V. — LES GRANDS MAITRES DU PAYSAGE
Ce chapitre est le complémetit du précédent. Après les grandes époques, voici les grandes personnalités du paysage, jugées et définies, autant que possible par d'autres maîtres, leurs rivaux. Il nous semble ici plus logique, poursuivre révolution du genre, d observer plutôt la chronologie des artistes jugés que celle de leitr s critiques .
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J. Reynolds (1723-1792).
Le paysage ho/landais et Claude Lorrain. — Les mêmes principes locaux qui caractérisent l'école hollandaise, s'étendent jusqu'à ses tableaux de paysage ; et Rubens lui-même, qui a peint beaucoup de paysages, a quelquefois péché par là. Leurs productions en ce genre sont, je crois, toujours la représentation d'un certain endroit, et chacun dans son genre est une façon de portrait trës fidèle mais très localisé.
Claude Lorrain était convaincu au contraire que de prendre la nature comme on la trouve engendre rarement la beauté. Ses paysages sont un composé de diverses esquisses qu'il avait faites auparavant de divers beaux sites et points de vue. De son côté, Rubens a corrigé dans quelque mesure le reproche auquel il est sujet; il a cherché à relever et à animer ses paysages, autrement dénués d'intérêt, en y introduisant un arcen-ciel, une tempête, ou quelque accident singulier de lumière. On ne peut douter que la manière de Claude Lorrain doive être préférée, en ce qui regarde le choix, par les peintres paysagistes, à celle de l'école Flamande et de la Hollandaise ; puisque la vérité de cette manière est fondée sur le môme principe grâce auquel le peintre d'histoire obtient la perfection des formes; mais il n'est pas aisé de décider si le peintre paysagiste a le droit d'aller jusqu'à rejeter ce que les peintres appellent accidents de la nature. Il est certain que Claude Lorrain s'est rarement, peut-être faut-il dire jamais, servi de ces accidents ; soit parce qu'il pensait que ces détails ne s'accordent pas avec le style de la nature prise en général qu'il professait; soit parce qu'il craignait (ju'en fixant trop l'attention, ils ne détruisissent cette tranquillité et ce repos
regardés chez lui comme nécessaires à cette espèce de peinture.
Discours sur la peinture, publiés par L. Dimier (H. Laurens, éditeur).
J. Ruskin (I8i9-1900).
Les paysages de Claude Lorrain. — Les facultés de Claude étaient très limitées, mais il savait sentir avec tendresse, son but était sincère ; et il opéra, dans l'art, une grande révolution. Cette révolution consiste surtout dans le fait d'avoir placé le soleil au ciel.
Les peintres modernes. Le paysage (H. Laurens, édit.).
Eug. Fromentin (1820-1876).
Les paysages de Paul Potter (1625-1654). — Le travail est maigre, hésitant, quelquefois pénible. La touche est un peu enfantine. L'œil de Paul Potter, d'une exactitude singulière et d'une pénétration que rien ne fatigue, détaille, scrute, exprime à l'excès, ne se noie jamais, mais ne s'arrête jamais. Paul Potter ignore l'art des sacrifices, il en est encore à ne pas savoir qu'il faut quelquefois sous-entendre et résumer. Vous connaissez l'insistance de sa brosse et la broderie désespérante dont il se sert pour rendre les feuillages compacts et l'herbe drue des prairies.
Son talent de peintre est sorti de son talent de graveur. Jusqu'à la fm de sa vie, dans ses œuvres les plus parfaites, il n'a pas cessé de peindre comme on burine. L'outil devient plus souple, se prête à d'autres emplois ; sous la peinture la plus épaisse on continue de sentir la pointe fine, l'entaille aiguë, le trait mordant.
Ce n'est que graduellement, avec effort, par une éducation successive et toute personnelle qu'il arrive à manier sa palette
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comme tout le monde : dès qu'il y parvient, il est supérieur. Fromentin. Les maîtres d autrefois (Pion, éditeur).
M. HériS (de liruxelles).
J. Rîiysdaël et Hobbema. — Malgré l'analogie qui existe souvent entre les ouvrages d'Hobbema et ceux de Jacques Ruysdaël, nous devons cependant faire observer que ces célèbres peintres avaient tous deux des qualités bien distinctes ; le premier a toujours peint la nature riante et gaie de sa patrie, tandis que le second a, pour ainsi dire, toujours cherché des sites tristes et lugubres dans les froides contrées de la Norvège. Les ouvrages de Ruysdaël vous inspirent cette douce émotion qu'éprouve l'âme en contemplant la nature primitive ; ils sont remplis de charme et de mystère. Ceux d'Hobbema élèvent l'âme; ils sont beaux, fiers, et toujours le soleil y joue le principal rôle. S'il nous est permis de juger ici du caractère de ces deux artistes, d'après leurs ouvrages, on peut établir que l'un doit avoir eu un esprit plus contemplatif et plus rêveur, tandis que l'autre, en jouant avec le soleil, devait être plus bouillant et plus rempli de verve. Ruysdaël est plus élégiaque, Hobbema plus lyrique. Celui-ci aime la lumière et la répand toujours à pleines mains sur ses toiles ; celui-là se complaît dans l'ombre et les solitudes et au bord de ses cascades murmurantes ; l'un est plus intime, l'autre se répand plus chaleureusement au dehors. Comme poète, Ruysdaël l'emporte peut-être par la profondeur sur Hobbema; mais comme peintre, comme coloriste, il se trouve à une énorme distance de son compétiteur.
lîisl. des Peintres (H. Laurens, éditeur).
Eug. Fromentin (1820-187G), J. Ruysdaël. — De tous les peintres hollandais, Ruysdaël est
celui qui ressemble le plus noblement à son pa3S. Il en a l'ampleur, la tristesse, la placidité un peu morne, le charme monotone et tranquille.
Avec des lignes fuyantes, une palette sévère, en deux grands traits expressément physionomiques, — des liorizons gris qui n'ont pas de limites, des ciels gris dont l'inilni se mesure, — il nous aura laissé de la Hollande un portrait, je ne dirai pas familier, mais intime, attachant, admirablement fidèle et qui ne vieillit pas. A d'autres titres encore, Ruysdaël est, je crois bien, la plus haute figure de l'école après Rembrandt; et ce n'est pas une mince gloire pour un peintre qui n'a fait que des paysages soi-disant inanimés et pas un être vivant, du moins,
sans l'aide de quelqu'un.
Les maîtres d'autrefois (Pion, édit.h
Pierre Patel (1620-1676).
Jamais aucun peintre ne l'a surpassé dans l'art de dessiner des édifices antiques avec cette précision qui fait ressortir la légèreté des frises, des profils, des moindres moulures. Aucun n'a su mieux que lui exprimer la finesse des tons de la pierre, ainsi que la variété de leurs nuances et de leurs demi-teintes; faire contraster aussi heureusement le jet lancé et perpendiculaire de leurs colonnades avec le mouvement d'ondulation horizontale des arbres qui lesavoisinent, enfin maintenir une harmonie parfaite entre le coloris briquetédes massifs de construction et la verdure des rameaux qui se balancent au-dessus des entablements ou qui se projettent à travers le cintre des arcades. Propos de Duperthes. Histoire de l'art du paysage.
J. Constable (1776-1837).
Quatre œuvres capitales dominent dans l'histoire du paysage,