déconvenue et sauver sa tête, avait parlé des escadrons d'Amazoncs faisant bonne garde autour de
leurs trésors.
(1) Descriptio Itinerum Francisci Draken, Thomæ Candisch, Gualtheri Ralegih. — Francofurti et Oppenheimii, De Bry et Merian, 1509-1625.
Tous ceux qui, depuis lors, eurent la fantaisie d'y aller voir, Jean de Léry (1) et Gandavo (2) en particulier, n'osèrent révoquer en doute Pexistence des terribles écuyères. Ces voyageurs devaient beaucoup mentir pour avoir l’air de venir de très loin. Ils ne se gènèrent nullement pour greffer leurs fantaisies romanesques sur les simples données fournies par leurs devanciers.
Gandavo, qui avait quelques réminiscences de l’histoire ancienne, traduisit ainsi Diodore de Sicile :
(Il y a, parmi les tribus indigènes, quelques Indiennes qui font vœu de rester chastes. Elles n'ontaucun commerce avecles hommes, et préfèrent mourir plutôtque de rompre leur célibat. Elles abandonnent tous les métiers féminins et se livrent à des occupations viriles. Elles portent les cheveux coupés comme les mâles ; elles vont à la guerre et
la chasse avec Parc et les flèches. Chacune d'elles a une femme qui la sert, avec laguelle elle se dit mariée. Ces couples ont entre eux des rapports et des privautés comme il en existe entre mari et femme... »
Ce sont bien les inséparables de ['Afrique, les créatures unies par une même ceinture qui n’a rien de chaste, les auxïwvx, en un mot.
Comment résister à de pareils témoignages? Évidemment on n'invente pas des détails aussi précis. C’est par trop invraisemblable pour que ce ne soit pas vrai.
Cependant, tous ces bruits fantastiques seraient peut-être tombés dans l'oubli, si un grave historien ne leur avait apporté l'autorité de son témoignage. Le Père Pedro Cristébal de Acuña, recteur de Cuenca (3), qui accompagna le capitaine Pedro Teixeira au retour de sa grande exploration de l’Amazone, dont nous parlerons plus loin,
se fit le véritable colporteur de la légende. Sa bonne foi trompa les
(1) Lern, Historia navigationis in Brasiliam, que et America dicitur. — Geneva, E. Vignon, 1594.
(2) Collecção de opusculos reimpressos relativos à historia das navegações dos Portuguezes, publ. pela Academia das sciencias. — Tome I. 3 vol., Magalhães de Gandavo. — Lisboa, 1844-1858.
(3) Acucna : Voyages into South America, up the Amazon to Quito, 1698.