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CHAPITRE XXXVII

Songciilal. — l"n orage dans les montagnes. — Chevaux solitaires. — J'arrive il un snotcr. — Course dans la montagne. — Arrivée il liaernnulcn. — L'approche de Ihivcr. — De Crunsçcilal il llaiikelid lielils. — Le lac Stad. — Le sactcr Haukelid. — Une tempête de neige. — Knnt Bi'irgiifscii. — Ferme de Ilavredal. — Lellavredal. — Une fête il ILivredal. — Sur la ronle de liûldiL - lîienvcnne ii liûldal. — A travers le Hardanger.

L';is|)'>cl (lu paysage, à rcxtrémitô siipiM'it'ure du Inr Totak, proditil iiiie i)i-ofoiRle impression, car Rauilland fields s'élève de 28 'lO pieds au-dessus de ses eaux irtiii verl loncé. D'ici, l'étmil SiHit^adal, dans un ondroil eidièfemeel iiloqué par des rochers iininenses, jirend sa rmile dans la diierlidn du iinril-ouesl. l'endanl ipie j'errais seul pmu- iii'approclier du lac Songa, dans l'intenlidii d'alleindre la l'ernie nninlagneiise de Raeriinnien, je fus snrjtris par un mage épmivantalde. La pluie élait froide cl le veut siiui'llail |ties(|iie en Icnipèle; le lu'ouillard devenait si épais que je ne pouvais plus reconnaiire les contours des montagnes ipii nu' servaieid de guide, et je |ierdis mon chemin. Tout en maichant cl en essayant de retrouver le sentier, j'arrivai à un saeter oii logeaient deu.\ hommes de Tlndemarken inférieure, qui gardaient du bétail.

L" MOT KL liUYAL 403

.l'on fus r;ivi, car il so faisail laid. Criaiciil ilo vieilles connaissances. Gi'anil fnt lenr (Monnemeni lorsque j'entrai dans la huile; ils fireni de leur mieux pour nie hien accueillir, jelèrenl du liois sur le l'eu el me dunnéreul de lii'and cieur leur nourrilure ordinaire. Killel, excellent garçon, me dit en plaisanlani : « Ami Paul, ceci est l'Iiôtel royal. » Nous en rimes beaucoup, car le lieu n'était guère appétissant.

De la paille mal|iropre étalée par terre nous servi! de lil, el les peaux de mouton étaient lniii d'èlre appétissantes. Ils s'excusèrent du pauvre logement qu'ils avaient à m'ofl'riret me dirent que, s'il n'avait pas été si tard, ils m'auraient conduit à un saeter tenu par des fdles. « Car vous savez, Paul, ajoulércnt-ils, que ces saeters sont beaucoup plus propres que ceux des hommes. »

Le lendemain, le temps s'étant remis au beau, je dis adieu à mes amis et je continuai ma chasse tout seul, le district m'étant bien connu. Tout en marchant, je fus saisi de crainte en entendant un lourd piétinement; c'était un groupe de onze chevaux qui paraissaient enchantés de voir un homme et qui arrivaient sur moi en gambadant et en se rémoussant; ils appartenaient ;'i différents saeters où on les avait laissés brouter durant l'été. Pendant une de mes excursions, la briino était venue quand j'arrivai à un saeter, siin|ile hutte en pierre, dans laquelle j'aperçus, à travers les fentes de la porte, la lumière d'un feu qui llambait, et j'entendis des sons de voix. Je frappai en disant : — Ne voulez-vous pas ouvrir la porte à l'étranger?

Aussitôt on lira le verrou de lidis, (pii servait à empêcher le bélail d'entrer dans la huile, el je vis deux femmes, une jeune tille d'envimn vingt ans et l'autre |)lus âgée. La hutte me parut propre; un lil élail perché très haut et, sur un coté, on avait établi un foyer; sur des planches, on voyait des vases contenant du lait. La comparaison de ces femmes avec celles ipie j'avais l'eiiconlréi's ilans les saeters de Hardanger ne leur était favoraldi' ni en aspect, ni en i)r(iprelé. Ce saeter avait vingt-six vaches laitières, vingt tètes de bétail et deux chevaux. Il était situé sur la rive d'un cours d'eau, le Valasiô. qui se jette dans la Songa- Vand.

Le trajet vers le nord sur le Sauerllot me pnul charmani, car le plateau ondulait, le sol étail ferme sous les pieds, et les marais solides

-illi LE PAYS DU SOLEIL DE MLXIIT

jini'siiilc (le l;i s^choresse de ri''h''.()ii .iv;iil placé à ilc coiirlos ilislaiiccs df'S hldcs (k' iiicrrc liauls ilv plnsiems pieds, picsipie en vue ruii do l'autre, pour indiipier le cheiuiii, et le [)ays élail enliéiviueiit eouveit de lichen.

Non loin de Songa-Vand se Irouve la ferme solitaire de lîaerunulen, où je fus reçu avec beaucoup de bonté par la famille.

Des coups (lèvent froids et soudains m'avertirent (jiie, dans les régions siipérieui'es, l'hiver arrivait. De Haeiininlen, j'allai dans (Irnngedal, et j'arrivai à la su[»erbe gramle roule (pii va de Hardanger à Christiania, avec l'intention de liaverser les Haukelid lields jiisipi'à Ri'ikial, et d'aller de là à Odde.

L'obscurité itendanl la nuil, dans les vallées ondiragées par les montagnes, est si intense avant (pie la neige couvre le sol et (piand le ciel est couvei'l, (pie soiiveiil (iii ne dislingiie pas à deux pas de soi;ilm'esl airi\é bien des fois. a|)rés avoir l'ail (pieNpies pas Inirs d'une porte, de ne })lus pouvoir la relrouver, el j'éprouvais la même sensation de frayeur rpie celle (|ue j'avais ressenlie peiulanl une aveuglanle lempéle de neige.

De (iiiiniiedal, pauvre disirici avec ipie|(pi(>s fermer, Li roule moule gradnelleiuenl aux. llaiikelid lields. eu eiiloyaiil inaiiils lacs solitaires. Sur les lioi'ds de la Yaagslid-Vainl, on voit la ciinfoilahle ferme de lîolneu. el. plus loin, celle de A'aagslid. Le lac le plus élevé el le <leruier sur la roule esl celui de Slaa, à ilOlU pieds an-dessus de la mer; là luiissail la roule, ipii esl en voie de construclion; les ouvriers élaieul relouniés clie/, eux ; car, en celle saison avancée de ranui''e, ou suspend les liMvaux.

Sur les bords de la Slaa-Vaiid est situé le saeler Haukelid, (pii est inainlenani une conl'oilable maison ipic le gouvornement a fait consti'uire pour la commoilil('' des \iiyageurs. .l'alleignis l'eudroil jusle à temps pouj- échapper à une lempèle de neige (|ui dui'a loiile la nnil el une pallie de la inalin(''e sui\anle. Xous élioiis au dernier jour de seplembre, et, raniH''e pr(''C(''(lenle, au mènie lieu, j'avais en nu leinps semblable; la dil'liciillé (pie j'avais éprouvée p(uir traverser les moiilagues avec mes amis de Ki'ddal me reviiil en mémoire ; car nous dûmes piétiner dans la neige nouvellement loiiihée, enlbiicanl souvent jiisipi'à la (aille el londiant contre des rochers en parlie cachés.

A T ravi: H S LE HARDAXr.EH iOo

L'ami Kiiiit Biôrgiifsen, (jiii avait alors la g.ndc de rendi'oil, me lit un aeciieil cordial : c'est un bon et honnête garçon, el sous son loil liùspilalier le temps ne me parut pas long.

Quand le ciel se fut remis au beau, Kiuit me pioposa de visiter la l'cnne de Havredal, sur le lac Hordal,à -2H'.\0 pieds au-dessus du niveau de la mer. .l'acceptai sur-le-champ; car Ole Ormsen, son propriclaire, était un de mes bons amis. Nous partîmes donc, et, après une lionne maiclie de 4 à 5 milles dans la direclion de l'est, nous arrivâmes à la leinie.

En ni'apercevant. Ole juit à peine en croire ses yeux. Il apporta aussitôt une bouteille d'eau-de-vie dont il conservait une petite provision pour des occasions spéciales; il but nn v/îv^/en mon hoiuienr et nie souhaita la bienvenue à sa ferme; une iéte fut préparée et il était lard loi'S(|ue nous nous retirâmes. Knut et moi, nous eûmes la chandjre des invités au premier étage, et nous dormîmes dans d'excellents lits. Après s'être consultés, Ole et Knut conclu reid (pie, si je désirais traverser R(Mdal, je devais me hâter, car il |)ouirait se l'aire (|ue la neige devînt troj» épaisse; tous deux voulurent m'accompagner. Après un autre jour de Iéte au saeter Hankelid.et après avoir vidé deux bouteilles du porto de Knut, le lendemain matin de bonne heure, par un ciel clair, nous partîmes pour Rôldal, où nous arrivâmes avant le sou-.

Le lac Rôldal, à 1200 pieds au-dessus du niveau de la mer, est situé dans nu cnloncement entouré de tous côtés |tar des montagnes. L'église est à son extrémité septentrionale el les fermes sont nombreuses sur ses bords. Ole et Knut se trouvaient là comme chez eux; car, de même (pie moi, ils y avaient un grand nombre de bons amis. Mes camarades, (jui m'avaient accompagné l'année précédente, me tirent un accueil très cordial ; on répéta les iiiémes lèles (pie dans les autres l'eniK^s, à Rablii, Hageu, Haugen, Yuvet et autres, el je dus lacoiiler tout ce (pie j'avais l'ait depuis (pie je les avais (piittés. Parmi nos amis, je citerai particulièrement le vieux .lacob, ipii aimait à parler littérature et voyages, pendant (]ue son gendre faisait des hottes ; il était toujours triste (piand je le (piittais et ne mampiail jamais de dire : » Revenez liieiitôt, nous reprendrons reiilrefien. »

La route de Rôldal à Odde est très escarpée après que l'on a quitté le lac, et l'on traverse une région bouleversée, sauvage, dont le jiaysage

l'îiil les délices du s|iei'l;deiir ; ;i]très une descente rdiruple, on alleinc

Odde. Là, je vis (|ue l.i p.u-lie inlérieure du linrd de H;ird;inger ('lin!

gelée sur iiii espace de deux ou liois milles el le sleanier retenu par la glace le long du bord. L'hiver était venu.

L'éijlisc (le llairbv.

A Robert Wi M 11 mil-

Préface iii

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