CHAPITRE XXII
LE FIOUD AAUUAL
Le liord Aardal. — Sa s|)li'iiilitk' oiiliéo. — Vallées sauvages des lionls. — liateaux sur le lac. — Retour des «saeters». — Uu lar Ingubie.— La ferme Moen. — La lijaellcdal-foss etia Hagadalfoss. — La ferme de ILjfdal. — La ferme de Vetli. — Le Mark ou Vetli-foss. — Le liord Aurland. — Le liord Naero. — Cirandeur de la scène. — (ludrangen. — I,a Xaerodal. — La bruche de Slalluiui. — In li.'.'.u paysage. — Vossevangen. — Le liurd (iraveii.
Du Lyslcr, L'ii rcM'h.iiil ;iii lim'il |iiiiirip;il. dii ciiln"' il;iiis IWardal, conliniialidii du So,nii(' ol son Vxtrémilr la plus orieiilalo. A son oiilrée, s'élève in Huillciiakkcii, i,OfK) iiicds, cl, du L'ôté opposé, la Bdoniioliiaase, 3,800 pieds, avec des inuiilagiies encore plus liaules derrière elles.
Les jours d'aiilouine élaient venus, el je naviguais à la voile sur le liord, lorsipie mon bateau deiiK'iiia (pielipie h'iiips slalioniiaire par manque de veiil, el à mi-eheiuin enire ees luoniagnes; la scène (|ui s'olïrait à mes yeux èlail d'iuie grandeur (pii n'esi surpassée nulle [lart, el rarement égalée, mémo en Scandinavie.
Parnu les vallées sauvages, en liant des monlagnes, il laut ci.ler Oferdal (Âarferdal); prés du rivage on voyait quekfueâ pauvres fermes ; des filets sécliaienl sur des perches auprès des liangars et des groupes de blonds enfants jouaient ensemble; ces endroits d'un aspi'cl si pauvre regorgent d'enfants. De petits tas de cailloux prouvaiiMit que l'on aviiil
VAI.I.KES SAUVAliES 273
essayé de délilayer la lerri' poiii' la inellri' en riilliiri'. Aanlalstangen est le dernier liameaii à l'exlréniilé siipéiaeiire du lioi'd.
Dans ces hameaux, les maisons sunl petites, peu commodes et pas très propres. La meilleure appaitient haliitiiellement au marrliand de l'endroit, letpiel, — natif de ipiehpie ville ou de (pieique grand hameau, — dans son humide lidulique, fournit aux habitants les articles dont ils ont besoin pour leur nouriiture ou leurs vêtements; parfois il se livre à de petites spéculations sur le beurre, le fi'omage et même le bétail, qu'il envoie par le steamer dans les grandes villes; ses profits ne son! pas forts, et il se montre satisfait si, dans le coiu's d'une année, il a |)u mettre de coté cent ou deux cents dollars. La maison du marchand sert d'aujjerge, et l'étranger y trouvera propreté et bonne nourriture. Le marchand d'ici, Jens Klingenberg, n'était pas chez lui: mais son excellente femme et son fils me reçurent avi'c beauconp de lioiilé, d'autant plus que je leur apportai une lettri' de recommamlalion d'iui de leurs amis.
Ces vallées des liords son! extrêmement sauvages et âpres; les fermes ne communiquent entre elles que par un sentier praticable ;'i cheval. Elles doivent oil'iii' des charmes paiticuliers à l'amant de la natui'e, surtout ici ipie l'une d'elles contient la [iliis belle (diute d'eau de la Norvège, la Vetti, appelée aussi Môrk-foss. Le trajet pour y aller et en revenir demande moins d'un jour.
Dans cette abrupte vallée, qui est la contiiuialion du tiord, à une faible distance dans l'intérieur, se trouve un lac pittoresque dont les eaux sont d'un beau vert foncé. Pliisieius grands bateaux plats, fpii servent à transporter le bétail jusqu'aux sentiers conduisant aux « saeters », étaient échoués sur la plage. La montagne Stigebjerg s'élève perpendiculairement au lac. el une cliule d'eau déidiainée tombe en blanche écume d'une hauleiu' voisine.
Tout était vie sur le lac; les bateaiiv plais chargés de bétail, de moutons et de porcs, allaient dans toutes les directions. L'été était passé. Les jeunes filles rentraient dans leurs foyers, eiK'liaidées de (piilter leurs retraites montagneuses, et les villageois les transportaient avec le fromage et le beurre qu'elles avaient faits. Vers le milieu du lac, on jouit d'une vue superbement sauvage. D'ime part, la masse gigantesque des rochers tombe à pii! dans l'eau, et, un peu plus loin.
une grande cascade, la Hellegaard-fdss, se i)réci|>ite en blanche écume cl ])araît plus blanche encore par la somliic nature des rochers. Plusieurs « saeters » sont perchés luiit auhaiil, Inii d'eux s'appelle Kvenli. Peu a|irès apparaît derrière une autre masse lilanclie de vagues écumeuses, le Stige-foss, qui est d'abord caché à la vue.
Si l'on regarde en arrière vers le fîord, un spectacle farouche frappe les yeux, et l'on ne peut croire que ce soit le même pays par où l'on vient de passer; des monts sourcilleux et d'affreux ravins se lonl voir dans toutes les directions, et les feuilles jaunissantes des bouleanx et de l'herbe semblent belles. Près de l'extrémité supérieure, sur son rivage septentrional, se dessine la vallée de Nondal, avec des fermes juchées à 2,000 pieds au-dessus de l'eau. A la pointe du lac, la vallée de l'Aardal prend le nom de Ulladal, et conduit à laVelti-foss. Elle C(unt piesiiiie parallèlement au fiord Lysler, dont elle est séparée par des niasses de montagnes de vingl-cin(j milles de large, terminées par le Horunger, à 7,020 pieds de hauteur, et entouré de glaciers. Du côté de l'est, les montagnes s'élèvent à G,.S00 pieds, et les lacs et les torrents offrent à l'artiste des sources de délices. Un sentier qui part de la Modal, conduit à File fleld et à Nystuen, sur la route postale de la iioinle du fiord Laerdal à (llirisliania.
Il y a là une jolie ferme, appelée Moen, où l'on trouve des logements confortables. A (|ui'l(|ne dislance dr la maison, un éjieroii de la montagne couvert de sapins, semble barrer le chemin; mais, au delà, on arrive dans un superbe vallon, avec des fernu's, (pii fait l'effet d'une émeraude. Cet endroit charmant |ieut avoir un niille anglais de longueur. Knsnite la v.ijlée se l'élrécil et deviriil presi|ne ini ravin jonché de fragments arnudiés des montagnes et bordé de terrasses occasionnelles. On liasse devant la ferme de Svalheim et Ton atteint l'Hjelledal-foss, superbe cascade londiant en nnp|)e d'écume d'une hauteur de sept à huit cents pieds, et ensuite l'Hagadal-foss, à peu prés aussi liante. Au-dessus, la rivière est traversée par un pont élroil et IVèle, formé de deux ou trois troncs de sajùns; de l'aulre côlé, on voilipielques champs d'orge et des pièces de pommes de terre. En haut, sur la montagne, se trouve la ferme Hofdal, dont on approche par lui dangereux sentier, i\\h dblige à fr.incliii' des crevasses sim' un tronc
La Velti, ou Moïk-fuss.
LA VETTI-FOSS 279
(rarbiï', ou le loiii;' des rochers glahit's, auxi|ii('ls on a allarlié des arbres pour empêcher h^s piétons de glisser sur la «lace en hiver. Même en ce lieu solitaire, où Innienl les vents et où les tempêtes se déchaînent, on aperçoit des traces de végétation : — assez de foin pour nourrir ipndqnes vaches pi'iidaiil l'hiver, et assez de bouleaux pour fournir du chauffage. L'Utladal devient ensuite très étroite et presque obstruée par d'énormes quartiers de rochers, qui tombent chaque année des montagnes et contre lestpiels se brise le torrenl (pii lemplit la vallée de son rugissement. Soudain elle s'élargit de nouveau, et sur la colline on eidrevoit la ferme de Vetli, où le touriste peut s'arrêter une nuit.
De la maison, nu sentier en zigzag conduit aux hauteurs et à l'abîme, du bord duquel, eu se couchant à plat ventre, on peut s'aventurer à regarder dans les profondeurs et suivre la chute du regard. Un autre sentier mène dans la vallée et au pied de la Vetti-foss, ou Môrk-foss. Cette superbe chute d'eau est i'ornu''e par un courant (jui vient de deux lacs à la base du plateau de Koldedal, haut de 5,510 pieds. Du haut d'un mur perpendiculaire, formant presque un demi-cercle, le courant se précipite d'une hauteur de plus de 1,000 pieds. Vers la fin de l'été son volume d'eau est si faible, qu'il tombe tout doucement en transparente colonne d'embrun, paraissant plus blanche encore par son contact avec les nuns sombres qui forment l'arrière. Je m'étonnai que ce nuage d'embrun ju'it produire nu tel volume d'eau, s'élançant si violemment parmi les rochers, ({ue je ne pus traverser que difficilement de l'autre côté, d'où l'on obtient une meilleure vue de la chute. Le sol et les rochers sont couverts d'une sondjre fongosité et tout contribue à rendre l'embrun plus blanc. Je ne pus voii' de terre au delà; seulement quelques bouleaux sur le sommet. La chute était verticale, une petite partie d'eau seulement frappe les murs rocheux. Pendantque je regardais, la colonne li(piide commença à se mouvoir ; la brise qui se levait la faisait balayer les muis et se balancer comme un i)endule sur un es|iace de 250 pieds; un saut île vent plus fort s'étant fait sentir, toute la masse se répandit en une transi)arenle nappe d'embrun du sommet jusipi'en lias; le vent cessa et elle se recontracla en une blanche colonne. Je demeurai longtem[)s à regarder ce fascinant spectacle, auquel j'eus île la peine à m'arracher. Cette chute d'eau ressemble à celle de Staubach, dans la vallée de Lauterbrunnen, en Suisse,
'2H[) I>1-: PAYS Dr SOl.Ell. DE MlNllT
et encore, selon les descriptions et les photographies, à la poiiiim supérieure (le la chute d'Yosemite, celte fameuse vallée de Californie. Cctic dernière toniiic vcriii-alemciil d'environ 1,000 ]iieds dans un précipice de granit et varie en apparence selon son volume d'eau en différentes saisons; de même aussi sa colonne li(inide est le jouet des vents. Mais la Mûrk-foss a plus d'eau. Ces chutes d'eau, pareilles à des voiles de mariées, se comptent par centaines en Norvège.
l'akuland
Sur le bord méridional du Sogne,à quelques dix milles à l'ouest de Laerdalsôren, on arrive au grand fiord de l'Aurland. La profondeur de la mer à son entrée dépasse 3,000 pieds et sa largeur n'atteint pas un demi-mille; les approches en sont superbes. Les montagnes qui s'élèvent de la mer, les ravins, les rochers, les précipices et les forêts se condiinent pour offrir un spectacle rarement égalé. Sur le bord occidental se i)résente le glacier de Fresvik, de la base duquel plusieurs vallées pittoresques s'embranchent dans diverses directions.
Quand on a navigué itcndant huit milles, l'Aurland se bifurque : un côté s'appelle le fiord Naerô, mais nous suivrons d'abord le premier. Vue ferme (pie l'on nomme Stege, est perchée tellement haut que l'on se demande comment font les gens pour y arriver depuis le fiord; sur le bord opposé, c'est Nedberge, et, sur le Kajipadal, on dislingue deux fermes; les bâtiments sont si éloignés (pi'on les aperçoit à peine avec leurs toits en terre, ils se confondent avec les rochers. La vallée d'Underdal est d'un côté, près de Flenje-Eggen ; de l'autre, c'est Steganaase. A l'est (le la vallée de Skjœrdal, le BlaaskavI s'élève de 5,630 pieds au-dessus de la mer.
Le hameau d'Aurland a (piehpies maisons peintes et une bonne auberge. A quatre ou cinq milles plus loin, on touche à l'extrémité du fiord, qui finit en une étroite vallée renfermant des fermes.
Une masse rocheuse d'environ six milles séjiare rAiiiiiiiiJ du finnl Naeri), point culminant de Steganaase, à 5,500 pieds de liauleur. La vue,, à l'ouveilure de ces deux lioids, est magnifi(|ue, et ici la mer a l,i90 pieds de profoiuleur. (Juand on perd la vue du fiord Aurland et que l'on entre dans le Aaeri), h cha(pn^ courbe du terrain, une nouvelle perspective charme la vue; tout est également grand et beau. L'eau est
GASGÀDKS (ilGANTESQL'ES 28.'i
si IranspareiUeel si traiiquille, qu'elle ressemble à im miroir et rélléchil tous les objets qui reuvironnent : pics neigeux, images argentés et sombres forêts. D'immenses masses de granit gris, de gabro et de labradorite s'éièvenl de la mer jus(iu"aux[)ics les plus inaccessibles, et dans leNaerôiioril, le labradorite repose en partie sur des couches de gneiss visibles le long du bord. A droite, la Haegde se je(te de 1,000 pieds dans la vallée, en une série de cascades toutes blanches d'écume; c'est la seule grande chute que j'aie vue dans le fiord Sogne. La première fois que j'entrai dans le Naerô-fiord, je ne jjus retenir un cri d'admiration; je demeurai stupéfait devant ce iirodigieux païKuama; la sublimité (lu spectacle me remplit d'un sentiment de terreur et de surprise ; à peine pouvais-je croire (pie l'eau sur la(|uelle nous voguions était la mer.
Quand on arrive en travers de Dyrdal, — qui est découpé dans le roc, — la scène devient grandiose; de petites fermes, dont les cabanes en rondins de sajjins ont résisté aux ouragans séculaires, en adoucissent l'asjject lugubre. A[)rés (|ue l'on a dépassé Gjejteggen et la ferme de Styve, le liord se contracte soudain, et la profondeur de l'eau n'est plus ipie de 190 pieds. A (piehjues milles de là, la navigation cesse tout à coup, et le Naerôdal s'élève iiresijue imperceptiblement de la mer, continuant son chemin au milieu de ce paysage grandiose, comme le fiord lui-même.
J'ai navigué sur ce fiord dans tontes les saisons, — par un beau soleil, et aussi lors((ue d'épais nuages étaient balayés \r,\v l'ouragan, — mais j'ai toujours trouvé la scène plus belle et i)lus sublime vers la fin d'un jour d'été, avant que le cré[)uscule ait disparu. Il donne une grandeur tellement austère à ces murs gigantesques; leurs contours paraissent tellement fantastiques, que je doute que l'on trouve ailleuis une vue de la mer plus sombre et plus fatale cjue celle du Naerô-fiord.
L'entrée de la vallée de Naerôdal est la digne continuation du fiord. Le hameau de Gudvangen est situé au milieu de blocs gigantesques qui ont été arrachés aux versants de la montagne ; il semble qu'un jour ou faulre une avalanche doit écraser et recouvrir les maisdus de ses habitants sans défiance. De l'autre coté, tombe de 2,000 pieds la chute de Kils-foss ; à certains moments de l'année elle est formée de trois portions distinctes; à d'autres de deux, et quelquefois d'une; le coui'anl
fait un lioinl de ] ,000 pieds sanstoiicluTleroc, sons l('([ncl les portions se rejoignent.
La scène est si sombre à Gndvangen \y,iv un jour de iu'umo, (pie l'esprit le plus léger en serait frappé, et, même par un soleil éclatant, on désire s'éloigner de ce spectacle attristant. Près de là, une petite diapelle, à hiipielle on arrive par un étroit sentier, domine la mer; en i)lnsieiirs places, le rocher a été écaillé, et une barrière en fer empêche le piéton de glisser sur la glace et de tomber dans la mer pendant l'hiver.
Marthinus Hansen, le maître de la slalion, était un paifait honnête
Vinge.
homme, au caractère tranquille; sa femme, avec sa bonne figin-e et son bonnet blanc, ressemblait à une madone de l'ancien temps. Une fille nubile, lem- seule enfant, fpi'ils avaient envoyée à l'école à Bergen, les aidait dans les devoirs du ménage; bien qu'elle sût parler anglais, je ne pus parvenir à lui faire dire un mot en cette langue. Il y avait aussi deux servantes, car les voyageurs étaient nombreux pendant celte saison. La petite auberge constituait toute la fortune de la famille, et était des plus confortables; à la vérité, les chambres à coucher étaient petites, mais Hansen disait que, dès qu'il aurait mis de côté assez d'argent, il
Le Jui-'lalsimt
LA BRECIIK 1)1-; STAI.llEIM 287
ajouterait à sa maison un auln; étage. ^ Et, alors, s'écriait-il avec ciitlidusiasini', les voyageurs amunl des cliauilires grandes et commodes! » — l^lis il re|)renait tristement : « C'est si difficile de mettre de l'argent de côté! » Son liunnéteté l'ernpècliait de trom|)erou de rançonner les voyageurs. Je me suis arrêté |)lusieurs fuis chez le bon vieux Hansen, et plus je l'ai ((iiiiiii, plus je l'ai aimé. — De temps en temps, nous nous écrivdus, et, dans sa dernière lettre, il m'a|i|irenait (pie beaucou[) de voyageurs s'étaient arrêtés à Gudvangen; je suis sur ipi'ils ont été traités amicalement et honnêtement.
A partir du fiord Naern, l'un des grands chemins les plus pittoresques et les meilleurs de la Xurvége traverse Eide, à la pointe du fiord Graven, sur l'Hardanger, à une distance d'environ 48 milles. Aucnne autre vallée de Norvège, où [lasse une grande roule, ne peut être comparée en tristesse à la Xaerndil: l'Ile sendile (inir subitement, et on croit ne pouvoir aller jilns loin; une brèche infranchissable en apparence barre le chemin; mais on voit au loin les faibles contours d'une route en zigzag permettant le passage : c'est la brèche de Stalheim. Cette œuvre est l'un des exemples les plus remarquables du talent déployé par les ingénieurs de la Norvège; la montée est fatigante, et en hiver, ipiand la glace couvre le sol, elle est dangereuse, et j'en ai fait l'épreuve. Deux charmantes chutes d'eau descendent d'une hauteur de plusieurs centaines de pieds; elles jaillissent en embrun sur les rochers, et forment ensuite la rivière Naero.
De la brèche de Stalheim, la vue de la Naerôdal produit une vive impression. Le Jordaisnut [nut — cône), immense masse de granit, surgit comme un dôme gigantesque qui regarde avec dédain l'étroite vallée. De Stalheim vers le sud, le paysage est riant et beau; on est heureux de laisser derrière soi la lugubre Naerôdal. Forêts, lacs charmants et cours d'eau, vieilles fermes et montagnes couronnées de neige, tout cela, à distance, constitue un magnifique panorama.
La dernière fois que je me rendis au sommet de la brèche, une chose me mampia : la figure d'un vieux mendiant de profession, le seul que j'aie jamais rencontré en Norvège. La première fois que je le vis guettant les étrangers, je refusai de lui donner quelque chose; saii.^ se troubler, il se mit à parler du temps, du bel été, et enfin me dit (pi'il était très pauvre et me redemanda de l'argent. Sur mon refus, il devint
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furieux, cl tiianl de sa jioilic un sac n'inpli de pclilt' inniinaic il le lit SOUMIT l'ii (lisant: « Tnul li' iikhhIc n'est pas aussi ladre i|ue vous; voyez que d'aitj;eut on ni"a diiuuê! Regardez! ivgardez! » — .le pai'lis d'un éf lat de rire et ceci parut vexer encore davantage le vieux misérable. Quand je m'informai de lui auprès du l'aclenr, il me dit que le vieux drcMe (Mail niorl.
Près du hameau de Yinge es! la vieille et bi/.ai're église bâtie en rondins de sa[)ins. il y a deux siècles; le toit est en forme de dôme et parsemé d'étoiles; les murs sont fasiueusement peints; deux croix, l'une en fer et l'autre en bois, étaienl les seuls mcunuiients du cimetière; depuis longtemps oh ne célèbre plus le service divin dans cet édifice.
Je connais peu de districts en Norvège, près d'une grande route, où les gens soient aussi nial|ii(i|ires (|u"ici ; la plupart des maisons sont très sales; en voyageant dans l'iiivei', loi'sipn' j'entrai dans une maison, il m'est arrivé de voir des enfants de dix à douze ans complètement nus; à la vue d'un étianger, ils allaient se cacher derrière le poêle ou se sauvaient.
Les stations entre Gudvangen et Vossevangen sont misérables, et l'on ne peut s'y procurer de la nourriliu'e mangealjle pour un habilanl îles villes; cependant, on y a de bon cale, et quelipiefnis du lard e( du poisson.
Sur la route, au|)rés de la vieille ferme de Triode, pauvre station postale, on voit la Trinde-foss, qui se jjrècipile sur un récif médiocrement boisé, de 400 pieds de haut; ses cascades, si elles ne sont i)as grandioses, aiiparliennenl lïu nmins aux plus sédiiisanles de l;i Norvège. Environ six milles plus loin, en passani par luie conlrée pilloresipu', on alleini le hameau de Yossevangen, sur les boids d'un pelil lac; ici, la roule se ramilie vers Evanger et Bolsladôreii, ;i la pointe du liord courbe de ce nom. Les habilanls de la paroisse di' Vosse sont très intéressants, et un .séjour d'un ilimanche en cet endidil com|»ensera grandemeni le relaid. Le service à riiolcj rieischer est 1res lion; l'iiôle parlait anglais et l'endroit m'a paru conl'orlahle ; r'esl le seul où les voyageurs puissent passer une nuit dans leur roule vers Hardanger, (iord qu'il n'es! permis ;i auciui des visiteurs du j)ays de ne pas aller voir.
l'as 1res loin de Vossevanuen, au milieu des collines entre les lacs
La Ti iiule-fûss.
VOSSEVANGEN 291
Rundal et Lionc, ou les dominant, se trouvent des fermes auxquelles, depuis la vallée, on arrive par une montée rapide. Là, l'étranger peut étudier le caractère primitif de Texcellent et intelligent peuple de Vosse. Leurs femmes tissent des couvre-pieds en laine épaisse appelés aakiaecler , qui, depuis des siècles, jouissent d'une grande réputation chez les fermiers, lesquels aiment les couleurs éclatantes de leurs dessins.
Les vieilles gens du pays de Graue et de Norheim me traitèrent royalement; car leurs enfants, qui vivent dans l'ouest de l'Amérique, sont mes bons amis, et l'un des petits-enfants du bon fermier de Norheim a reçu mon nom, par égard pour moi. Les meilleures choses du garde-manger furent pour Paul, il n'y eut point cesse de « skal » pour Paul. Dans chacune de leuis fermes, les fdies et les autres membres de la famille, comme c'est la coutume en Norvège, — ont d'énormes coffres à l'étage supérieur, oii elles enferment leurs toilettes et autres (d)jets précieux. — Là, chacun avait sa bouteille de vin soigneusement réservée et que l'on n'ouvrait (|ue dans les occasions spéciales, lorsque, par exemple, ils désirent fêter de bons amis. Chacun insista pour me recevoir. Les frères me firent venir chez eux et il me fallut jiarticiper à leur bonne chère.
De Vossevangen, la grande route jusqu'au fiord (Iraven, distant d'environ vingt milles, passe par un pays pittoresque où abondent les sapins; on rencontre quelques anciennes scieries, mais la population est faillie. Après une coui'se de dix à douze milles, la vallée supérieure se termine brusquement et une vue magnifique frappe les yeux; la vallée inférieure, plus basse de quehpies centaines de pieds, est enfermée dans de hautes montagnes; une route magnifi(pie contourne le récif et passe à la base d'un immense mur de rochers (jui sur[)lombe. A gauche, un précipice l'orme le centre de ce demi-cercle, et une charmante chute d'eau — la Skafledal — tombe en face du récif; elle court de là sur le roc nu, et va de nouveau se perdre à une pi'ofondeur encore plus grande. Après avoir traversé le pont jeté sur le courant, où la route est gardée par des blocs de pierre, nous continuâmes notre chemin en longeant le lac Graven et Ifi rivière, jusqu'à ce que nous ayons atteint le fiord.