B = OB
Ce qui revient à dire, dans l'exemple que nous avons choisi, que notre sujet pris avec l’objectif à court foyer, semble être trois fois plus loin qu’il ne l’est en réalité. Or, lorsque nous nous servons d’un objectif à court foyer, et que, pour ne pas déformer la perspective, nous demeurons, comme je vous l’ai dit, à deux fois au moins la hauteur du motif du premier plan, l’image sera telle que si nous avions pris le sujet d’une distance plus grande, et nous fausserons forcément la perspective en regardant cette image avec notre vision distincte de 30 centimètres.
Mais si nous ramenons a'b aux dimensions de ab, en d’autres termes à la grandeur de l’image qui serait donnée par un objec-
tif de F = 30 centimètres, nous récupérerons la perspective exactement.
La conséquence se tire facilement. La voici : Vous pouvez toujours, la condition de station étant la même, vous servir utilement d'un objectif à court foyer , c’est-à-dire dont la longueur focale principale est inférieure à la longueur de la diagonale de la plaque qu'il doit couvrir seulement, dans ce cas, toute la plaque nest pas surface utilisable.
49. — Prenons une plaque 13 X 18 avec un objectif de F = 10 centimètres. La surface réellement utilisable sera un carré ou un rectangle pris au centre de la plaque 13 X 18 et ayant 10 centimètres de diagonale. L’image inscrite dans cette surface sera exactement la représentation du motif que vous auriez obtenu avec un objectif de F = 30 centimètres. Agrandissons trois fois cette surface utilisable et nous aurons celle que nous avons prise comme type de l'image vue en perspective avec la vision distincte, c’est-à-dire la plaque normale 18 X 24 avec objectif de 30 centimètres.
Ce qui revient à dire que, avec un objectif de court foyer x ,
on ramènera l'image à sa bonne valeur en l’agrandissant dans 30 ^ ~
le rapport de — , si l’on ne veut avoir qu’une épreuve faite pour être vue à la main, donc à la distance de la vision distincte.
Si notre image devait servir pour un relevé topographique, la formule ne serait pas tout à fait aussi simple. Il faudrait faire intervenir d’autres données. Mais ici, nous ne visons, ne l’oublions pas, qu’à l’effet perspectif artistique. La formule ainsi simplifiée nous suffit amplement.
Ainsi donc, pour nous autres, la perspective se récupère très bien par l’agrandissement, à la condition absolue de n’avoir jamais opéré à moins de deux fois la hauteur du sujet du premier plan comme minimum de distance et à trois fois comme maximum de distance.
Le ph otographe nous présente ainsi une image en aussi bonne perspective que le peintre. Je dirai même en meilleure perspective, quand l’objectif est parfaitement corrigé, puisqu’il constitue un œil unique tout à fait immobile.
Donc, le tableau doit avoir pour surface un carré ou un rectangle inscrit dans un cercle possédant pour diamètre la Ion-
Fig. 21. — Motif nettement en hauteur déterminant le sens du tableau.
Ruisseau sous bois (Phototype de l’auteur.'!
LE TABLEAU
gueur focale principale de l'objectif, diamètre qui reste, en somme, la diagonale du carré ou du rectangle inscrit.
Une remarque s’impose. Si ce diamètre est inférieur à 30 centimètres, notre tableau, quoiqu’en restant la bonne expression d’une surface utilisable, n’est pas la bonne expression d’un tableau d’art. Ainsi, aujourd’hui, plus que jamais, on se sert d’appareils 9 X 12, 6,5 X 9, 8 X 8, 8 X 9 et encore 13 X 18, mais de moins en moins. Or admettons, c’est le cas courant, que les objectifs montés sur ces appareils possèdent une longueur focale principale égale ou approximativement égale à la longueur de la diagonale de la plaque : 15 centimètres pour le 9 X 12 ; 11 centimètres pour le 6,5 X 9 ; 22 centimètres pour le 13 X 18, etc. ; ij nous faudra, pour ne pas fausser la perspective des images qu’ils donnent, regarder ces images d’une distance égale à la longueur focale principale de l’objectif. Donc un 13 X 18 doit être regardé à 22 centimètres ; un 9x12 à 15 centimètres; un 6,5 X 9 à 11 centimètres.
Certainement beaucoup de vues normales peuvent regarder une image à 22 centimètres de distance ; bien peu au contraire peuvent l’envisager d’une distance de 15 centimètres ou de 11 centimètres. Cette dernière distance même demande un myope affligé d’une myopie assez sérieuse. Par conséquent, toute image inférieure au 13 X 18, et y compris même le 13 X 18, ne doit jamais faire partie d’un album artistique. Les images qui y figurent demandent à être vues, au moins, à la distance de la vision distincte ; et par conséquent, comme nous l’avons appris, se trouver comprises dans les dimensions 18 X 24.
Est-ce la condamnation absolue des petits formats au point de vue de l’Art ?
En aucune façon.
Mais il nous faut toujours, dans l’espèce, opérer comme nous l’avons vu pour les objectifs à court foyer, en ramenant notre image aux dimensions 18 X 24 par l’agrandissement. Le coefficient d’agrandissement sera déterminé par le rapport de la vision distincte au foyer de l’objectif. En prenant comme base les longueurs focales ci-dessus indiquées, et en mettant des chiffres ronds, nous devrons toujours agrandir un 13 X 18 au rapport 1,5 ; un 9 X 12, au rapport 2 ; un 6,5 X 9 au rapport 3.
Pour les deux derniers formats, rien n’est plus lacile aujourd'hui avec les amplificateurs répandus dans le commerce. Un agrandissement, en outre, est beaucoup plus vivement fait qu'un tirage direct.
50. — Nous pouvons donc établir comme règle du tableau photographique la suivante :
Le tableau photographique destiné à être vu à la main, donc collé dans un album, devra être compris dans les dimensions 18 X 24 et obtenu avec un objectif de 30 centimètres de foyer. Toute image primaire inférieure sera agrandie à ces dimensions dans le rapport de 30 centimètres au foyer de V objectif employé pour l'obtention de cette image primaire.
Je dis dans les dimensions 18 X 24 parce que c’est là un format photographique. Strictement on peut dire 24 X 24. Mais le format carré se prête mal, en général, au paysage. Un format rectangulaire, en hauteur ou en largeur (fig. 21 et 22), lui est toujours préférable. Ce sera donc, en somme, un rectangle dont le plus grand côté sera 24 centimètres, le second restant à la volonté de l’artiste, suivant P esthétique de son sujet.
51. — Cette question de format rectangulaire a son importance beaucoup plus qu’on ne le suppose. Le format du tableau concourt, en effet, pour sa part, à l’unité de l’effet; et l’unité, en matière d’art, est une règle absolue avec laquelle on ne peut transiger, et qu’on ne peut violer. Or, point n’est besoin d’être grand clerc en matière d’art, pour comprendre qu’un format immuable ne peut se présenter au mieux pour n’importe quel sujet. Donc, l’image donnée par la pleine plaque d’un format photographique peut et doit être rognée suivant les conditions du sujet même. Nous y sommes même invités par l’appareil photographique lui-même, toujours établi de telle sorte, que l'opérateur puisse travailler suivant les deux sens de la plaque.
Je ne fais d’ailleurs que signaler le fait en passant. Nous aurons à y revenir au sujet de la composition, puisque le format du tableau aide à l’unité, et que l’unité fait partie des règles de la composition , donc de l’ordonnancement et des dominantes.
Fig. 22. — Motif nettement en largeur déterminant le sens du tableau.