LE PREMIER EMPEREUR D HAÏTI
iémocratique . Ainsi pensaient Pétion, GefFrard, Férou, r.-L. François, et, en général^ les anciens partisans de Sigaud. Entendant parler de monarchie, ils craignaient [u'on n'ouvrît la porte au despotisme et que l'autorité su- 3réme, dont on peut abuser^ ne restât par hérédité dans a famille de Dessaliues. D'autres inclinaient vers une nonarchie élective, trouvant indifférent que le chef de l'Etat î'appelât président^ roi ou empereur.
Précisément, dans le temps qu'on agitait ces questions îontradictoires. Dessalines apprit que le glorieux soldat i'Arcole et de Rivoli, nommé consul à vie, en 18U2, après l'explosion de la machine infernale, avait été proclamé Smpereur par le Sénat, sous le nom de Napoléon I, à la juite de l'attentat de Georges Cadoudal, le 28 mai 1804, ît que le peuple français, qui ne marchandait pas un titre le plus à qui lui donnait gloire et sécurité, avait ratifié, mr 3.572,329 de suffrages, contre 2,569, l'établissement l'une dynastie nouvelle qui, née de la révolution, devrait în conserver les principes.
Au premier bruit de ce grand événement. Dessalines usqu'alors incertain du parti qu'il devait prendre, n'eut )lu3 d'hésitation, Boisrond-Tonnerre et Juste Chanlatte l'empressèrent de remplir ses vues. Ils crurent très sérieu- ;ement procéder en règle en rédigeant une pétition par la- [uelle le peuple et l'armée demandaient le changement de a forme actuelle du gouvernement et décernaient au gou- 'erneur-général le titre d'empereur. Cette pétition fut idressée au général Pétion avec recommandation de la etourner dans dix jours, revêtue des signatur-es des autoités de l'Ouest et du Sud. A l'égard du Nord et de l'Arti- )onite, on procéda de la même façon. Voilà quels ressorts lonteux et peu cachés, il fallut faire jouer.
Les mesures furent si bien prises que la pétition revint i Marchand à la fin d'août. Les secrétaires du gouver-
neur-général travaillèrent, sans désemparer, à l'acte de sa nomination par les généraux et à sa proclamation à la nation. Le premier reçut la date du 25 janvier, la seconde, ceUe du 15 février 1804, pour éviter qu'on dit que Dessalines avait pris le titre d'empereur à l'imitation de Bonaparte.
L'artifice était grossier, mais la haine des Haïtiens contre la France demeurait si vivace qu'ils ne voulaient point qu'on supposât qu'ils eussent emprunté d'elle, même une idée.
On arrêta que la cérémonie du couronnement aurait lieu à Marchand, le 8 octobre, et qu'on la célébrerait le même jour dans tout Haïti.
Ce délai gênait l'impatience de Dessalines. Il annonça, le 2 septembre, à son état-major, qu'il n'attendrait pas plus longtemps. Il sortit du palais et se montra à la 4® demi-brigade, qui était en garnison dans la ville. Les officiers l'acclamèrent. Les soldats répétèrent machinalement : Vive l' Erapereur l II rentra au palais et les officiers de son état-major signèrent l'acte de sa proclamation, sur lequel ils portèrent, par surcroît de précaution, les noms des absents. Voici cet étrange document historique inséré, à l'époque, dans la Gazette du Cap. Je l'ai fidèlement copié :