‹ Le pays des fourrures [microforme]Chapitre 46 sur 87 · DU 25 JUILLET AU 20 AOUT · texte numérisé non relu

DU 25 JUILLET AU 20 AOUT

Mrs. Pauline Baruett fit connaitre à Madge le résultat de son exploration autour de l'ile; elle lui indiqua la disposition d-s couches stratifiées sur la partie rompue de l’isthme, l'épaisseur de l'icefield évaluée à cinq

pieds au-dessous du niveau de la mer, l'incident du sergent Long et son

bain involontaire, enfin toutes ces raisons qui pouvaient amener à chaque instant la rupture ou l’aifaissement du glaçon.

‘Cependant, l’idée d’une sécurité complète régnait dans la factorerie. Jamais la pensée ne fit venue à ces braves gens que le fort Espérance flettait sur uu uvune, et que la vie de ses habitants était à chaque minute en danger. Ils étaient tous bien portants. Le temps était beau, le climat sain et vivifiant, Hommes et femmes rivalisaient de bonne humeur et de belle santé. Le bébé Michel venait à ravir; il commençait à faire de petits pas dans l'enceinte du fort, et le caporal Joliffe, qui en raffolait, voulait déjà lui apprendre le maniement du mousqueton et les premiers principes de l’école du soldat, Ah {si Mrs. Joliffe lui eût donné un pareil fils, quel guerrier il en eût fait! Mais l’intéressante famille Joliffe ne prospérait pas, et le ciel, jusqu'alors du moins, lui refusait une bénédiction qu’elle implorait chaque jour,

Quant aux sold; ” ne manquaient pas de besogne. Mac Nap, le charpentier, et ses . ,41ers, Petersen, Belcher, Garry, Pond, Hope, travaillaient avec ardeur à la construction du bateau, opération longus et difficile, qui devait durer plusieurs mois. Mais, comme cetteembarcetion ne pourrait être utilisée qn’à l'été prochain, après la débâcle des glaces, on ne négligea pas pour elle les travaux plus spécir 'ement relatifs à la factorerie. Jasper Hobson laissait faire, comme si la durée du fort eût été ussurée pour un temps illisnité. Il persistait à tenir ses hommes dans l'ignorance de leur situation. Plusieurs fois, cette question assez grave avait été traitée par ce qu’on pourrait appeler « l’état-major » du fort Espérance.

. Mrs. Paulina Barnett et Madge ne partageaient pas absolument les

idées du lieutenant à ce sujet. Il leur semblait que leurs compagnons, énergiques et résolus, n'étaient pas gens à désespérer, et qu’en tout cas, le coup seraitcertainement plus rude, lorsque les dangers de la situation s seraient tellement accrus qu’on ne pourrait plus les leur cacher. Mais, malgré la valeur de cet argument, Jasper Hobson ne se rendit pas, et on

doit dire que, sur cette question, il fut soutenu par le sergent Long. Peut-

bre, après tout, avaient-ils raison tous deux, ayant pour eux l’expérience des choses ét des hommes,

Aussi les travaux d'appropriativ1 et de défense du fort furent-ils continués, L’enceinte palissadée, renforcée de nouveaux pieux et surélevée en maint endroit, forma une circonvallation très-sérieusement défensive.

au LE PAYS DES FOURRURES. ANR Re di ent mere

Moitre Mac Nap exécuta mème un des projets qui jui tenaient le prus me à Aux angles qui formaient saillant sur CS

létaient l'œuvre; Ë rait y relever les:

aspect militaire fe

cœur, et que son chef approuve:

luc, il éleva deux petites poivrières aiguës qui comp

le caporal Joliffe soupirait après le moment où il i sentinelles. Cela donnait à l’ensemble des constructions un

qui le réjouissait.

La palissade enti du dernier hiver, construisi de la maison principale, à droite, quer avec ce hangar bien clos, par u

Mac Nap, se rappelant les rigueurs {un nouveau hangar à bois sur le flanc mème

de telle sorte qu'on pouvait communine porte intérieure, sans ètre obligéde

s'aventurer au dehors. De cette façon, le combustible serait toujours sous là main des consommateurs. Surle flanc gauche, le charpentier hâtit,e:#1our, une vaste salle destinée au logement des soldats, de façon à débarasser du lit de camp la salle commune. Cette salle fut uniquement consacrée, désormais, aux repas, aux jeux, au travail. Le nouveau logement, depuis rent établis

lors, servit exclusivement d'habitation aux trois ménages qui fu dans des chambres particulières, et aux au de la colonie. Un

tres soldats

magasin spécial, destiné aux fourrures; fut également élevé en arrière de la maison, près de la poudrière, C8 qui laissa jibre tout le grenier, dont les chevrons et les fermes furent assujettis au moyen de crampons de fer, de manière à défier toute agression. ;

Mac Nap avait aussi l'intention de constr Cet édifice était compris dans les plans P devait compléter l'ensemble de la factorerie. à la prochaine saison d'été.

Avec quel soin, quel zèle, quelle activité le lieu autrefois suivi tous Ces détails de son établissement | g'il eût bâti sur un terrain solide, avec quel plaisir il aurait vu Ces maisons, ces hangars, ces magasins, s'élever autour de Juil Et ce projet, désormais inutile, qu'il avait formé de couronner le cap Bathurst psr Un ouvrage qui eût assuré l® sécurité du fort Espérance | Le fort Espérance! Ce nom; ainteneat, lui gerrait le cœur! Le cap Bathurst avait pour jamais quit ble continent américain, et le fort Espérance 8e fat plus justement appé é le fort Sans

Espoir!

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érement achevée,

uire une petite chapelle en bois.

rimitifs de Jasper Hobson et Mais son érection fut remise

tenant Hobson aurait

aison tout entière, et les bras ne cht-

Ces divers travau traction du bateau marchait régulièrements D'après dix et cette

“ mèrent pas. La cons les plans de Mac Nap, il devait jeuger une trentaine de tonneaux; ” capacitéserait suffisante pour qu'il pôt, dans la belle saison, transporter unt “vingtaine de passagers pendant quelques centaines de milles. Le charpeñ” tier avoit heureusement trouvé quelques bois courbes qui lui avaient per”

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DU 25 sUILLET AU.20 AOUT.

mis d'établir les premiers couples de l’embarcation, et bientôt l’étrave et l’étambot, fixés à la quille, se dressèrent sur le chantier disposé au pied du cap Bathurst.

Tandis que les charpentiers maniaient la hache, la scie, l’herminette, les chasseurs faisaient la chasse au gibier domestique, rennes et lièvres polaires, qui abondaient aux environs de la factorerie. Le lieutenant avait, d’ailleurs, enjoint à Sabine et à Marbre de ne point s'éloigner, leur donnant pour raison que tant que l'établissement ne serait pas achevé, il ne voulait pas laisser aux alentours des traces qui pussent attirer quelque parti ennemi. La vérité est que Jasper Hobson ne voulait pas laisser soupçonner les changements survenus à la presqu'ile.

Il arriva même un jour que Marbre, ayant demandé si le moment n’était pas venu d’aller à la baie des Morses et de recommencer la chasse aux amphibies, dont la graisse fournissait un excellent combustible, Jasper Hobson répondit vivement :

« Non, c’est inutile, Marbre ! »

Le lieutenant Hobson savait bien que la baie des Morses était restée 4 plus de deux cents milles dans le sud et que les ampaibies ne fréquentaient plus les rivages de l'ile !

I ne faudrait pas croire, on le répète, que Jasper Hobson considérât la situation comme désespérée. Loin de là, et plus d’une fois il s’en était franchement expliqué, soit avec Mrs. Paulina Barnett, soit avec le sergent Long. Il affirmait, de la façon la plus catégorique, que l'ile résisterait jusqu’au moment où les froids de l'hiver viendraient à la fois épaissir sa couche de glace et l'arrêter dans sa marche.

En effet, après son voyage d’explorafon, Jasper Hobson avait exactement relevé le périmètre de son nouveau domaine. L'ile mesurait plus de quarante milles de tour (1), ce qui lui attribuait une superficie de cent quarante milles carrés au moins. Pour donner un terre de compäraison, l'ile Victoria était un peu plus grande encore que l'ile Sainte-Hélène. Son périmètre égalait à peu près celui de Paris, à la ligne des fortifications, Au cas même où elle se fût divisée en fragments, les fragments pouvaieñtencore conserver une grande étendue qui les aurait rendus habitables pendant quelque temps.

A Mrs. Paulina Barnett, qui s’étonnait qu’un champ de glace eût une telle superficie, le lieutensnt Hobson répondait par les observations

“mêmes des navigateurs arctiques. Il n'était pas rare que Parry, Penny, .

Franklin, dans les traversées des mers polaires, eussent rencontré des

(4) Environ 52 kilomêtres ou 13 lieues.

icefields, longs de cent milles et larges de cinquante. Le capitaine Kellet abandonna même son navire sur un champ de glace qui ne mesurait pas moins de trois cents milles carrés. Qu’était, en comparaison, l'ile Victoria ?

Cependant, sa grandeur devait être suffisante pour qu'elle résistât jusqu'aux froids de l'hiver, avant que les courants d'eau plus chaude eussent dissous sa base. Jasper Hobson ne faisait aucun doute-à cet égard, et, il faut le dire, il n’était désespéré que de voir-tant de peines inutiles, tant d'efforts perdus, tant de plans détruits, et son rêve, si prêt à se réaliser, tout à vau-l'eau, On conçoit qu’il ne püt prendre aucun intérêt aux travaux actuels. Il laissait faire, voilà tout !

Mrs. Paulina Barnett, elle, faisait, suivant l'expression usitée, contre fortune bon cœur. Elle encourageait le travail de ses compagnes et y participait même, comme si l'avenir lui eût appartenu. Ainsi, voyant avec quel intérêt Mrs. Joliffe s’occupait de ses semailles, elle l’aidait journellement par ses conseils. L’oseille et les chochléarias avaient fourni une belle récolte, et cela grâce au caporal, qui, avec le sérieux et la ténacité d’un mannequin, défendait les terrains ensemencés contre des milliers d'oiseaux de toutes sortes.

La domestication des rennes avait parfaitement réussi. Plusieurs femelles avaient mis bas, et le petit Michel fut même en partie nourri avec du lait de renne. Le total du troupeau s'élevait alors à une trentaine de têtes. On menait paltre ces animaux sur les parties gazonneuses du cap Bathurst, et on faisait provision de l'herbe courte et sèche, qui tapissait les talus, pour les besoins de l'hiver. Ces rennes, déjà très-familiarisés avec les gens du fort, très-faciles d’ailleurs à domestiquer, ne s’éloignaient pas de l'enceinte, et quelques-uns avaient été employés au tirage des traineaux pour le transport du bois, $

En outre, un certain nombre de leurs congénères, qui erraient aux alentours de’ la factorerie, se laissèrent prendre au traquenard creusé à mi-chemin du fort et du port Barnett. On se rappelle que, l’année précédente, ce traquenard avait servi à la capture d’un ours gigantesque. Pendant cette saison, ce furent des rennes qui tombèrent fréquemment dans ce piége. La chair de ceux-ci fut salée, séchée et conservée pour l’alimentation future. Cn prit au moins une vingtaine de ces ruminants, que l’hiver devait bientôt ramener vers des régions moins élevées en latitude.

Mais, un jour, par suite de la conformation du sol, le traquenard fut mis hors: d'usage, et, le 5 août, le chasseur Marbre, revenant de le visiter, aborda Jasper Hobson, en lui disant d’un ton assez singulier :

« Je reviens de faire ma visite quotidienne au traquenard, mon lieutenant,

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