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CHAPITRE IX

Fiisiuii (iii levfr et du rouclier du suleil. — Bodô. — A travers hi piMiinsulc scandhiave. - Vensct. — Vallée Saltdaleii. — Roguaii. — Mes voyages ai'rieains en Xorvè!,'e. — Gens simples et contents. — Race ]irimitive. — Haniean abandonné. — Hospitalité. — Filles du village d'Almindingen. — Diner de famille. — Storjord. — Légendes de la cote. — Le précipice Kvaen et la baie de rilonime mort. — Orage arclii|ne. — Lang-Vang. — Pnces Scandinaves. — Skjônstuen. — Fagerli. — Ferme de Larsen. — Camli. billnn et baisers. — Moulins à blé. — Préparatifs pour traverser le pays. — Mon bagage et njes provisions.

Dans les iltTiiitTS joins de juillet je naviguai le long de la sanvage et superbe côte méridionale de TronisA. A onze heures la couleur des nuages se changea en une teinte dorée (ini nous ]irévenail (jiie l'heure de minuit approchait et que le soleil allait se lever; hieiitôl les nuages devinrent d'un rouge intense, tandis que le soleil demeurait caché; puis ils changèrent de nouveau, leur couleur devenant graduellement plus éclatante, comme si une nouvelle vie leur était infusée. Lorsqu'ils furent teintés des nuances du soleil levant, l'éclat du coucher se mêla à celui du lever; le crépuscide du malin el ceini du soir se loiidiri'iii riiii dans l'autre. Les montagnes et les collines à l'est prirent une teinte rosée qui contrastait singulièrement avec leur base plus sombre ; la mer bleue et calme reflétait les images de la terre et du ciel, et, à mesure que le jour avançait, les nuages se changèrent en une blancheur floconneuse.

Le lenfleinniii. j'nlioi'dni dons la ville de Bnrlo — G7° 20' lai. — petit port sur la côle iiorvéii;ieniie du Nonlland. Celte place a un aspect incomplet el doil son importance à ses pêcheries; c'est une slation régulière où viennenl fairi' du idiarhon les steamers pour Hammerfest. L'église, très ancienne, est consiruile en pierres et l'on a conservé l'autel catlioli(|ue; on y voit quelques tableaux bizarres et des armoiries du peu|)le danois, maintenant oubliées; sur le mur extérieur il y a une dalle (pii porle la date de loOO-lOUG. Bien que la ville ne renferme (|ue (pielipies centaines d'habitants, elle a ses journaux et sert de résidence à V(n/i//t/a/i/l {'J!,on\i'\MPnv de la pi'ovince).

Mon but, en venant en cet endroit, élail de traverser encore une fois, avant ([ue l'été fut j)assé, la péninsule Scandinave et d'atteindre la ville de Lulea — Go° 40' N. — en Suède, sur le golfe de Bothide, traversant ainsi un des disiricts les plus sauvages et les moins habités de la Suède et de la Norvège, en longeant le gi'and glacier de Sulitelma. J'avais une lettre de recommandation poin' l'ini des principaux marchands, l'inlVirmant de mes plans et le priant de faire tout son possible |)our m'aider, et, en eftet, il me fut très utile. Il ne me fallut pas longtenqjs jiour acipièrir des amis parmi ces gens aimables et hospitaliers, qui me reçurent comme un des leurs.

A l'exception d'une commission d'officiers suédois et norvégiens, désignée il y a (pirli|iics années poni' établir la tVoiitiéi'c cnti'c les deux pays, j'étais le premier (pii eût tenté ce voyage. Pour la j)lus grande partie du trajet il n'y avait |)oiiit de routes ni même de sentiers ; le pays était très sauvage el, pendant de grandes distances, comiilètement inhabité; il était nécessaire de trouver à la pointe des fiords, quehpies-uns des Lapons (|iii, en été, traversent les chaînes de montagnes de la Suéde avec leurs troupeaux et descendent vers la côte en visitant les fermiers sur leur chemin. Herr K... décida que je prendrais cette route et que je m'arrêterais à un endroit nommé Venset, où demeurait un de ses cousins, avec lequel je conférerais sur la meilleure manière d'exécuter mon voyage.

Nul ne doit entreprendre la lâche de franchir les montagnes dp Qvickjock à moins d'éli-e robuste et habitué aux longues marches et aux privations, car, en cas de mauvais temps, le péril est grand.

A l'entrée du fiord intérieur de Salten, appelé le Skjaerstad, ce

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ilcriiier l'uriut' un iiuiiiciisc h;issiii ;ill('iii;ilivi'iii('iil vidé et rempli par les marées; IVau se précipite dcliois ou dedans ]tar le canal, avec une iorce si lerrilile (pi'un iialean secail infailliblement englouti jtav les vagues. An retour de la marée, le passage est sûr.

Ouand nous atteignîmes Venset, le capitaine me montra le gentleman pour lequel j'avais une lettre d'introduction. Il en prit lecture et, en me doiuiant la cordiale poignée de main cariictéristique des Norvégiens, il me souhaita la bienvenue en disaid (pie je ferais mieux de laisser partir le steamer , car il désirait causer avec moi et réfléchir au meilleur plan pour me procurer des guides. Nous nous rendîmes à sa grande et commode habitation, en passant par des champs d'orge, de seigle et de jjommes de terre, et par des prairies, car il était non seulement marchand, mais encore propriétaire d'une vaste ferme. Auprès de la maison il y avait un jai'diii potager oi'i ahiindaient les fraises et les groseilles; j'y constatai de beaux navets, des pois, des carottes et d'autres légumes. Herr K... s'excusa de ne pouvoir me recevoir convenablement, à cause de l'absence de sa femme ; mais le dîner fut pré- ])aré, la bière et le vin servis, et, en buvant le café, nous discutâmes sur mon voyage.

— .le suis venu, lui dis-je, |ioui- ex|ilorer la partie la plus sauvage de la Scandinavie; je suis accoutumé aux privations, et, quant à la nourriture, je puis manger de tout. Ma santé est excellente et j'endure la marciie pendant plusieurs jours consécutifs.

— .levons enverrai à Fagerli avec deux fidèles bateliers qui vous mettront dans les mains d'un excellent l'eruuer et lui diront de vous garder jusqu'à ce qu'il ait trouvé des Lapons ([ui vous feront traverser les lUDUtagnes de la Suéde par le chemin de Sulitelma; vous verrez des gens sim|»les, honnêtes et bons, ipii vous mèneront d'abord à Saltdal et attendront votre retour. Vous dormirez cette nuit chez moi et demain vous partirez par bateau, .h' vais envoyer chercher mes hommes ; en attendant, nous fennis un tdur de promenade.

La vue est belle à Venset, mais je ne |)us voir le pic de Sulitelma, parce qu'il était couvert de nuages.

La vallée de Saltdal. une des plus fertiles de la côte norvégienne du Nordland, est étroite, llanquèe de chaque côté par des montagnes couvertes de pins et de bouleaux jusqu'à leur sommet ; en quelques

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piidroils. récoulenicnt des eaux nvail mis le roc à nii. iinnivanl ainsi qu'il n'était cniiverl que d'iine mince couche de terre, sur Inquelle les arbres avaient poussé.

L'avoine, le seitile, l'orge et les raves poussaient avec exubérance. Les fermes sont situées sur les belles terrasses de l'ancien niveau des eaux, s'élevant en amphithéâtre à la base des montagnes. La plus haute des terrasses avait envh'oii soixante-dix pieds au-dessus du lit actuel de rivière; la à un certain eiidroil, une masse énorme de rocher s'était écroulée quelques jours plus lot, en suivant directement son chemin le long de la colline, brisant les arbres dans sa course , laissant derrière elle un sillon profond ; elle s'était arrêtée auprès du sentier.

L'église n'est ])as loin de la mer; c'est la seule dans la vallée. Quel([ues hangars à bateaux, avec des fdels sécliant alentour, et des habitations clairsemées, fornient le hameau isolé de Rognan.

Peu après mon arrivée je me régalai d'un bon repas au }tresbytère, où je fus bien accueilli par le pasteur et sa femme, (pu parlaient tons deux un peu anglais; ils me moidrérenl quelques traductions de mes récits de voyages en Afrique, ipi'ils venaient de lire dans le Shilliurj Magazine; ils avaient a))|iris par les journaux de Christiania ipie j'allais voyager dans leur pays. La fenune surtout paraissait prendre grand intérêt aux travaux des missionnaires, et avant son mariage elle avait rêvé d'aller dans le .sud de l'Afrique travailler au salut des Zoulous. Le pasteur me pressa d'accepter sa propre carriole et son cheval; mais je refusai son otïre amicale, ayant déjà retenu des moyens de locomotion.

Les habitants de la Saltdal comptent parmi les plus primitifs en Norvège. Ils sont séparés du leste du monde, avec lequel ils necommuni(iuent que par le cours d'eau qui se rend à la mer. L'agriculture est leur principale occupation; beaucoup d'entre eux n'ont jamais été plus loin que l'église de Rognan, et la jduparl n'ont pas vu de ville plus grande (jue Bodô. Quoique virtuellement séjiarés de leurs semblables, ils paraissent contents; ils n'ambitionnent pas la richesse, car ils ne savent pas ce que c'est; la somme de leurs désirs terrestres est d'ajouter une pièce de tei're à leur ferme, ce qui est fort difficile ; d'avoir un plus grand nombre de tètes de bétail, un joli cheval, ou une voiture pour aller à l'église; de bâtir une maison neuve et d'économiser un |)eM d'argent poiu' la tVimillc. l'élever leurs enfants dans la crainte du

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