‹ Le pays magyarChapitre 45 sur 65 · M 1>AV:> MA(;VAR · texte numérisé non relu

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en valaque. Les habitants possèdent de nombreux troupeaux qu'ils poussent, dans la belle saison, jusqu'à la frontière roumaine, à plus de cent kilomètres d'ici. Car d'ici à la frontière il n'y a plus aucune agglomération humaine, pas même un hameau. L'espace ne manque pas à ce peuple de pasteurs.

Au sortir du village, le chemin suit le ruisseau qui serpente dans les prairies ; la vallée est toute emplie du bruit des moulins battant le drap : les paysans de la contrée fabriquent un excellent drap de laine blanche qu'ils portent au moulin, oi^i on le soumet au pilon pour le faire rétrécir. Bientôt la montée commence et dure des heures par une interminable série de lacets. Sur les pentes le vert tendre des prés fait place au vert foncé des sapins : c'est un paysage alpestre ou jurassique, moins le ciel beaucoup plus ardent. Cette montée est un véritable calvaire pour les deux rosses qui nous traînent ; suantes, essoufflées, le cocher les arrête à chaque tournant. Nous sommeillons dans la voiture ; cinq heures après notre départ nous arrivons à l'hôtel du Iloherinne, hôtel rustique, tout en

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bois, perdu parmi les sapins. 11 a été fondé parle Karpaten Verein, sorte de club alpin-saxon. Il est l'œuvre des Saxons, leur chose qu'ils ontfaçonnée et pétrie à leur guise. Ils se sentent là chez eux et regardent les étrangers, surtout les Hongrois, comme des intrus. La famille hongroise que je suis venu voir passe, depuis trois ans, tout l'été sur le IIoherinn(> : ('tant la seule famille hongroise de l'hôtel, elle y vit absolument isolée, sans rapport avec aucun des hôtes. Son chef, M. X.,.. me raconte qu'il a essayé de nouer des relations avec une ou deux familles saxonnes. On l'a simplement éconduit.

Comme à Nagy-Szében j'ai la pleine impression d'être en terre allemande : tout a été réglé, déterminé ; les moindres actes de la vie sociale sont soumis à un ordre ou une défense ; vous ne faites pas un pas sans vous buter à quelque pancarte impérative. A peine arrivé, vous devez consulter le docteur de VEtùblissemenl^ car c'est ici un kiirhaiis^ et les mots pour les Saxons signifient ce qu'ils signifient, kurhaus est une maison de cures et vous devez, bon gré mal gré, vous livrer au curateur. Vous refusez ! on voit bien que

VOUS êtes une tête légère, mais vous paierez quand même le docteur, qui, fort heureusement pour vous, ne vous soigne pas. Sortez-vous pour une promenade? Défense expresse de quitter les allées ; tous les cinq mètres un poteau vous l'apprend : das verlassen des Wegs ist verboien, cela dans un bois de sapin, où il n'y a rien en dehors de la voie que des pierres et de la mousse. Quel mal ferait-on à marcher dessus? Aucun, mais c'est la règle. Il faut être une tête légère et peu germanique pour marcher sur la mousse, quand on fit exprès pour vous une allée bien battue. Et j'en passe, j'en passe ; dans les chambres, il est interdit de se servir de la sonnette d'appel, sauf pour un besoin 1res important (c'est écrit textuellement). Dans le service et les besoins, qu'est-ce qui est important, qu'est-ce qui ne l'est pas ? Cruel problème et douloureux cas de conscience ! A tout hasard, et craignant d'être grondé par la bonne, je poussai un jour le bouton. Mais la bonne ne vint jamais... elle décida, sans m'entendre. que ce n'était pas important. Bref, c'est une fureur, une rage de réglementations qui va jusqu'au grotesque et même

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un peu au delà ; sur la porte de la cuisine s'étale une grande plaque d'émail avec ces mots : // esi interdit aux hôtes d'entrer ici. Que diable un hôte irait-il faire dans cette galère? Et qui a-t-on voulu protéger, la cuisinière ou la cuisine? Gourmandise ou lubricité? 0 vertueux Saxons I... Sur la porte des W.-C, celte inscription d'un haut comique : on ne doit s'en servir que pendant la nuit. Durant le jour, à quelque distance de Ihôtel, dans la fraîcheur des sapins et le murmure d'un ruisselet, des édicules très ingénieux attendent les visiteurs !

Préventions du public français ex faveur des Roumains. — La « Passivité » grande cause de MAL. — Hongrois et Roumains en sont tous

DEUX responsables.

Les Roumains ou Vaiaques sont environ douze cent mille en Transylvanie et de deux millions et demi à trois millions dans la Hongrie tout entière. Par leur nombre, par leur agglomération, par le voisinage des Roumains de Roumanie, ils constituent une force considérable. C'est la grosse question dans les luttes des nationalités.

Le public français a été copieusement entretenu de cette question : livres, brochures, articles de journaux et de revues. Mais nous

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n'avons guère entendu que la cloche roumaine. Les Roumains sont légion à Paris ; le Quartier Latin est leur autre patrie, ils remplissent nos écoles, plus encore nos brasseries, et s'il vous advient d'entrer un jour à la taverne du Panthéon, vous entendrez parler roumain presque autant que français. Il est naturel que nous écoutions de préférence des clients si assidus. Mais surtout chacun sait que le Roumain est notre cousin, au même titre que l'Espagnol et l'Italien. Encore l'Espagnol et l'Italien sont-ils des parents de vieille roche, des cousins de fondation ; le Roumain, lui, est le dernier venu, le Benjamin des cousins, comme tel le plus aimé, le plus choyé. Peu importe si, malgré cette parenté proclamée bruyamment, il fait risette à la Triplice. Nous n'en accueillons pas moins avec la plus vive cordialité toutes ses plaintes et ses protestations. Or tout n'est pas exact dans ses plaintes, ni juste dans ses protestations.

Il y a au fond du débat entre Roumains et Hongrois une vieille controverse historique que je n'ai pas le dessein d'exhumer. Les Valaques occupaient-ils la Transylvanie quand les Hon-

grois arrivèrent? Etaient-ils les descendants abandonnés de ces colons romains que Trajan y avait conduits et qui en furent ramenés deux siècles après? Ou bien sont-ils venus bien plus tard après l'arrivée des Hongrois, débordant lentement des Garpathes par une poussée incessante du sud au nord ? Pour éclairer cette controverse, il ny a rien, pas de textes, rien que le parti pris, la passion des discuteursetdes inventions ingénieuses qui feraient honneur à un romancier. Ce qui est certain, indiscutable, c'est que les Hongrois arrivèrent au dixième siècle et que les Valaques sont seulement signalés au treizième ; depuis mille ans la Transylvanie est une terre hongroise ; jamais, dans les siècles passés, la légitimité de cette possession n'a été mise en doute ; et aujourd'hui même les Roumains sensés et raisonnables ne l'y mettent pas. 11 paraît que, dans certaines géographies roumaines, la grande Roumanie future a pour limite marquée la Tisza, mais c'est là une plaisanterie ; j'ai plusieurs fois causé avec des professeurs roumains de Transylvanie, et ils ont toujours souri quand je leur parlais de cette prétention.

Une terre hongroise, par de puissantes traditions historiques de dix siècles, mais où les Roumains sont en légère majorité, tels sont les éléments du problème.

Il est bien certain que le Valaque ne sera jamais magyarisé ; pas un Magyar intelligent ne se leurre de cette espérance ; à supposer que le Valaque ne fût pas de tous les hommes le moins capable d'être assimilé par une race différente, qu'il ne fût pas solidement protégé par sa force d'inertie, les Magyars qui sont sept cent mille ne parviendraient jamais à magyariser douze cent mille Valaqucs. Mais il est non moins certain que la force seule, et seule la loi du sabre pourraient faire que la Transylvanie ne soit pas une terre hongroise. Il faut donc que Roumains et Hongrois vivent ensemble.

L'accord entre eux, qui paraît bien difficile, n'est pas impossible. On pourrait trouver le moyen de concilier les droits également incontestables de chacune des parties. La souveraineté hongroise doit évidemment s'exercer sur la Transylvanie. A Theure où un mouvement fatal porte tous les Etats à la centralisation, où chacun

Recouly. là

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d'eux, SOUS la menace de la guerre, a robligation impérieuse de concentrer ses forces, de les avoir toujours en mains, de ne laisser subsister en lui aucun organisme dissident, qui donc peut faire à la Hongrie un grief d'obéir à cette loi ? Elle ne veut pas que la Transylvanie devienne une autre Croatie, mais ce désir n'est-il pas légitime ? La Croatie a des droits historiques ; elle a formé un Etat distinct, elle n'est pas habitée par des Hongrois, elle n'a jamais été une terre vraiment hongroise. Il en est tout autrement de la Transylvanie î

Si l'on admet ce premier point, et il est difficile de ne pas l'admettre, la plupart des griefs que les Roumains invoquent avec le plus de fracas, tombent d'eux-mêmes. Il est naturel que les Magyars exigent que leur langue, la langue officielle, soit parlée dans les écoles qu'ils payent, et enseignée un peu dans les écoles qu'ils laissent s'ouvrir librement. On l'y enseigne d'ailleurs si peu !

Naturel aussi qu'on la parle dans les gares, dans les administrations. Quel peuple agirait autrement? et les Roumains, s'ils étaient les

maîtres, ne feraient-ils pas de même? La manière dont ils en usent chez eux avec les Juifs qui les gênent, laisse même supposer qu'ils feraient mieux.

Qu'il y ait eu parfois, de la part des Hongrois, des mesures maladroites, c'est certain. Quelle administration n'est pas maladroite? On peut même dire que la maladresse est le propre des administrations. En i<S94, notamment, lors du fameux procès de presse, à propos du Mémorandum, il semble que le Gouvernement aurait pu agir plus doucement, éviter tout cet esclandre qui ne servit qu'à poser les Roumains en victimes. Mais les Magyars avaient vu rouge ; les Roumains avaient porté le Mémorandum àVienne faisant mépris de leur capitale, de leur souveraineté, et l'on sait que sur ce point les Hongrois sont particulièrement chatouilleux.

Donc mesures maladroites, oui, parfois, mais brutales, organisant une oppression froide, dure, pareille à celle des Prussiens en Pologne, non, à aucun degré ! On ne le fera jamais croire à quiconque a vu sérieusement le pays.

Ceci dit, il n'en reste pas moins que les Rou-

mains ont, eux aussi, des droits considérables. Ils sont la majoi'ité en Transylvanie ; c'est là chose très importante ; il est plus que juste qu'on les fasse entrer en compte, qu'on ait le plus grand souci de leurs désirs et de leurs besoins, qu'on évite de les froisser, de les heurter de front, surtout qu'on s'efforce par tous les moyens de les intéresser à la vie politique hongroise, qu'on les décide à sortir de la passivité (i).

Car c'est là la pire des solutions, la source presque unique du mal, et de ce mal, Roumains et Hongrois sont également responsables: les premiers, parce qu'ils ont choisi cette attitude ; les seconds, parce qu'ils en ont pris trop aisément leur parti.

Le prétendu remède ne guérit pas le mal, mais l'aggrave. Au lieu de discuter ensemble franchement et loyalement, de trancher à l'amiable les différends, chacun des deux se trouve vis-à-vis de l'autre en état de défiance perpétuelle ; avec

(i) Les Roumains ne prennent aucune part à la vie politique, ils se désintéressent des affaires de la nation. C/est ce quon appelle la passivité.

un pareil esprit, les moindres difficultés prennent aussitôt une gravité exceptionnelle. Les Hongrois devraient tout faire pour amener les Roumains à sortir de leur passivité, à envoyer leurs députés à Budapest.

Mieux vaudrait mille fois des discussions tumultueuses au Parlement, que cet isolement systématique d'une importante partie de la nation !

D'ailleurs, parmi les Roumains des jeunes couches, il ma paru que certains penchaient à renoncer à ce système, et désiraient prendre part à la lutte politique. Un professeur roumain de Brasso critiqua sévèrement devant moi l'attitude observée jusqu'ici par son parti. D'autre part, depuis quelques années, les rapports semblent moins tendus et la querelle assoupie sinon apaisée. Moins de protestations, de clameurs et de brochures, plus de grands procès de presse, ni de mémorandums retentissants ! Les langues méchantes prétendent que de l'autre côté des monts l'argent a cessé de couler.

Point d'argent, point de... Roumains protestant. Il vaut mieux croire qu'à la longue les esprits se sont assagis.

Ce qui, dans tout le détail de ce débat, me paraît le plus certain, c'est que le peuple lui-même, la masse des paysans, s'en désintéresse profondément. Seuls les professeurs, avocats, journalistes, prêtres s'agitent et se passionnent. Le peuple valaque est misérable, abêti par la misère et la superstition religieuse, parfaitement incapable d'accorder le moindre souci à toute autre chose que ses besoins matériels.

// lui suffit d'avoir son maïs et son pope! C est à lui donner plus de l'un et moins de l'autre que les préoccupations de ceux qui l'aiment devraient aller !

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