ACTE III, SCÈNE, VIII
VALENT I N, qui est entré dans la chambre.
Tant mieux! j’ai écouté votre conférence, ma mignonne...
ROSE
Eh bien! vous avez fait là un joli métier...
Donnez-moi le protêt que vous avez dû recevoir pour ce billet .. j’irai demain chez l'huissier terminer cela... (a pari.) Et l’affaire Denis 1 (Haut.) Me la per mettez- voys?
ROSE, donnant à Valentin un papier qu’elle prend dans un petit coffre sur
la cheminée.
Vous, je le veux bien... au point où nous en sommes...
VALENTIN, à part, la regardant de cité.
Elle est adorable ! elle vous ferait croire à tout, comme elle y croit elle-même... (il l’embrasse. — Haut.) Merci, Rose!
ROSE
Encore! ça devient donc une habitude?..
VA LENTIN.
Où est le mal?
ROSE
Tiens! c’est que je m’y habituerais aussi, moi!.... Allons! allons!., que j’ordonne le festin!..
VA LENTIN.
Ordonne le festin!., (s’écriant.) Tiens! j’ai oublié du vin !
ROSE
Grand étourdi ! nous boirons de l’eau !
VALENTIN
De l'eau... de l’eau !... c’est bien pâle !
Eh bien! du café : j’en ai de tout frais moulu!...
VALENTIN
Il faut que tu places ton café, toi ! allons, oui 1 ce sera original!
RO SE
Et très-bon! Mais il ne faut pas qu’on jeûne autour de nous.
(Elle prend dans sa chambre le pot à ean de sa toilette, et le remet à Valentin.) Vous, tenez, arrosez un peu mes fleurs!
VALENTIN
Tu aimes donc toujours les fleurs ?
ROSE
Qui est-ce qui n’aime pas les fleurs donc, maintenant! Et dites-moi un peu pourquoi je pensais toujours à vous en pre-
nant soin des miennes? et pourquoi, ne sachant pas où vous étiez, voyageur !.... je vous faisais des bouquets?,... Ah! c’est qu’entre amoureux, il y a des choses si douces à se dire, que la parole n'y suffit pas... Le bon Dieu a prévu ça et il a inventé les fleurs!.. Je me suis laissé conter qu’en Orient, du côté du soleil, il y a un pays où il pousse tant de fleurs, et où l’on est si amoureux... qu’on se passe d’alphabet! On est heureux tout de même! la grammaire ne fait pas le bonheur! (s’arrêtant tout d’un coup.) Mais arrosez donc mes fleurs, et dites-moi de me taire 1
Babille, babille, ma fauvette ! (A part, en passant sur la terrasse.) Allez donc lui faire part de mon mariage ! (11 s’arrête devant u balustrade de la terrasse.) 11 y a longtemps que je n’ai vu Paris de si haut! Ici, c’estencorc le jour : en bas, les boutiques s’allument, les ouvrières quittent leurs magasins, l’étoile du berger luit pour les amoureux; c'est le repos, c'est le soir, l’heure où l’oq va deux par deux!.... Ça me fait plaisir de le revoir ainsi, le pays latin. (Étendant le bras.) J’ai éparpillé là-dedans ma plus blonde jeunesse, j’ai eu vingt ans à travers tout cela! (il cbaute.)
Air nouveau de M. Nargeot.
Pays latin, où l’espérance Couronne les fronts de vingt ans.
Pépinière d’où, pour la France,
Sortent tant d’esprits éclatants;
Au soleil couchant qui te dore.
Je te revois, des pleurs aux yeux...
Pays latin, je t’aime encore...
Et mon cœur te fait ses adieux !
Je vous connais, petites rues.
Hôtels garnis... si dégarnis;
Fenêtres sur les toits perdues,
Où tant d’amours ont fait leurs nids!
Je vois d’ici vos hautes cimes.
Beaux marronniers du Luxembourg,
Dont l’ombre cachait les victimes Des premiers rendez-vous d'amour !
Là, j’entrevois la brasserie Où le crédit toujours s’accroît;
On fume, on chante, on juge, on crie,
On crie encor plus qu’on ne boit!