IX. — LE CHOIX DU PAYS — LES VOYAGES
Un artiste doil-il voyager? C'est ici que les maîtres cessent de s'entendre. Les uns vous conjurent de voyager; c'est, à les entendre, le seul moyen d'éveiller Vimagination, de vaincre la routiiie. Les autres vous enjoignent deresterau logis, sous prétexte que la nature est belle partout, et celle que Von connaît le mieux, c'est celle qui nous a vu naître. « On ne réussit tout à fait bien que le portrait de sa mère », nous disait un de nos plus illustres peintres contemporains.
Mais un grand peintre peut être un 7nauvais psychologue. Il ne s'agit plus ici de métier; mais d'une sorte de diagnostic moral. Chacun prône avec intolérance l'hygiène qui lui a réussi, et fait une loi de son propre goût. Si vous êtes d'humeur casanière, fort bien, restez au logis.
Mais, si votre voisin est d'humeur plus vagabonde, de quel droit voulez-vous le priver d'une joie légitime ? L'instinct de V artiste est en ceci, le maître suprême. Et l'intéressé seul peut savoir ce qu'il faut à son tempérament : ou la nouveauté qui exalte, qui libère de la torpeur, de la fatigue née de l'accoutumance, ou les joies tranquilles du pays natal. Les uns ont la nostalgie de la lumière et des grands espaces, les autres le mal du pays. Mais à qui ferait-on croire que les voyages sont profitables et instructifs pour tous, sauf pour ce grand curieux., dont l'œil est si silr et si prompt, le peintre paysagiste ?
L'art est une abbaye de Thélème, oii, sous ce rapport tout au moiîis, chacun doit suivre son caprice.
L'unique règle est : « Fay ce que vouldras ».
Rembrandt Van Ryn (1006-1669).
Dans ton pays même, lu trouveras tant de beautés que ta vie sera trop courte pour les comprendre toutes. L'Italie si belle
Planche IV.
i. ïlW»