‹ Le pays du soleil de minuitChapitre 57 sur 147 · PRENEZ GARDE A VOS COURROIES · texte numérisé non relu

PRENEZ GARDE A VOS COURROIES

centlit et demanda aussi l(Jt un cheval. Elle habitait sur les jjords de la Mjûsen et était filli^ d'un des plus riches fermiers de celte région; elle venait de Trondhjem, et retournait chez elle parce que (pielipi'un de sa famille était très malade. Ainsi l'affection lui faisait braver la tempête, tandis que moi, paresseux et insouciant, je craignais de faire face à la pluie et au grésil. Je me sentis houleux et je me demandai ce que j'avais fait du sang qui autrefois me portait à affronter les dangers dans les contrées lointaines; étais-je donc devenu si efféminé, (pie j'eusse peur du mauvais temps?

Je dis à la jeune dame : <( Je pars aussi, frôken; si vous pouvez voyager par ce temps, je le puis également. — J'en suis bien heureuse, répondit-elle avec naïveté et bonhomie; ce sera bien plus agréable pour moi, car je suis toute seule. » — Je commandai un cheval, et, quand elle eut pris une tasse de café pour se réchauffer, nous fûmes prêts à partir. Je lui prêtai mon surtout, car elle avait été mouillée jusqu'aux os, et je montai dans ma carriole. Peu auparavant, j'avais été victime d'une petite coquinerie. A la station d'Aune, mon bagage m'avait manqué; il avait été défiosé dans la station, mnis siiiis la courroie; la même chose me serait arrivée ici, si je n'avais été sur mes gardes, — mon domestique ayant laissé la courroie dans la carriole, comme s'il l'avait oubliée. Cela arrive communément quand on voyage dans certains districts situés entre Trondhjem et Christiania; on ne vole pas les courroies dans le but de les vendre et d'en tirer prohl.mais pour l'usage particulier de ceux qui les dérobent, et les gens qui commettent ce larcin ne prendraient pas autre chose. Je ne ci'ois pas avoir rencontré de voyageur qui n'ait eu à s'en phiindic, et ma jeune compagne de voyage s'en plaignit aussi.

La scène, quand j'eus quitté la ville de Trondhjem, me parut très belle. Par moments, la route était taillée dans le roc, le long des bords des précipices, ayant la rivière Driva à sept cents pieds au-dessous. En approchant du Dovrc field, la nouvelle route est construite avec tant d'habileté, (pie la montée semble insensible. La Norvège a produit les meilleurs ingénieurs du monde, dont le talent a triomphé de difficultés en apparence insurmontables, et il n'est i)as de pays, excepté la Suisse, où leur génie soit i)lus hautement apprécié.

Bien que nous ne fussions (ju'au 17 septembre, le vent était d'un

frniil peiTonl cl les sommets des monlagnes de Dovre se coiivrnient d'uo manteau de neige; le mercure se tenait à 24°. Les pluies de ces derniers jours avaient gonflé le torrent de la turiiulente Diiva, (|ui, peiulant un espace de pi('S(|iie cinquante yards, se précii>ilait avec rage dans lui torlneux canal, entre des murs de idcliers séparés l'ini de l'autre de moins de 15 pieds. A la station de Drivsinen, à enviidii 2,200 pieds au-dessus de la mer, la vue est énuiuvante.

Un peu plus loin, la montagneuse et solitaire slalion de Kungsvold est niellée dans une gorge du Drivsdal, aune hauteur de 3,0(33 pieds au-dessus de la mer. Le vent sonlïlail l'nrieusemeiit, mais ma compagne y paraissait indifférente, anxieuse ([u'elle élail d'arriver cliez elle. Le cheval que l'on m'avait donné à la station semhlait avoir deviné que je n'avais point de fouet, et tous mes efforts pour lui faire jirendre une allure plus accélérée demeurèrent infructueux jusqu'à ce qui' j'eusse ordonné à mon postillon de coupei' une haguette de saule dont la vue ])roduisil sui' l'animal un elfel magiipie. Quand nous alleignimes le plus liant point de la rouli\ 4,594 pieds au-dessus du niveau île la mer, le thermomètre marquait 22°. Nous descendîmes alors vers un groupe de sombres maisons à Hjerdkin, la slafion montagneuse la plus élevée sur le Dovre lield, fondée dans la premiéie moitié du xf siècle et nommée Fieldstiien. Les indigènes ont conservé leur hoimételé malgré les fenlalions qu'olïre une des slaliuns les plus fi'éqnenlées entre Trondjliem et Chrisliania. Les voyageurs s'a ri'è lent iri en élé el en hiver, el duraul les mois d'élé, l'endroit est toujours plein d'élrangers, surloul d'Anglais. Celle localité el .ses environs exeiceni une sorle de fascinalion. Le touriste peut parcourir le plaleau du Dovre field, rafraîchi (lar des brises forlilianles; le botaniste y trouvera en aljiiiidance d'ex(|uises fleurs n.iliirelles. Les courses sur les collines, avec de geulils pimeys norvégiens au pied si sûr, sont exlrènu'inenl agréables; le piélnu qui aime à gravir les al[)es peut faire l'ascension du Snehaelten, la plus haute moniagne de la chaîne ipii s'élève à 7,714 pieds, et ex[)lorer ses glaciers; et, quoique le renne soit rare aujourd'hui, l'ieil exercé du chasseur p.nvieiidia encore à en démnvrir de |ieliles Inuqtes. Lanmirrilnre est bonne; la crème, le lai! el le beiu're sont paifails. Les piix se tii-'inienl un peu jdus cher que dans beaucoup d'autres places; mais la distance de |;i nier est grande. En Norvège, on ne considère pas le voyageur

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