‹ Le pays du soleil de minuitChapitre 123 sur 147 · LA FERME DR BOLKESIO · texte numérisé non relu

LA FERME DR BOLKESIO

nu (juelqne livir sacré; des buffets renfermant des cafetières, des pots, en vieille porcelaine; çà et là, des inscriptions bihliiines, et d'anciennes chaises faites d'un seul bloc de bois.

Le voyageur entre dans Tlielemarken soit par eau, par les liords Eidanger, à Skien, et de là par canal à Nordsjo, ou par terre de Chrisliania,|tarDrammen etKongsberg. Du nord, une magnifique grand"ronle de Odde sur le Norvanger, traverse jusqu'à Rôldal; sa plus grande élévation atteint 3,500 pieds au-dessus du niveau de la mer; puis de l'Haukelid, on descend vers Silgiord. Une autre route s'embranche au sutl par le Bandaks-Vand, sur les bords du([uel est situé le hameau de Laurdal, où, en contiaste avec le ilistrici sauvage de la Tlielemarken supérieure, l'on voit de grands ormes, des tilleuls, des tremliles, des frênes, des aunes et des sycomores; le [)ommier, le cerisier, le noyer, — le dernier peu commun en Norvège, — sont ici chargés de fruits. Dans les champs, ils sont taillés de maniéi'e que leur ombre ne puisse retarder la croissance des récoltes. Le lac se trouve à 210 pieds au-dessus de la mer, et Laurdal est un endroit bien protégé.

Le lac Bandaks a une longueur de 30 milles, mais à peine un mille de largeur; la scène est sauvage et l'eau d'un vert olive foncé; les montagnes voisines portent des pins et des sapins jusqu'à leurs cimes. Délais le lac, à travers une série d'autres lacs, on peut arriver à la mer, à l'exception d'un trajet en voiture de 14 milles, de Straengen àUlefos.

Une année, vers la mi-août, je me trouvais à Kongsberg, (pii a une population de 5,000 âmes et est bâtie sur les bords de la Laogen, à 500 pieds au-dessus de la mer. Cette ville est célèbre par ses mines d'argent, dont la plus productive est la Kongens-Grube, qui atteint déjà une profondeur de 1800 pieds.

En quittant Kongsberg, une course de 20 milles m*' conduisit à une forêt, sur un plateau élevé de 1700 pieds au-dessus de la mer. Je descendais un ravin à travers un bois sombre, lorsque tout à coup s'otfrit à ma vue la ferme de Bolkesiô, à 1240 pieds au-dessus du niveau de la mer. Je ne connais pas en Norvège de ferme aussi pittoresquement située et avec un paysage aussi particulièrement superbe. Elle est comme nichée dans des collines couvertes de sa|iins dont la sombre couleur contraste avec les vertes prairies et les champs qui l'entourent. Le lieu est en partie enfermé dans des montagnes stériles sur lesquelles

apparaissent des taches de neige. On remai'que ici, dans une valléeagreste, deux lacs (|ni, en apparence, se recouvrent l'nn l'aulre : le Bolke, de forme triangulaire, à 1000 pieds, et, un peu plus loin, le Toi, à 690 pieds au-dessus de la mer. Parlout de petits courants d'eau claire ruissellent sur les rampes des collines, remplissant l'air du doux murmure de leurs ondes.

Ole Gulliksen Rolkesiô, le propriétaire du lieu, api)artenait à l'une de ces vieilles familles norvégiennes dont la généalogie se perd dans les siècles passés. Il possédait, dit-on. plus d'un quart de million de dollars ; c'était le vrai type du bonde travaillant dans les champs comme le dernier ouvrier de sa ferme.

La stue, ou maison, était à l'unisson des environs; elle avait un étage; dans la salle commune, au rez-de-chaussée, on voyait gravé dans le bois, 1778 (date de la l'achèvement du bâtiment) et « Soli Deo Gloria ». Dans la chambre du premier étage, deux lits, semblables à des coques de navire, avaient été établis le long des murs; l'intérieur était peint en bleu et on avait orné l'extérieur de fleurs tirant l'o'iir Par les inscriptions en vieux norvégien, on pouvait voir sur-Ie-chanip les sentiments religieux dn construclein-. Sur l'un était écrit en mauvaise orthographe : « Dieu veuille (hinner de la race à toutes les bonnes créatures! » Dans une autre pirtie, on lisait: « On hérite des maisons et des biens des parents, mais une femme sensible vient du Seigneur. » Ailleurs encore : « Confiance en Dieu ! » Je fus incapable de traduire le reste. Dans un coin, il y avait un cabinet avec les lettres 0. E. S. B. et dessous : 1797.

A 17 milles envirdii à l'ouest do Bolkesiô. on atteint le boni du lac Tin, sur les eaux (lu(|uel navigue un petit steamer. Les rives dn lac sont absolument norvégiennes, avec leurs nuintagnes couvertes de forets jusqu'à leur sommet. Vers le nord, sur la rive occidentale, on entre dans une partie du lac appelée Vestfiord, courant à l'est et à l'ouest; la scène augmente de beauté et le paysage rappelle Hardanger. De ce fiord, une belle vallée étroite, la Veslfiorddal, a sur sa gauche Gauslad, qui est élevé de 6,000 ])ieds. Elle est célèbre par la Riiikandfoss, une des plus hautes et des plus belles chutes d'eau de la Norvège, qui se trouve à son extrémité. La vallée finit abruptement; elle esl fermée par des murs gigantesques ; mais on aper(,-oit l'eni-

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bran des eaux turbulentes longtemps avant d'atteindre la chute.

La Riukaïuiross (chute d'eau fumante) se précipite dans un abimed'une hauteur de 780 pieds du haut d'un récif perpendiculaire au plateau . Elle est formée par la rivière Maan, qui prend naissance dans le Mjus- Vand. La vue est effrayante quand l'œil cherche à suivre le torrent au milieu du rugissement de ses eaux; ce lieu est vraiment fascinant!

En quittant la Riukandfoss, je me dirigeai vers le lac Silgiord, partie charmante de la Thelemarken inférieure. A son extrémité supérieure sont les vallées de Morgedal, Flatdal et Grundingsdal, qui abondent en très jolies scènes montagneuses.

L'une des régions les plus fertiles de la Thelemarken inférieure est au sud du lac Silgiord, dans la vallée où son déversoir prend sa route vers Noddsiô. Des deux C(Més du courant, sur les collines dominant le vallon plat dans lequel circule la rivière, on aperçoit de nombreuses fermes, avec de grandes maisons et des hangars qui donnent une belle idée de l'aisance des fermiers de Thelemarken. Ce district est connu sous le nom de Bô.

Voici de quelle manière j'allai la première fois à Silgiord: j'avais fait sur les saeters de la Thelemarken supérieure, connaissance avec beaucoup de bônder, qui, pendant l'été, y avaient amené paître leur bétail; quand vint la fin de la saison, je descendis des montagnes avec eux, suivant les chevaux et le bétail, dans l'intention do les accompagner à la foire aux chevaux de Silgiord et à l'exposition de bétail qui allait avoir lieu à Skien quehjues jours après. Nous fûmes rejoints par les troupeaux appartenant aux fermiers, et enfin nous comi)tâmes plusieurs centaines de têtes de l)étail et beaucoup de chevaux. A la brune, nous voulûmes faire halte aux endroits spéciaux bâtis dans ce but, et où les animaux furent parqués pour la nuit. Dans le cortège, il y avait aussi des chariots chargés des produits des laiteries.

(Iràce à l'obligeance d'un ami de Christiania, j'avais fait retenir à Silgiord des chambres pour mes amis et moi, dans un magasin de la localité qui était en même temps une auberge. Il avait essayé de m'obtenir des (|unrliers dans quehjues fermes; mais tous les fermiers s'étaient excusés en disant ([u"ils seraient honteux de recevoir un étranger dans leurs modestes demeures. Dans ma route, j'avais fait des amis et je les invitai à demeurer avec moi pendant la foire; ils acceptèrent

avec i)l;iisir. cl me dêclarèreiil un Mrs lion garçon. Quand je fis mon a|)parition tavec mes hunder, d;His Ituir étrange eostumc de Tlielemarken, l'holelier me lit di's repioeiies : il eidy;iil. dil-il (|ue l.i ohami)re avait été retenue pour des gentlemen et leurs femmes, .le répondis (pie cela importnit peu, que ces messieurs él.iient des ln'inder honorables, loyaux et bien connus dans le disliicL .le commandai un dîner pour douze personnes ; mais il répondit ipi'il ne pouvait me recevoir, iju'il ii"avait pas de ipidi imius ilonncrà inangcr. poinl ilc pain, elc.

A la fin. il ni'cnnuva cl jt' me tVndiai : je lui dis (pic Idul cela n'avait

liiti'[ii'iir d'mie i-liaiiibrc l'ii Tlidomarkcn.

pas le sens commun; qu'ini lion cl hunnètc fermier, même s'il portait un costume de paysan, valait (oui autre individu. La |iluj)art de ceuv (pii m'accompagnaient avaient des cheveux gris et a[)partenaient aux meilleures classes de bouder. Lestdiambres avaient été retenues pour moi et j'insistai ])our qu'il me les livrât afin d'y Irailermesamis. .l'ajoutai que, s'il refusait, je relaterais ses procédés dans les papiers publics. 11 se radoucit alors, mais de mauvaise grâce, et ne nous donna, jamais assez à manger, outre qu'il demanda des prix exorbitants. Le bruit de celle allercation ne tarda pas à se répandre parmi tous les bônder, chez Icscjuels je devins très populaire. Depuis lors, j'ai passé de bons moments au milieu de mes amis de Thelemarken.

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