‹ Le paysage artistique en photographieChapitre 31 sur 38 · GIVRE; NEIGE; PLUIE · texte numérisé non relu

GIVRE; NEIGE; PLUIE

260. Ce qu'est le givre et sa constitution. — 261. Facilité de saisir le givre au moment de sa formation. — 262. Le givre avec ciel bleu. —

263. Nécessité absolue, dans ce cas, de faire usage de l'écran jaune. —

264. Effet sur la photocopie du givre obtenu sans écran. — 265. L’effet de neige possède-t-il une esthétique particulière. — 266. Nécessité d’un motif à lignes restreintes. — 267. Coloration réelle des nappes neigeuses. — 268. La réverbération des premiers plans. — 269. Moyen de combattre cette difficulté. — 270. Eclairage propice à l’effet de neige. — 271. L’écran jaune et ses valeurs. — 272. Les photocopies des effets de neige. — 273. Les phototypes des effets de neige. — 274. La neige tombante. — 275. La pluie et sa constitution. — 276. Facilité de saisir l’effet de pluie. — 277. Condition particulière à l’esthétique de l’effet de pluie. — 278. Doit-on employer les écrans jaunes et quelles seraient leurs valeurs. — 279. Les phototypes des effets de pluie.

260. — Au chapitre précédent, nous sommes restés à la bruine. Voyons maintenant d’autres effets.

Lorsque la bruine tombe sur des objets se trouvant à une température beaucoup plus froide que celle de l’atmosphère, les gouttelettes se congèlent sur tous les points de contact, forment une matière blanche, aiguilles de glace dessinant les moindres reliefs et constituant ce qu’on nomme le givre.

261. — Ayant pu obtenir une image de la brume du brouillard, et delabruine, nous n’avons aucune raison plausible pour ne pas obtenir une image correcte du givre et au moment de sa formation, c’est-à-dire en pleine bruine à l’instant de son gel. Dans ce cas, la bruine est extrêmement dense, donc extrêmement jaune, vous ramenant à l’effet de brouillard de terre au moment de sa condensation et dont je vous ai donné un exemple, dans le chapitre précédent, avec le : Sur le bord d'un ruisseau , à Antony (fig. 97). Par conséquent, ici, comme là,

l’écran jaune, quel que soit son coefficient, ne me paraît pas être cl'une grande utilité ni d’un grand secours.

Combien de fois, en effet, ne m’est-il pas arrivé, pour élucider cette question, d’exécuter des épreuves de givre en les prenant en plein brouillard , en tirant deux vues du même motif l une avec un écran jaune à coefficient 15, l'autre sans écran jaune. Jamais, sur les photocopies finales, je n’ai pu arriver à déterminer des différences vraiment sensibles. En soumettant les deux phototypes négatifs à l’examen d'une très forte loupe, il m’est bien arrivé de déterminer dans les extrêmes lointains une toute petite, oh ! mais toute petite accusation plus grande sur celui obtenu avec l’écran jaune. Au tirage cette légère accusation disparaît à peu près dans l’ensemble. Aussi considéré-je que le jeu n’en vaut réellement pas la chandelle, et qu'il devient parfaitement inutile, pour une aussi faible augmentation du rendu, d'allonger de quinze fois la durée de notre temps de pose par l’emploi de l'écran jaune foncé.

262. — Il en va tout autrement, par exemple, lorsque nous avons devant nous le givre après sa formation, avec évanouissement complet du brouillard, et apparition, en guise de toile de fond, d'un ciel uniformément bleu étincelant de soleil. Nous en avons vu un exemple déjà, en parlant de l'orthochromatisme, avec une double vue d'un : Fin de parc au petit Chambord (fîg. 54 et 55, page 160).

263. — Dans ce cas, nous nous trouvons en présence de blancs purs ou de blancs très légèrement liliacés, miroitants au soleil, et s’élevant, pour notre vue, très nettement en clair sur le ciel bleu.

C’est une apparition merveilleuse de splendeur, mais généralement fugace, car le soleil découvert tend aussitôt à faire fondre le givre, et le photographe n'a qu’à se hâter pour saisir l’effet. Les moindres brindilles des arbres sont dessinées dans un étincellement de féerie formant des festons, des astragales, des berceaux et des arches aux volutes légères et brillantes.

Or nous savons, par ce que nous avons déjà vu, que le bleu impressionne aussi vivement, plus vivement même que le blanc, notre plaque photographique fût-elle orthochromatique. Il faut la plaque panchromatique pour obtenir naturellement dans 1 impression une très légère dépression de la courbe de

givre; neige; pluie

sensibilité aux environs du bleu actif. Encore cette dépression, par sa légèreté même, serait-elle insulfisante. Je n'hésite donc pas à vous dire que, dans l'espèce, l'écran jaune s’impose absolument, et l?écran jaune foncé à coefficient lo au moins, donc l’écran 16, par exemple, pour lui conserver la valeur d'un

Fig. 101. — Etude du givre sans emploi de l'écran jaune.

Le puits de la Fontaine-Grelot, a Bourg-la -Reine (Phototype de l'auteur.)

multiple, avec les différents écrans déjà conseillés pour les divers genres ou les divers effets de la nature.

Lorsque la lumière n’est pas extrêmement vive et qu’au contraire le froid est très piquant, ce qui rend notre plaque un peu moins sensible, on peut, à défaut de l’écran à coefficient 16, employer l'écran à coefficient 6 et jouer, en même temps, de la surexposition.

Le plus souvent cette combinaison donne d'assez bons résultats. Donc, si vous ne possédez qu'un écran moyen n'hésitez pas à l’employer.

264. — En parcourant les expositions de photographie, en feuilletant les albums d'amateurs, albums dont le nombre devient maintenant montagne, on voit très facilement que ces principes sont, pour ainsi dire, totalement ignorés. Quand par hasard, et je dis hasard parce que les amateurs sont peu enclins à travailler en hiver, quand nous rencontrons un effet de givre pris dans les conditions indiquées plus haut, ce givre y apparaît toujours, dans les premiers plans au moins, avec des tonalités grises plus ou moins fines qui ne rendent pas du tout l’effet de blancheur éclatante de ces cristallisations au soleil. Tout au plus soupçonnons-nous cette blancheur dans les extrêmes lointains. C’est ce que nous voyons dans ce : Puits de la Fontaine-Grelot, à Bourg-la-Reine (fig. 101) exécuté avec une plaque orthochromatique et sans écran jaune. Il semblerait même que, pour l’amateur, l’effet de givre consiste surtout à montrer une épreuve de tonalité très légère rappelant une fine image à la mine de plomb. C’est une erreur. Le véritable effet de givre au soleil est blanc et on peut très aisément l’avoir à sa valeur comme le montre ce : Chemin près de la Bièvre (fig. 102) pris avec une plaque orthochromatique et un écran jaune à coefficient 16.

265. — Le givre, par sa blancheur, nous conduit tout naturellement à la neige.

Beaucoup sont tentés de croire que l’effet de neige possède une esthétique très nettement particulière. Non. Elle n’est point si nettement particulière que cela, du moment où nous nous en rapportons à ce que nous avons dit du paysage pris au sens des Beaux-Arts et qui, somme toute, n’est qu’un site. En restant dans cette idée de site, en nous y confinant même pour envisager surtout, le site du site, si je puis ainsi m’exprimer, l'esthétique particulière de l’effet de neige n’est plus qu’un mythe. En effet, que demande surtout l’effet de neige, à cause de la crudité de ses tons, delà monotonie de ses valeurs en blanc? Il demande tout particulièrement des motifs ramassés, donc des sites très nettement définis, demeurant donc dans les données que je viens de préciser en employant l’expression : site d’un site.

266. — Le pourquoi, il nous faut, dans un effet de neige, un paysage ramassé est des plus faciles à comprendre.

La terre étant complètement couverte d’une teinte monochrome, le blanc, il faut évidemment éviter de nous présenter

Etude du givre avec emploi de l’écran jaune.

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l’effet de neige avec .de grands horizons. Nous voyez-vous posant notre appareil dans les plaines de la Beauce recouvertes d'une épaisse couche de neige ? Il y aurait certainement une très grande difficulté et une très grande habileté pour nous à représenter congrûment la fuyante de cette grande nappe blanche. En admettant même que nous y réussissions, serions-nous vraiment bien avancés ? Oui, peut-être, au point de vue technique. On pourrait couvrir de fleurs notre dextérité de bon piston de laboratoire. J’en connais beaucoup ayant des prétentions à la photographie artistique et dont toute l’ambition en somme ne va pas au delà. Ce ne sont point des artistes. La nature leur a refusé la plus petite parcelle d'aptitude sensorielle. Elle ne leur a donné, trop largement souvent, que ce parfait orgueil de l'ignorance. C’est là d'ailleurs un critérium efficace. Tout individu qui se plaît et ne se complaît qu'à la perfection absolue d'un phototype négatif, dont il admire finvraisemblable finesse, la pureté et la propreté, l’éclatement entre les noirs et les blancs, peut être et est certainement un excellent piston de laboratoire, mais il est, non moins certainement, tout ce qu’il y a de moins artiste, s’il ne se montre pas même l’antipode de l'artiste.

L'artiste né, le coloriste qu’il faut être pour devenir un bon photographe d'art, trouverait que ces difficultés vaincues et que cette habileté montrée ne suffisent point à communiquer un intérêt quelconque à cette grande nappe blanche de la plaine beaucéenne. Il ne cherchera même point à en tenter la traduction. Son sens d’artiste le poussera à rechercher, pour son effet de neige, un motif plus ramassé, ou du moins des premiers plans suffisamment accentués pour repousser les blancs.

267. — Quand je dis les blancs, c’est pour mieux me faire entendre.

En réalité, une nappe de neige, dans toute son étendue, n'est pas pour notre œil et, par conséquent pour le peintre, absolument blanche au sens strict du mot, si elle est blanche originellement. Elle reflète toujours, peu ou prou, la tonalité affectante du ciel qui se présente généralement, à cette époque de l'année, grise ou bleue. Les grandes nappes de neige sont donc plutôt bleutées ou d’un gris violacé extraordinairement délicat. Pour nous, photographes, cela correspond à du blanc,

puisque les bleus et les violets impressionnent plus vivement notre plaque que le blanc lui-même. Lorsque le soleil se trouve aux confins de l’horizon, comme aux heures matinales et vespérales, il se produit une sorte d’irisation de la neige, amenant des contrastes merveilleux, mais d’une infinie délicatesse, entre les lumières rosées et les ombres bleutées. Encore, pour nous, photographes, les difficultés du blanc extra.

268. — A ces difficultés ordinaires du blanc extra, vient se joindre, en plus, une difficulté propre à l’effet de neige et aussi aux paysages présentant une grande nappe d’eau au premier plan. Je veux parler de la réverbération de la lumière, si faible soit-elle, par la nappe neigeuse ou par la nappe d’eau. La multitude des rayons ainsi réverbérés frappe fortement les Surfaces des lentilles, ou pénètre abondamment dans le tube de l’objectif, si abondamment même que la matière noire dont est enduite l’intérieur de ce tube ne les absorbe plus suffisamment. Ils se trouvent alors dispersés entre les lentilles et la plaque, formant une espèce de brouillard lumineux, qui affecte celle-ci sur toute sa surface, y produisant un voile général plus ou moins accentué.

269. — L’emploi de l’écran jaune, dont l’usage est nécessaire pour les effets de neige, combat assez victorieusement cette difficulté; mais elle est encore bien plus victorieusement combattue en allongeant le parasoleil de l’objectif, soit par un morceau de cylindre métallique coulissant sur le parasoleil, soit par une sorte de petit entonnoir confectionné avec du papier noir à aiguilles, présentant une génératrice inclinée parallèlement à l’angle de l’objectif.

270. — Un autre point que je rappelle ici, avant de traiter la question des contre-lumière, réservée aux effets de soleil que nous verrons séparément dans le chapitre suivant, c’est qu’il est toujours avantageux, lorsqu’on exécute un effet de neige, de prendre toujours, au moins , la lumière de côté comme dans ce : Vieux chemin , près de Sceaux (fig. 103), si, pour une raison quelconque, on ne peut pas la prendre franchement devant soi. En d’autres termes et d’une façon plus générale, il nous faut toujours une lumière frisante. La nappe de neige étant d’une tonalité à peu près uniforme, tonalité blanche pour nous, quelle que soit sa valeur réelle, est formée de petites aiguilles enchevêtrées les unes dans les autres, si le soleil vient à la friser,

103. — Etude de la neige à lumière frisante et avec emploi de l écran jaune.

Vieux chemin, près de Sceaux (Phototype de l’auteur.

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pour le moins un peu de côté, les ombres portées par les petites aiguilles, celle des pas marqués dans cette nappe, ou des crevasses provenant des ornières, des fossés, des ressauts -de terrain ou des coups de vent, serviront de repoussoir à la neige.

271. — Si l’on a affaire à un ciel parfaitement bleu, ce sera comme dans l’effet de givre : il faudra employer l’écran jaune à coefficient 16 ou celui à coefficient 6 avec une légère surexposition. Je suis absolument partisan de l’écran jaune pour tous les effets de neige, en général, n’eût-il qu’une valeur faible, d’autant mieux que pour les obtenir, point n’est besoin d'une pose considérable. Gomme nous nous trouvons dans le cas d’une opposition violente, l’écran jaune, quel qu’il soit, aura encore cet avantage de nous permettre d'obtenir beaucoup plus de détails dans les grands noirs et l’on peut dire qu’arbres, fabriques, rivières gelées, même, se montrent en noir par opposition à la neige.

272. — Encore un point important pour l’effet final : lorsque vous tirerez sur papier des photocopies d'effets de neige, rejetez tous les papiers vous donnant des tons plus ou moins pourprés, dits photographiques. Les effets de neige se prêtent très mal à des tons chauds. C’est une anomalie. Vous devez rechercher avant tout des tons aussi froids que possible. Froid de la nature, froid de la traduction de la nature. Ici plus que jamais cette traduction doit être faite en noir et blanc. Tout juste si les tons bleus et verdâtres sont acceptables.

273. — Quant aux phototypes négatifs des effets de neige, il faut qu’ils soient parfaitement clairs, transparents et très brillants, en même temps.

Je le répète, et ne saurais trop le répéter, je n’entends pas par brillants des phototypes brusquement noirs et brusquement blancs comme on les a avec certains révélateurs, l’hydroquinone employée seule, par exemple, lesquels possèdent surtout une tendance très marquée à amener de l’empâtement dans les noirs. Si c’est bon, ou tout au moins acceptable pour la photographie documentaire, c’est tout à fait désastreux pour la photographie artistique. Dans le cas spécial des effets de neige, surtout, les noirs du phototype ne doivent jamais être empâtés.

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