ACTE I, SCÈNE II
VALENTIN
La ! tu vois... il compte sur toi... (d’«u ion plus sérieux.) Ah!., sa mère était ma marraine et c’était une digne femme qui, dans mon enfance, a remplacé ma mère.
T HÊO, à Jouas.
Comptez sur nous. Monsieur !
VALENTIN
Toi, Jonas, regarde bien cet homme qui fait sauter les miettes au plafond ! cet homme est un grand savant : le docteur Théophile Valnoy, dit le docteur Théo; il saigne aujourd’hui, purge demain, tue à droite, sauve à gauche, rudoie par-ci, console par-là... et, généralement, traite son prochain mieux que luimême. Comme médecin, il a pris pour spécialité les affections de cœur chez les gens... très-bien, ce qui l’occupe peu, mais ne lui rapporte guère ! et, comme homme, il a pris le rôle d’avocat des femmes, ce qui lui donne beaucoup de mal et ne lui rapporte rien !
THÉO
Mais si ! mais si 1
JONAS
Charmant 1 charmant !.. Mais, Valentin, quand Monsieur est entré, tu allais me dire quel petit inconvénient t’empêche de me guider...
VAUENTIN.
De Paphos à Cythère?.. oui, au fait! Eh bien ! mon petit Jonas, c’est que je tourne le dos à ces pays-là, moi; c’est que... je me marie !..
JONAS
Toi ! tu... te... ah ! tu n’es pas un ami ! mais tu plaisantes!.. N’est-ce pas, docteur, il plaisante?..
THÉO
Je suis son témoin.
VALENTIN, passant à droite *.
Il est mon témoin... c’est si dur, ces médecins !
Les médecins doivent pousser au mariage, attendu qu’un des principaux effets du mariage, c'est...
VALENTIN
C’est de rétablir l’équilibre dans la population..?
* Jon. Théo. Val.
THÉO, riant.
Eh bien !.. oui, la !
JOUAS, d’un air désolé.
Fais-tu un beau mariage, encore ?
THÉO
Il fait un bon petit mariage, bourgeois : jolie enfant de dixsept ans, nommée Natalie, adorant son fiancé.
VALENTIN, soulignant.
Pas de belle-mère !
THÉO
Tous les bonheurs ! Une gentille petite dot, avec ce qu’on appelle si pieusement des espérances ! Famille honorable, composée seulement du père, M. Berthoud, propriétaire, d’un oncle maternel, Aimé Rigandard, et d'une vieille tante habitant Amiens... voilà tout.
VALENTIN, à Jonas.
Et puis, voilà que j’ai quelque bien moi-même, dis donc ! Oui, un peu avant sa mort, mon père avait prêté de l’argent à un ami ; cet argent, on le croyait perdu !.. Eh bien ! non, l’ami s’est enrichi dans une exploitation, et, en s’acquittant avec moi, il m’a associé à ses bénéiiees. (Montrant un portefeuille.) Si bien qu’il y a là-dedans, tout réalisé, de quoi acheter pas mal de bouquets à ma femme!..
JONAS
Sa femme !.. Ah ! sur quoi peut-on compter !
VALENTIN
Adieu donc, temps de la jeunesse et des folies !.. des misères et des amours !
JONAS
Tu n’en regrettes rien.. ?
VALENTIN
Les misères, si ! quelquefois !.. les amours, ma foi, non ! J’ai trop connu les femmes pour regretter les amours!..
THÉO
Incorrigible fat !
JONAS
Quelle opinion as-tu donc dm beau sèxe, Valentin?..
VALENTIN, riant.
Une opinion... exécrable!
THÉO
Et tu ne fais pas d’exception.. ?