‹ Le pays des nègresChapitre 27 sur 114 · AFFAIRE DU HORNET · texte numérisé non relu

AFFAIRE DU HORNET

nom la fertilise et les cannes à sucre y viennent à merveille. Là s'élève le village de la Croix-des-Bouquets où les hommes de coulem\ sous la conduite de Pinchinat, de Beauvais, de Lambert, prirent les armes pour conquérir les droits que Vorgueil colonial leur disputa si longtemps. Dans la même commune sourdent les sources d'eaux thermales connues sous le nom de sources puantes ^ qui ont parfois guéri des maladies réputées incurables.

Dans un de ses voyages au Port-Républicain, Toussaint Louverture, arrivé à la hatte Aubry, voisine de ces sources, faillit tomber dans un guet-apens. La voiture, qui le précédait, mais dans laquelle il n'y avait personne, fut criblée de balles. Aussitôt que cet attentat fut connu à la Croix-des-Bouquets, un bataillon de la 10°, qui y tenait garnison, arrêta trente hommes de couleur suspects. Mais le capitaine Peronneau, mulâtre, rallia soixante des siens, attaqua l'escorte des prisonniers, les délivra et se jeta avec eux dans les bois.

Poussée par une brise mourante, la goélette, laissant à bâbord les Arcadins, îlots qui émergent des flots, en face de la Grosse-Pointe, cap le plus méridional de la Gonave, jeta l'ancre dans la petite rade du Port-au-Prince, par une belle soirée, un mois après notre départ du Cap-Haïtien.

Le ciel était, au-dessus de nos têtes, d'un azur fleurdelisé. Au couchant, l'horizon, enflammé par le soleil, qui formait sur l'arc mouvant de la mer une tangente d'or, off'rait l'aspect d'un vaste incendie. Les cimes des mornes Pensez-y-bien, du côté du nord ; les promontoires opposés del'Arcahaie et du Lamentin, la baie de la Gonave, brillaient de la plus chaude lumière.

Dans la grande rade, un aviso espagnol était en observation. On parlait Beaucoup des causes de sa présence, que l'on s'empressa de me raconter.

Les Espagnols accusaient l'équipage du Hornet, steamer

appartenant à des Américains et naviguant sous le paTillon des Etats-Unis, d'avoir fait passer des armes et des munitions aux Cubains, alors en révolte contre la métropole, mais depuis pacifiés. Pourchassé par leurs croiseurs, capturé, puis relâché, le Hornet arriva, après bien des périls, dans les eaux du Port-au-Prince, préparant mille embarras au gouvernement.

D'un côté, le comte de Valmaceda, capitaine-général de Cuba, exigeait, en menaçant, qu'on lui livrât le corsaire ; de l'autre, M. Basset, ministre des Etats-Unis, le réclamait comme étant de sa nation, en sorte que la République d'Haïti se trouvait entre enclume et marteau, dans l'alternative de déplaire aux Américains en le livrant, ce qui eût été dangereux, ou de le voir saisi de vive force par les Espagnols, ce qui l'eût humiliée.

La CJmrruca se tenait aux aguets, prête, si le Hornet sortait du port, à le happer au passage, pour l'emmener à toute vapeur à la Havane, où officiers et matelots, jugés sommairement, seraient pendus haut et court.

A mon arrivée, les choses étaient à ce point et la question restait pendante, faisant autant de bruit que celle du Virginus devait en faire plus tard.

Survint une complication. Ayant reçu une dépêche, par laquelle le consul de S. M. C. se plaignait d'outrages faits à. sa personne par le gouvernement, l'amirauté de Cuba envoya sur-le-champ la Zaragoza et le^Pizarro se joindre à la Chiirriica, pour appuyer les réclamations du consul. Vingt-quatre heures étaient accordées pour la réflexion. Ce délai expiré, on agirait.

L'effroi fut grand au Port-au-Prince. Le bruit courait que les Espagnols bombarderaient la ville. Le Président, alors en tournée dans le sud, rentrait à la hâte. Il convoquerait les deux Chambres qui aviseraient.

.Le commandant de l'arrondissement, le général Polémon

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