Que devons-nous comprendre par la netteté
Lorsque nous sommes en possession d’un objectifbien corrigé
de toutes les aberrations, et du moment que nous voulons faire de l’art nous nous sommes munis d'un de ces objectifs-là, l’image d’un point lumineux fournie par cet objectif n’est pas mathématiquement un point. C’est une tache circulaire, d’autant plus assimilable à un point, que son diamètre sera plus petit. Ce diamètre mesure justement le degré de netteté.
Dans la pratique on admet que la netteté reste très suffisante, en un mot, que l’image du point est réduite à un point quand le diamètre de la tache circulaire ne dépasse pas un dixième de millimètre. Cette netteté permet d’excellents agrandissements aux rapports 2 et 3. Lorsqu’on désire que l’épreuve originelle fournisse des agrandissements plus considérables, on ne devrait admettre comme netteté qu’un diamètre ne dépassant pas un vingtième de millimètre. Couramment, c’est la netteté au dixième de millimètre dont on se sert et que l’on dépasse rarement.
111. — Or, je l’ai dit et je le répète, un objectif mis au point sur un objet déterminé donne, en même temps qu’une image nette de cet objet, des images nettes d’autres objets situés en avant eu en arrière de lui. La netteté a donc une limite antérieure et une limite postérieure. Je précise en disant qu’un objectif à ouverture déterminée, mis au point sur un objet à 8 mètres, nous donnera l’image d’objets également nets à 5 mètres par exemple et à 11 mètres.
Cette distance, comprise entre 5 mètres et 11 mètres, est ce qu’on nomme la profondeur de champ.
Il ressort de là, que lorsque nous voudrons avoir sur l’image les différents plans d’un modèle à la même netteté, il faudra que ce modèle se trouve tout entier compris dans la profondeur de champ correspondant à la netteté limite que l’on s’est imposée.
Mais la profondeur de champ varie-t-elle suivant l’objectif ? Nullement, elle est la même pour tous les objectifs lorsqu’on les amène aux conditions comparables.
PERSPECTIVE AÉRIENNE
En d’autres termes : la 'profondeur de champ demeure pratiquement égale pour deux objectifs dont le produit de la distance focale principale par le diamètre utile du diaphragme se présente le même .
Cette règle nous met fort à l’aise, puisqu’en raisonnant sur la profondeur de champ, notre raisonnement s’applique, d’ores et déjà, à tous les objectifs.
Ce sont des questions d’art que nous avons à traiter dans ce volume. Je ne m’attarderai donc point à des démonstrations mathématiques sur la profondeur de champ. Nous admettrons ces démonstrations connues pour en prendre ce qui nous intéresse. Ainsi, nous résumerons en disant que la profondeur de champ augmente :
1° Lorsque la netteté exigée est moindre ;
2° Quand l’ouverture du diaphragme diminue ;
3° Si la distance focale principale de l’objectif est plus petite ;
4° Quand l’objet mis ou à mettre au point s’éloigne de l’objectif.
112. — Il va de soi que la profondeur de champ diminue si nous prenons l'inverse de ces conditions.
Voyons maintenant à l’aide de quelles formules nous pouvons calculer aisément la profondeur de champ. D’après une excellente étude 1 de M. V. Hassreitter, ces formules au nombre de quatre sont les suivantes :
1° 0Pt
(b -f- ef) f {h - ex) — f ’
(6 ~ et) f [b — «,) — f
db
Dans la pratique on peut admettre, sans erreur grave, que et = e2. Si comme il arrive souvent le diamètre du diaphragme est donné par le rapport fin on trouve eL = e2 = nd. Nous pouvons donc pratiquement, dans les formules ci-dessus, remplacer Ci et e> par nd ce qui donne :
( b + nd) f m (b — nd) f 1 (b -f- nd) — f’ 2 [b — nd) — f
OPj représente la limite antérieure de la profondeur de
(I) Bulletin de l'association belge de photographie , année 1897, p. 470 et suivantes.
champ, c’est-à-dire son point le plus rapproché de l’objectif ;
OP2 représente la limite postérieure de la profondeur de champ, c’est-à-dire son point le plus éloigné de l'objectif ;
Les lettres de ces formules représentent : b , la distance de l’objectif à la plaque sensible ; f , la distance focale principale de l’objectif ; n , le diamètre du diaphragme donné en fonction du foyer par le rapport fin ;
d , le diamètre du disque de diffusion toléré. Complémentairement, si l’on ne connaît pas la distance de l’objectif à la plaque sensible, mais la distance a de l’objectif à l’objet à mettre au point, la valeur de b nous est fournie par la formule :
inversement, si, connaissant la valeur de à, nous voulons avoir celle de a, elle nous sera donnée par la formule :
Pour plus de clarté prenons un exemple, en nous posant le problème suivant :
Quelle est la profondeur de champ d’un objectif de 180 millimètres de distance focale diaphragmé à fj 9, si l’objet mis au point se trouve à 6 mètres de l’objectif, et si la netteté exigée est du dixième de millimètre.
Réduisant les données à la même unité, le millimètre, nous
avons :
a — 6 000 ; f = 180 ; nd — 9 X 0mm,l ce qui nous donne pour b :
cif 6 000 X 180
b~ a-f nous avons alors :
= 185.56 millimètres.