L. Galloche (i670-i76i
L'art du peintre, nécessairement borné par les contours extérieurs de son tableau, consiste à en augmenter avec intelligence la profondeur; Claude le Lorrain est un grand maître en celte partie. 3Iais le plus grand, et, celui qu'il faut surtout consulter, c'est la nature.
Traité de Peinture (iManuscvit de l'Ecole des Beaux-Arts, n» 203).
G. de Lairesse (I64i-i7ii).
Je conseille surtout aux peintres paysagistes de bien étudier l'histoire...
... Rien n'est insupportable dans les tableaux de paysage, que de voir toujours les fabriques placées dans le fond, contre le lointain, et de ne trouver sur le côté que des arbres et des collines, ou à peine quelques pierres les unes sur les autres. Cette répétition doit nécessairement ennuyer beaucoup les spectateurs. Il n'est pas étonnant que ceux qui ne savent pas l'architecture, évitent les fabriques autant qu'il leur est possible ; mais je suis surpris de ce que les peintres paysagistes n'étudient pas cette partie, et ne veulent pas môme se donner la peine de copier les morceaux d'architecture qu'ils peuvent trouver dans les ouvrages des autres ; ce qui me paraît d'autant plus singulier qu'ils ne doivent pas ignorer qu'un site sans fabriques et surtout sans figures, ne peut être regardé que comme un désert, ou comme une contrée où règne le fléau de la peste.
Le Grand Livre des Peintres.
Th. Rousseau (isi2-i867).
Ce qui finit un tableau, ce n'est pas la quantité des détails,
c'est la justesse de l'ensemble. Le tableau n'est pas seulement
limité par le cadre. N'importe dans quel sujet, il y a un objet
principal sur lequel vos yeux se reposent ; les autres objets n'en
sont que le complément: ils vous intéressent moins... Cet objet
principal devra aussi frapper davantage celui qui regarde notre
œuvre. Si, au contraire, notre tableau est exécuté avec un fini
précieux d'un bout à l'autre de la toile, le spectateur le regardera
avec indifférence. Tout l'intéressant, rien ne l'intéressera.
Cité par E. iMichel. Les maîtres du Paysage. (Hachelle, éditeur, 1908).
D. Sutter.
Dans le paysage, si les arbres ou d'autres objets déterminent
une ligtie verticale dominante, des nuages formant une bande horizontale détruiraient l'unité verticale ; et si la ligne dominante est horizontale, un arbre isolé qui formerait une grande masse verticale neutraliserait la ligne. dominante horizontale, en créant une seconde unité verticale,
La forme des nuages est un précieux secours pour affirmer, soutenir ou déterminer l'unité de la ligne dominante du tableau. Philosophie des Beaux-Arts (Paris, 1870). .
J. Claretle (i84o-i9i3).
Il faut (pour composer un paysage) moins d'étude, de science, de valeur personnelle à la fors et en quelque sorte matérielle et intellectuelle, que pour composer un tableau d'histoire, une scène de bataille, ou simplement de mœurs.
Peintres et Sculpteurs contemporains. Vie de Daubigny.
René Bazin (né en 1853).
Quand un peintre représente, sur la toile, un kilomètre carré de la terre vivante, peu importe un lézard endormi au premier plan. Ce que nous lui demandons, ce qu'il nous donne, c'est l'impression qu'il a eue. Il a discerné l'essentiel dans l'image infiniment complexe; il nous livre les éléments de résurrection. Les découvrir,les fixer, c'est tout son secret, et, s'il y réussit, c'est son génie.
Simplification mystérieuse, qui ne s'enseigne point dans les écoles, parce qu'elle est la poésie ; qui vient dans la solitude, par la contemplation, par l'amour, et tellement personnelle que le même paysage, le même plan de la campagne, vu par dix peintres, peut avoir dix physionomies différentes dont chacune est exacte. L'interprétation la plus simple sera l'œuvre du plus grand, voilà tout...
Notes d'un amateur de couleurs (Marne, éditeur).