‹ Le pays magyarChapitre 39 sur 65 · LES VILLAGES FRANÇAIS D'J BANAT DE TLMKSNA!! 1S · texte numérisé non relu

LES VILLAGES FRANÇAIS D'J BANAT DE TLMKSNA!! 1S

la vraie route de la plaine hongroise : comme ses frères, les fleuves du pays hongrois, elle a horreur d'un cours réglé. Se portant tantôt h droite et tantôt à gauche, elle a toujours plusieurs voies, comme le fleuve a plusieurs lits ; entre ces voies, le cocher choisit librement, sans d'autre souci que d'éviter la poussière et l'ornière. Des deux côtés, des champs de maïs et de blé, des prairies, aucun coin do terre inculte... C'est une sorte de pèlerinage que nous allons accomplir : nous allons voir, si loin de la France, des colonies françaises, des Lorrains qui firent, il y a cent trente ans, ce grand voyage vers cette terre lointaine qui est déjà l'Orient. Le Banat de Témesvar qui venait d'être évacué par les Turcs n'était plus qu'un désert. Pour le repeupler le Gouvernement autrichien fit recruter des colons en Souabe, au Wurtemberg, en Alsace et en Lorraine, Dans un très intéressant article du docteur Hecht [Mémoires de l'Académie de Slanislas), j'ai trouvé de curieux renseignements sur cette colonisation qui fut merveilleusement organisée. Des agents embaucheurs parcouraient les pays et recevaient des primes pour chaque re-

crue. La Lorraine, alors très misérable, envoya de nombreux colons de 1764 à 1772; c'esten 1771 que deux cents familles lorraines fondèrent les trois villages de Saint-Hubert, Charleville et Seultourn. Les immigrants des mêmes pays voyageaient par groupes. Ils recevaient une indemnité de route journalière, et en plus trois florins chacun, lors de leur passage à Vienne. Quand ils arrivaient, on donnait à chaque famille un lot de terre, « une cession » assez considérable : douze hectares de champs, trois de prairies, un et demi de pâturages ; on bâtissait pour la communauté une église, un presbytère, une école, un moulin, une auberge, une boucherie, un magasin ; chaque famille était mise en possession d'une maison, des bestiaux, des instruments aratoires, semences, mobilier domestique et jusqu'à des ustensiles de cuisine. Les colons surent admirablement profiter de ces secours : en quelques ans les champs furent défrichés, la population s'accrut considérablement, le pays devint riche et prospère.

Vers dixheures, nous sommes à Saint-Hubert ; nous descendons chez M. le notaire, herr Nota-

LES VILLAGES FliANfjAIS nU HANAT DE TEMESYAU IS!)

rius, comme on Tappellc (ce qu'on nomme en Hongrie notaire, c'est le greffier de la commune, sorte de fonctionnaire à côté du maire élu). Aussitôt commence la visite des maisons de paysans. Je suis étonné et surpris de la propreté élégante de ces maisons, de ce qu'elles ont de confortable et de riant. Chacune d'elles est indépendante, séparée de la maison voisine par une cour spacieuse, derrière un assez grand jardin, et plus loin les champs. Comme les rues sont extrêmement larges, le village couvre une très grande étendue ; il se perd dans la campagne, chaque maison disparaît, tapie sous les arbres. La première habitation où Ton me conduit me paraît si propre, si élégante, que je demande au notaire si elle appartient à un paysan riche. 11 me dit que non : le propriétaire est seulement aisé, de condition moyenne. Cette maison a trois grandes chambres et une cuisine ; comme partout en Hongrie, le seul rez-de-chaussée ; dans chaque chambre, deux lits très hauts, recouverts de jolis tapis; les murs et le plafond sont tapissés, ce luxe leur est particulier, cardans les villages hongrois j'ai toujours vu les murs blanchis à la

l'JO AU PAYS iMAGYAR

chaux; dans la chambre de \a maîtresse de maison, toute une collection de jupons est exposée, jupons brodés, blancs, de couleur; comme je parais les regarder avec intérêt, notre hôtesse soulève le couvercle d'un coffre et me fait admirer un fort joli jupon de soie.

Partout nous devons boire et trinquer; à peine sommes-nous entrés que la dame du logis court à la cuisine et revient les mains pleines de verres et de flacons. Et comme nous voyons ainsi dans la seule matinée plus de dix maisons, je commence à avoir pourle restant de ma visite de très sérieuses craintes. Toujours nous trouvons les demeures propres et nettes, les chambres faites; la maison semble préparée pour nous recevoir et pourtant nous sommes arrivés sans prévenir personne. Les paysans qui nous reçoivent sont pour la plupart très proprement vêtus : veste courte, pantalon de drap collant et bottes ; l'un deux est un gaillard magnifique, visage frais et physionomie fine, avenante et ouverte, une légère moustache, des favoris, grand et élancé, Tair tout ensemJjle doux et décidé; je lui demande son âge : il a vingt-six ans, il est marié, a déjà deux

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