‹ Le pays du soleil de minuitChapitre 53 sur 147 · UN CHEVAL DANS DU COTON · texte numérisé non relu

UN CHEVAL DANS DU COTON

pieds ;iu-(1pssiis de la mer; de là, un loiir de deux milles à la voile, lui fait iireiidre terre à Melen, à sept milles de la frontière norvégienne.

Par rancienne route d'Oslersund à la frontière de Norvège, la scène varie entre de longues bandes de forêts et des cdiamps d'orge, de seigle el d'avoine. On plante énormément une sorte de pois, ouvesce, (Idhl un se sert comme de fourrage poiu' le hèlail.

A une station, une vieille femme allait être mon conducteur. Le cheval attelé semblait aussi vieux qu'elle et c'était l'animal le plus jtaresseux que j'eusse jamais vu. La femme, dans la crainte continuelle de le fatiguer, descendait au pied de chaque colline, le caressait, lui donnait du pain nuir (pi'elle coupait à une miche préparée spécialemenl [lonr l'animal, et y ajonlail une [loignèe de foin. Chaipie fois ipu^ je mettais pied à terre pour soulager le cheval, elle paraissait enchantée; mais alors, et aitpaicmment sans raison, elle s'arrêtait quelque temps pour lui donner le temps de souffler; elle le palpait par tout le corps, alin de voir si elle ne découvrirait pas de la moiteur. Une fois, elle crut s'apercevoir qu'il avait chaud; il fallut nous arrêter plus d'un iprirl d'heure pour h' laisser se rafraîchir. Le cheval, tpii savait avec (pielle tendresse on le liailait, était assez intelligent pour deviner comment il devait agir; aussi, c'est à peine si nous pûmes lui faire prendre le trot; quelque cri, quelque flatterie que nous lui eussions prodigués ne l'auraient jias fait marcher un pas plus vite qu'il ne lui plaisait. .le fus néanmoins enchanté de ma vénérable conductrice, et, comme la scène éhiil très belle, le temps passa agréablenienl. .\olre roule courait entre le lac el les collines couvertes de bouleaux, de pins et de sapins; les montagnes s'estompaient dans le lointain. En approchant d'Areskutan, le pays devint plus sauvage, et je comptai plus de trente plaques de neige sur la montagne.

.le lis halte à une îles fermes situées à la base d'Areskutan, mais personne n'était dans la maison, tous les liabilanls se trouvaient occu|)és dans les champs; une servante qui nous avait vus approcher vint nous demander qui nous étions, et s'en fut appeler Hans Benjamin, le fermier, qui se montra bientôt, nous souhaita la liienvenue, el consentit à me conduire au sommet de la montagne.

Cette ferme avait deux habitations : l'une pour l'Iiivei-, qui était inliabilée, avait dans un coin une s|iacieuse cheminée, consistant en

une plato-formo liniilc (rcnviron un picil, et près do Iniiiicllc pendait une crémaillèie; pendant les mois d'été, l'ouverture de la elieminée avait été reni]ilie de braucdies de genévrier; le planciicr était propre, et, comme d'hahilude, on y avait l'épamln îles brindilles de genêt jionr ddiiner une odeur agréable à la rliandirc : les autres étaii'ul lenues avec le même bon ordre; quand on ne peut se procurer de branches de genévrier, de sapin ou de pin, on se sert de feuilles de bouleau ou d'autre arbre.

Un sonunel d'Ai'eskiilan, 4,958 ]iieils ilc liaul, j'eus devant les yeux un splendiile ])an(iraina de chaînes di' nnmlagnes constellées de lacs, dans les(|uelles pliisiein's des pins grandes riviéresde Scandinavie prennent leurs sources, ou ont une bonne [larlie de leurs déversements; les eaux courent soit de l'est à l'ouest, ou du nord au sud; parmi les plus importantes sont l'Angerman, l'Indals, la Ljusiie, la Slôrdal, et la Glommen; — cette dernière es! la plus giaiidc l'iviére de la Norvège.

Surle pic d'Areskulan, je Injuvai une urne en pierre, dans laipiclle élail placée une boite en étaiu, coutenanl mi livre avec des pages blanches; j'ajoutai mou nom à ceux déjà inscrits, je tirai deux coups de fusil, et, après une descente d'uni' heure un quart, j'arrivai à la ferme d'où j'étais parti.

Dans la soirée, les fermiers vinrent nous voir el nous jiassàmes un bon inonieni ; je fus obligé de porter le .v/y// — i|ui sigrulie : « a voire santé )t — avec eux : il n'y avait pas uniyen de fiire aulremenl, car si le convive rehise, ces gens s'en olfensenl et le Iraileul d'orgueilleux. Aux temps anciens, on appelait « skal » la coupe à boire ; — de là ce nom.

De celte ferme à Skalstugan et à la froiilière de Norvège, la scène devieni niouotome, car elle ne consiste (pi'en liu'èls el en marais; les poteaux lélégraphi(pies sont les seuls signes appai'cnls de civilisalion, outre la roule: le sol esl plus siérile. el les maisons de h'rmes ne sont pas peinles.

A environ Irois milles avanl d'atteindre Slallljeinsslugan. (»n admire une des plus belles (dniies d'eau de la Suède : Tânnforsen. La rivière a environ ÎSO pieds de largeiu'. el esl divisée par un l'oclier appelé « le rocher de l'oin-s », à cause d'iui de ces aiuuiaiix ipii se nova en essavani de traverser la rivière à la nage. Elle plonge d'environ 90 pieds en nap|ie écumeuse. el forme au-dessous un lac pilloi'esipu'.

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