DES ACROBATES
100'', un magnifique pot en argent estimé P. 30, rempli d'eau : il fera les délices de la table.
Les cartes pour les loges 15, 16, 21, 22, 23, se vendent cliez J.-J. Audain, et les autres numéros au théâtre même. Afin de prévenir toute confusion, il est arrêté qu'après 7 heures, les chaises ne seront plus acceptées.
Personne n'a le droit d'entrer au théâtre sans paj-er. Bien que le prix soit de 50 centimes forts pour tout le monde indistinctement, les enfants qui ne voudront pas ràiler pourront avoir des cartes pour 25 centimes.
Public, je vous attends ; public, je vous salue. »
Le théâtre en question était tout simplement une baraque en planches. Les tréteaux s'élevaient au milieu des sièges disposés tout autour. Les dames étaient nombreuses dans l'assistance et le directeur de la troupe, el senor Timothéo Sanchez, promenait avec satisfaction le regard dans l'enceinte remplie, supputant dans sa pensée le total de la recette.
J'allai me coucher assez désappointé. Auprès des frères Risareli ou des demoiselles Washington, ces acrobates étaient des écoUers de gymnastique. Ils me rappelaient ces saltimbanques, qui, par les grandes routes, vont de ville en ville, dans nos départements, attendant leur diner, sur la place où ils arrivent à la brune, d'une représentation extraordinaire, pendant laquelle les Exercices sur la corde succèdent au grand jeu des anneaux romains, à la lueur de maigres suifs dont le vent du soir échevclle la flamme.
Le lendemain de cette représentation, je montai à cheval et j'aUai à Martissant faire une visite au comte de Lémont, chez lequel j'avais diné quelques jours auparavant.
En sortant du Port-au-Prince par le portail de Léogane, je suivis un chemin inégal qui s'enroule au pied des mornes, près de la mer. Des cases dans le goût des wiwangs
indiens, disséminées sur les deux côtés, blanchissent au milieu des bananiers. A main gauche, un petit sentier resserré entre deux haies d'acacias sauvages, enguirlandés de lianes folles, monte, tournant et pas trop raide, vers la demeure d'alors du ministre plénipotentiaire de France.
Un parc vaste et bien soigné, dont un jardinier vint ouvrir la grille au bruit des pas de ma monture sur le cailloutis de l'avenue, étend ses pelouses d'herbe de Guinée sur les pentes du morne de Piémont qui descendent en amphithéâtre jusqu'à la mer. Assise sur un des gradins de la montagne, dominée par ses plus hautes cimes qui se dressent derrière elle, voilée en bas par un rideau de palmiers et de manguiers, l'habitation se décèle néanmoins aux visiteurs par son toit d'ardoises qui domine les arbres. Retirée à l'écart, elle surgit de terre comme un nid que l'alouette a caché dans les blés, entre deux sillons. Elle est carrée, elle a un étage et le toit de sa galerie extérieure, supporté par des piliers de bois, en fait le tour. Le pavillon français la surmontait, et les brises tropicales, jouant dans ses plis, caressaient amoureusement les trois couleurs. Devant la façade, le parterre où les fleurs du climat marient leurs vives nuances brille à l'œil, bigarré comme un tartan d'Ecosse. Un ruisseau, qui dérive de la source de madame Leclerc, y court dans l'herbe et s'enfuit à travers la savane, invitant à la rêverie par son murmure mélancolique et assoupissant.
Le comte m'indiqua le chemin de cette fontaine dont on pourra lire la description dans les Drames d'Haiti. Il me montra aussi la case de Jean-Pierre Ibos, papa-loi vénéré que le Président Salnave consultait souvent.
De ce lieu élevé le regard plonge, par une échappée de vue entre les arbustes du parterre, sur un paysage de dimensions colossales et d'aspect vraiment grandiose. Les mornes du Cabri, de la Chandelle, du Diable, toujours