CEREMONIE DANS LA CATHÉDRALE
ulma muter; ou voyait |(,niui eux des gouvcmeucs de provinci', des noliles, des officiers eu uuil'omie. des juges, des avoeals, des uiaicliaiids, des fermiers, et des vieillards ployant sous le poids des années. Ceux (jui neportaient point l'uniforme s'étaient iiiis en grande toilette et en chapeau de soie, — car le Suédois est scrupuleux et inènie formaliste dans les occasions de gala. Par déférence pour la coutume, j'avais endossé l'habit noir, mais naturellement je n'avais point de chapeau à haute forme et je portais un panama. Lorsque je me joignis à la procession, je me sentis mal à l'aise, mais je n'y pouvais remédier; nous marchâmes deux par deux jusqu'à la cathédrale, à travers la foule épaisse qui remplissait les rues et qui, par la voix ou l)ar le geste, montrait qu'elle reconnaissait les grands hommes du i)ays mêlés dans les rangs. Les étudiants, en grande tenue, suivaient la procession de leurs anciens, et tons enirèreiit dans le vieux bâtiment en Itriques qui constitue la cathédrale d'Ups:il.
Le colossal édifice était comble jusqu'à la suffocation ; il y avait là une immense (|uantité de dames vêtues avec goût, mais simplement, selon la mode suédoise; les couleurs nuancées de leurs accoutrements ajoutaient à l'intérêt de la scène. Le vaisseau de l'église avait été réservé aux étudiants, qui portaient Ions leur casquette blanche. L'un des commissaires, ayant pour insigne une écharpe rouge, eut la bonté de se charger de moi et me donna une bonne place. En face de l'autel se tenait un corps nombreux de collégiens en toilette de soirée, qui étaient les musiciens en cette occasion. Auprès d'eux se faisait distinguer un groupe brillant de jeunes dames, dont l'une, soliste de talent, était norvégienne. Le chancelier et la faculté de l'Université occupaient une plate-forme d'où ils allaient conférer les grades, et en face d'eux avaient pris place des hommes vénérables gradués diqtuis un demi-siècle. Toutes les classes se confondaient dans la foule; la fUcka, avec son mouchoir sur la tète, coudoyait la grande dame.
La cérémonie commença par un clneur chanté par de jeunes dames, renforcéi's de ipielques voix mâles; il dura une demi-heiu'e. Puis, après une courte pause, le recteur prononça un discoins lalin auquel on prêta peu d'attention et qui prit vingt-cinq minutes; c'est une iiartie du programme exigée par la coutume. Eu terminant, il posa sur sa tête une couronne en feuilles de chêne. Ce fut le signal d'une dé-
cliar,i,'i> (le ijuatre canons dont les éclios se répercntèrent sous les arceaux de la vieille cathédrale. Puis retentit de nouveau un grand chœur composé par des étudiants. Lorsciu'on appelait un gradué et qu'on lui mettait sur la tête une couronne de laurier, on tirait un coup de canon; il recevait alors son diplôme Après la cérémonii'. un çhanla encore, et deux des gradués, le Pr'nniix cl le Sfciiiidus^ nKinléicnl sur la plaieforme, et prononcèrent en laliii le discuurs d'iidieu.
En regardant la foule autour de moi, je reconnaissais, à leur face rayonnante, les pères, mères, sœurs et amoureuses des étudiants ipii venaient de passer l'épreuve. Quehpies jeunes gens étaient mariés et d'autres sur le pdint de l'être. Des années d'éliiile avaient été récompensées en ce jour, cl les gradués, héros de la fêle, se promenèrent dans les rues avec leur couronne sur la tête. Lcui' vie joyeuse d'étudiant était tinie, le monieut du dépari venu ; mais ils ne devaient jamais ouhlier leur chère l'psal, et leur iihiia mater. Les Ahnnni élaieid accourus de tous les poinis de la Suède, et li'uis casipietti^s iilanches allaient retournei' au nord lointain, dans li's montagnes de la La|toiiie, dans la Finlande suédoise, el dans cliaipie |ii-ovince du l'oyaume.
Le même jour, à trois heures précises, j'étais dans la salle Linnée, en compagnie de trois cent quatre autres convives, mangeant le smôrgas, afin d'ouvrir l'appétit pour le diner. Quand on ouvrit les portes de la salle du hanquet, les arbustes et les plantes dont on l'avait garnie lui donnaient l'apparence d'un jardin ; l'effet en était ravissant. Le chancelier présidait la tèle. dont \oici le menu :
tlrdii si)|i|ia s(iii|ii' M'iic . sdi'lc île juliciiiic. (liilijuiiis Siiiiil-.liiiii'ii. de.
Slii'ii) |i;ili', .MauiiilKiist' |iala\ iiiia\(iiiiiaist3 (te sauiiidii!. IhuU saiiteriie.
Spaetiail u\ lilel ilitet de li(Lnit|ii((iici, Fritiasscrad hinica (langue fricassée), l'cirter.
YmA sparris (asperges fraiclies); Ilorlvlii'iincr et eau de Seitz ' Kuivling nied salad ( poulet- de irraiii el salade):
I. Les Siii'dois aimenl à liiiiiv de l'i'iiii de Scll/ après les aspcr^rr;..
LE BAXnri:T des ETUDIANTS 371
Cabinet creiiiant (vin tlo Champagne).
Glace och krokan (crème glacée et gâteau pyrainidiili. Vin de Porto (vieux supérieur', Sherry ]i;il.', Dessei't et UKiet- liaïKloil.
Les plats élaieiil bii'ii préiKiiés et k- scrvici' excclleiil, ce (jui iin' surprit, en raison du grand nombre de convives. IMus le dîner s'av.inra, plus la compagnie devint gaie; car il veut des toasts continuels entre amis au dessert; on porta la sauté du roi, mais sans faire de discours, et l'on proposa encore d'autres toasts. Puis le monvemenl devint général, le vin ayant égayé li'S ('(ein's. Au delà du poiclie, nous apercevions le jardin botani(|ue, oii |iiiisienrs milliers de personnes s'étaient rassemblées dans la belle avenue (|ni l'ail face au bàlinu'iit. On y voyait des (lames, des enfants, et toutes les classes du peuple. Ou demanda (pie l'on cliaulàt, et les étudiants enloiuiérent en graïul clneur :
i.i: en A. NT lit: i.i:ti hia.nï
(^Suéildis. )
Chantons les jouis heiiieuv de l'étudiant,
Jouissons du printemps de la jeunesse;
Notre cœur liât encore de saines |)ulpitatiuns,
Et l'aveiiii- qui point est à nous.
Les tempêtes n'ont [las pris encore
Domicile en nos esprits:
L'espérance est notre amie,
Nous avons foi en ses promesses,
Nous contractons une alliance
Dans les liosquets parl'iiUK'S,
(Jù croissent les gloiieiiv lauriers. — Hourra I
On servit le café, et l'on versa du piincli suédois, ad libiiuin. L ai- Chevèque d'Upsal, le chancelier et le recteur de l'Uinversité furent placés de force dans des chaises et portés à travers la foule sur les épaules des étudiants, au milieu d'acclamations générales. Les vieux redevenaient jeunes; anctnie distinction de ratigs; [irofesseurs et élinliants se ijidiui naient liras dessus, liras dessous. Je perdis mes amis dans la
foule el je ilemoiir.ii lout étonné de celte joie tumtilUieuse; évidemment le inwirii l'iiisnit son effet. Au milieu de la multilude et tout près de moi, je vis un gentleman en grand uniforme, qui me demanda de la manière la plus aimalde, et en excelleid anglais, si je ne m'appelais pas Du Chaillu. Sur ma réponse afiirmative, il se prèsiMil.i lui- même comme le comie llamillon, gouverneur de la h'in d'Upsid. Il m'invita avenir le voir le jour suivant à sa résiilence dans le Slutl, ou ancien palais.
Les fêtes du jour Unirent jjar un graml bal (promolions bulcii) dans une des salles de la Carolina-Rediviva, qui renferme la magiùfiiiue bibliothè(jue de l'Uinversitè. .Je fus surpris de ce choix, et il me sembla que Ton commettait une grosse imprudence en exposant ainsi celle belle cidieciion ;i un i'is(|ue (rincendie. Plus de deux mille bougies
Vieux rliiUeaii dt psal.
brûlaient et la s;dle èlail disposée très élégamment; de [ietit{\s fontaines, à chaque exliéinilé, l;nie:iieiit des jets d'eau et rafraîchissaient l'atmosphère; la salle éliiil comble. Les jeunes dames étaient accourues en masse de tous les coins du pays; on voyait là des Ijeaulés suédoises en aussi graml nombre iiue les vioielles dans l'herbe. J'admirai la simplicité de leurs atours; les robes en mousseline blanche garnies de rubans de diverses couleurs dominaient, et la coilïin-e, malgré sa sinqilicité. drmil.iil beaui-ou[i de goût. La sidie se trouva si pleine de monde, que ceux qui voulurent danser eurent à peine de la i)lace. On avidt dû refuser bien des demandes d'invitation, faute d'espace. Je