‹ Le paysage; choix de textes précédés d'une étudeChapitre 23 sur 67 · VIII. — LE CHOIX DE L'HEURE ET DE LA SAISON · texte numérisé non relu

VIII. — LE CHOIX DE L'HEURE ET DE LA SAISON

Avec le choix du site, le choix de l'effet, — c est-à-dire de l'heure, de l'état atmosphérique, et de la saison, — est pour le paysagiste d'une importance capitale. D'tme façon générale, — ce que Von peut dire, — c'est que les heures de mystère, Vaurore et le crépuscule, sont particîUièrement favorables au rêve et à la poésie. On peut en croire le bon Corot, qui s'y connaissait, et qui nous a laissé à ce sujet des pages colorées comme ses tableaux : on croirait assister avec lui au lever du soleil ou au déclin du jour au bord de l'étang de Ville-d' Avray . Mais « Midi, roi des étés » donne de belles rutilances triomphales, de splendides effets pour enivrer un décorateur. Que l'on demande plutôt ce qu'il en pense au 7naître He7iri Martin !

Ch.-Alph. Dufresnoy (I6ii-1665).

La couleur du soir et celle du rnatin.

On perdroit sottement un travail infini

A peindre le grand jour comme il est à midi.

Du soir délicieux la lumière dorée,

Par un œil délicat doit être préféi'ée ;

Il peut choisir aussi le moment du matin,

Quand la terre reçoit un éclat argentin ;

Ou l'instant que perçant un importun nuage,

Le soleil rougit tout après un long orage.

L'art de Peindre.

Sébastien Bourdon (leio I67i).

La lumière au lever du soleil. — Il n'est point douteux que de toutes les lumières il n'en est point qui soient aussi favorables

que celle-ci à ce genre de tableaux *. Je vous ai parlé de plans, et je crois pouvoir assurer encore qu'aucune sorte de lumière ne les lait mieux ressentir. Le soleil, n'ayant pas encore abandonné les bords de l'horizon, jette ses traits de lumière, de façon que, dirigés parallèlement à la surface du terrain, quand il est uni, ils se répandent sur les parties de ce terrain qu'ils peuvent éclairer sans obstacle ; tandis que celles où ils ne peuvent pénétrer demeurent privées de lumière ; et ces oppositions alternatives de lumières et d'ombres, bien ménagées, allongent un terrain, en dessinant les plans et les inégalités, et mettent une distance immense entre l'œil du spectateur et le fond du tableau.

Conférence prononcée à l'Académie royale le 9 février 1669.

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