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UN REPAS Sl'KDOIS 183
sont croisés, afin de constater le degré do perfectionnement dans la quantité et la qualité du lait et du beurre.
Notre hôte nous invila à partager ce qu'il appelait un diner de campagne, un peu dilïërent de ceux que j'avais vus précédemment. Un gros bouquet ornait le centre de la table et on avait garni le beurre de fleurs charmantes; cà l'une des extrémités était placé un bol en argent contenant du sucre en poudre; de l'autre côté, un pied en argent soutenait un plat de cristal rempli de framboises fi'aîchement cueillies dans le jardin, et une cruche de porcelaine contenant de la crème exquise. Ce repas était une combinaison de smôrgasbnrd cl do dîner. Après avoir fait disparaître les plats composant le smôrgasbord, on servit une délicieuse soupe aux légumes, mêlée avec du lait; après quoi, je pris, ainsi que je le vis faire par le reste de la société, des framboises et de la crème, pensant que le dîner était fini et que nous en étions au dessort ; à mon grand élonnement, un autre service apparut, consistant en plusieurs coqs de bruyères et un pudding. On buvait du lait et de la bière.
L'hôtesse, d'assez grande taille, avec des cheveux blonds, de doux yeux bleus et un joli teint, portait une robe claire montant jusqu'au col; pour seuls ornements, elle avait une collerette brodée et un ruban de velours noir retenu jjor une petite broche cw or; un filet de soie noire, au travers duquel ses cheveux paraissaient encore plus blonds, complétait sa toilette. Deux servantes l'assistaient, mais elle réservait son attention personnelle à ses convives, qu'elle pressait d'accepter les plats les plus friands d'une voix suave et avec une charmante simplicité de manières.
Le voyageur voit partout des preuves de rhonnèleté de ce peuple. Quoique la maison donne sur la grande route, je n'avais vu personne en y entrant; tous étaient à l'ouvrage dans les champs; on avait laissé les portes ouvertes, et, dans les chambres à coucher, les montres pendaient aux murs; auprès de leurs lits, les étudiants avaient accroché les portraits de leurs pères, mères, sœurs, bien-aimées et amis.
Je constatai une amélioration marquée dans la végétation; bien qu'à seulement 80 milles au sud d'Umea, le jardin expérimental contenait plusieurs pommiers, qui poussent ici au nord le plus lointain de la Suède, soit k environ 62° 40', de latitude. Les fruits étaient petits, mais
certains arbres, encore jeunes, en paraissaient surchargés. Celle roliusie esjjèce de pomme vicnl de Russie et s'acclimate bien dans cette itarlie de la Suède; elle réussirait probablement aussi dans la section se|)lentrionale desÉlals-Unis. Il yavailencore plusieurs cerisiers dont les fruits mûrissaient, des groseilles, des fraises, des légumes beaucoup |jIus avancés (pie ceux (pie j'avais vus jusque-là; on cultivait le hié ri le lin (pie l'un cxporlc. Dans ce district, un élève iiiic race de grands cl forts clievaiix [loiir les brasseurs.
Dans l'après-midi, nous allâmes faire un tour au hameau de Nora, à trois milles environ de Nordvik. Quitlaiit la grande route, nous passa mes par une vallée parsemée de nombreuses fermes; une petite rivière ajoutait au charme du paysage. Nous vîmes de superbes champs d'orge el de lin ; on cidlivi' ènoriuémeiil le lin, ipie les fermières tissent [tour l'usage domestiijiie ; les moissoiiiieiirs élaienl occupés à coiiju'r l'orge, liendant cpie les gairons el les lilles la liaieiil eu javelles. Les grandes charrues à iii'ige, le liing de l;i loiili', nous ra|)pelaient ([ue ce riant tableau allait bienlol dispaiailre el {|ue l'hiver donnerail un autre aspect au paysage; en elfel, si grand lui li' changement, (pie, plus lard, je ne reconnus pas l'end roi I, lors(pie, dans ma roule vers l'extrême nord, je passai devant la Landllnnks-Skola sans m'y arrêter pour remercier ceux (pii avaient été si bons pour moi.
Xoire excursion finit au petit lac Nora, près duipiid soid bâtis !'('■glise et le presbytère; l'inslituleur demeure un peu })lus loin. La maison d'école peinte en rouge est sur la roule: on a élevé trente ou ipianmte huttes en troncs d'arbres, à (■(■)lé les unes des autres, pour abriter lestdievaiix contre les venis de l'hiver et les lein|ié|es de neige, pendant ipie leurs maîtres sont à l'église.
.le fus surpris des changements subits de la température; ipielipiel'ois nous voyagions par une atmosphère chaude, suivie instantanément d'un coup d'air glacial, ampud succédait aussitiM nu autre plus chaud. Le lenijis se refroidit. A sept heures du soir, le mercine se tenait kliO", pour descendre à huit heures à iO", à dix heures, à 44°, bien ipie dans ra|iiés-midi, la lempèralnreait été de o!)";'! l'ombre et de \ 14° au s(deil i.
Dans la soirée, le pasteur de Nora vint nous rejoindre, el fut le
1. .NiiiH i;i|i|ii'I(iiis i)ii'il s';ii;il Imijdius ilii llicniKinH'Irc l'iiliicnlicil.
UNE FERME DE L'AiNCIE liMA.NLAM) 187
hienvenii pniir Inus. Vn Ir.iil qui caraclériso lo clorg('' suédois, c'est qu'il se mùlo aux plaisirs du peuple au milieu duijuel le sort l'a placé, qu'il assiste à ses danses et à SCS réunions publiques. On voit souveni I'ecclésiasti(jue smu'ire à ses panjissicns ([ui s'amuscnl, liciireiix de leurs plaisirs et presque toujours on le regarde comme faisan! parlic de la famille. De telles scènes me ravissaient ; car il est évident qu'une iniluence morale salutaire s'exerce à la fois sur l'ecclésiastique et le peuple, en inspirant au dernier un excellent sentiment de retenue, et en donnant au premier une perception du cœur qu'aucun liomme ne peu! avoir s'il ne se mêle à l'humanité.
Une course de trois (piarls d'iieure nous conduisit de Nordvik à Hornôn, où, sur un bac, nous traversâmes la rivière pour prendre passage sur le steamer qui remonte l'Angermanelf. La contrée devenait de plus en plus pittoresque à mesure que nous remontions la rivière, sur les terrasses et le sol alluvial de laquelle se montraient de nombreuses fermes. Dans l'aprés-niidi nous alleignîmes lioini, h' ]ioinl li' jilus élevé de la navigalion à vapeur, où ikjus apprîmes ipTune gelée blanche s'était fait sentir pendant trois nuits consécutives.
Non loin du déliarcadére, sur la rive gauche, se trouve une des plus grandes fermes d'Angermanland, où, avec une parfaite i)olitesse, sou propriétaire nous attendait pour nous recevoir. Il m'invita à demeurer chez lui laiil (pie je le voudrais. Celte ferme a en cullure plus de 700 acres de terre, dont l'oi-geesl la principale réculle.
Sur une petite île voisine, contenant environ loO acres de terre de pâture et de bois, du bétail appartenant à l'Étal avait été laissé en liberté pendant l'été; ces animaux parureni joyeux de nous voir, ils accoururent; les chèvres et les moutons se mirent de la partie, et nous les caressâmes ton! à notre aise. Les bestiaux d'une ferme Scandinave soiM toujours ap|irivoisés pai'ce (pi'on les traite avec bonlé.
11 y avait dix-huit giands communs, séparés l'un de l'autre par précaution contre le feu; en Amérique, cesbàlimenls coûteraient beaucoup d'argent. L'une des hassja était la plus grande ipie j'eusse jamais vue; elle avait 180 jiieds de long et une hauteur iiroportiunnèe; n(»ii loin d'elle s'en dressait une autre d"en\ir(in 1 10 pieds de long, 40 de large et .30 de haut, avec onze traverses soutenues par vingl snpporls placés vi'rlicaleiui'ul. cl un gi'and esiiace dans le milieu piiur servir d'aire à
hatiro le gnin. C'élnit l.i première ferme avec une i;lacière que je voyais dans le nord ; on n'ulilisait pas la glace exclusivement comme luxe, on l'employail aussi pour la conservation du laitage que l'uii Irnoil, en l'entourant d'eau, à une température uniforme de 42°. On considère ce procédé comme meilleur que celui qui consiste à tenir le lait dans une eau courante ou dans une chambre froide ; la crème ne s'aigrit jamais et le beurre est infiniment meilleur.
Après une tournée dans Angermanland et Medeipad, j'entrai dans Helsingland, naviguant le long de ses côtes, marchant sur ses bords, et passant quelque temps dans des fermes confortables. Ses deux villes principales sont Hudiksval, port de mer, en lat. 61° 30', avec une [)opulat ion de 3 , 700 âmes, à l'extrémité d'un fiord : et Sôderhanm , en la 1 . 0 T 2o' . avec une population de 6,200 âmes, non loin du déversoir de la rivière Ljusne qui sort des montagnes d'Herjeadal et traverse toule la région. Celle i)rovince abonde en grandes forêts et en marécages. Dans l'intérieur, un certain nombre d'habitants descendent de Finlandais. Une grande route, passant par le district de Herjeadal, conduit à Roraas, en Norvège.
Pendant ipie je voyageais dans cette partie du pays, je m'arrêtai une après-midi à Harmanger, jirès de la mer, devant une ferme dont les bâtiments formaient un carré, et j'entrai par un porche. A ma demande d'y demeurer quelques jours, on répondit que j'étais le bienvenu, et une servante me conduisit à l'une des chambres d'amis, à l'étage supérieur. Après avoir pris un repas frugal j'allai au presbytère, où je fus amicalement reçu par le pasteur, (jui, à ce moment, préparait la jeunesse de la paroisse pour la confirmation ; cet excellent homme insista vivement pour que je m'installasse chez lui. Quand nous allâmes visiter l'église, il en prit la clef. Ici, les clefs sont toujours très grandes, surtout celles des églises, dont les serrures sont souvent fort anciennes. Celle-ci avait au moins un pied de long et un tel calibre, qu'en perçant un trou dans le tube, elle aurait l'ail un 1res bon pistolet d'arçon.
La vieille église d'Harmanger, construite en pierres brutes de dilTérentes tailles, était, comme d'habitude, au centre du cimetière. A côté s'élevait une tour d'environ vingt i)ieds carres, dont les murs très épais étaient lisses à l'extérieur, mais rudes et non terminés à l'inlé-
L'EGLISE D'HARMANGER. 189
rit'iir; jiersoiiiie ne s;iv;iit quand ni par qui celle Idin- avait élcbàlie; le |»asteur me dit qu'elle datait de l'époque païenne et que l'on s'en servait probablement pour les sacrifices. On y entrait par un porche d'une forme bizarre.
L'autel est ancien, en bois peint et doré, portant l'image d'un ange aux mains jointes et aux cheveux d'or, entouré de nuages sur lesquels repose un agneau tenant une croix dans ses pattes; la partie inférieure de l'ange est cachée par des rayons. A gauche, on a représenté le Christ de grandeur naturelle, avec d'affreuses blessures au côté et tenant en main une balance dont un des plateaux porte un cœur saignant, et l'autre une épée. A droite, on voit une femme tenant une croix d'une main et de l'autre la Bible; une ancre est au bas de la croix; à ses pieds se tient un enfant et une jarre renversée, qui laisse échapper des pièces d'or. Sur les fenêtres, on a peint deux chérubins, l'un avec une trompette etune couronne, l'autre avecune branche depalmieretunetrompette. Il y a aussi une grande croix sur laquelle est horriblement représenté le Christ crucifié et couvert de sang. Ces peintures datent d'avant la Réformation, mais la chaire est moderne. En face de l'autel, on découvre de vieilles dalles; sur l'une on lit la date MDC : XXIl, et sur une autre 1G69 — 1691, avec des inscri])lions latines.
Ici, j'ai rencontré d'anciens noms Scandinaves : Erik, Carin, Brita, Olof, Lars, Ingre (Inger), Ingrid, qui sont très rares plus loin au nord.
On prend soin d'une façon très particulière des pauvres de cette paroisse. Pendant que je causais dans une maison, entra un vieillard habillé de neuf et portant un chapeau de soie de forme haute; on le pria de s'asseoir. Lorsqu'on m'eut dit à l'oreille que c'était un pauvre, je pus à peine le croire. Celui qui a besoin d'être secouru doit prouver devant le Hâradsting qu'il est trop vieux et trop infirme pour pouvoir travailler; il est alors autorisé à demeurer six jours dans chacune des fermes de la paroisse. Je fus surpris de voir avec quelle bonté on les traitait, — en bien des cas comme des visiteurs, — recevant les meilleurs aliments du jour et un bon lit. Ils vont ainsi d'une ferme à l'autre. On a bien soin d'eux, car ce serait une honte pour un fermier si le bruit courait qu'il est dur |)our les malheureux. Il arrive quelquefois (ju'un homme n'es! pas absolument incapable de pourvoir à ses
besoins; ilans ce cas. les autorités de la paroisse prennent des arranijements avec des fermiers rpii doivent payer annuellement une somme déterminée, en sli|Mil;iiil ipielle sorle de travail un lionune peut enlivprendre; c'est géiiér.drmeiit de ,u;ii'diM' les mouluns ou les vaclu'S. de fendre du bois, de lirei' de Tean. en un mol de se rendre utile ;inl;iul que possible. Ils pensent que ce système est moins démoralisateur ([ue celui des dé[)ôts de mendicité; cependant, il y a parfois de grands inconvéïdeuts: ainsi j'ai vu un homme tellement vieux et imbécile, (pi'il n'élnit pas loin de l;i brute par sa malpropreté, et causait beaucoup d'ennui aux familles ipii, à tour de r(Me. devaient [irendr(^ soin de lui. •
Un peu plus loin au nord, on ai-rive dans la pilloresipie vallée de Jâltendal.
Un dimanche malin, comme j'iMilrais dans l'éi^iise de Njulanger, je vis près de la pdrie. et louchant au cimelière, m\ cercueil contenant un enfanl luorl; on navail pas encore mis le cduvi'rcle, de sorle que les voisins el les amis pouvaient jeter uu regard sur le dél'ind ; le corps élail littéralement entouré de fleurs. Dans un groupe rapproché se tenaient plusieurs filles et femnu's velues de noir, avec i\i'<. laldiers, des coiffes et des cols Itlancs; c'étaient les parents les plus i)roches, et leur li)ilel|(> élail lui signe de grand deuil. Qiiehpies jeunes gens (pii devaieni leiiir Un cdin du puèle porlaieni un brassai'd de mousseline blanche; deux hommes avaient uu pelil liouquel de Heurs à leur boiilonniére. Le curé arriva bientôt et l'oflice des morts commença ; les hommes debout d'un côté et les femmes de l'autre. A la fin de la cèrénuinie, le curé jeta trois pelletées de lerre sur le cercueil et entra dans l'église pour célébrer le service ordinaire.
Eu Helsingland.Cdmnie dans d'anlres provinces ilii nord, la cullure du lin est commune e| les l'enimes sonl habiles à fabriipier la toile. Ici, bon nombre de maisons de paysans olfreni l'image d'une aisance ipii réjouit les yeux de l'étranger.
En entrant dans une maison je vis deux niéliers à lisser, selon l'anciemie méthode, la même qui a servi pendanl des générations ; à l'un de ces métiers, une des filles lissait de la loije; auprès d'elle, sur une chaise, un gros rouleau de beau drap de colon qui avait été fabriijué par une autre sœur allait être employé jiour faire des vêlements à la
TISSAGE Dr LIN 191
famille. C'(''l,iil une habile ouvrière qui pouvait fabriquer douze alnar (24 pieds) par jour. A l'autre métier, la mère tissait une étoffe en laine brute pour confectionner des liabits d'hiver à soi\ mari et à ses garçons qui devaient être habillés de neufpour Noël. Deux des plus jeunes sœurs étaient occupées à fder, pendant que la servante cardait de la laine.
Nous allons maintenant ([uitter Helsingland, faire route vers le Jemlland, et de là passer en Norvège.