LE CHOIX DU PAYS. — LES VOYAGES
qu'elle soit te sera inutile, si lu n'es pas capable de rendre la nature qui t'entoure.
Propos de Rembrandt à Hoogstraten,
G. Michel (1763-1843).
Celui qui ne peut pas peindre pendant toute sa vie sur quatre lieues d'espace, n'est qu'un maladroit qui cherche le mandragore, et qui ne trouvera jamais que le vide. Parlez-moi des Flamands, des Hollandais, ceux-là ont-ils jamais couru les pays ? Et cependant ce sont les bons peintres, les plus braves, les plus hardis les plus désintéressés.
Cité par G. Riat. La Pensée d'art (Larousse, éditeur).
Paillot de iVlontabert (I77i-i849).
Les lointains voyages ne sont pas nécessaires an paysagiste. — Les paysagistes sont encore fort mal servis par les écrivains qui leur prescrivent des voyages de long cours et presque le tour du monde, afin qu'ils rencontrent de beaux pays à peindre, de belles compositions à importer. On les envoie à Balbeck, à Palmyre ; on les embarque pour Tlndoustan ; on les enverrait même dans le pays des fées. Mais à quoi sert de recommander comme moyen nécessaire tous ces voyages? N'est-ce pas accabler les peintres par ces conseils désespérants ; et ne pourraiton pas adresser tout aussi bien ces avertissements aux peintres d'histoire, qui ont besoin de trouver de belles figures pour modèles?
Non; partout la nature olïre aux paysagistes bien instruits d'assez beaux exemples; et quand je dis partout, je n'entends pas dire absolument dans tous les endro^its du monde; mais je dis que tout pays, comme tout individu, ayant un caractère quelconque, il ne s'agit que de reconnaître ce caractère, de le
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sentir, et de l'embellir en l'exprimant avec unité. Une fois donc qu'on l'aura choisi, il pourra devenir le sujet d'un tableau excellent dans ce même caractère.
Traité complet de la Peinture.
P.-J. Proudhon (1809-1865).
Est-il bon à l'artiste de voyager sans cesse? Je ne le crois pas ; il n'est pas fait pour rendre l'homme universel, ni le paysage ou éden universel ; il a été orp^anisé pour exprimer une idée, une forme, qui généralement est celle de son pays et de ses contemporains.
Du principe de l'art (Garnier, édit.).
G. Courbet (I819-I877).
Il y a un tas d'imbéciles qui s'imaginent que ça se fait comme çà un paysage ! Ils vous prennent une boîte et ils s'en vont se poser tantôt dans un pays, tantôt dans un autre. Ils rapportent leurs toiles et ils vous disent : ça c'est Venise; ça c'est les Alpes; ça c'est les Pyrénées. C'est de la blague! Pour peindre un pays, ibfautle connaître. Moi, je connais mon pays, je le peins.
Cité par Ed. Sarradin. Histoire du Paysage en France (II. Laurens, éditeur).
Eug. Fromentin (1S20-1876;.
Le pei7itre voijageur. — Le peintre qui bravement prendra le parti de se montrer véridique à tout prix rapportera de ses voyages quelque chose de tellement inédit, de si difficile à déterminer, que, le dictionnaire artistique n'ayant pas de terme approprié à des œuvres de caractère si imprévu, j'appellerai cet ordre de sujets des docionenis.