‹ Le pays des fourrures [microforme]Chapitre 76 sur 87 · AU LARGE · texte numérisé non relu

AU LARGE

L'ile Victoria flottait alors dans la partie la plus vaste de la mer de Bebring, à six cents milles encore des premières Aléouliennes et à plus de deux cents milles de la côte la plus rapprochée dans l’est. Son déplacement s'opérait toujours avec une vitesse relativement considérable. Mais, en admettant qu’il ne subit aucune diminution, trois semaines, au moins, lui seraient encore nécessaires pour qu’elle atteignit cette barrière mégdionale de la mer de Behring.

Pourrait-elle durer jusque-là, cette île, dont la base s’amincissait chaque jour sous l’action des eaux déjà tièdes, et portées à une températüre moyenne de cinquante degrés Fahrenheit (10° centig. au-dessus de zéro)? Son sol ne pouvait-il à chaque instant s’entr'ouvrir ?

Le lieutenant Hobson pressait de tout son pouvoir la construction du *

radeau, dont le bâlis inférieur fiottait déjà sur les eaux du lagon#Mac Nap voulait donner à cet appareil une très-grande solidité, afin qu’il püût résister pendant un long temps, s’il le fallait, aux secousses de la mer. En effet, il était à supposer, s’il ne rencontrait pas quelque baleinier dan ‘:" parages

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Pendant cette tempête, la pluie tomba très-abondamment, pluie d'orage tiède, dont les larges gouttes pénétrèrent profondément le sol et durent attaquer la base de l'ile. Ces infiltrations eurent pour effet de: dissoudre la glace inférieure en de certains endroits et de produire des affouillements suspects. Sur les pentes de quelques monticules, le sol fat absolument raviné et la croûte blanche mise à nu. On se hâta de combler ces excavations avec de la terre et du sable, afin de soustraire la base à l’action de la température. Sans cette précaution, le sol eût été bientôt troué comme une écumoire.

Cette tempète causa aussi d'irréparables dommages aux collines boisées qui bordaient la lisière occidentale du lagon. Le sable et la terre furent entrainés par ces abondantes pluies, et les arbres, n'étant plus maintenus par le pied, s’abattirent en grand nombre. En une nuit, tout l'aspect de cette portion de l’ile comprise entre le lac et l'ancien port Barnett futchangé. C'est à peine s’il resta quelques groupes de bouleaux, quelques bouquets de sapins isolés qui avaient résisté à la tourmente. Dans ces faits, il y avait des symptômes de décomposition qu’on ne pouvait méconnalffe, mais contre lesquels l'intelligence humaine était impuissante. Le lieutenant Hcbson, Mrs. Paulina Barnett, le sergent, tous voyaient bien {que leur île éphémère s’en allait peu à peu, tous le sentaient, — sauf peut-être Thomas Black, sombre, muet, qui semblait ne plus être de ce monde,

Pendant la tempête, le 23 mai, le chasseur Sabine, en quittant son logement, le matin, par une brume assez épaisse, faillit se noyer dans un large trou qui.s’était creusé dans la nuit. C’était sur l'emplacement occupé autrefois par la maison principale de la factorerie.

Jusqu’alors, cette maison, ensevelie sous la couche de terre et de sable, et aux trois quarts engloutie, on le sait, paraissait être fixée à la croûte glacée de l'ile. Mais, sans doute, les ondulations de la mer, choquant cette large crevasse à sa partie inférieure, l’agrandirent, et la maison, chargée de ce poids énorme des matières qui formaient autrefois le cap Bathurst s’abima entièrement. Terre et sable se perdirent dans ce trou, au fond duquel se précipitèrent les eaux clapoteuses de la mer.

© Les compagnons de Sabine, accourus à ses cris, parvinrent à le rotirer de cetle crevasse, pendant qu'il était encore suspendu À ses parois glissantes, et il en fut quitte pour un baia très-inattendu, qui aurait pu’trèsmal finir.

Plus tard on aperçut les poutres et les planches de la maison, qui avaient glissé sous l'ile, flotant au large du rivage, comme les épaves d’un navire

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