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LA FOIRE DE LAEUDAL

c'est d'être propre et bien aiTaiit;ée ijuainl elle se montre en public.

Après avoir débarqué, je trouvai les rues étroites de Laerdalsoren remplies de monde, et surtout d'un liraiid nombre de femmes; elles étaient vêtues de leur mieux. — Les hommes, vestes en drap bleu foncé avec des boutons d'argent, et (juel(|ues vieillards en culottes; les femmes, en robes montantes de laine bleu foncé ou noire, les corsages fermés par des boulons d'argent. Les matrones [)ortaient les coitTures caractéristiques des différents districts, et les denntiselles des mouchoirs ou de petits bonnets.

En atteignant la rue principale, je me vis tout à coup entouré d'amis (pu me souhaitèrent la bienvenue à Laerdal. La foire devait durer trois jours, et chacun était venu pour acheter ou vendre, les fermiers ayant principalement besoin de morue séchée, de harengs, de sel pour le bétail, de farine, de Ihé, de café, de sucre, etc., pour la saison d'hiver ; les femmes désirant des vêtements pour elles et leurs familles.

Plusieurs magasins demeurent ouverts toute l'année et sont remplis de marchandises envoyées en consignation par les marchands de Bergen. La saison s'ouvrait au moment de ma visite. Les nouveautés pour l'année — ce qu'on appelait la dernière mode — s'étalaient à profusion, et, parmi les articles exposés pour tenter l'acheteur, brillaient au premier rang les châles, les mouchoirs en soie, en laine ou en coton; puis venaient les marchandises en coton de tout genre, et un grand dé|)loiemenl de parapluies, car chatjue femme semblait mettre son orgueil à en avoir un à elle. Quelques joailliers étaient venus de Bergen, et leurs bijuuv alliraient les femmes, les filles et même les hommes.

Presque tous avaient apporté leurs provisions dans des boites ovales en bois, souvent fastueusement peintes. Ils logeaient dans des maisons des alentours ; chaque chambre à peu près comble. Ils payaient le logement et le café, iiuelques-uns aussi le repas. Mes amis me présentèrent aux personnes de districts où je n'avais pas encore mis le pied ; bientôt il me sembla cpie je connaissais tout le monde ; une société venait me trouver et faisait une promenade avec moi; une autre s'emparait de moi et m'emmenait; en sorte que^

LE PAYS DU SOL?:iL DE MINLIT

nous nous rencontrions et nous séparions plusieurs fois par jour. La manie d'aclieter semblail posséder ces bonnes gens; linalemenl elle me saisit aussi. J'achetai à droite et à gauche, ici un chfdo, là un para}»Uiie ou un mouchoir en soie, en me promenant avec de bons amis et leurs tilles ou leurs sœurs, jusqu'à ce que nous lussions arrivés aux joailliers. Le moment était venu de faire voir que je n'avais pas oublié les bontés que l'dii avail eues pour niiii. Mes compagnons se rassemblèrent autour des vitrines, où llambovail [oui un assorti-

Jcune lille de liergcn-SlilV.

ment de cuillers d'argent, de cliaiues. de broches propres à satisfaire le goi.t dt's gens de c pays, il de grandes quantités de bagues d'argent ddiil beaucoup étiient ornées de petits cœurs en or, de manis ciiIk lacées; mais ralli'açlioii la plus lorle était produite par les bagues d'or. L'ambition d'une jeune lille est de posséder un de ces trésors, une bague en or uni' étant sou princii)al ornement du dimanche et des jours de l'éti-. Il y avait, en outre, des dés à coudre en argent, don! (jutdques-uus dorés à l'intérieur, et des boulons d'argent que perlent beaucoup les hommes et les femmes de ce district ; les'fenmies suiIomI en nicllenl sur leurs robes. Quelques-uns étaient

unp: foulk joyelse au

sertis de pierres rouges. On venilait aussi des montres d'argent pour hommes, en ipi.iiililés considérables. J'achetai d'abord une chose, |)uis une autre; ceci pour Brita, et cela pour Ingeborg, Inger, Sigrid, Dorte, Anne, et enfin pour Ole, Lars, Mikkel. Un présent fait à la foire a bien plus (le i)rix qu'en toute autre occasion. J'éprouvai un grand plaisir à faire ces modestes cadeaux et je voulus aussi me donner un joyeux moment en rendant mes aniis lii'ureux.

La foire sembla arriver à son pinacle vers cinq heures du soir, lorsque le monde eut dîné et se sentit en bonnes dispositions. — De tous C(Jtés les invitations pleuvaient sur moi. l'iiis le jour avançait, plus nous devenions amis; sept d'entre eux me jurèrent une éternelle amitié, et, en effet, jusqu'à ce jour, nous sommes demeurés bons amis.

Pendant que je me promenais avec deux demoiselles, un l)rave garçon, qui, évidemment avait ingui'gité plus de boisson qu'il n'en pouvait supporter, voulut manifester son affection à l'une d'elles. Elle lui dit en riant : '< Vous savez bien que je ne vous aime pas ! » Et elle lui recommanda « d'aller trouver Berit, car c'était elle qu'il aimait ». Puis elle me dit confidentiellement : « Paul, ce gaillard-là a fait la cour à Berit pendant plus d"uii an, et mainlenani il vent courtiser une autre fille; mais je ne suis pas cette fille-là. » J'avais continuellement sous les yeux de ces innocentes intimités entre jeunes gens du même hameau. Ou voyait des garçons se promener en tenant par la taille des demoiselles auxquelles ils irélaienl |ioiiit engagés, — la fille d'un voisin, on la sœur d'un ami. — peul-èire le commencement de ce qui finirait par un mariage. Parfois, cependant, une jeune fille repoussait un garçon d'une manière (jni donnait une haute idée de la vigueur de son bras, aux grands éclats de rire de tous ceux qui étaient témoins de la déconfiture du pauvre hère. Ces filles de fermiers sont bien iilus fortes que les jeunes femmes de la ville.

Vers la iinil, beancdiqi d'Iiommes élaicnl foitement lancés, ayant bu un peu trop, mais pas une feinnic n'avait (hqiassé la mesure; les fermiers n'auraient |)as été satisfaits de leur séjour à la foire s'ils n'avaient fini la journée dans la joie. Il n'y eut pas de (pierelle, pas de langage grossier, pas de jurons, car les bouder mirvégiens ne jurent pas.

Quand rdbscinilé fui venue, un alluma les lampes dans les magasins et la foule (•(uilinna d'acheter. A huit heures, elle avait déjà dimiiuiéet

les femnios s'étaient presque entièrement éclipsées; cliaqne maison île l'enilroit et toutes les l'ermes environnantes re.uorgeaient tle monde. Les logements, ([uoique restreints, sullirent cepenilant à accommoder les étrangers; trois ou ipiaire filles dormirent ensemble dans un lit et beaucoup d'hommes sur le plancher. A neuf heures, cliacun se ivlira et la foire l'ut virtuellement terminée.

La maison dans laquelle je dormis était occupée par une armée de paysans, tous mes amis, et ma chandire contenait trois lits qui servirent de couches à tlc^ dormeurs autant (pi'ils purent en admettre. La ]dupart quittèreni la loc.iiité le lendemain malin, et je demeurai seul à regarder chacun sVn aller. Le même senlimcnl ipii m'avait porlé ;i l;i gaieté, m'engageait maintenant à partir, et rien n'aurait pu me retenu' un jour de plus. Si j'avais accepté les invitations de mes amis, j'aurais été occupé pendant plusieurs mois.

Au iiiomciil 1)11 jaillis uiiiiiler dans ma cai'riole, un iiean gai'çon me donna une liidie chaîne di' montre en argeni; une lllle vint nu' remettre une bague de même métal avec deux mains entrelacées, comme signe d'amitié, tandis (pi'une autre me présentait une petite boite sculptée, en me disant : " .l'ai deux fréi'cs et deux sieurs en Amériipie, où l'on est lion pour eux. Prenez cette pclilc lioilc : elle m'apparliciil pai' héritage l'I ili'piiis des centaines d'années elle est dans ma faniille. Prenezla, Paul, ciimuic un iiihidr ilémoignage de souvenir) de moi. » Kt elle ajouta : « (Jnand vous irez en Amérique, tâchez de voir mes frères et mes sœurs, et dites-leur ipie Dieu a pris soin de nous tous; que notre père devient vieux, mais que notre mère est bien; dites-leur de ne jamais oublier Dieu, et de l'aimer comme ils l'aimaient eu Norvège. »

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