‹ Le pays des nègresChapitre 79 sur 114 · COUPS DE FILETS NATIONAUX · texte numérisé non relu

COUPS DE FILETS NATIONAUX

moyenne : elle s'étend de l'est à l'ouest, depuis le 75° et un peu plus jusqu'au 77° à peu près de longitude. Nous sommes loin de l'avoir doublée.

La remarque était juste.

Notre barge, sortie avec lenteur, car la brise était faible, de la grande rade, entrait à peine^ comme nous échangions ces réflexions, dans le canal de la Gonave où, en décembre 1799, furent jetés, liés deux à deux, lardés de coups de bayonnette et pourtant respirant encore, plusieurs victimes des vengeances de l'implacable L'Ouverture.

A cette époque, il avait donné ordre d'égorger tous les partisans de Eigaud vaincu. Robe, adjudant do place à l'Arcahaie, prétendit avoir découvert une conjuration dans laquelle il impliqua soixante mulâtres dont les blancs cependant s'étaient portés garants. Il embarqua ces infortunés pour Léogane et je viens de dire quel fut leur sort. Ceux qu'on épargna, débarqués à leur destination, furent incorporés dans la 8" et dans la 11® demi-brigades par Dessalines qui, de cette façon, les sauva des fureurs du mulâtre Morba et du colonel noir Dieudonné Jambon, deux énergumènes du parti de Louverture.

Bientôt après, la brise, enfin levée, souffla avec force. La lune n'apparaissait point, mais les étoiles, comme autant de phares célestes, scintillaient au-dessus de nos têtes, et le ciel, quoiqu'il fit tout à fait nuit, avait une clarté presque égale à celle du plus beau jour. Enveloppés de cette ombre transparente, particulière aux soirées des Tropiques, nous voguions sans perdre la terre de vue. Les caps, les promontoires, spectres déchiquetés et immobiles, rangés sur la côte et regardant la mer, défilaient devant nous. Un fanal rouge brillait comme le feu Saint-EIme à l'extrémité du mât du ponton ancré non loin du fort Ilet, projetant sur les flots une ligne lumineuse qui grandissait

à mesure que nous nous éloignions. De temps à autre, à bâbord ou à tribord, des sons rauques nous arrivaient : c'était quelque patron de barque sonnant du lambic qui, entendu à des distances entraordinaires, indique, par la variété de ses modulations, dans quelle direction gouverne celui qui avertit ainsi afin d'éviter l'abordage.

Nous continuâmes notre navigation au milieu de tous les fantastiques enchantements de cette belle nuit dont le tangage et le roulis du Chanté-clair me forcèrent, bien contre mon gré, d'abandonner la contemplation pour Ihorizon moins varié de la cale. Je m'allongeai tant bien que mal, en travers, sur le fond du bateau, et, plaçant mon sac de nuit sous ma tête, comme Jacob fit d'une pierre, dans sa retraite au pays d'Haran, je m'endormis, furieusement bercé par Kouroumon, près de mon secrétaire qui ronflait comme un chanoine dans sa stalle, à vêpres.

Nous venions de nous réveiller quand le Chanté-clair entra dans une rade foraine. La lune se couchait derrière le morue Piton et l'aurore dorait le rivage. La terre couverte de végétation et la mer nue se teignaient de toutes les nuances, depuis l'algue-marine jusqu'à l'émeraude.

On jeta l'ancre à quelques pas de terre, au milieu de plusieurs embarcations, immobiles sur les flots comme une troupe de cygnes endormis. Je payai nos deux passages à frère Petit-Mot. Ses matelots retroussèrent leurs pantalons jusqu'aux genoux et descendirent dans l'eau, nos sacs de nuit à la main.

Nous nous cramponnâmes à leurs épaules, et marchant d'un pied sûr, ils nous eurent bientôt déposés sur le sable sec presque à la porte d'une de ces petites boutiques de comestibles et de boissons qu'on ne trouve qu'en Haïti. La marchande, M"« Choune, fort dodue, soit dit en passant, nous offrit des chaises apparemment dans l'espérance d'une recette.

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J'aurais été désolé de lui laisser à mon passage, une déception. Je la priai de nous préparer deux tasses de café chaud. Elle ne se le fit pas dire deux fois. Nous fûmes servis presque aussitôt que j'avais commandé. Content de cela, je donnai un gourdin à M"® Choune qui voulut me rendre la monnaie. Je refusai et M"'^ Choune ne douta plus que je fusse un consignataire.

Comme nous savourions le moka plein d'arôme arriva lysbel, le chef de VHôiel des Voyageurs du Port-au- Prince. Ce brave garçon que les fourneaux avaient rendu malade, était pour le moment en changement d'air à Léo- ^ane où il était né. Ayant appris mon débarquement, il venait se mettre à mon service. Je l'envoyai demander des chevaux au commandant de l'arrondissement pour lequel j'avais une lettre de recommandation. Nous étions 3ncore à trois quarts d'heure de la viUe ; et, il fallait changer notre mode de transport pour finir d'y arriver.

Afin de tuer le temps en attendant que Tysbel rapportât une réponse, je pris le parti de visiter des ruines que je découvrais de la galerie de M"° Choune en face de moi.

Ces ruines sont ce qui reste du fort Lapointe, appelé Ça-ira en 1793, et qui a donné son nom au petit embarcadère où nous étions, lequel sert de port à Léogane, mais qui n'est plus défendu par lui, car ce fort n'est qu'un monceau de décombres enfouies sous les lianes, les pingouins, les arbustes de toutes espèces, insolentes plantes parasites qui s'emparent de tout édifice abandonné.

Pourtant ce fort mérite qu'on jette sur ses débris un regard en passant. Le rôle qu'il a joué, dans les événements qui ont laissé trace dans l'histoire, a été assez important.

En 1802, après la bataille de Pierreux, dans laquelle ['adjudant-général Gilbert Néraud culbuta, à la tête d'un iétachement de troupes de la métropole, les indépendants

près de la Croix-des-Bouquets, Pétion, qui les conduisait, battit en retraite sur Léogane par les gorges de la Rivière- Froide. Lamour Dérance, le fameux chef de bande qui demandait à Dessalines : « Qui t'a fait maître ? » réunissant des montagnards à ses soldats, pour combattre les Français, descendit à Darbonne, dans la plaine. Cangé, l'un de ses seconds, occupait Sarebousse. En outre, les indigènes avaient des camps à Cassagne, à Petit et à Dampuce.

Le chef de bataillon Laucoste, qui commandait la garnison de Léogane, avait établi à Bineau un poste avancé, confié au capitaine noir Barthélémy. Le fort Ça-ira était sous la garde du capitaine Banglo, noir aussi et jusqu'alors fidèle. Laucoste n'avait à opposer aux assaillants que des régiments formés de noirs et de mulâtres, qui désertaient en grand nombre. Cangé vit arriver instantanément dans son camp, Marion, Mimi-Bode, Heurtelou, les frères Brisson, Colin, etc., etc. Aussitôt Lamour Dérance nomma Marion adjudant-général et Mimi-Bode colonel. Enhardi par l'arrivée de ces transfuges, le lendemain au matin, il s'approcha de la ville, et, dans la nuit du 14 décembre, il enleva lui-même le poste Bineau, tandis que Mimi-Bode prenait possession du fort Ça-ira que lui livra Banglo.

Léogane, dont les communications avec la mer étaient de la sorte coupées, se trouva investie.

Dans le même temps, Pétion atteignait l'habitation Bougand occupée par Métellus. Celui-ci, quoiqu'il fût à Lamour Dérance, donna passage au lieutenant de Dessalines, qui descendit au Morne-à-bateau, sur le chemin du Fort-Républicain. Arrivé dans la plaine, Pétion alla trouver Lamour Dérance avec lequel il s'entretint longuement, mais sans le décider à reconnaître l'autorité de Dessalines. 11 poussa jusqu'à Sarebousse. Cangé, son compagnon d'armes, pendant la guerre du Sud, le reçut avec froideur.

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Il se rendit enfin a ses raisons et, dès cette entrevue, travailla eu secret à la perte du terrible partisan.

Ces démarches faites, Pétion fortifia le camp Petit et donna l'ordre à Gefîrard d'occuper Ça.-ira avec la 13° demibrigade. Dans la rade il y avait une goélette dont le patron, l'indigène Lafleur, tenait pour les Français. Il jeta plusieurs bombes dans le fort et s'approcha assez près du rivage pour tirer à mitraille sur les indépendants. GefFrard eut le bras fracassé. On le transporta ù Sarebousse et Guérin prit le commandement du fort qu'il abandonna à son tour à Sanglaou, pour aller s'établir au Grand-Bassin, entre le camp Petit et le fort, point de la côte sur lequel les métropolitains pouvaient opérer un débarquement avec facilité.

Lors de la trahison de Bangio, les soldats qui n'avaient pas été tués dans le fort, après avoir gagné à la nage les barges de la rade, s'étaient rendus au Port-Républicain. Le général Brunet apprit par eux l'incursion de Pétion dans la plaine de Léogane. Dans la nuit du 31 décembre, la frégate la Franchise^ le brick Le Lodi, les goélettes Tricolore et Nanine partirent, sous la conduite du capitaine de vaisseau Jurrien, chargées de troupes européennes, de gardes nationaux et de munitions de guerre.

Cette escadrille, entrée dans la rade de Léogane de grand matin, prit sa ligne d'embossage devant le fortÇa-iraet ouvrit un feu vif et régulier qui permit aux troupes de débarquer dans une anse voisine appelé l'Acui.

Au bruit du bombardement, Laucoste sortit de la ville par le chemin qui conduit à la mer. Il y eut un tel concert dans les manœu\'res des troupes françaises que les Indépendants, pris entre deux feux, s'enfuirent. Sanglaou, chassé du fort par un bataillon d'infanterie de marine, lâcha pied de position en position et se vit acculé au camp Petit.

Pétion s'avança avec des troupes fraîches et rétablit le combat dont l'issue cependant ne lui fut pas favorable, puisqu'il Sô retira, envoyant Geffrard porter la guerre dans le département du Sud et faire de la propagande en faveur de Dessalines parmi les habitants des campagnes.

L'année suivante, à la suite de l'affaire de Jérémie, • Cangé, de retour à Darbonne, fit, pour reprendre Léogane, une nouvelle tentative, qui échoua comme la première. Il refoula la garnison dans l'arsenal et occupa le fort Ça-ira. Il y était depuis deux jours, lorsque la frégate la Poursuivante, capitaine Wuillaumez, venant du Port- Républicain, débarqua sur le rivage, à onze heures du ? matin, trois cents soldats européens et six cents gardes nationaux noirs et jaunes. Le chef de bataillon Lacombe pénétra dans le chemin de la ville malgré la fusillade des indigènes. Un' jeune officier nommé Drouville s'élança, suivi de quelques grenadiers, sur une pièce de quatre, dressée devant le portail. Les artilleurs sont tués. Lacombe qu'aucun obstacle n'arrêtait plus, dégage Laucoste enfermé dans l'arsenal. Dans le même instant les marins de la Poursuivante, descendus à terre, enlevaient le fort Ça-ira.

J'avais fini de visiter ces ruines et j'étais revenu m'asseoir sous la galerie de M"« Choune où, pendant mon exploration, des Rayauds était resté à l'ombre. Je tournai mes regards vers la route qu'un soleil aveuglant faisait poudroyer, quand Tj^sbel reparut, tout suant et tout essoufflé. Il me remit une lettre au timbre de l'arrondissement. Le général Tibérius Zamor me mandait qu'il était contrarié de ne pouvoir mettre sur-le-champ des montures à ma disposition : tous ses chevaux étaient au vert sur une habitation assez éloignée de la ville... Il m'envoyait à la •' place un cabrouet qui me transporterait, sinon aussi vite, du moins sans fatigue.

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Le véhicule annoncé suivait de près Tysbel. Nous montâmes dessus. Tant bien que mal nous nous assîmes sur les sacs de nuit. Des Rayauds déploya un parasol blanc, large comme une tente, que j'avais mis dans mes bagages, persuadé qu'il nous serait utile en plus d'une occasion. Le soleil rayonnait en plein ciel. Abrité par cette espèce de pavillon portatif, nous pouvions braver ses rayons qui tombaient d'aplomb sur nos tètes. Le conducteur fouailla ses bœufs qui se mirent en marche d'un pas aussi tranquille que lent.

A dix heures nous faisions notre entrée à Léogane dans cet appareil, qui plaisait aux rois fainéants, disent les historiens.

Après avoir longé une place carrée couverte d'une foule bariolée, qui offrait bien des détails à dessiner, le cabrouet s'engagea dans une rue assez large et enfin s'arrêta devant la galerie d'une grande maison carrée, sans toit et entourée de matériaux divers, dans laquelle on entendait un tapage assourdissant de scies, de marteaux et de cognées.

Nous étions à la porte de l'arrondissement. Nous descendîmes du char rustique.

C'était jour de marché. Nous trouvâmes le commandant si occupé que j'étais fort honteux de le déranger. Mais à peine nous eut-il aperçus qu'il appela un planton auquel il donna ordre de rincer des verres. Il nous fit entrer dans sa salle à manger et nous servit des rafraîôhissements qui venaient fort à propos.

— Voyez, me dit le général en montrant toutes les pièces de son hôtel envahies par les maçons, par les plâtriers, par les menuisiers, voyez ! je n'iiabitepas une maison, mais bien une bâtisse. Je vous donnerai volontiers ma chambre ; malheureusement elle est aussi peu propre que le reste de la maison.

Général Zamor, vous êtes dans le plâtre jusqu'à la garde.

duite en cendres par l'incendie allumé par les Indépen- Ne voua mettez point en peine pour nous, lui répondis-je ; j'ai plusieurs connaissances ici. C'est chez M. Joseph Lacombe que je descendrai. Veuillez seulement me faire indiquer sa demeure.

Le planton, qui avait rincé les verres, et Tysbel, qui m'attendait sous la galerie, prirent nos bagages et nous conduisirent à une maison qui s'élève dans la rue de l'arrondissement, mais tout à l'extrémité, auprès d'une gr&nde savane : c'est la dernière de la ville.

Nous trouvâmes M. Lacombe seul. Sa dame était allée au Port-au-Prince passer les fêtes du premier de l'an chez son père. 11 nous reçut à bras ouverts.

Le déjeûner était prêt. On ajouta deux couverts et nous nous mîmes à table incontinent, ce que nos estomacs trouvèrent la chose la plus naturelle du monde.

Le repas fini, M. Lacombe, qui est l'un des premiers spéculateurs en cafés de l'arrondissement, nous pria de l'excuser et descendit à sa soute pour recevoir les lots que lui apportaient les habitants. Nous nous retirâmes dans la chambre mise à notre disposition. Je me débarbouillai, ce dont j'avais un visible besoin ; après quoi je fis une petite sieste, ce qui n'était pas moins nécessaire.

Le soir, après le dîner, jejrendis visite à un de mes amis du Port-au-Prince, M. Nelzir Grospère, depuis quelque temps établi pharmacien à Léogane. Ensuite mon hôte m'amena chez les notables delà ville, le général Olybrius Milord, le sénateur Lissade, les généraux E. Gautier et DesvaUons, les citoyens Mérion et Massillon Boulin, exmagistrat communal. Tous ces braves Léoganais me connaissaient au moins de nom et leur accueil fut très afiable. Ce sont eux qui me donnèrent sur leur ville les quelques renseignements historiques que je consigne ici.

En 1564, un an après le supplice d'Ana-Kaona, Ovando,

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ayant achevé de soumettre les tribus du Xaragua, chercha pour y fonder une ville un lieu naturellement fortifié, et, dans la direction de l'E. S. E., à huit kilomètres de Yaguana, le village indien, on vit s'élever Santa -Maria de la Vera-Paz. Trouvant la position moins favorable qu'ils le pensaient, les Espagnols abandonnèrent cette ville dont les vestiges ne sont plus visibles. C'est alors qu'ils bâtirent sur la pointe même de Yaguana, Sainte-Marie-du- Port, Santa-Maria del Puerto. Cette seconde ville, née d'hier, l'emporta de suite sur son aînée dont elle devait avoir le sort. En 1606, elle fut détruite par ordre de la cour d'Espagne. Cinquante ans plus tard, un assez grand nombre de boucaniers se fixèrent dans ses ruines. Premièrement ils eurent un établissement à l'Ester et un autre à la Petite-Rivière. Ces deux bourgs volants, réunis par des accroissements successifs, formèrent la ville moyenne qui s'est appelée Léogane, par corruption du nom indien Yaguana.

Presidio espagnol au temps des Adelantados, lieu de retraite des boucaniers, comptoir des Hollandais, Léogane, l'une des villes les plus importantes de la colonie française, fut le siège de son gouvernement jusqu'à l'époque où on le transporta au Port-au-Prince dont elle est distante de huit lieues.

Aujourd'hui elle est formée de vingt-cinq îlets de grandeur inégale, et vue à vol d'oiseau, présente la figure d'un rectangle dont les grands côtés ont huit cents mètres et les petits six cent quarante-huit. Les rues ne sont point pavées. Lorsqu'il pleut, les eaux sont absorbées par le sol sablonneux en plusieurs endroits; dans d'autres ellea stagnent.

Le temps de sa splendeur fut l'année 1789.

Son église, qui était fort belle, contenait les tombeaux de M. Auger et de M. Larnage, deux gouverneurs généraux luorts, le premier en 1766, le second en 1746. Ré-

dants en 1802, elle n'a jamais retrouvé depuis sa prospérité première. L'église actuelle, bâtie du temps de Soulouque, sur l'emplacement de l'ancienne, lourde, massive et surmontée d'un toit à la Mansart, a tout l'aspect d'un cercueil colossal destiné à Gargantua.

Léogane a produit Ana-Kaona pendue à Santo-Domingo. Je vous raconterai, dans los Indios, l'histoire de cette héroïque Indienne ; l'amiral Bonnet, né en 1773 ; un poète de génie, Ignace Nau, le premier et le fondateur d une longue dynastie de littérateurs créoles. Elle était aussi de Léogane, cette Marie-Claire-Heureuse, fille d'esclave, esclave elle-même, qui fut impératrice. Dessalines l'épousa après la guerre du Sud, Cœur doux et compatissant, elle ne prit aucune part aux actes de barbarie de son époux, et, toujours suppliante, arracha à ce tigre bien des victimes. On n'a pas oublié sans doute le trait d'humanité que j'ai rapporté, à l'honneur de cette Esther africaine, dans un précédent chapitre.

Elle vivait encore en 1848 et habitait Saint-Marc.

Le lendemain, c'est-à-dire le 2 février, j'assistai à l'enterrement d'une centenaire.

La défunte avait cent vingt ans comme la Bauldour de la légende du Falkenburg. Que de monstruosités elle avait dû voir dans le cours d'une si longue vie ! Et que de renseignements curieux elle m'aurait donnés, si, n'étant pas morte le jour de mon arrivée, j'avais pu la consulter ! On m'affirma qu'elle avait conservé une parfaite lucidité d'esprit et qu'elle racontait les épouvantables scènes de 1793 avec des particularités que peu connaissent.

J'accompagnai donc cette contemporaine de Romainela-Prophétesse à sa dernière demeure. J'eus ainsi l'occasion de voir le cimetière qui se trouve en pleine savane, assez loin de la ville. On m'y montra les tombes du chef indigène A. Gédéon, mort en 1827 et de Marc Borno, qui

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