‹ Le pays du soleil de minuitChapitre 54 sur 147 · DU HAUT DES MONTAGNES · texte numérisé non relu

DU HAUT DES MONTAGNES

AMesliignn, les IVrmes paraissent iiKjiiis prospères, Iiien fpie l'on y fasse considérablenienl de beuire. A Skalstii,L;aii aussi, il y avait une belle ferme à beurre el à fdiii, el Ions les s^imis élaieiil occupés à rentrer la récolle.

En moins il'une iieui'i' depuis celle dernière ferme, ou franchil la frontière de la Norvège au plus baul jiuinl de |;i grande mule, entre les deux mers. Le plateau éiail passablement nu; la mousse de l'enne couvrait les coteaux rocdieux, et, entre les ondulations de terrain, on ne voyait que terre marécageuse, bouleaux, saules el tourbières. D'un colé, un ruisseau semblait être sur la ligne du déversement des eaux suédoises, tandis (pie de l'autre, coulait une source se dirigeant vers la Norvège. Sur une plaque sont inscrites les distances : dejuiisOslersund, 16 milles et demi, el depuis Trondlijeni. I I nulles lUKpiarl. La nmiilèe depuis la Baltique avait été graduelle, el je ne m'aperçus pas (|ue la roule était à 2,000 pieds au-dessus dn niveau de la mer, tant avait été itien fait le travail des ingéniems.

Sur le versant nccidenlal île la chaîne, la vue esl une des plus Ijelles de ce geiu'e en Nurvège. D'abdi'd les arbres èlaieul rares; mais en avançanl, les ]iins lii'cnl leur appaialion — grands, forts, vigoureux, avec une mousse foncée pendant de leurs branches. La rivière au-dessous était un torrent écumani avec plusieurs chutes d'eau; la vallée devenait plus élroile el exlrèniemenl sauvage. C'est à peine s'il semblait y avoir de la |ilace piuu' la nuili', (pii conlinuait à èlre excidienle el qui esl laillée dans le roc : on a construit des rnurs sur le bord de l'eau, |miiu' protéger la l'onle coiilre li's lorrenls, el des blocs de (lierre sont placés à peu de dislance les uns des autres, comme sauvegarde additionnelle.

Une ferme barrail la roule, (jui passait par une porte dans la cour; c'est Garnes, dont h's bàlimenls forment un carré. Tout paraissait étrange, primitif el ancien. Celle ferme apparlenail à une veuve. Deux jolies fdles, d'environ dix-huit ans, lavaienl le plancher du parloir; l'une d'elles avait la figure d'une Vénus; sa chemise ouverte révélait ses formes presque jus(|u'à la taille ; mais il faisait chaud, et elle élail parfaitement inconsciente de commettre la moindre inconvenance.

L'hôtesse me d(»nna un bon dîner el ne vonlul pas en recevoir le montanl. ■■ \on. dil-elle; il fuil que vous l'eveniez; vous serez Ion-

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jours le Lien reçu. Les Norvégiens smit nniiralenient traités on Amérique; vous le serez par moi. »

Plus loin, la roule était liarréc par uni' autre ancienne fi'rme carrée, appelée Xaes. Une fuis les fermes de (iarnes et de Xaes passées, la végétation s'améliorait en descendaiil vers la mer; le sol était Inrmé de [cirasses d'alluvions. Les champs de seigle jaune contrastaient avec les sombres pins et bientôt la vue sublime des vallées de Suul et de Verdal, vint frapper nos yeux. Au loin, on distinguait le superbe fiord Trondlijem, et, âmes pieds, la contrée était couverte de fermes et d'habitations. Les terrasses se sur])londiaient l'une raulre; une rivière cnuLiil dans le milieu de la vallée, (pii a plusieurs milles de large, flanquée par des numtagnes ombragées d'immenses forêts. Des collines rondes et ovales formaient de petits plateaux à diflérents poiids, et jaunissaient sous les récoltes de grains: ravins, pâturages, prairies, bois, montagnes et champs dorés, tout se mêlait ensemble. En bien des places, les C(Més des pins liassi's terrasses pi'és de la làviéi'e a\aieul glissé et laissaient voir la couleur grise des rives argileuses. De rendi'dil di'i j'étais arrêté, la scène apparaissait comme un pays enchanté, féeriipie; dans toute la Norvège, il n'est pas de paysage plus charmant.

A mesure que nous descendions et (jue nous regardions les maisons de fermes, elles nous jtaraissaieni pauvres et beaucduji nuiins piltores(|ues que quand nous les vîmes à distance. Il sendilait y l'u avdir trop, la |)r()priètè ayant été di\isée;i l'infini. Les toits des maisons étaii'iit couverts de terre, et la vacherie s'y trouvait attachée: elle fdiniait souvent une partie de l'habitation.

De beaux enfants udrvégiens, aux cheveux blunds, cinu'aient pai'Idul, tête et pieils mis. Heaucuup avaii'iil él(' dans les liois et revenaient à la maison chargés de jeunes bi'anches de hdideaux ipii ili'vaieni sei'viide fdurrage en hiver anx cliévivs et aux moutons. De nombreux pigenns |iii'(ii-aieiit d.nis ces fermes, et les ponlets y étaiiMil .diondants.

Nous atteignîmes eidiii la \iNe muvegienne de Levauger, excessivenieiil projti'e ipniiipie les rues ne fussent point pavées: les Idits cunverts de tuiles rouges dnnuaient un asjiect jnyenx à l'endriiit: (pielques années plus tôt, elle avait été presque entièrement détruite par le feu: elle a aussi un hôpital, car les Norvégiens prennent grand soin île

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leurs malades pauvres. Le porl est bien abiilé et nlïie un ancrai,'!' sûr. Deux foires ont lieu ici tous les ans et sont fréquentées par un i^rand noniiire de Suédois ^U^ .leinlland el daulres parties du pays.

Non loin de Levanger est le hameau de Sliklestad, célèbre comme étant l'endroit où saint Olaf fut tué dans une grande bataille. Sur la place oii tomba le guerrier chrétien, on voit les restes d'un vieux pilier de pierre, avec une croix de fer au sommet; ou eu a érigé un moderne à coté.

L'église est très ancienne el construite en pierres; ou dil ipi'elle s'est enfoncée de six pieds an-dessous de son prender niveau. Sur les murs, je comptai vingt peintures primitives (pu datent d'avant la Réformation; elles illustrent les histoires de la Bible repi'ésentaut Adam et Eve, tous deux nus; Adam, sous le [)ommier, (enté par Eve est vraiment idaisant; puis vienneid Malthieu, Marc, Luc et .Icau, différentes phases de la vie du Christ, se li'inuuant par la Crucilixion.

De Levanger, en se dirigeant au sud vers la ville de Ti'ondlijem, à environ cinquante milles plus loin en desceudaul le tiord, la scène, sur terre et sur eau, est fort belle. La route se déroule superbe jtar des fermes bien li'uues el des haun'aux, parmi des collines boisées ouiianl ça el la le lioi'd. Celle pai'lie du Troudlijem-Stift est une des plus fertiles de la Norvège, et, quand, le 9 septembre, je quittai Levanger, la récolte du foin avait été rentrée avec succès. Les champs de grains étaient à peu près aussi avancés que dans les provinces de la Suède que nous venions de visiter. Nous voyagions entre le 63° et le 04" de lalilude, el les grosi'illes el li's IVaises étaient eulièriMueiil [lassées.

Le long de la côte et des fiords de la Norvège, le })riutemps est plus précoce qu'en Suède; la végétation est plus eu retard, parce cpie le climat n'est pas aussi sec et (|ue le soleil y brille moins ; mais il n'est pas aussi sujet aux gelées soudaines, ipd arrivent rarement en août, el aucune n'avait encore ap|iaiii à la date de notre arrivée.

l'iès de Levanger, sur la roule, je m'aïa-èlai à une de ces grandes //('/■rri/uard {{enne de genlillnjmme) (|ue l'on rencontre çà et là dans le Nordiaud norvégien, et ([ue l'on distingue aisément par leur apparence

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(le |iii)|ircl('', par (les jardins |iolagors (id'agi'éiiii'iil, par des plaiilalidiis d'arbres ili' la f^//i//'i/' du liundc ilidiidi'. IVriiiii'i' prupiàiMairc de sa Icrrc). Colle-ci se faisait i('iiian|uer par les iliiaeiisioiis de ses liàliiiicids : la. maison d'Iialiilalidii avait 1 'lO pieds de Iimil;, avec un éta u;e supérieur, el large en proportion; un jardin lui faisait face; derrière, la cour était flan(|uée de Inds autres grands liàtiments, (pii, avec l'iiabitation, faisaient un enelus d'environ 200 pieds de lari^e, et 2oO de loni;'; au centre du carré, leau venait des montagnes par >{('<■ tuyaux. Un des bâtiments avait des étables jiour plus de oO vaidn's. el une écurie pour Oclicvaux; au-dessus de la vaclierie se ti-ouvail lui grenier où l'on pouvait emmagasiner plus de cent tonnes di' foin.

Le monde était occupé à la réecdte; les fenunes liaient les gerliesel senddaient sonlfrir di' la chaleur ilu soleil; lieain-ou|i ne portaient ipinne longue chemise en toile avec i\t'^ m;inclies, et un inouidioir uoiié comme ceinture autour de la lailli'; dans lein' innocence, elles ne paraissaient nullement alai'mées, lorsipie, en se liaissanl. elles faisaient voir leur poitrine.

Je ne m'étonnai |ilus di- re\ci'llence i\f<. rouli'S de la \or\ége (piand Ji' vis la manière ihinl on les a conslrintes. On a l'ail d'abord inie fondation de gi'os blocs l'onds, sui' lesipiels on a placé i\cs niorceanx de granit ou de gneiss ;i une profondeur de \'6 ;'i ly |(ouces; puis li' loul a été recouNcrt d'nne épaisse couche de gravier; je compris alors pourquoi la pluie ni la neige ne les ;dfeclaieid. P.ir moments, la roule était très accidentée, ce ipn rendait les monli''i's et les descentes escarpées; ;i la station, les pone\s étaieid en meilleure ciindilion (pie sur lieaucou|) di' routes; cela tenait à ce ipi'il y avait peu de voyageuis. Dans celte région, aussitôt ijue commence l.i descente, (in h'iclie les rênes aux chevaux, qui, immédiatement, dégringolent les collines à triple galop. Leur allure est effrayante, mais ils ont le pied si sûr, (pi'il n'y a point de danger.

Les fermes varient beaucdup selon les distiàcls. Depuis Forliord, la vallée élail bien peuplée, mais les b'rmes petites. La plupart des demeures des pauvres gens n'avaieid (pie des toits couverts d'herbe, tandis (pie d'autres l'étaient avec des barde;iux; un ('('ilé de la maison

1; GiUiid, !/iint, IVniic. Uôiclr, ^iiig. Ut/;(</i.c, jiliir.

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avait élO lùscrvé aux vaclu's, cIm'vics cl iiiiniliuis; d'aulres encore avaient de petites maisons liasses (lour le liétail.

Quant à la nourrilure. les stations sur celle l'oule élaienl pauvres; cependant, on [louvait l'aciliMueul y trouver des a-ufs et du lard, avec d'excellent calé, du lail, du lienrre, du l'ronianc el de la iialelte (flutbrô(I).

Le pittoresipie hameau de iliindevii^eu (/•/'//, en iKn'végieu, signilie danse»), avec sa petite fdature de colon, est silué pi'ès de la rivière. Les maisons sont couvertes imi ardoises, (ui en tuiles ron,ucs, en bardeaux et en terre. Prés du bord, ou avait construit (pielipies magasins pour le lioisson, sur des [liliers en bois, el trois semaques étaient échouées sur la plage. Les jours diminuaient rai)idement, et, vers huit heures, les coidours des nuinlagnes n'ap|)araissaieut [)lus ([u'estonipés dans le crépuscule; un \w\\ i)lns tard, faïu-ore boréale lança ses jets de lumière au zénith.

En a|i[)ro(diaut de Trondhjem, je vis émerger du tiord Tile de Munkholm, sur la(|uelle on a construit, pour la défense de la ville, des rortilications ([ui sont en progrés. Sur l'ile, un monastère de bénédictins fut fondé en 1028; il n'en reste ]dus que queli|ues ruines qui sont enclavées dans les murs de la forteresse.

En traversant les rues de Trondlijem, j'ap|iris à mes dépens l'elïet des jiavés en cailloux sur celui qui occupe une carriole sans ressorts. 11 me semblait que mes os allaient se briser, et je fus heureux lorsipie, broyé, concassé, je mis pied à terre devant l'hôtel, où le service était très propre, et oi^i tout semblait luxueux comparé à la chère des stations.

Trondhjem, autrefois capitale de la Norvège, est à 63° 20' latitude. On dit qu'elle fut fondée par Olaf Tryggvason, eu 997. Sa population est d'environ 21,000 âmes; un raiiway la met en communication directe avec Christiania; en po|u]lati(jn, elle tient le troisième rang parmi les villes de la Norvège. Elle est bâtie sur les bords d'une baie à l'embouchure de la rivière Nid; c'est en celle ville (pie le roi de Norvège et de Suéde vient se faire couronner l'oi de Norvège. Elle a un aspect triste, de nombreux incendies ayant détruit les maisons en bois dans plusieurs parties de la ville. L'air de silence qui jjlane sur cette ville semble prouver (|u'elle a vu de meilleurs jours ; car l'herbe

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pousse dans liien des rues. On csiinv (|iravec ses nouvelles coiiiiiuinicaliiiiis par voie de fei', elle i'(''ciipérira un peu de sa gi'andeur el de sa l)rospérité passées. C'esl la résidence d'un « stif amlniaml » el dini évêque, le siège dune cour supéiàenn^ de jusiiee, el elle renfeiaue un grand hôpital. Elle a [ilusieurs journaux du malin et un de l'après-midi. Les écoles sont nombreuses, et, ici connue ailleurs, la visite que j'y lis m'inléressa beaucoup.

Eu été, la ville est pleine de touristes, principalement d'Anglais, dont la plupart aiment à y venir de Cbristiania par la roule deGulbrausdal. Comme les étrangers ont l'Iiabitude d'atlecler des airs de supériorité, les habitants ne semblent pas se soucier d'eux ; aussi ont-ils la réi)Utation d'être généralement froids et plus réservés (pie ceux des autres villes. Le grand nombre des voyageurs a démoralisé les basses classes, qui ont appris à deniamler des prix exorbitants pnur les vnilures, les Ijacs, le transpnri des bagages et aulres sei'vices. Deux Anglais el moi, p^ui- liaverser la rivièi'e Nid, — laipielle n'esl pas plus large ijn'une grande riu", — udus fûmes taxés de deux marks. Je refusai de payer ce ninnlanl, mais les Anglais conseiilirent, encourageant ainsi le passi'ur dans ses exlorsions. Le tarif régidier n'est que de quelques sols, el le (bôle aurail été puni dune forle amende si j'avais porté plainte.

La cathédrale est très belle; c'esl nu des phis anciens bàiinienls en pierre de la Norvège. On la reslainc, el elle perdra, j'en ai peur, Sun as[ii'cl élrange. lanl eslinié pio' 1rs anialeni'S d'antiipiités.

L'entrée du linnl depuis le sud esl au indien d'un an-lii|iel. et prés de son embouchure se Iniuve llileicn. la plus grande île di' la Norvège au sud du pôle Arcliipie; au delà, on entre dans le li(ird Trondlijem proprement dil, avec le lioi'd Slvjoreu au nord-esl. Il Idoriie ensuile vers le sml-esl, en envuyanl une de ses branches au sud, puis à l'est vers Trondlijem. De celle ville, il coiirl au nurd-est dans Stôrdalshalsen, Levanger et Vaerdalsôren. el rejuinl plus loin au nord par un passage étroit le fidrd Heitslad à Stenkjaer; de cet eiidroil, on peut aller en voiture jiisi|u"à Namsos, el monter la Namdal, 'où liiiil la route. La longueur du liord, y compris celui delieilslad, esl de plus de 70 milles.

On ne niampiera pas de visiler la Lierfossen, dislaiile environ de

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