HUDSON'S BAY FUR COMPANY
bords du Pacifique par 52° 24' de latitude nord. En 1833-34, elle expédiait en Europe les quantités suivantes de peaux et fourrures, quantités qui donneront un état exact de son trafic :
Castors 1 ,07 1
Parchemins et jeunes castors 92,288
Rats musqués 694,092
Blaireaux. 1,069
Ours . .., 7,451
Hermines ...... 491
Pécheurs. 5,296
Renards 9,937
Lynx 14,255
Martres 64,490
Putois 25,100
Loutres.. 22,303
Ratons 713
Cygnes 7,918
Loups 8,484
Wolwérènes 1 ,571
Une telle production devait donc assurer à la Compagnie de la baie d'Hudson des bénéfices très-considérables, mais, malheureusement pour elle, ces chiffres ne se maintinrent pas, et depuis vingt ans environ ils étaient en proportion décroissante.
A quoi tenait cette décadence, c'est ce que le capitaine Craventy expliquait en ce moment à Mrs. Paulina Barnett.
« Jusqu'en 1837, madame, dit-il, on peut affirmer que la situation de la Compagnie a été florissante. En cette année-là, l'exportation des peaux s'était encore élevée au chiffre de deux millions trois cent cinquante-huit mille. Mais depuis, il a toujours été en diminuant, et maintenant ce chiffre s'est abaissé de moitié au moins.
— Et à quelle cause attribuez-vous cet abaissement notable dans l'exportation des fourrures? demanda Mrs. Paulina Barnett.
— Au dépeuplement que l'activité, et j'ajoute l'incurie des chasseurs, ont provoqué sur les territoires de chasse. On a traqué et tué sans relâche. Ces massacres se sont faits sans discernement. Les petits, les femelles pleines n'ont même pas été épargnés. De là, rareté inévitable dans le nombre des animaux à fourrures. La loutre a presque complètement disparu et ne se retrouve guère que près des iles du Pacifique nord. Les castors se sont
li LE PAYS DES FOURRURES.
réfugiés par petits détachements sur les rives des plus lointaines rivières. De même pour tant d'autres animaux précieux, qui ont dû fuir devant l'invasion des chasseurs. Les trappes, qui regorgeaient autrefois, sont vides à présent. Le prix des peaux augmente, et cela précisément aune époque où les fourrures sont très-recherchées. Aussi les chasseurs se dégoûtent, et il ne reste plus que les audacieux et les infatigables qui s'avancent jusqu'aux limites du continent américain.
— Je comprends maintenant, répondit Mrs. Paulina Barnett, l'intérêt que la Compagnie attache à la création d'une factorerie sur les rives de l'océan Arctique, puisque les animaux se sont réfugiés au delà du Cercle polaire.
— Oui, madame, répondit le capitaine. D'ailleurs, il fallait bien que la Compagnie se décidât à reporter plus au nord le centre de ses opérations, car, il y a deux ans, une décision du parlement britannique a singulièrement réduit ses domaines.
— Et qui a pu motiver cette réduction? demanda la voyageuse.
— Une raison économique de haute importance, madame, et qui a dû vivement frapper les hommes d'État de la Grande-Bretagne. En effet, la mission de la Compagnie n'était pas civilisatrice. Au contraire. Dans son propre intérêt, elle devait maintenir à l'état de terrains vagues son immense domaine. Toute tentative de défrichement qui eût éloigné les animaux à fourrures était impitoyablement arrêtée par elle. Son monopole même est donc ennemi de tout esprit d'entreprise agricole. De plus, les questions étrangères à son industrie sont impitoyablement repoussées par le conseil d'administration. C'est ce régime absolu, et, par certains côtés, antimoral, qui a provoqué les mesures prises par le parlement, et, en 1857, une commission nommée par le secrétaire d'Etat des colonies décida qu'il fallait annexer au Canada toutes les terres susceptibles de défrichement, telles que les territoires de la rivière Rouge, les districts du Saskatchawan, et de ne laisser que la partie du domaine à laquelle la civilisation ne réservai l aucun avenir. L'année suivante, la Compagnie perdait le versant ouest des montagnes Rocheuses, qui releva directement du Colonial-Office, et fut ainsi soustrait â la juridiction des agents de la baie d'Hudson. Et voilà pourquoi, madame, avant de renoncer à son trafic des fourrures, la Compagnie va tenter l'exploitation de ces contrées du Nord, qui sont à peine connues, et chercher les moyens de les rattacher par le passage du nordouest avec l'océan Pacifique . o
Mrs. Paulina Barnett était maintenant édifiée sur les projets ultérieurs de la célèbre Compagnie, Elle allai), assister de sa personne à l'« i iblissemenl du nou^ eau fort sur la limite de la mer polaire. Eu capitaine Gravent)
l'avait mise au courant de la situation, mais peut-être — car il aimait à parler — fûl-il entré dans de nouveaux détails, si un incident ne lui eût coupé la parole.
En effet, le caporal Joliffe venait d'annoncer à haute voix que, Mrs. Joliffe aidant, il allait procéder à la confection du punch. Cette nouvelle fut accueillie comme elle méritait de l'être. Quelques hurrahs éclatèrent. Le bol, — c'était plutôt un bassin, — le bol était rempli de la précieuse liqueur. Il ne contenait pas moins de dix pintes de brandevin. Au fond s'entassaient les morceaux de sucre, dosés parla main de Mrs. Joliffe. A la surface surnageaient les tranches de citron déjà raccornies par la vieillesse. Il n'y avait plus qu'à enflammer ce lac alcoolique, et le caporal, la mèche allumée, attendait l'ordre de son capitaine, comme s'il se fût agi de mettre le feu à une mine.
« Allez, Joliffe! » dit alors le capitaine Craventy.
La flamme fut communiquée à la liqueur, et le punch flamba en un instant, aux applaudissements de tous les invités.
Dix minutes après, les verres emplis circulaient à travers Ja foule, et trouvaient toujours preneurs, comme des rentes dans un mouvement de hausse.
«Hurrah! hurrah ! hurrah pour mistress Paulina Barnett ! Ilurrah pour le capitaine ! »
Au moment où ces joyeux hurrahs retentissaient, des cris se firent entendre au dehors. Tous les invités se turent aussitôt.
a Sergent Long, dit le capitaine, voyez donc ce qui se piss
Et sur l'ordre de son chef, le sergent, laissant son verre inachevé, quitta le salon.