‹ Le pays des fourruresChapitre 7 sur 67 · DU FORT KELIANCE AU FORT ENTREPRISE · texte numérisé non relu

DU FORT KELIANCE AU FORT ENTREPRISE

Le coaple fut précipité dans la neige (Page 38.)

terminé par une lanière de nerf durci. Thomas Black et l'un des soldats, le Canadien Petersen, formaient le troisième rang de la caravane. Les autres traîneaux défilaient ensuite, occupés par les soldats et les femmes. Le caporal Joliffe et Mrs. Joliffe se tenaient à l'arrière-garde. Suivant les ordres de Jasper Hobson, chaque conducteur devait autant que possible conserver sa place réglementaire et maintenir sa distance de manière à ne provoquer aucune confusion. Et, en effet, le choc de ces traîneaux lancés à toute vitesse aurait pu amener quelque fâcheux accident.

En quittant le fort Reliance, Jasper Hobson prit directement la route du nord-ouest. Il dut franchir d'abord une large rivière qui réunissait le

lac de l'Esclave au lac Wolmsley. Mais ce cours d'eau, profondément gelé encore, ne se distinguait pas de l'immense plaine blanche. Un uniforme tapis de neige couvrait toute la contrée, et les traîneaux, enlevés par leurs rapides attelages, volaient sur cette couche durcie.

Le temps était beau, mais encore très-froid. Le soleil, peu élevé audessus de l'horizon, décrivait sur le ciel une courbe très-allongée. Ses rayons, brillamment réfléchis par les neiges, donnaient plus de lumière que de chaleur. Très-heureusement, aucun souffle de vent ne troublait l'atmosphère, et ce calme de l'air rendait le froid plus supportable. Cependant la bise, grâce à la vitesse des traîneaux, devait tant soit peu couper la figure de ceux des compagnons du lieutenant Ilobson qui n'étaient pas faits aux rudesses d'un climat polaire.

« Cela va bien, disait Jasper Hobson au sergent, immobile près de lui comme s'il se fût tenu au port d'armes, le voyage commence bien. Le ciel est favorable, la température propice, nos attelages filent comme des trains express, et, pour peu que ce beau temps continue, notre traversée s'opérera sans encombre. Qu'en pensez-vous, sergent Long?

— Ce que vous pensez vous-même, lieutenant Jasper, répondit le sergent, qui ne pouvait penser autrement que son chef.

— Vous êtes bien décidé comme moi, sergent, reprit Jasper Hobson, à pousser aussi loin que possible notre reconnaissance vers le nord?

— Il suffira que vous commandiez, mon lieutenant, et j'obéirai.

— Je le sais, sergent, répondit Jasper Hobson, je sais qu'il suffit de vous donner un ordre pour qu'il soit exécuté. Puissent nos hommes comprendre comme vous l'impQrtance de notre mission et se dévouer corps et âme aux intérêts de la Compagnie ! Ah ! sergent Long, je suis sûr que si je vous donnais un ordre impossible...

— Il n'y a pas d'ordres impossibles, mon lieutenant.

— Quoi ! si je vous ordonnais d'aller au pôle nord !

— J'irais, mon lieutenant.

— Et d'en revenir ! . . . ajouta Jasper Hobson en souriant..

— J'en reviendrais, » répondit simplement le sergent Long. Pendant ce colloque du lieutenant Hobson et de son sergent, Mrs. Pau-

lina Barnett et Madge, elles aussi, échangeaient quelques paroles, lorsqu'une pente plus accentuée du sol retardait un instant la marche du traîneau. Ces deux vaillantes femmes, bien encapuchonnées dans leurs bonnets de loutre et à demi ensevelies sous une épaisse peau d'ours blanc, regardaient cette âpre nature et les blanches silhouettes des hautes glaces qui se profilaient â l'horizon. Le détachement avait déjà laissé derrière lui les collines qui accidentaient la rive septentrionale du lac de l'Esclave, et

Page 1