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LES HONGROIS ET LES NATIONALITES

le centre en est marqué par la Tisza, la vraie rivière hongroise. Là se trouve la race hongroise pure ; mais à peine arrive-t-on aux premiers moutonnements des montagnes, qu'aussitôt des races différentes apparaissent : à l'est, dès les premiers contreforts transylvains, les Valaques ; au nord-est, vers Marmaros, les Ruthènes ; au nord, autour des massifs du Tatra, les Slovaques; au sud-ouest, dans le bassin de la Drave et de la Save, des Croates formant un royaume distinct. Sur plusieurs points delà Hongrie, au sud-ouest, dans le Banat de Temesvar, en Transylvanie, au nord, des Allemands appelés à des reprises différentes comme colons.

Ainsi, de tous les côtés, les Hongrois se trouvent entourés, enfermés dans un cercle de nationalités distinctes et qui dit nationalités distinctes dit nationalités rivales ; il y a en Hongrie comme en Autriche une question des nationalités.

Ce n'est guère que dans le cours du siècle dernier que cette question s'est posée, cela pour plusieurs raisons. Tant que la Hongrie a été sous la domination directe de la Turquie ou de l'Autriche, cette domination, pesant sur tous les

sujets également, aucun d'eux ne pouvait se plaindre de la situation privilégiée de son voisin. Mais quand, par leurs efforts obstinés, les Hongrois parviennent en partie à se libérer de l'empereur, Roumains, Croates, etc., veulent aussi se libérer des Hongrois. En 1848, au moment même où les Hongrois s'insurgent contre l'Autriche les Roumains, les Serbes et les Croates s'insurgent contre les Magyars. L'empereur excite et soutient cette révolte qui le sert.

D'autre part, dans les premiers mouvements des nationalités, les raisons morales agissent plus encore que les raisons matérielles ; par raisons morales j'entends la propagande des historiens et des poètes, qui s'emparent du passé de la race, le racontent, l'embellissent, l'exaltent, créent ainsi à cette race une personnalité souvent artificielle, lui fabriquent un patriotisme. Les nationalités commencent souvent par être des histoires d'historiens. Or, c'est au siècle dernier que philologues, historiens et poètes travaillent de concert sur la nationalité : on exhume des chartes, on construit de toutes pièces des alphabets, des grammaires, même

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des mots ; on compose des poèmes qui sont des hymnes de ralliement. Alors des parentes inconnues, des fraternités insoupçonnées se découvrent ; les grandes discussions historiques sengagent, chacun des adversaires appuie ses prétentions sur des inscriptions et des textes sans réplique, et tout un étalage de belles phrases et de sentiments nobles colore des désirs de violence et des appétits brutaux.

Il importe essentiellement de ne pas oublier cette considération dans l'étude des nationalités. Et c'est pourquoi cette étude ne peut pas être une étude livresque. Il faut la poursuivre non pas de loin, dans les bibliothèques, à coup de documents et de statistiques, mais sur les lieux mêmes ; car souvent les statistiques mentent et les documents fournis par chacun des partis grossissent ou diminuent les questions, les défigurent toujours, quand ils ne les inventent pas. Il est si facile à cinq ou six bonnes plumes disposant de quelque argent et, par conséquent, de quelques journaux de mener un assourdissant tapage, d'entasser articles sur brochures, de faire croire à un mouvemenl sérieux intéressant

Recul LY. ii

et agitant le peuple tout entier. De loin, c'est quelque chose, et de près ce n'est rien, que criailleries de meneurs qui sont souvent payés pour cela. Le peuple n'y prend aucune part et s'en moque parfaitement. Or, un mouvement de nationalité n'a de l'importance qu'autant que la masse contrainte par des causes profondes y participe.

J'ai essayé dans une suite de voyages à travers la Hongrie, de me rendre compte par moimême de quelques-unes des questions des nationalités. J'ai séjourné dans les pays, lisant les journaux locaux ou me les faisant traduire, causant avec les intéressés, autant que possible avec les deux partis, m'efforçant de noter par tous les moyens le degré d'émotion vraie suscitée par la querelle ; je vais dire très simplement et très impartialement ce que j'ai vu.

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