ACTE IV, SCÈNE I. 6S
fréquenté le théâtre contemporain, ça se Toit!., mais, en d’autres termes, cela a été dit !.. Comment, Valentin, toi aussi, tu tombes sur ces pauvres filles à tort et à travers, sans distinguer entre elles, sans mesurer tes coups!.. Tu es donc bien sûr d’être sans péché, toi, comme ceux qui leur ont jeté la première pierre!., (s® levant et allant à Valentin*.) Allons, allons!., soyons un peu sérieux ! Voilà assez longtemps que ça dure, votre aimable satire, en vertu du droit du plus fort 1 Que ceux-là qui sont vraiment indignés s’attaquent à ceux-là qui les ont faites ce qu’elles sont, ces... ces Dévorantes, à ceux-là qui veulent être dévorés; séducteurs abâtardis, nés de la poussière des pas de don Juanl
VALENTIN
Plaide 1 plaide !.. avocat des femmes.
THÉO
Avocat de la raison, avocat du cœur! Les malheureuses 1.. Vois donc leur point de départ. Est-ce que dans leur passé il n’y a pas presque toujours l’abandon d’un homme qu’elles aimaient?.. Y songe-t-on seulement pour les juger?.. Combien d’entre elles ont été élevées par le démon des mauvais conseils! Combien d’autres n’ont pas eu de mères!.. Eh bien, malgré tout, j’en sais, moi, de ces vierges folles, que la charité reconnaît parmi ses fidèles! c’est comme un besoin mystérieux d’expiation, un hommage involontaire à la vertu, qu’elles ont désertée!., (a Jonas.) Par exemple 1 vous demandiez pourquoi la baronne de céans a épousé son mari?.. C’est que le vieux jardinier de Montmartre est devenu infirme et misérable; l’ancienne bouquetière a voulu lui venir en aide, mais, comme il connaissait sa vie, il refusait obstinément tout. Elle s’est mariée alors, et le vieux a accepté une petite rente... (soulignant.) Voilà pourquoi, malgré tout ce qu’elle endure, la baronne ne divorce pas.
VALENTIN, attentif.
Ah !.. (il se lève.)
THÉO, reprenant.
Pour moi, devant ces transfuges de l’honneur, que leurs accusateurs, eux-mêmes, ont les premiers dorées et changées en idoles, je ne brûlerai jamais l’encens pur qu’on appelle l’cs-
* Jou. Théo, Val.
time, mais jamais non plus je n’appuierai mon pied sur leurs fronts.
JON AS
Parce vous êtes philosophe.
THÉO
Parce que ce sont des femmes!
VALENTIN
Tu as raison, mais tu as tort d’avoir toujours raison ! Tu manques d’égards pour tes contemporains !..
J O N A S, à part.
Ils m’amusent bien tous les deux !.. c’est égal, c’est drôle, ces Dévorantes!., si je pouvais me faire dévorer un peu... (n va
pour entrer à droite.)
THÉO, regardant k gauche *.
Voici le baron qui vient vers nous, je vais vous présenter...
VALENTIN, regardant à droite.
La baroune vient aussi de ce côté... (Avec un soupir.) Pauvre Juliette !..
THÉO, vivement.
Hein?., tu la connais .donc?
Eh! mon chéri elle a eu tant d'illusions!..
THÉO
Et tu savais son mariage?..
VALENTIN
Oui, docteur.
THÉO
Et ne pouvant te présenter ici, tu as profité de mes lettres d’invitation?..
VALENTIN
Oui, docteur.
THÉO
Et voilà pourquoi tu riais quand je te parlais du bal du baron Stévens?
VALENTIN
Oui, docteur. (D’un autre ton.) D'ailleurs, j’avais besoin de me distraire.
, THÉO
Ah! scélérat!., viens-t’en d’ici !..
* Théo, Val. Jon.