Le livre original. Uet Schilderbœc/c est Je 1G
mais elle devient parfaite ou héroïque quand on sait sagement l'embellir par d'anciens monuments, qui, avec les belles productions de la nature, composent ensemble ce qu'on appelle un paysage dans le goût antique.
Le Grand livre des Peintres.
Abbé du Bos (i67u-i:4-2).
Le paysage au XV HP siècle. — Le plus beau paysage, fut-il du Titien ou du Carrache, ne nous émeut pas plus que ne le ferait la vue d'un canton de pays afïreux ou riant ; il n'est rien dans un pareil tableau qui nous entretienne pour ainsi dire ; et comme il ne nous touche guère, il ne nous attache pas beaucoup. Les peintres intelligents ont si bien connu, ils ont si bien senti cette vérité, que rarement ils ont fait des paysages déserts et sans figiu-es. Ils les ont peuplés, ils ont introduit dans ces tableaux un sujet composé de plusieurs personnages dont l'action fut capable de nous émouvoir et par conséquent de nous attacher. C'est ainsi qu'en ont usé le Poussin, Rubens, et d'autres grands maîtres qui ne se sont pas contentés de mettre dans leurs paysages un homme qui passe son chemin, ou bien une femme qui porte des fruits au marché : ils y placent ordinairement des figures qui pensent, afin de nous donner lieu de penser; ils y mettent des hommes agités de passions, afin de réveiller les nôtres et d« nous attacher par cette agitation. En effet on parle plus souvent des figures de ces tableaux q.ue de leurs terrasses et de leurs arbres.
Réflexions critiques sur la poésie et sur la peinture.
Cl.-H. Watelet (I7i8-i786).
Le paysage français au XVIII" siècle. — On peut..., je crois, penser que la plus grande partie de nos peintres paysagistes
ont jusqu'ici Irailé leur genre trop idéalement, ou qu'ils ont copié la nature, d'une manière trop servile, d'après des imitations étrangères.
Ce n'est cependant pas que la France ne puisse ofïrir aux artistes des sites intéressants, variés, quelquefois majestueux, plus ordinairement agréables et rieurs.
Notre climat, dans certaines parties, a des ressemblances avec ritalie, à laquelle il confine au Midi ; il en offre le ciel et les productions. D'autres provinces partagent quelques-uns des avantages de la Hollande.
Nos montagnes, nos fleuves, nos pays de bocage, nos fécondes vallées, sont des modèles heureux d'une nature qui nous appartient ; mais nos artistes, si actifs par caractère, sont paresseux lorsque pour tirer parti de ces richesses, il faut se priver des jouissances de la capitale ; car ressemblant en cela à nos possesseurs de biens de campagne, ils n'&nt pas d'attrait réel pour les beautés de ces moeurs champêtres.
Le penchant invincible pour la sociabilité et l'appât des dissipations les enchaînent aux séjours oii ces goûts sont plus complètement satisfaits.
Nos paysagistes enfin, trop choqués du défaut qu'on reproche
(juelquefois aux peintres de figures, ne voient pas d'assez près
les modèles. ,
Dictionnaire des arts de peinture, par MM. Watelet et Lévcsque, Paris, 1792.
J. Conslable ii776-ib37).
Le paysage est l'enfant de Ihistoire et bien que tout d'abord inséparable de sa mère, cependant avec le temps il marcha seul, et plus tard (pour continuer l'image) quand Thistoire montra des signes de décrépitude, on peut voir l'enfant soute-
nant sa mère, comme dans les œuvres de Pietro da Cortona.
John Constable d'après les souvenirs recueillis par C.-R. Leslie, trad. par Léon Bazalgette (Floury, éditeur).
Paul Huet (1803-1869).
Le paysage sous la Restauration. — La liberté dans l'art a, comme ailleurs, besoin de passer dans les mœurs.
La Restauration crut faire merveille en fondant le prix de Rome pour le paysage.
Le concours de l'arbre remplaça la figure académ.ique. Les peintres d'histoire ont le modèle qu'il est facile de faire poser ; le chêne ou le cèdre du Liban ne peut offrir cet avantage.
Les peintres de paysage peignent la plupart du temps un arbre qu'ils ne connaissent pas, même de vue, et vont ensuite exécuter en cage, entre quatre murs, au secret, sans dessins, sans études, sans nature possible, le tableau de concours. On leur demande, non le résultat d'impression personnelle, mais la reproduction d'un style convenu, officiel qu'on appelle historique.
Si malgré l'étude du modèle, l'air qu'on respire dans les académies est étouff"ant et vicié ; si, dans les serres chaudes de l'art, l'imagination dépérit au profit de la routine, si l'on ne peut échapper à l'enrôlement volontaire, que dire du paysage appris à la prussienne, entre quatre murs? Le paysage veut l'air, le soleil et la liberté, son modèle est partout où l'herbe fleurit, où l'arbuste bourgeonne.
Paul IIucl. Documents recueillis par son fils (II. Laurens, édit.).
Eug. Fromentin (1820 1876).
Le paysage moderne. — Le paysage fait tous les jours plus de prosélytes qu'il ne fait de progrès. Ceux qui le pratiquent
exclusivement n'en sont pas plus habiles ; mais il est beaucoup plus de peintres qui s'y exercent. Le j^lein air et la lumière difïuse, le vrai soleil prennent aujourd'hui, dans la peinture et dans toutes les peintures, une importance qu'on ne leur avait jamais reconnue, et que, disons-le franchement, ils ne méritent point d'avoir Toutes les fantaisies de l'imagination, ce que l'on appelait les mystères de la palette à l'époque où le mystère était un des attraits de la peinture, cèdent la place à l'amour du vrai absolu et du textuel. La photographie quant aux apparences des corps, l'étude photographique quant aux effets de la lumière, ont changé la plupart des manières de voir, de sentir et de peindre. A l'heure qu'il est, la peinture n'est jamais assez claire, assez nette, assez formelle, assez crue. 'Il semble que la reproduction mécanique de ce qui est soit aujourd'hui le dernier mot de l'expérience et du savoir, et que le talent consiste à lutter d'exactitude, de précision, de force imitative avec un instrument. Toute ingérence personnelle de la sensibihté est de trop... Nous voilà loin des anciennes habitudes, je veux dire des habitudes d'il y a quarante ans, où le bitume ruisselait à flots sur les palettes des peintres romantiques et passait pour être la couleur auxiliaire de l'idéal.
Les maîtres d'autrefois (Pion, édit.).
Henry Marcel.
L'avenir du paysage. — Qu'adviendra-t-il du paysage, après tant de phases et d'avatars ? Déjà une réaction s'esquisse contre la virtuosité rapide et à fleur de peau de l'impressionnisme ; le dessin reprend faveur, le modelé tournant, les articulations précises, la masse dense des objets dans l'atmosplière retrouvent plus que des partisans, déjeunes et persuasifs interprètes. L'espèce de coup de soleil qu'avait reçu la peinture fait place
à un éclairage plus tranquille, plus sobre de reflels et moins ennemi des ombres. Nous avons, nous aussi, nos Bolonais, cette fois sans recettes d'atelier, sans canons d'école. La voix rauque et comme avinée de Cézanne a été plus entendue que la leur; mais sa forme titubante ne résiste pas au plus léger contact. Il ne sera pas, en dépit de ses prétentions, le promulgateur de la loi nouvelle.
Histoire du paysage en France (H. Laurens, éditeur).