LES VILLAGES FRANÇAIS DU BANAÏ DE TEMESVAR
enfants. Partout le notaire me présente comme un Français qui est venu voir les fils de ses compatriotes; leurs physionomies s'éclairent, cordialement ils me serrent la main : i'nsere Eltern waren Franzosen, aber ivir sprechennichf. « Nos pères étaient Français, mais nous ne parlons [»lus. » Je le savais ; ils s'appellent Lefort, Carlier. Aubertin, etc.
Après un co])ieux dîner chez le notaire, où un des convives porte un toast à la France, c'était le premier, mais pas le dernier, nous allons à Charleville. Les trois villages lorrains, Saint- Hubert, Charleville et Seultourn se touchent et ne sont en réalité qu'un seul grand village. Mêmes maisons, mêmes types et même accueil, loujours le sourire aux lèvres et le verre à la main!
L'instituteur du village, M. Georges, nous reçoit. Charmant jeune homme, aimalde et intelligent, il me montre une lettre curieuse de son confrère de Charleville en France ; dans les deux Charleville, il existe des familles qui portent les noms de Masson, Mouchas, Georges, Lctang, Bon, Chamblé, Crétier, Henry, Denis, Richard,
11)2 AL PAYS MAGVAH
Dupré, Pottier, Lafleur, Mathieu, Tonnelier. La parenté est bien indiscutable.
A la sortie, on me présente Herr Griffa ton. Herr Griffaton est un gros homme, à forte panse, à la trogne enluminée ; en bras de chemise, portant le large pantalon de toile des paysans hongrois, il fumait paisiblement sa longue pipe, à l'ombre, en compagnie de quelques autres paysans. Il me serre avec effusion les mains, son visage s'épanouit plus encore : « Ich bin aiich cin Franzose, me ditil, aber ich spreche nie ht. » Toujours la même phrase qui revient. Je l'interroge un peu sur ses parents, sur les souvenirs qu'il a pu en recevoir. Sa mère lui a conté que dans sa jeunesse elle priait encore en français, puis peu à peu elle a cessé, et tout le monde parlant allemand elle a fait comme eux.
Les paysans qui sont là me disent la même chose : eux aussi ils savent que leurs aïeux parlaient français, qu'ils sont venus de la France ; leurs parents leur ont parlé de ce grand voyage qui avait tant frappé l'imagination des immigrants: Bàleet Vienne et la longue navigation sur