DU FORT RELIANCE AU FORT ENTREPRISE
indiquait bien quarante et un degrés (5° centigr. au-dessus de zéro), mais la basse température des nuits maintenait la surface des plaines neigeuses à l'état solide : circonstance favorable, d'ailleurs, au glissagr des traineaux, ct dont Jasper Hobson voulait profiter avant le complet dégel.
Les glaces du lac n'étaient pas encore rompues, Les chasseurs du fort, depuis un mois, faisaient d'heureuses excursions en parcourant ces longues plaines unies, que le gibier fréquentait déjà. Mrs. Paulina Barnett ne put qu'admirer l’étonnante habileté avec laquelle ces hommes se servaient de leurs raquettes, Armés de ces « souliers à neige », leur vitesse eût égalé celle d'un cheval au gälop.. Suivant le conseil du capitaine Craventy, la voyageuse s'exerç& à marcher au moyen de ces appareils, et en quelque temps elle devint: fort habile à glisser à la surface des neiges.
Depuis quelques jours déjà, les Indiens arrivaient par bandes au fort, afin d'échanger les produits dé leur chasse d'hiver contre des objets manufacturés. La saisonin'avait pas été heureuse, Les pelleteries n'abondaient pas; les fourrures de martre et de wison atteignaient un chiffre assez élevé , mais léé peaux de castors, deloutres, de lynx, d'hermines, de renards, étaient rares. La Compagnie faisait donc sagement en allant exploiter plus au nord des anses no eaux quieussent encore échappé à la rapacité de l’homme. À jy %
Le 16 avril, au ee de lien tenant Jasper Hobson et son détachemeut étaient prêts à partir, L'itiéraire avait. pu être tracé d'avance sur toute cette partie déjà connue de la contrée qui s'étend entre le lac de l'Esclave et le lac du Grand-Ours, situé au delà du Cercle polaire. Jasper Hobson devait atteindre le fort Confidence, établi à l'extrémité septentrionale de ce lac. Une station tout indiquée pour y ravitailler son détachement, c'était le fort Entreprise, bâti à deux cents milles dans le nord-ouest, sur les bords du petit lac Snure. A raison de quinze milles par jour, Jasper Hobson comptait y faire halte dès les premiers jours du mois de mai.
A partir de ce point, le détachement devait gagner par le plus court le littoral américain, et se diriger ensuite vers le cap Bathurst, Il avait été parfaitement convenu que, dans un an, le capitaine Craventy enverrait un convoi de ravitaillement à ce cap Bathurst, et que le lieutenant détacherait quelques hommes à la rencontre de ce convoi pour le diriger vers l'endroit où le nouveau fort serait établi. De cette façon, l'avenir de la factorerie était garanti contre toute chance fâcheuse, et le lieutenant et ses compagnons, ces exilés volontaires, conserveraient encore quelques relations avec leurs semblables. | Dès le matin du 16 avril, les träineaux, attelés devant la poterne, n'at-
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tendaient plus que les voyageurs. Le capitaine Craventy, ayant réuni les hommes qui composaient le détachement, leur adressa quelques sympathiques paroles, Par-dessus toutes choses, il leur recommanda une constante union, au milieu de ces périls qu’ils étaient appelés à braver. La soumission à leurs chefs était une indispensable condition pour le succès de cette entreprise, œuvre d’abnégation et de dévouement. Des hurrahs accueillirent le speach du capitaine. Puis les adieux furent rapidement faits, et chacun se plaça dans le traineau qui lui avait été désigné d'avance. Jasper Hobson et le sergent Long tenaient la tête. Mrs. Paulina Barnett et Madge les suivaient, Madge maniant avec adresse le long fouet esquimau
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, Le couple fut précipité dans la neige... (p. 38).
terminé par une lanière de neri durci. Thomas Black ct l’un des soldats, le Canadien Petersen, formaient le troisième rang de la caravane. Les autres traineaux défilaient ensuite, occupés par les soldats et les femmes. Le caporal Joliffe et Mrs. Joliffe se tenaient à l’arrière-garde. Suivant les ordres de Jasper Hobson, chaque conducteur devait autant que possible conserver sa place réglementaire et maintenir sa distance de manière à ne D provoquer aucune confusion. Et, en effet, le choc de ces tr:ireaux lancés | à toute vitesse aurait pu amener quelque fâcheux accident.
En quittant le fort Reliance, Jasper Hobson prit directement la route
du nord-ouest. Il dut franchir d’abord une large rivière qui 1éunissait le
lac de l'Esclave au iac Wolmsley. Maïs c4 cours d’eau, profondémert gelé encore, ne se distinguait pas de l'immense plaine blanche, Un unilorme tapis de neige couvrait toute la contrée, et les traineaux, enlevés par :eurs rapides attelages, volaient sur cette couche durcie,
Le temps était beau, mais encore très-froid, Le soleil, peu élevé audessus de l'horizon, décrivait sur le ciel une courbe très-allongée. Ses ravons, brillamment réfléchis par les neiges, donnaient plus de lumière que de chaleur. Très-icursusement, aucun souffle de vent ne troubleit l'atmosphère, et c4 calme de l’aiz rendait le froid plus supportable. Ce pendant la bise, grâce à la vitesse des traineaux, devait tant soit peu couper la figure de ceux des compagnons du lieutenant Hobson qui n’étaient pas faits aux rudésses d’un climat polaire,
« Cela va bien, disait Jasper Hobson au sergent, immobile près delui comme s'il se fût tenu au port d'armes, le voyage commence bien. Lesgiel est favorable, la température propice, nos attelages filent comme des trains express, et, pour peu que ce beau tèmps continue, notre traversée s'opér ; rera sans encombre. Qu'en pensez-vous, sergent Long? +
— Ce que vous pensez vous-même, lieutenant Jaspér, répondit le sèr: gent, qui ne pouvait penser autrement que son chef. =]
— Vous êtes bien décidé comme moi, sergent, reprit Jasper Hobsoh} à pousser aussi loin que possible potre reconnaissance vers le nord?
— 1lsuffra que vous commandiez, mon lieutenant, et j’obéirai.
— Jé le sais, sergent, répondit Jasper Hobson, je sais qu'il suffitide vousdonner un ordre pour qu’il soit exécuté. Puissent nos hommes of je prendre comme vous l’importance de nôtre mission et se dévouer corp ét âme aux intérêts de la Compagnie! Ah! sergent Long, je sûis sûr que si je vous donnais un ordre impossible.
— Îl n'y a pas d'ordres impossibles, mon lieutenant.
— Quoi ! si je vous ordonnais d'aller au pôle nord !
— J'icais, mon lieutenant.
— Et d'en revenir !... aïcata Jasper Hobson en souriant.
—- J'en reviendrais, » répondit simplement le sergent Long.
Pendant ce colloque du lieutenant Hobson et de son sergent, Mrs. Paulina Barnett et Madge, elles aussi, échangeaient quelques paroles, lorsqu'une pente plus accentuée du sol retardait un instant la marche du traineau. Ces deux vaillanies femmes, bien encapuchonnécs dans leurs bonnets de loutre et à demi ensevelies sous une épaisse peau d'ours biañe, regardaient cette pre nature et les blanches silhouettes des hautes glacés qui se profilaient à l'horizon, Le détachement avait déjà laissé derrière lui les collines qui accidentaient la rive septentri nale du lac de l'Esclave, et:
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