‹ Le pays du soleil de minuitChapitre 89 sur 147 · LA MILICE DU PAYS · texte numérisé non relu

LA MILICE DU PAYS

naires. On Iroiive dans lieaucoup de dislricts le bouleaii, le chêne, l'orme, le frêne, le noisetier, le peuplier, le sorbier et le tremble; au sud, le noyer et le mûrier prospèrent.

Les fermiers étaient à la charrue, et les oiseaux les suivaient dans les sillons pour se régaler de vers. Presque toutes les maisons de ferme étaient propres mais petites. Chaque fermier a une marque particulière ; les instruments aratoires el autres en sont estampillés. On appelle cette vieille coutume Bo-marken, et loiiles les familles ont hérité de leurs ancêtres de cette marque distinctive. Les paroisses ont X^m Bo-marke. Le long- de la route, dans plusieurs endroits, la chaux affleure le sol. Nous traversâmes des forêts de sapins, de pins, de frênes, el de quelques chênes, et nous rencontrâmes, de temps à autre, des blocs erratiques et des marécages. Des femmes coupaient des ponnnes de terre qui devaient être plantées le lendemain. Les maisons d'habitation, construites en pierres calcaires, étaient couvertes de tuiles rouges; d'autres n'avaient pour toit que des iilanches et même du chaume. Ou avait attaché aux arbres de petites boites pour servir de nids aux oiseaux; partout nous entendions chanter les grives, et les alouettes remplissaient l'air de leurs iKiles stridentes.

Le pays prés di' la mer est chai'mant. Les falaises forment de hautes crêtes sur lesquelles on voit des bosquets de pins et d'autres arbres; les fraîches teiides vertes du printemps ajoutaient à la beauté du paysage. En se promenant le long de la baie, l'œil rencontre partout des preuves distinctes et irréfutables du lent soulèvement du pays; dans certains endroits, à uni' distance considêi'.dile du IkuiI. la mer, dans son action incessante, a taillé dans les falaises de grands et hauts piliers de jùerre calcaire qui sont là comme des marques de l'ancien rivage contre lequel venaient battre les vagues.

L'architecture de beaucoup d'églises est très gracieuse el celle de Garde doiuie une belle idée du slyle.

On a institué une milice spéciale piuir la défense du pays, mais elle ne peut être appelée hors de l'île. Tout lionmie de dix-huit à cinquante ans est tenu d'assister aux manœuvres six jours consécutifs par année ; il fait ensuite partie de la réserve jusqu'à soixante ans. Les chefs de famille, les tenanciers, les hommes qui exercent une profession et. quel- (jues autres, ne sont appelés qu'en cas de nécessité pressante. Les officiers

commissinnnés sont nommés par le roi; les ollicicrs non-commissionnés sont choisis par les hommes.

Le recensement de 1870 a donné une popuhTtion de 53,946 habitants, dont 28,205 du sexe féminin. A celte date, l'He i)ossédait 11,000 chevaux, 8,500 bœufs, 1,000 taureaux, 14,000 vaches, 4,800 génisses au-dessous de deux ans, 38,000 moulons, 700 chèvres, et 5,700 porcs. On exporte du liélail, des moulons et des grains.

Le climat est même jihis doux (jue celui de la partie la plus méridionale de la Suède, grâce à l'influence de la mer. Sous ce point de vue, l'île est comme l'Angleterre, comparée aux contrées adjacentes. Les ormes sont très beaux; les mûriers et les chàlaigniers acfpiièrent une grande taille, et la vigne réussit en espaliers. La floi'e est très riche ; elle comprend plus de 960 variétés de plantes.

La géologie de l'Ile est aussi très intéressante. En bien des endroits, en remuant le sol à trente pieds, on arrive à la roche calcaire, qui a été polie et striée par les glaciers. La terre superposée a préservé la roche de l'action du temps, et elle est aussi lisse que du verre : elle ressemble à de l'émail. Quelquefois les entailles sont profondes d'un pied. La direction générale de ces entailles va du nord-est au sud-ouest; les glaciers vinrent, sans doute, de Finlande.

De Hôgklint (hautes falaises), non loin de Wisby, à 150 pieds audessus delà mer, au point le plus élevé de l'île, nous eûmes une vue très développée du pays. On pouvait distinguer, à une longue distance au nord, les bords dentelés et les falaises. La Baltique était parfaitement calme, et ses eaux étaient si claires, que l'œil pouvait pénétrer jusqu'à une grande profondeur, même près du rivage. Entre les falaises se trouvaient d'anciennes baies el des plages n'ayant pas plus de 30, 40 ou 50 pieds au-dessus du niveau actuel de la mer, tandis que dans l'eau, à quehjue distance du bord, on pouvait voir des traces incontestables d'une baie submergée, qui, si l'île continu(^ à s'élever, reviendra à la surface. Il y a des endroits sur file où l'on peut compter 40 ou 50 différentes marques de marée, les unes an-dessus des autres, prouvant sans conteste que le pays s'est soulevé lentement dans le cours des âges. L'origine de la légende que j'ai citée plus haut ne viendrait-elle pas de là? La géologie a démontré qu'il y a eu des alternatives de soulèvement et d'abaissement du sol à diflérentes périodes, en cette

Page 1